vendredi 20 janvier 2023

Logique formelle ou Logique et argumentation

 

Logique formelle ou Logique et argumentation




Logique formelle ou Logique et argumentation


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INTRODUCTION GENERALE : QU’EST-CE QUE LA LOGIQUE ?

La logique est l’art de bien conduire sa raison dans la connaissance des choses, tant pour s'instruire soi-même que pour en instruire les autres. Cet art consiste dans les réflexions que les hommes ont faites sur les quatre principales opérations de leur esprit à savoir : concevoir, juger, raisonner et ordonner.

On appelle concevoir, la simple vue que nous avons des choses qui se présentent à notre esprit, comme lorsque nous nous représentons un soleil, une terre, un arbre, un rond, un carré, la pensée, l’être, sans en former aucun jugement exprès ; et la forme par laquelle nous nous représentons ces choses s'appelle idée.

On appelle juger l’action de notre esprit par laquelle, joignant ensemble diverses idées, il affirme de l’une qu’elle est l’autre, ou nie de l’une qu’elle soit l'autre, comme lorsqu’ayant l’idée que la terre est rond.

 On appelle raisonner, l’action de notre esprit par laquelle il forme un jugement de plusieurs autres; comme lorsqu’ayant jugé que la véritable vertu doit être rapportée à Dieu, et que la vertu des païens ne lui était pas rapportée, il en conclut que la vertu des païens n'était pas une véritable vertu.

On appelle ordonner, l’action de l’esprit par laquelle, ayant sur un même sujet, comme sur le corps humain, diverses idées, divers jugements et divers raisonnements, il les dispose en la manière la plus propre pour faire connaître ce sujet. (Antoine Arnauld, Pierre Nicolas, 1992, 30.). Ainsi donc, toute connaissance ne vise que la vérité.

Toutefois, l’objectif premier du raisonnement est d’atteindre la vérité des choses. Il existe deux types de vérités : l’une dite « vérité ontologique » et l’autre que l’on désigne par le terme vérité logique. Par la vérité ontologique, on se réfère à la vérité de l’être ou de l’existence. Une chose est vraie ontologiquement si elle possède une existence réelle. Tandis que la vérité logique est la forme de vérité qui nous intéresse plus particulièrement en tant que logiciens. C’est tout simplement la vérité des énoncés. Ainsi donc, la pensée logique suppose une sensibilité au langage car le langage et la logique sont indissociables. Pour cet effet, il nous faut d’abord passer en aperçu certaines attitudes et principes intellectuelles favorisant l’adoption d’un véritable raisonnement logique[1] pour préparer notre esprit à la logique dont il est question dans le présent cours.

1.     Mobiliser notre attention

Ceci incite à fournir notre attention devant un fait car la banalité du plus connu nous conduit à formuler des jugements hâtifs se déroulant sous nos yeux ce qui nous pousse à interpréter mal les faits qui nous sont présentés. Au sens strict, les choses ne se reproduisent pas deux fois raison pour laquelle nous n’avons aucune raison de considérer les faits  dans un principe de répétition de l’expérience du passé d’où il nous faut de se contenter et se concentrer sur les détails.

2.     S’en tenir aux faits

Lorsqu’il s’agit d’une chose tangible (réelle) à laquelle nous pouvons accéder, il suffit de se placer en sa présence. Son existence s’impose immédiatement à nous. Si nous ne disposons d’aucune preuve directe, nous devons vérifier rigoureusement l’authenticité et la fiabilité de l’information et la fiabilité des informations fournies et après cet examen seulement, conclure à la véracité du fait.

3.     Tenir compte de l’origine des idées

Nous devons toujours revenir aux sources car nous ne pouvons comprendre nos propres idées si nous croyons qu’elles obéissent à une sorte de génération spontanée en refusant de reconnaître qu’elles doivent leur existence à des réalités extérieures. Plus nous nous concentrons sur nos idées elles-mêmes en ignorant délibérément la réalité objective qui constitue leur origine, moins elles résistent à l’analyse.

4.     Mettre les idées en corrélation avec les faits

La connaissance humaine repose sur trois composantes humaines fondamentales : premièrement un fait objectif, puis l’idée et enfin le terme  appliqué à l’idée pour pouvoir communiquer avec autrui. Exemple le  mot chat.  

L’animal est le point de départ : s’il n’existe pas de chat en chair et en os, il n’y aurait pas l’idée du chat et encore moins de mot pour la désigner.

Nous avons déjà vu que les idées entant que réalités subjectif, ne paraissent claires et fiables qu’autant qu’elles reflètent des réalités objectives. Ceci nous conduit à distinguer deux types d’idées « simple » et l’idée « obscure » ou « équivoque ».

L’idée simple c’est lorsqu’il y a corrélation directe entre une idée et un fait objectif : exemple ; l’idée de chat. En correspondance avec mon idée, il existe dans le monde extérieur à mon esprit, une entité unique, une créature  nommée par le vocable « chat ».

Une idée s’avère obscure et douteuse dans la mesure où elle s’éloigne et ne tient plus compte de ses origines dans le monde objectif.

5.     Apprendre à communiquer

La première étape de la communication consiste à accorder le mot à l’idée. Elle en entraine une seconde : l’assemblage des idées afin de former un discours cohérent. Si je vous dis « chien » ou « chat », vous suspendez votre      réponse dans l’attente d’information complémentaire, vous vous interrogez « Que voulez-vous dire à propos du chat et du chien ? » A travers les mots que je prononce, vous découvrez les idées que j’ai en tête, mais vous ne savez pas où je vais en venir. Il serait donc absurde de répondre « c’est vrai »ou « c’est faux ». Mais si quelqu’un ajoute une information à propos du chien de type : « Le chien se trouve au garage » l’une ou l’autre des réponses sera appropriée. L’ « énoncé » revêt une signification particulière dans le domaine de la logique. Il s’agit d’une expression linguistique qui permet la réponse « vrai » ou « faux ». D’où la raison d’être du cours de la logique nous permettant de nous focaliser sur le raisonnement sur base des énoncés.

 

 CHAPI : LES CONTOURS DU CONCEPT, DU DOMAINE ET HISTORIQUE LOINTAINE DE LA LOGIQUE

 Il faut, d’emblée, remarquer que « logique » et « logos »sont deux concepts proches étymologiquement. En effet, le terme « Logique » qui peut être un substantif ou un adjectif a une étymologie grecque : comme substantif, « logique »vient de λογικη (logiké), tandis que comme adjectif, il vient de λογικος (logikos). Or λογικη et λογικος dérivent à leur tour, du substantif λογος (logos)[2]. C ‘est à  partir d’ici que nous pouvons comprendre ce qui est essentiellement exprimé dans les différents usages du terme « logique » car λογικη et λογικος existent par ce qu’il y a λογος qui est leur raison d’être. Par conséquent, « logique » se réfère à « logos ». Or « logos » est la pensée, mais aussi la parole qui exprime la pensée ; ce qui signifie que le terme « logique » est lié à la pensée exprimée à travers la parole.

1.1.          La logique : sa nature et ses divisions

1.1.1.     Le sens du terme « logique »

Dans ses diverses utilisations dans le langage ordinaire, le terme « logique » se réfère généralement à :

1)    A ce qui est raisonnable, c’est-à-dire ce qui se rapporte à une pensée correcte (la matière) et exprimée correctement (la forme). Quand on parle d’un « raisonnement logique » ou quand on invite une personne à « être logique », cela veut dire qu’on l’invite à faire un raisonnement conforme au bon sens, cohérent et rationnel.

2)    A une liaison nécessaire entre la cause et ses effets, une liaison qui résulte de la nature même des choses (d’où aussi l’idée de rationalité) ; c’est pourquoi, dans une liaison nécessaire, les effets sont une « conséquence  logique » de la cause qui les produit. Quand on dit qu’il est logique que le feu de bois produise la fumé  on veut souligner qu’entre le feu de bois et la fumée, il y a une relation nécessaire de cause à effet. Autrement dit, la fumée est une conséquence logique du feu de bois, ou encore, le feu de bois produit nécessairement de la fumée.

Bref, dans le langage ordinaire, l’usage de la parole « logique » comporte toujours l’idée de rationalité, ordre et cohérence.

1.1.2.     Logique ou science du raisonnement

Le raisonnement est un acte de la raison qui consiste à passer d’une vérité connue à une vérité qui n’était pas encore connue, ce qui veut dire que le raisonnement est un mouvement de la pensée caractérisé par le questionnement et l'effort à la recherche de la vérité (contrairement à l’appréhension ou intuition).

Dans le syllogisme, par exemple, les vérités connues sont les propositions (qu’on appelle « prémisses » » qui doivent conduire à une autre proposition « qu’on appelle « conclusion ») à travers une liaison de conséquence logique, c’est-à-dire une liaison nécessaire de cause à effet.

Cette nécessité dont il est question dans la logique ne concerne ni les prémisses, ni la conclusion : elle concerne exclusivement la relation logique qui lie les prémisses et la conclusion. Par conséquent, la recherche de la vérité dans un raisonnement se situent à deux niveaux : la vérité de ce qui est affirmé ou nié dans les prémisses et la conclusion d’une part (c’est-à-dire la matière du raisonnement) ; et la validité  de la liaison entre  les prémisses et la conclusion d’autre part (c’est-à-dire la forme du raisonnement). Sans être totalement différente au premier niveau, la logique en tant que science du raisonnement s’occupe spécialement de ce deuxième niveau : elle s’occupe des conditions de la validité des liaisons que la pensée humaine établit entre les prémisses et la conclusion dans les raisonnements. Ces conditions (que la logique doit clarifier) sont des lois nécessaires auxquelles le raisonnement doit se soumettre pour être correct. En ce sens, la logique est justement appelée « l’art de bien raisonner ». Par conséquent, elle est aussi toute science car ; tout savoir qui se veut scientifique doit se baser sur un raisonnement correct.

Ainsi, l’objet matériel de la logique (c’est-à-dire l’objet d’étude) est constitué par des actes intellectuels de l’homme (concepts, jugements, et raisonnement) tandis que son objet formelle (c’est-à-dire ce qu’elle cherche à connaître) est constitué par les normes qui doivent guider ces actes. Pour savoir en quoi consiste la méthode de la logique, nous devons partir de l’objet formel. Nous venons de dire que l’objet formel de la logique est les normes du raisonnement. Ces normes ont comme caractéristique la nécessité de la liaison de conséquence logique, or, la nécessité est d’ordre mathématique. Cela signifie que la logique utilise la méthode mathématique : comme les mathématiques, la logique a ses axiomes  et théorèmes. Les axiomes logiques (que les stoïciens « indémontrables ») sont des principes dont la vérité est évidente et qui servent à « démontrer » les autres principes. Ce sont par exemple :

1.     Le principe de non contradiction : « Une même chose ne peut pas, sous le même rapport, être et ne pas être » ;

2.     Le principe d’identité : « Ce qui est est» ou « a est a » ;

3.     Le principe du tiers exclu : « De deux propositions contradictoires, l’une est vrai et l’autre est fausse. Il n’y a pas de troisième possibilité ».

La mathématisation de la pensée est du langage est un idéal déjà présent dans la logique classique mais qui sera effectif dans la logique moderne, appelée aussi « logique symbolique ». L’idée fondamentale est de soustraire le raisonnement aux caprices du relativisme sophiste, pour démontrer l’existence de la vérité objective. Chez l’homme, la pensée (logos intériorisé) et /ou le discours  (logos extériorisé) ne suivent pas toujours l’ordre et les lois nécessaires d’un raisonnement correct, ce qui conduit souvent à l’incohérence, aux contradictions, aux malentendus et aux sophismes.

1.2.         Division de la logique : logique formelle et logique matérielle

Le raisonnement peut être considéré de deux points de vue : du point de vue du contenu et du point de vue de la forme. C’est pourquoi on distingue la logique formelle (que la tradition philosophique appelait « logique mineur ») et la logique matérielle (que la logique appelait « logique majeur »). Quand on considère le contenu (la matière) du raisonnement, la question qui se pose concerne la valeur de la connaissance ; tandis que quand on considère la forme du raisonnement, la question qui se pose est celle de la validité du raisonnement lui-même.

Aujourd’hui, les questions dont s’occupait la logique matérielle sont prises de charge par d’autres domaines du savoir tels que la philosophie de la connaissance, la philosophie du langage, etc.

La logique dont il va être question dans ce cours aura donc surtout une allure formelle. Mais ne veut pas donc dire que toute la logique est simplement formelle ; elle est aussi matérielle. Il ne faudrait donc pas s’étonner de rencontrer d’autres approches qui mêlent l’aspect matériel et l’aspect formel et d’autres qui insistent surtout sur l’aspect matériel. Mais nous considérons que l’aspect formel est celui qui consacre pleinement la spécificité de la logique par rapport aux autres savoirs.

Prenons par exemple le raisonnement suivant :

Tout homme est mortel,

or Socrate est un homme,

donc Socrate est mortel.

 

La logique matériel va se poser la question suivante ; Est-ce vrai que tout homme est mortel ? Comment pouvons-nous le savoir et quels sont les arguments en faveur de cette thèse ? Est-ce que Socrate est un homme ? Comment le savoir ? Finalement, sur quels critères se base ce que nous prenons pour connaissance ? Voilà pourquoi la logique matérielle s’intéresse à la valeur de la connaissance[3].

Cependant, la validité logique de ce raisonnement n’est liée ni à « Socrate », ni au concept « homme », ni au concept « mortel » : car en remplaçant « homme » par S, « mortel » par P et « Socrate par x, on obtient un raisonnement toujours valable de la forme suivante :

Tout S est P,

 or x est S,

donc x est P.

Ainsi, en dépouillant de son contenu le raisonnement formulé dans un langage naturel, on ne lui enlève pas sa validité. Au contraire, cette validité devient plus étendue ; c’est le signe qu’elle réside non dans le contenu, mais dans la forme. C’est dans ce sens qu’on peut parler de logique formelle. Devant un syllogisme par exemple, la logique formelle doit se poser des questions suivantes : Est-ce que les prémisses permettent de conclure ? Autrement dit, les règles du raisonnement correct sont-elles respectées ? Si oui, comment conclure correctement ? Si non, pourquoi ? Il s’en suit qu’un raisonnement correct dont s’occupe spécifiquement la logique (c’est-à-dire un raisonnement valide formellement) n’est pas nécessairement un raisonnement vrai (car la vérité exige l’analyse de la matière du raisonnement)[4].

1.3.         Historique lointaine de la logique

Qui dit logique dit l’art de raisonnement. Or le raisonnement est véhiculé par le discours. Tout discours ayant une prétention scientifique car il doit obéir aux  lois d’un raisonnement correct sous peine de tomber dans l’incohérence. Qui plus est, même si tout discours scientifique a son type de raisonnement correct enveloppe nécessairement tout autre type de raisonnement. Pour résoudre cette aporie, s’avère nécessaire de penser rationnellement l’origine de la logique et de faire une excursion historique de ce domaine.

1.3.1.     Les présocratiques : les Sophismes (494-429)

Le sophisme est un courant de pensée réservé à ceux qui possédaient de cette époque, un savoir rare, spéciale ;  ceux qui faisaient  la profession de communiquer leur sciences moyennant le salaire. Comprenons que les sophistes ont pris part de l’art de communiquer, dialoguer, converser qu’est la logique. La rhétorique (l’éloquence)  est la discipline par excellence pour les sophistes car, elle leur apportait l’honneur et l’argent. Le sophisme veut les profits de la science sans vouloir la vérité[5]. Les soucis pour les sophistes n’était pas axé sur la recherche de la vérité, mais le succès immédiat devant leur auditoire et le salaire y relatif. Les caractéristiques des sophistes sont les suivants :

1.     Ils ne veulent pas la vérité : car les contradictions de leurs devanciers les ont pratiquement amenés à désespérer de l’atteinte : ils ne se contentent que de montrer leur force intellectuelle en critiquant et d’une critique négatrice et destructive.

2.     Ils veulent les profits de la science : pour eux et pour leurs auditeurs, dans leurs méthodes comme dans leur but.

a)     Pour eux ; il cherche d’abord le succès, leur méthodes est d’attirer de nombreux auditeurs en se présentant comme savant.

b)    Dans leur but, ils rendent inutiles les longues et les patientes recherches de la vérité. Ils posent la science comme source de de domination, de puissance.


1.3.2.     Socrate (470-399)

La logique remonte aussi de la méthode socratique adaptée à la fois à son but et à ses auditeurs pour l’unique finalité de conduire le sujet à une connaissance vraiment scientifique. La logique socratique repose sur deux principes méthodologiques : la maïeutique et l’ironie. Le principe méthodologique de la logique socratique se présente en général comme un dialogue, constitué par une série de questions assez courtes et de réponses précises, capable d’éveiller l’attention et, en s’adaptant aux besoins de chacun, de diriger leur pensée pas à pas vers le vrai. Socrate, lui, de déclare ignorant, mais c’est pour faire reconnaître à son auditoire son ignorance et le retourner vers la vérité.

1.     La maïeutique

Né d’une mère accoucheuse, la maïeutique sert à aider les gens à accoucher des idées. Son aspiration était de poursuivre ses interlocuteurs par des questions jusqu’à ce que la vérité sorte de l’ombre. Il pousse son interoculaire à concevoir  lui-même la solution à la question pose par un effort de réflexion.

2.     L’ironie

Par une série de questions intenses, le principe logique socratique consiste à faire que le sujet soit ne se contente pas de la définition verbale, plutôt de découvrir toutes les caractéristiques et les propriétés de l’objet pose.

1.3.3.      Les post-socratiques : Les dialecticiens

La logique remonte beaucoup plus loin avant la mise en évidence des axiomes aristotéliciens. Aristote ne montre pas lui-même comme il en l’habitude d’où il tire la science logique. En effet, dans les Réfutations sophistique, il déclare : « sur cette question, il n’y a pas une partie élaborée et un autre non : il n’existe absolument rien » [6]. Ailleurs, il précise : « s’il y avait sur la rhétorique beaucoup de travaux, sur le raisonnement au contraire, nous n’avions rigoureusement rien à citer, nous avons dû nous livrer, non sans peine, à des recherches qui nous ont pris beaucoup de temps» [7]. Ces déclarations portent plutôt sur la dialectique et non sur ce que sera la logique. Même la dialectique n’avait fait objet de la théorie avant Aristote.

Le mot dialectique vient du verbe διαλεσθαι (dialesthai) qui signifie s’entretenir dans le dialogue, converser, discuter. Il concerne la pratique du dialogue. Il a pris plus tard un sens plus précis à mesurer cette pratique devenait plus consciente de ses procédés, pour désigner une discussion plus institutionnalisée, s’organisant ordinairement en présence d’une partie qui suit comme un sorte de tournoi entre interlocuteur soutenant deux thèses contradictoires.

Ainsi donc, ce sont les réflexions suggérées par l’art du dialogue qui conduisirent Aristote à la logique. Bref, nous pouvons distinguer trois étapes à la formation de la logique :

1)    La pratique de la dialectique, menée de façon consciente, mais non encore théorisée, demeurant au niveau des recettes empiriques, qui sont utilisées plutôt qu’expressément dégagée.       

2)    L’explication et l’organisation systématique des règles de l’argumentation dialectique.                            

3)    Le passage de l’étude de l’argumentation dialectique à la théorie du raisonnement formel en général, c’est-à-dire à la logique qui mène des Topiques à l’Hermenia et aux Analytiques.

 

1.3.3.1.         Platon (429- 348)

Il serait téméraire de prétendre déterminer avec précision la part de Platon dans la fondation de la logique. La logique est complexe. Les dialogues platoniciens témoignent d’une agilité et d’une finesse dans la conduite de la discussion, les principes selon lesquels est menée restent implicites. Bien plus, il arrive à Platon de tirer des conclusions incorrectes. Par exemple, dans la bouche de Socrate, Platon trouvait l’inférence suivante : « Si une âme sage est une âme bonne, celle qui est dans les conditions contraires à celle de l’âme sage est une âme mauvaise »[8] : On conclure tout aussi bien ou plutôt tout aussi mal : si une âme sage est vivante, celle qui n’est pas sage est morte. Pour Platon si tout A est B on peut conclure de non-A à non-B alors que la conclusion légitime en vertu de la loi de la contraposition va  en sens inverse, de non-A à non-B. Ailleurs, à propos de la conversion de tout A est B en tout B est A, Platon ne commet aucune faute. Platon donc a influencé Aristote non seulement dans l’action mais aussi dans les réactions qu’il a suscitées. C’est en méditant sur les difficultés de son maître que qu’il est parvenu aux découvertes de la logiques.

1.3.3.2.         Les stoïciens (334-262)

L’usage technique du terme « logique » ne remonte aussi des stoïciens dans leur division des savoirs philosophiques. Pour eux, la philosophie avait trois parties : la Logique, l’Ethique et la Physique. La logique à son tour se divisait en deux parties : la Rhétorique et la dialectique. C’est très probablement dans la dialectique que les stoïciens s’occupaient de ce que Chrysipe (280-200 av. J.C) appelait τα λογικα θεορεματα «  ta logika theoremata », c’est-à-dire les « théorèmes logiques ».

Les théorèmes logiques sont des lois du raisonnement appelés « indémontrables » en vertu de leur caractère axiomatique (sur le modèles des mathématique) et qui servent de références pour tout relativisme des sophistes car tous les raisonnements n’ont pas la même qualité : il y a des raisonnements corrects et des raisonnements incorrects. Pour qu’un raisonnement soit correct (et que par conséquent, conduise à une vérité objective), les éléments qui le composent doivent avoir des qualités bien précises et suivre un ordre bien précis.

Mais la logique stoïcienne part d’une base toute différente de celle d’Aristote. Alors que ce dernier pratique une logique dont les variables sont des termes chez les stoïciens, les variables sont des propositions. On peut évoquer deux découvertes principales des stoïciens : il s’agit des liaisons entre les propositions et des tables de vérité.

 

Les stoïciens affirmaient qu’il n’y pas de vérité objective à laquelle l’homme doit se soumettre. Pour eux, la vérité est subjective et dépend de la capacité de l’homme à convaincre les autres à travers le discours. La rhétorique était donc l’instrument privilégiée par les sophistes et consistait à savoir parler efficacement dans le public soit pour accuser ou se défendre devant le tribunal, soit pour participer activement dans la vie politique. Avec les sophistes, le « logos » avait quitté la sphère de l’être et de la raison pour s’installer uniquement dans la parole prononcée avec habileté : le discours ne se conformait plus à la vérité, mais plutôt il créait la vérité par persuasion. (Voir le quatrième chapitre réservé au sophisme

Ce sont les stoïciens qui, les premiers, ont utilisé les foncteurs (ou connecteurs, ou encore opérateurs) binaires de la logique des propositions. Ceux qu’ils ont découverts sont au nombre de trois et font de celle qu’utilise la logique formelle moderne :

1)    La liaison conditionnelle : Elle se traduit par « si…alors » et on l’appelle aujourd’hui l’implication matérielle ;

2)    La liaison de conjonction : Elle se traduit par « et » et on l’appelle la conjonction ;

3)    La liaison de disjonction : Elle se traduit par le « ou » et on l’appelle aujourd’hui  la somme logique.

De plus, ce sont les stoïciens aussi qui ont utilisé pour la première fois ce que l’on appelle aujourd’hui les tables de vérité pour étudier la liaison.

Il faut noter que les deux logiques aristotéliciennes et stoïciennes ont été longtemps considérées comme antagonistes. Cela tenait à la différence des variables que les deux utilisaient. Mais aujourd’hui, les deux font partie d’un même projet logique dans la mesure où les deux variables répondent à deux aspects complémentaires de la logique formelle.

1.3.3.3.         Aristote (384-322)

Aristote est considéré comme le créateur (le Père) de la logique formelle. C’est lui, le premier, en a montré la nécessité dans l’ensemble des études sur le langage et la possibilité, la pertinence propre et en a décrit les contours essentiels.

1.3.3.3.1.     Le génie aristotélicien

C’est dans le groupe des livres que l’on a appelé ORGANO (quelques siècles plus tard,) qu’Aristote a exposé sa « Logique ». Les livres qui composent ce groupe sont au nombre de cinq : Les catégories, De l’interprétation, Les premiers et les Seconds Analytiques, Les Topiques et Les Réfutations sophistiques. C’est surtout dans Les premiers Analytiques qu’Aristote donne à sa Logique une véritable tournure formelle, en y développant la théorie du syllogisme qui est sans conteste sa plus grande découverte. Les Premiers Analytiques déterminent surtout les formes des syllogismes valides, (objet des chapitres ultérieurs) tandis que les Seconds Analytiques traitent de la démonstration.

Aristote voulait donner un caractère scientifique au langage. Cette préoccupation avait sans doute une double motivation : Elle s’inscrivait d’abord dans le grand projet de clarifier le langage et de dégager les conditions de la vérité. Ce projet voulait être lui-même une réponse à l’usage purement rhétorique chez les sophistes et à leur refus de reconnaître des conditions de vérité dans le langage.

En réalité, le combat contre les sophistes avait commencé avant Aristote. C’est Socrate qui avait commencé ce combat quand il invitait ses interlocuteurs à définir toujours les concepts avant de les utiliser. Platon qui est inventeur de l’art du dialogue avait, lui aussi donné certaines règles qui doivent caractériser un bon raisonnement.

L’autre préoccupation était  plutôt méthodique et rendait la satisfaction de la première préoccupation. Aristote cherchait à rapprocher l’étude du langage de l’idéal poursuivi par les mathématiques de son temps, à savoir de partir de deux ordres d‘énoncés de base (c’est-à-dire les axiomes et les théorèmes) dans le raisonnement : le modèle en était Les Eléments d’Euclide. A la suite des mathématiciens, il a donc divisé les propositions du langage elles-mêmes en deux classes : la classe des principes (axiomes) et la classe des théorèmes (ou propositions démontrées).

Les axiomes ou les principes sont des propositions dont la vérité est si évidente qu’il n’est ni possible, nécessaire de la démontrer. Les trois axiomes sur lesquels repose le langage sont : le principe d’identité, le principe de non contradiction et le principe du tiers exclus. Les théorèmes sont des propositions dont la vérité peut être démontrée ou établie en se fondant sur la vérité des axiomes. Aristote a mis au point les règles opératoires pour permettre de faire cette démonstration de manière correcte et vérifiable de telle sorte que ces propositions deviennent des propositions vraies.

Cependant, les découvertes principales de la logique formelle aristotélicienne sont le syllogisme et la théorie du syllogisme. La théorie du syllogisme a permis de dégager, avec une méthode rigoureuse les raisonnements valides et ainsi à les distinguer des raisonnements non validées ou fallacieux (les sophismes).

1.3.4.     Leibiniz G.W (1646-1716)[9]

Du temps de Leibiniz, les mathématiques commençaient à utiliser les SYMBOLES de façon généralisée. Cette utilisation permettant de les libérer des contenus en particulier par le biais du calcul que les symboles rendaient possible.

Philosophe et mathématicien, Leibiniz voulait utiliser le même procédé pour résoudre des problèmes d’ordre philosophique et logique. En ce qui concerne la logique qui nous intéresse ici, son idée était de transformer les règles de déduction (celle qui remplacerait la logique naturelle de calcul. Il a alors envisagé de créer une langue artificielle qui remplacerait la langue naturelle dans laquelle s’exprime la pensée qu’il appelle « CARACTERISTIQUE UNIVERSELLE » (caracteristica universalis) qui devrait être un système de signe dotée de trois caractéristiques essentielles interdépendantes.

Les trois caractéristiques sont les suivants :

1.     Pour tout signe, il ne peut exister qu’un objet de penser et UN SEUL qui est « la signification » du signe : réciproquement, pour tout objet de penser, il ne doit exister qu’un signe et UN SEUL  qui est l’image de cet objet de penser.

Exemple : Si le signe « a » a comme signification « vache » alors, chaque fois qu’on rencontrera « a » dans cette langue, il correspondra à « vache » et, réciproquement « vache » sera toujours représenté par le signe « a ».

2.      Les signes doivent être conçus de telle manière que partout où se représente un objet de penser qui peut être divisé en ses composantes, les « IMAGES » de ces composantes soient elles-mêmes des composantes de l’IMAGE de l’objet de pensée exprimé au moyen des signes dont on dispose.

Exemple : Supposons que l’objet de pensée en question est « vache ». Cet objet de pensée peut être divisé en composantes qui sont aussi objets de pensée. Ces composantes sont notamment : pattes, cornes, queue, sabots,

Supposons maintenant que l’objet de pensée « vache » est représenté par le signe « A », alors les composantes de l’objet de pensée « vache » doivent correspondre aux composantes du signe « A », soit, α,  β, γ, δ. Nous pouvons écrire cette correspondance comme on le voit ci-dessus.

3.     Il faut inventer un système de règles opératoires pour les signes, de sorte que partout où il y a entre un objet de pensée P1 et un objet de pensée P2 une relation  de cause à conséquence. L’« image »  de P2 puisse être interprétée comme une conséquence de l’image de P1.

Exemple : Supposons que P1 correspondre à « poule » et que P2 correspondre à « œuf » ; entre les deux, il y a une relation de cause  à effet que l’on peut écrire de la façon suivante.

          P1            P2

N.B : Ceci laisse entière. On s’en doute ; la question de savoir si c’est l’œuf qui vient de la poule ou c’est la poule qui vient de l’œuf.

Si l’image de P1 est a et que celle de P2 est b ; alors ces images aurons la même relation de cause à effet et on pourra les écrire :

a            b

L’idée de Leibniz aussi belle soit-elle est restée au stade de projet. Elle était du reste trop ambitieuse pour être réellement praticable. Par ailleurs, son objectif n’était pas de résoudre des problèmes formels, mais également des problèmes métaphysiques, ce qui rendait son idée mail 

CHAPII : LES TERMES ET LES PROPOSTIONS

II.1. Les termes

II.1.1. Les propriétés fondamentales des termes

Tous les termes qui représentent des concepts (c’est-à-dire qui représentent un objet de connaissance) ont deux propriétés fondamentales : la compréhension (que le monde modernes appellent aussi intention, connotation, contenu) et l’extension (appelée aussi dénotation ou référence).

Exemple, l’extension du concept « homme » est l’ensemble de tous les hommes.

Un terme prise en extension représente ou définit une classe d’objets qui peuvent être des substances, des accidents, événements, etc.

La compréhension (ou  intension) désigne le contenu ou l’information conceptuelle qui est fournie à travers un terme.

[Par exemple, la compréhension du concept « homme » est l’ensemble des caractères et aspects que l’intellect saisi quand on parle d’homme : c’est-à-dire un animal raisonnable, libre, social, mortel, etc.].

Un terme pris en compréhension  définit l’ensemble des caractéristiques associées au terme. Le raisonnement consiste dans une liaison de conséquence logique entre les propositions ; or, ces dernières,  leur tour, consistent dans une liaison d’attribution entre les termes.

Cela signifie que dans une proposition, un terme est soit sujet, soit prédicat. La logique formelle vérifie toujours l’extension et la compréhension : Elle doit vérifier :

1)    Si dans une proposition quelconque, un terme (sujet ou prédicat) est pris dans toute son extension ou pas.

2)    Si dans toutes les prémisses un terme qui apparaît deux fois (moyen terme) garde la même signification.

Les deux situations influencent nécessairement la liaison de conséquence logique et la validation du raisonnement syllogistique.

 II.1.2. La division du terme

II.1.2.1. Les termes significatifs et termes consignificatifs

Les termes significatifs (ou catégorématiques) sont ceux qui ont un sens sans avoir recours à d’autres termes (ex : vache), tandis que les termes consignificatifs (syncatégorématiques) ont besoin d‘autres termes pour un sens (ex : si, ou, quelques, chaque, etc.). Sels les termes significatifs ont les deux propriétés d’extension et compréhension et, par conséquent, peuvent être définis et aussi servir d’autres termes. Mais les termes consignificatfs, n’ayant pas ces deux propriétés ne peuvent être définis que dans la combinaison avec les termes significatifs.

Cependant, les termes consignificatifs ont ne grande importance en logique car leur présence dans une proposition peut déterminer, non seulement la signification de la proposition, mais aussi la vérité ou la fausseté de cette dernière. Par exemples, la signification et la valeur (vérité ou faussetté) de la proposition « Tout homme est mortel » dépend de la présence du terme consignificatifs « tout ».

II.1.2.2. Termes univoques et termes plurivoques

Les termes significatifs peuvent être univoques ou plurivoques. Un terme univoque est un terme qui a une seule signification tandis qu’un terme plurivoque (ou multivoque) a plusieurs significations. Quand dans un terme plurivoque, on a des significations totalement différentes sans aucune liée logique, on a  réellement deux termes et non un seul. Dans ce cas, il s’agit de l’homonymie, c’est-à-dire deux termes s’écrivant de la même manière et ayant le même son phonique, mais avec des significations différentes. Une autre parle qu’on utilise pour parler de l’homonymie est l’équivocité.

Par exemple, les termes suivants sont équivoques : Avocat (fruit ou professionnel du droit), essence (nature ou carburant), bière (boisson ou cercueil), adresse (domicile ou habileté), etc.

Quand dans un terme plurivoque, on a des significations qui ont un liée logique, c’est-à-dire des significations proches ayant une racine commune, on a l’analogie .Un terme analogue est un terme qui s’applique à plusieurs sujets selon des significations différentes mais qui ont quelques chose en commun.

On distingue deux sortes d’analogie :

1)    L’analogie d’attribution : c’est quand il existe un sujet auquel un terme es appliqué principalement dans la plénitude de sa signification ; tandis que pour les autres sujets, ce terme est appliqué de manière secondaire, en raison de leur rapport avec le sujet principale.

 Exemple : le terme « sain » se dit pleinement et principalement en l’homme  ou aux animaux, et secondairement et de manière dérivé au climat ou aux aliments.

2)    L’analogie de proportionnalité : elle consiste dans la ressemblance qui se trouve plus dans le rapport entre sujet et prédicat que dans la signification du terme en question.

Quand on dit que « l’œil voit » et que « l’intellect voit », on veut souligner que le rapport entre l’œil et son objet est semblable entre l’intellect et son objet.

Une question liée à l’analogie est celle de la métaphore (exemple : quand on dit : « les pieds d’une montagne » ou « les pieds d’une tables ») : certains considèrent la métaphore comme une forme d’analogie de proportionnalité. Une autre chose à souligner est que, souvent il est très difficile de différencier l’équivocité de l’analogie. Examinons par exemple la phrase suivante : « Nous avons des jumelles à la maison ». Dans cet exemple, il est difficile de savoir si nous sommes en présences des deux termes identiques phonétiquement et graphiquement, mais de sens totalement différents (équivocité) ou si nous eut un seul terme avec des sens différents mais proches (analogie). En effet, jumelles peuvent être deux fille ou des lunettes. Mais dans tous les deux cas, il semble que nous sommes en présences d’un même terme (et non deux termes) qui remontent d’une signification originale commune à savoir deux choses égales mis ensemble.

Quand dans un raisonnement un terme qui vient plus d’une fois est équivoque ou analogue, il y a risque de tombe dans les sophismes. La logique doit donc veiller au contexte dans lequel est utilisé un terme plurivoque, et au sens de la parole elle-même. On peut comprendre le sens de la parole utilisée à partir du contexte de l’énoncé et vérifier si elle est utilisée avec le même sens ou non dans tout le raisonnement.

II.1.2.3. Termes ambiguës et termes vagues

Les termes équivoques peuvent conduire à l’ambiguïté. En effet, l’ambigüité se dit quand un terme équivoque est utilisé dans l’énoncé et que, par conséquent, ce dernier peut être interprété dans un sens ou dans un autre. Quand il y a ambigüité, le contexte ne clarifie pas tout de suite la signification de la parole et, dans ce cas, on a besoin de poser d’autres questions ultérieures pour comprendre davantage. Examinons les exemples suivants : « Le jour de l’enterrement, il faisait chaud et, finalement on amena la bière » et « Cette religieuse apprécie la bise ». Dans le premier exemple, il est difficile de savoir si le terme « bière » se réfère à la boisson ou au cercueil ; et dans le second, il est difficile de savoir si le terme « bise » se réfère au baiser ou au vent.

Essayons maintenant de comparer les énoncés suivants : « Jean a mangé un avocat » et « Jean a trouvé un avocat ». Dans le premier énoncé, l’équivocité du terme « avocat » ne porte pas à l’ambigüité car, celle-ci est tout de suite levée par le contexte défini par le verbe « manger » ; mais dans le deuxième énoncé, le verbe « trouver » ne définit pas clairement le contexte car, on peut trouver l’avocat en tant que « fruit », ou en tant que « professionnel de droit » d’où l’ambigüité reste.

Un terme ambigüe diffère  d’un terme vague. En effet, un terme ou une expression se dit vague si trois types de cas se présentent :

1)    Le terme ou l’expression s’applique clairement ;

2)    Il est claire que le terme ou l’expression ne peut pas s’appliquer ;

3)    Il est impossible de décider avec précision si le terme ou l’expression est applicable (sans que cette impossibilité soit due à un manque de connaissance des informations concernant le terme en question).

Les termes de ce genre sont généralement des adjectifs et des expressions qualificatifs. Quand on dit qu’un tel personnage est « un bon politicien », on peut se demander s’il est toujours facile d’appliquer l’adjectif « bon » aux hommes politiques. En effet, l’expression « bon politicien » est vague du fait qu’il n’y a pas de ligne de division précise dans la mesure de ce qui est bon ou non. Il  y a des cas où on n’a pas de difficulté d’affirmer qu’un tel est un bon ou mauvais politicien et d’autres cas où il est difficile d’affirmer ou de nier.

Devant les termes ou les expressions vagues, il est donc difficile de se prononcer sur la vérité ou la fausseté d’un énoncé. Ici aussi, le sophisme et la communication diplomatique peuvent y trouver un terrain fécond. Quand un diplomate dit par exemple : « Un pays qui ne respecte pas certaines règles aura des sanctions sévère », il utilise un terme vague (l’adjectif « sévère ») pour exprimer une menace sans toutefois clarifier la mesure de cette sévérité. Cela ne veut pas dire que des sanctions sévères n’existent pas, mais tout simplement que le terme « sévère » est vague et que, par conséquent, il y a des sanctions qui sont difficiles  clarifier de sévères ou pas.

II.1.2. Termes singuliers et termes généraux

L’extension d’un terme permet de savoir si ce terme se réfère à l’individualité ou à l’universalité. Un terme singulier ou individuel se réfère à une personne, une chose, une situation ou un événement individuel (exemple ; Socrate), tandis que un terme général se réfère à plusieurs individus (exemple : homme). Quand on dit « Socrate », on se réfère à tout ce qui est de Socrate en tant qu’individus, tandis que quand on dit « homme » ; on se réfère à ce qui est valable pour tout homme. Si un terme général est utilisé pour définir un individu et que la proposition qui en résulte est vrai, nous disons dans ce cas, que ce terme général est prédicable de cet individu. Ainsi, puisque la proposition « Socrate est homme » est vraie, le terme « homme » est prédicable de Socrate.

Il faut aussi distinguer le terme général et le terme collectif. Un terme général se réfère à un groupe d’individus et vaut pour tous les individus de ce groupe dans la même mesure, tandis que un terme collectif se réfère à une classe (ou une collectivité), sans pour cela s’appliquer ni absolument, ni dans la même mesure à chacun des membres de la collectivité. Par exemple, le terme « homme » s’applique à tous les hommes (Socrate, Platon, etc.) ans la même mesure et sans exception, tandis que dans l’affirmation « l’équipe de football de l’Université du Burundi es forte », le terme « forte » s’applique à toute l’équipe sans pour autant signifier que tous les membres de cette équipe soient forts, encore moins dans la même mesure.

II.2. Les relations attributives

Dans la relation d’attribution, un terme est soit « Sujet», soit « prédicat ». Un terme est attribué à un autre par le moyen de ce qu’on appelle « la copule »: c’est-à-dire l’expression « est » du verbe « être ». Cette expression peut avoir deux significations :

1)    Dans les attributions de types « S est », elle signifie l’existence ; en d’autre terme, elle a la fonction d’existence (acte d’exister). Ex : Dieu est.

2)    Dans les attributions de type « S est P » (où S est sujet, et P est prédicat) elle signifie l’inhérence de P dans S : le « est » a la fonction copulative ou prédicative. Ex : « Socrate est un homme »

La logique s’intéresse à la fonction prédicative.

Les relations attributives sont des relations entre le prédicat et le sujet. Sur le plan logique, ces relations peuvent aussi être appelés des jugements par ce qu’elles consistent  affirmer ou nier les rapports de convenances entre le sujet et le prédicat. En général, le jugement est une prise de position devant une réalité en renonçant une sentence de type : S est P ou S n’est pas P : c’est une sentence sur la « vérité » (« les choses sont ainsi ») ou la « fausseté » (« les choses ne sont pas ainsi »).

Ces relations sont de trois types :

1)    Une relation essentielle et nécessaire : lorsque l’inhérence de P dans S définit S de façon essentielle et nécessaire. Exemple : L’homme est un animale (Essence). Le sujet « homme » es définit par ce qui constitue son essence même ; Nécessité : L’homme ne peut ne pas être un animal).  En réalité, l’essence de l’homme est formée de deux principes : l’animalité (genre) et la rationalité (différence spécifique). Donc, dans ce que nous venons de dire, nous admettons, sans concéder, que l’animalité est l’essence de l’homme.

2)    Une relation non essentielle mais nécessaire : Lorsque l’inhérence de P dans S n’est pas essentielle, mais nécessaire. Exemple : L’homme est capable de rire (Non essentiel : le sujet « homme » n’est pas défini par « la capacité de rire » car il peut ne pas être en train de rire : Nécessité : L’homme ne peut ne pas avoir la capacité de rire). Donc, dire que la capacité de rire est en même temps non essentiel et nécessaire à l’homme, c’est affirmer que cette capacité n’est pas l’essence de l’homme mais plutôt appartient à cette essence (ou que cette capacité est l’effet ou découle de l’essence de l’homme.

3)    Une relation ni essentielle, ni nécessaire : Lorsque l’inhérence de P dans S est à la fois accidentelle et contingente ; c’est-à-dire qu’elle n’appartient pas à la définition de S et S peut ne pas en être revêtu. Exemple : l’homme est blanc

Ainsi donc, tous ces énoncés attributifs peuvent être divisés en ces trois classes selon les trois genres de relation entre le prédicat et le sujet. Cette classification a été reprise par Kant :

Relations

Kant

Essentiel

Nécessaire

+

+

Jugement analytique

-

+

Jugement synthétique a priori

-

-

Jugement empirique

 

Pour Kant, les jugements synthétiques a priori sont les plus propre à la philosophie dans ce sens où ils nous permettent en même temps de connaître quelque chose sue le sujet et d’avoir un point de vue a priori c’est-à-dire universel. Avec la découverte de ces jugements, la philosophie de Kant est devenue une recherche de ces jugements apriori au niveau de la raison pure et de la raison pratique. Les jugements analytiques qui sont propres aux sciences formelles sont tautologiques et ainsi n’augmente pas notre connaissance sur le sujet. Les jugements empiriques quant à eux, sont propres à la connaissance empirique et ne nous permettent pas  d’avoir un point de vue sur le sujet.

II.3. Les relations attributives entre prédicats

Les prédicaments sont les dix catégories d’Aristote. Il s’agit des différentes manières de concevoir la réalité et en même temps des genres suprêmes dans lesquels la réalité se distribue. Chez Aristote lui-même, la liste de ces catégories (variable)  est la liste la plus longue. Elle en comporte dix. Il s’agit de la substance et des 9 accidents qui sont la quantité, la réalité, la relation, le lieu, le temps, la position, la possession (ou habitus), l’action et la passion. Considérées en tant que modes de l’étant réel (c’est-à-dire du point de vue ontologique), les prédicaments intéressent la métaphysique ; mais considérées formellement en tant que genres suprêmes, ils intéressent la logique.

Pour la logique, les prédicaments sont des classes de prédicats qui indiquent les différents genres de réalités et, pour cela peuvent être affirmés d’un sujet dans les relations d’attribution. Dans ce sens, les prédicaments rentrent dans l’une des 5 classes de prédicables.

Les prédicables sont les modes (ou les manières) généraux d’attribuer un prédicat à un sujet. Il s’agit des « différentes classes de prédicats que l’on peut affirmer d’un sujet quelconque »[10]. Ainsi, les prédicables déterminent le contenue ontologique que les prédicats apportez au sujet dans les relations d’attribution. On distingue 5 prédicables, c’est-à-dire 5 classes de prédicats attribuables) l’essence, soit un caractère qui n’entre pas dans l’essence. Ces possibilités donnent lieu à 5 clase que l’on peut indiquer comme suit :

1)    Si le prédicat constitue l’essence même du sujet, il indique L’ESPECE. Exemple : Socrate est un homme

L’espèce exprime l’essence de manière rigoureuse et complète. En dessous de l’espèce, on a seulement des individus qui ne diffèrent que numériquement.

2)    Si le prédicat est une partie de l’essence du sujet, nous avons deux possibilités :

a)     Soit cette partie exprime l’essence de manière indéterminé parce qu’elle est commune à d’autre espèce : c’est le GENRE.

Exemple : Socrate est un animal

b)    Soit cette partie est propre à l’espèce et la distingue de tout autre en le déterminant efficacement : C’est la DIFFERENCE SPECIFIQUE 

 

Exemple : Socrate est raisonnable ; « Raisonnable » est prédiqué de Socrate, mais  en réalité, cet adjectif se réfère à « l’homme » qu’il détermine spécifiquement, comme pour dire ; Socrate est un homme, donc il est raisonnable. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir la différence spécifique si on ne connait pas d’abord l’espèce.

 

3)    Si le prédicat est un caractère qui n’entre pas dans l’essence du sujet, nous avons donc deux possibilités :

a)     Soit ce caractère découle nécessairement de l’essence : c’est                   le PROPRE

Exemple : Socrate est capable de rire

Cela signifie que le « propre » est une classe des prédicats qui appartiennent à tous les individus d’une espèce (actuellement ou potentiellement), seulement à eux et pour toujours.

b)    Soit ce caractère ne découle pas nécessairement de l’essence : c’est l’ACCIDENT

Exemple : Socrate est blanc

 

Ces 5 classes s’ordonnent généralement selon l’ordre de leur généralité décroissante. On a donc : Le genre, l’espèce, la différence spécifique, le propre, l’accident. Il est donc clair que les prédicaments, en tant que genres suprêmes se retrouvent dans la classe « genre » des prédicables. Il faut cependant distinguer l’accident logique de l’accident réel. L’accident logique en tant que prédicable, s’oppose au propre, tandis que l’accident réel s’oppose à la substance.

Dans son Isagogè, Porphyre a donné une présentation schématique de ces 5 classes de prédicats sous forme d’un arbre devenu célèbre sous le nom précisément d’ « ARBRE DE PORPHYRE ». Le tableau qui suit en donne la représentation.

II.4. Les propositions

II.4.1. Les type de propositions

Les propositions sont des énoncés attributifs ou jugements (pour cela, une question, une prière, une supplication, une exclamation, … ne sont pas des propositions). Ils se divisent en trois groupes : les propositions catégoriques, hypothétiques et modales.

Les propositions catégoriques sont des propositions simples de types S est P. Les propositions hypothétiques sont des propositions qui sont composées par de plusieurs propositions de types S est P ayant entre elle des connecteurs logiques (conjonctions, disjonctions, etc.). C’est pourquoi elles sont aussi appelées des propositions composées. Quant aux propositions modales, ce sont des propositions dans lesquelles en plus de dire qu’un prédicat est attribué à un sujet, on précise le mode dans lequel cette relation d’attribution advient. Ces modes sont la possibilité, l’impossibilité, la nécessité et la contingence. Le cours ici présent se limite aux propositions catégoriques qui sont par ailleurs le propre de la logique aristotélico-scholastique car les autres concernent la logique moderne.

Toute proposition catégorique est caractérisée la quantité et la qualité :

ü  La quantité désigne l’aspect universel ou particulier d’une proposition

ü  La quantité désigne l’aspect affirmatif ou négatif de la proposition

En combinant quantité et qualité, nous avons quatre types de propositions :

1)    Proposition affirmative universelle. Elle est désignée par la lettre A et se traduit par « Tous les S sont P » ou « Tout S est P » : Exemple : « Tous les burundais  sont des Africains » ou « Tout burundais est africain »

2)    Proposition négative universelle. Elle est désignée par la lettre E et se traduit par « Aucun S n’est P ». Exemple : « Aucun burundais n’est Européen »

3)    Proposition affirmative particulière : Elle est désignée par la lettre I et se traduit par «  Quelques S sont P ». Exemple : Quelque burundais sont sportifs

4)    Proposition négative particulière : Elle est désignée par la lettre O et se traduit par « Quelques S ne sont pas P ». Exemple : Quelques burundais ne sont pas sportifs.

On peut représenter ces propositions dans les schémas suivants :

Ou encore

 

QUALITE

 

AFFIRMATIVE

NEGATIVE

 

 

 

QUANTITE

 

UNIVERSELLE

 

A

E

 

PARTICULIERE

 

I

O

 

N.B : Les propositions singulières (exemple : Socrate est un homme) peuvent considérées comme des propositions particulières tandis que les propositions générales (exemple : Les hommes sont mortels) peuvent être considérées comme des propositions universelles.

II.4.1. Les relations d’oppositions entre les propositions

Il y a relation d’opposition entre deux propositions lorsque celles-ci diffèrent par la quantité et/ou par la qualité tout en ayant même sujet et même prédicat. Il existe quatre formes d’oppositions :

1)    La contrariété : Il s’agit d’une opposition existant entre une affirmative universelle et une négative universelle, c’est-à-dire entre A et E : ex :

Le contraire de «Tous les burundais sont africains » (A) est « Aucun burundais n’est africain » (E).                  

Les propositions contraires ne peuvent pas être toutes vraies en même temps, mais peuvent être fausses en même temps. Si A est vrai, E est fausse, mais si A est fausse, E est peut être fausse ou vraie. Par le seul fait de savoir que l’une des contraires est fausse, on ne peut pas déterminer la valeur de la vérité de l’autre.

 

2)    La subcontrariété : C’est l’opposition existant entre une affirmative particulière et une négative particulière, c’est-à-dire I et O.

Ex : La subcontraire de « Quelques burundais sont sportifs » (I) est « Quelques burundais ne sont pas sportifs » (O).

 

N.B : Du point de vue de la signification, la subcontrariété correspond bien à une  contrariété ; mais il n’en est pas de même du point de vue formel. Les propositions subcontraires peuvent être en même temps vraies (c’est pourquoi Aristote observer qu’on ne peut pas parler proprement d’opposition entre I et O), mais elles ne peuvent pas être en même temps fausse. Si l’un est fausse, l’autre doit être vraie, mais par le seul fait de savoir que l’une est vraie, on ne peut pas déterminer la valeur de vérité de l’autre.

 

3)    La contradiction : c’est une opposition qui existe :

a)     Soit entre une affirmative universelle et une négative particulière, c’est-à-dire entre A et O.

Ex : La contradiction de « Tous les burundais sont africains » (A) est « Quelques burundais ne sont pas africain » (O)

b)    Soit une négative universelle et une affirmative particulière, c’est-à-dire entre    E et I.

Ex : La contradiction de « Aucun burundais n’est africain » (E) est « Quelques burundais sont africains » (I).

Les propositions contradictoires ne peuvent pas être ni vraie en même temps, ni fausse en même temps ; c’est-à-dire la vérité de l’une implique la faussetté de l’autre et vice-versa.

4)    La subalternation : C’est une opposition qui existe entre :

a)     Soit entre une affirmative universelle et une affirmative particulière, c’est-à-dire entre A appelée superalterne de I) et I (appelée subalterne de A). Ex :

 La subalterne de « Tous les burundais sont africains » (A) et « Quelques burundais sont africains » (I). Si A est vraie, I est aussi vraie ; et si I est fausse, A aussi est fausse.

b)    Soit entre une négative universelle et une négative particulière, c’est-à-dire entre E (appelée superalterne de O) et O (appelée subalterne de E). Ex :

La subalterne de « Aucun burundais n’est africain » (E) et « Quelques burundais ne sont pas Africains » (O).

II.4.2. Le carré logique

En ce qui concerne la valeur de vérité :

-      Si A est Vraie, E est fausse, I est vraie, O est fausse

-      Si E est Vraie, A est fausse, O est vraie, I est fausse

-      Si I est vraie, E est fausse, A et O sont indéterminés

-      Si O est vraie, A est fausse, E et I sont indéterminés

-      Si A est fausse, O est vraie, E et I sont indéterminés

-      Si E est fausse, I est vraie, A et O sont indéterminés

-      Si I est fausse, A est fausse, E est vraie, O est vraie

-      S O est fausse, A est vraie, I est vraie, E est fausse

II.4.3. L’incohérence d’un ensemble de proposition

Les propositions qui ne peuvent pas être vraies en même temps sont appelées des propositions incompatibles. Or, nous savons que le raisonnement est un ensemble des propositions incompatibles caractérisées par des relations de conséquences logique. Cela veut  dire que la présence des propositions incompatibles dans un même raisonnement rend celui-ci  incohérent. L’incohérence logique est donc l’incompatibilité des affirmations dans un ensemble de propositions. La cohérence(ou l’absence d’incohérence) n’est pas une garantie de la vérité, mais l’incohérence est un chemin sur vers la fausseté. Si nous acceptons l’incohérence dans le raisonnement, nous acceptons l’erreur.

II.4.4. La notion de distribution

Dans une proposition catégorique, un terme (sujet ou prédicat) peut être distribué ou non. Quand dans une proposition on dit qu’un terme est distribué, cela signifie que ce terme et pris dans toute son extension ou, en d’autre terme, qu’il est pris universellement dans une relation de distribution. Autrement dit, un terme est distribué (c’est-à-dire universellement) est un terme qui, dans une proposition, se réfère à tous les membres de la classe qu’il désigne.

Le sujet est pris dans toute son extension quand il s’agit uniquement de la proposition universelle c’est-à-dire A ou E : exemple : Tous les professeurs sont intelligents. Ici le terme « professeur » est pris dans toute son extension car aucun professeur n’est exclu. Tandis que le prédicat est pris dans toute son extension quand il s’agit uniquement d’une proposition négative, c’est-à-dire E ou O : exemple : Quelques intellectuels ne sont pas des professeurs. Ici « professeur » en tant que prédicat  est pris dans toute son extension car cette proposition signifie personne permis tous ceux qui ont l’identité de professeur ne se trouve dans le groupe de ces « Quelques intellectuels » considérés : donc toute la classe des professeurs est exclue de ces intellectuels  dont il est question.

Dans toute proposition universelle (A et E), le prédicat est toujours particulier et dans toute proposition particulière (I et O), le sujet est toujours particulier. Ce que nous venons de dire se résume comme suit :

-      Dans la proposition A, on a : Sujet universelle et prédicat particulier

-      Dans la proposition E, on a : sujet universel et prédicat universel

-      Dans la proposition I, on a : sujet particulier et prédicat particulier

-      Dans la proposition O, on a : sujet particulier et prédicat universel

La notion de « distribution » permet d‘analyser bien les syllogismes car l’extension des termes dans les processus (surtout le moyen terme) influence la liaison de conséquence logique dans un raisonnement.

II.4.5. La théorie de l’inférence intermédiaire

L’inférence intermédiaire est une proposition de déduction qu’on peut faire d’une proposition, pour aboutir à une proposition ayant la valeur de vérité équivalente à celle de la première. La règle fondamentale est que la proposition qui résulte de l’inférence intermédiaire ne doit rien affirmer (nier) au-delà de ce qui est affirmé (ou nié) par la proposition de départ. Nous pouvons retenir quatre types d’inférences intermédiaires : l’opposition, la conversion, l’obversion et la contraposition. La première ayant été expliquée avec le carré logique, appelé aussi carré d’opposition, nous allons maintenant expliquer les trois autres.

II.4.5.1. La conversion des propositions

La conversion d’opposition consiste à interchanger des termes en maintenant le sujet  la place du prédicat et vice versa sans pour autant altérer la vérité de la proposition. IL existe deux sortes de conversion : la conversion simple dans laquelle la qualité ne change pas et la conversion par accident où la quantité varie. Voici les principales applications de cette règle :

1)    L’universelle affirmative (A) se convertit en la particulier affirmative (I) c’est la conversion par accident ; exemple : « Tous les hommes sont mortels » (A) se convertit en « Quelques mortels sont des hommes » (I). En effet, affirmer que « tous les hommes sont mortels » ne signifie pas que « tous les mortels sont des hommes »,

2)    L’universelle négative (E) se convertit en l’universelle négative (E) : c’est la conversion simple car les deux termes sont pris universellement dans cette même proposition : exemples : « Aucun homme n’est pur esprit » se convertit en « Aucun pur esprit n'est homme ». En effet, dire qu’ »Aucun homme n’est pur esprit », c’est aussi affirmer qu’ « Aucun pur esprit n’est homme ».

3)    La particulière affirmative (I) se converti en a particulière affirmative (I). Ici aussi, nous avons une conversion simple parce que les deux termes y sont pris particulièrement. Exemple : « Quelques hommes sont sages » se converti en « Quelques sages sont hommes ». Dire que « Quelques hommes sont sage », c’est aussi affirmer que « Quelques sages sont hommes »

4)    La particulière négative (O) ne peut pas être convertie. En effet dire par exemple que « Quelques hommes ne sont pas des médecins » ne signifie pas que « Quelques médecins ne sont pas des hommes ».

II.4.5.2. L’obversion des propositions

L’obvsersion d’une proposition consiste à introduire une double négation pour avoir une proposition équivalente à la première. Il s’agit d’appliquer la négation à la copule en changeant la qualité de la proposition, et au prédicat en remplaçant par son complément logique. Exemple : le complément logique du terme « mortel est « non mortel ».

Voici les résultats de l’obversion :

1)    L’obverse universelle affirmative  (A)  est l’universelle négative (E). Exemple : « Tous les hommes sont mortels » (A) a comme obsession : « Aucun homme n’est non mortel »

2)    L’obverse de l’universelle négative (E) est l’universelle affirmative (A) : exemple « Aucun homme n’est ange » a comme obverse « Tous les hommes sont non-anges » (A)

3)    L’obverse de la particulière affirmative (I) est la particulière négative (O) ; exemple : « Quelques étudiants sont absents » (I) a comme obverse « Quelques étudiants ne sont pas non absents » (O)

4)    L’obverse de la particulière négative (O) est la particulière négative (I) ; exemple : « Quelques hommes ne sont pas des médecins » (O) a comme obverse « Quelque homme sont non médecin » (I)

II.4.5.3. La contraposition des propositions

La contraposition d’une proposition consiste à remplacer le sujet par le complément logique du prédicat et le pédicat par le complément logique du sujet sans agir sur la qualité de la proposition. Une autre manière de trouver la contraposition d’une proposition est de faire successivement l’obversion, la conversion et l’obversion.

Voici les principales applications de la contraposition :

1)    La contaposée de l’universelle affirmative (A) est l’universelle affirmative (A) : exemple : « Tous les hommes sont mortels » (A) a comme contraposée « Tous les non mortels sont des hommes » (A)

2)    L’universelle négative (E) a come contraposée la négative particulière (O). En effet,  dire par exemple qu’ « Aucun hommes n’est immortel » (E) ne signifie pas qu’ « Aucun non mortel n’est non homme » mais plutôt « Quelque non immortels ne sont pas non-hommes » (O). O a ici la contraposition atténuée ou par accident.

3)    La particulière affirmative (I) elle aussi n’a pas de contraposée valide. Dire par exemple que « Quelques hommes sont des médecins » (E) ne signifie pas que « Quelques non médecins sont des non hommes ». En effet, si nous appliquons la méthode obversion-conversion-obversion nous avons : l’obversion de « Quelques S sont P » est « Quelques S ne sont pas non P » or, celle-ci ne peut pas être convertie. Donc, on est bloqué.

4)    La particulière négative (O) a comme contraposée la particulière  négative (O) ; ex : « Quelques citoyens ne sont pas des législateurs » a comme contraposée « Quelque non législateurs ne sont pas des non citoyens ».

EXERCICES D’APPLICATION

1.     Créer toutes les oppositions possibles aux propositions suivantes :

a)     Tous les enfants ne sont pas gentils

                                 i.         Opposition par contrariété : Tous les enfants sont gentils

                               ii.         Opposition par contradiction : Quelques enfants sont gentils

                              iii.         Opposition par subalterne : Certains enfants ne sont pas gentils

b)    Aucun militaire n’est élégant

c)     Tous les hommes sont honnêtes

d)    Tous les trains arrivent à l’heure

  

CHAPIII : LES SYLLOGISMES

1. Théories générales du syllogisme

1.1. La nature du syllogisme

Selon Aristote, le syllogisme « est un discours dans lequel, certaines choses posées, une chose différente d’elles en résulte nécessairement par le seul moyen de ce données ». Il s’agit donc d’un discours dont les éléments suivent un ordre précis afin que ce qui est affirmé au départ produise nécessairement ce qui vient après. Ces «  choses posées » ou élément de départ, sont les prémisses tandis que ce «  qui en résulte : ce qui vient après ; est la conclusion. Celle-ci    doit :

-      Etre différente des prémisses. Si la conclusion est une répétition d’une des prémisses, ce n’est plus un syllogisme. En tant que raisonnement, le syllogisme consiste à partir des prémisses (qui sont des vérités évidentes, soit des vérités posées comme base du raisonnement) de dire quelque chose de nouveau à travers la conclusion.

-      Résulter uniquement et nécessairement des prémisses. La conclusion doit découler de ce qui est dit dans les prémisses uniquement, sans faire intervenir d’autres informations extérieures. Autrement dit, la conclusion ne doit pas dépasser les limites tracées par les prémisses prises ensembles (les deux prémisses définissent les conditions de la conclusion). Par conséquent, cette liaison entre les prémisses et la conclusion doit être nécessaire, c’est-à-dire une liaison qui est telle que les choses ne pourraient pas être autrement. Cette liaison sera donc appelée une liaison de conséquence logique.

En logique, la conséquence peut être comprise de deux  manières : la conséquence comme liaison et la conséquence comme fruit de la liaison. Pour distinguer les deux, nous pouvons utiliser le terme « conséquence » pour la liaison et « conséquente » pour la conclusion considérée comme proposition : La conséquence est une liaison tandis que la conséquente est une proposition qui est le fruit de la conséquence. Il ne faut donc pas confondre la nécessité de la conséquence et la nécessité de la conséquente.

1.2. La validité du syllogisme et la vérité des propositions

Nous avons dit qu’il faut bien différentier la nécessité de la conséquence (en tant que liaison entre prémisses et la conclusion) et la nécessité de la conséquente (c’est-à-dire la conclusion en tant que proposition). La nécessité de la conséquence établit la validité du syllogisme tandis que la nécessité de la conséquente établit la vérité de la conclusion (et cette vérité dépends du rapport de convenance ou non entre le sujet et le prédicat à l’intérieur même de la proposition). La logique s’occupe de la conséquence pour voir si elle est logique, c’est-à-dire pour voir si elle est une liaison nécessaire.

Il est donc évident que la logique s’occupe surtout de la conséquence logique. De plus, la conséquence (c’est-à-dire la liaison entre les prémisses et la conclusion) est la logique si elle est nécessairement, tandis que la conséquente (c’est-à-dire la conclusion) est logique si elle est le fruit d’une conséquence logique. La définition aristotélicienne permet aussi de comprendre que le syllogisme ne signifie pas nécessairement ou seulement le syllogisme catégorique car même les syllogismes affectés par un mode : possibilité, impossibilité, nécessité, contingence) peuvent prendre le schéma du syllogisme catégorique. En effet, le syllogisme tel que définie par Aristote est le type du raisonnement auquel tout raisonnement qui se veut cohérent doit s’adapter.

En réalité, la vérité de la conclusion dépend de  la vérité des prémisses dont elle découle. Or, dans un syllogisme, la vérité des prémisses est, souvent posée (c’est d’ailleurs ce qui ressort de la définition d’Aristote) et, par conséquent, supposée : donc elle n’est pas toujours vérifiée (et ce n’est pas la préoccupation de la logique formelle). La vérité et la fausseté de la conclusion suivent les lois fondamentales suivantes :

1)    Du vrai ne peut résulter que le vrai : si toutes les prémisses sont vraies, la conclusion sera nécessairement vraie.

Ex : Tout homme est mortel (vrai),

or Socrate est un homme (vrai),

donc, Socrate est mortel (vrai)

 

2)    Du faux peut résulter ou le vrai ou le faux : Si ; au moins, l’une des prémisses est fausse, la conclusion peut être vraie (par accident) ou fausse.

Exemple :

-      Pour le cas de la conclusion fausse :

 

L’homme est pur esprit (faux),

or les purs esprits ne sont pas intelligents (faux),

donc l’homme n’est pas intelligent (faux)

 

-      Pour le cas de la conclusion vrai par accident :

 

L’homme est pur esprit (faux),

or les purs esprits sont intelligents (vraie),

donc, l’homme est intelligent (vrai)

Tous les trois syllogismes sont des syllogismes valides, indépendamment de la vérité ou de la fausseté des prémisses et de la conclusion.

Examinons maintenant l’exemple suivant :

Tous les animaux sont mortels (vrai),

or Tous les hommes sont mortels (vrai)

donc, Tous les hommes sont des animaux (vrai)

Dans cet exemple, les affirmations des prémisses et de la conclusion non seulement sont vraies, mais aussi nécessaires. Et pourtant le syllogisme est invalide car, la liaison entre les prémisses et la conclusion n’est pas une liaison de conséquence logique ; autrement dit, liaison entre les prémisses et la conclusion n’est pas une liaison nécessaire. En effet, dire que « Tous les animaux sont mortels » (cf. prémisse 1) ne signifie pas que « Tous les mortels sont des animaux ». Par conséquent, « Tous les hommes » pourraient être « mortels » (cf. prémisse2) sans être nécessairement des animaux. Donc, même si la conclusion est vraie, les informations fournies par les prémisses n’autorisent pas une telle conclusion.

Bref, le syllogisme n’a pas l’objectif de nous dire lesquelles des propositions sont vraies ou fausses, mais plutôt les propositions qui, prises ensembles, sont compatibles ou non. Ce qui est affirmé dans la conclusion peut être nécessairement vraie sans que cette conclusion soit ne conséquence nécessaire des prémisses : tout comme la conclusion peut être une conséquence nécessaire des prémisses sans être nécessairement vraie. Autrement dit, un syllogisme invalide peut être compatible avec une conclusion vraie, tout comme un syllogisme valide peut être compatible avec une conclusion fausse.

1.3. La matière et la forme du syllogisme

Ce que les syllogismes valides ont en communs ce ne pas la matière, mais plutôt la forme. La matière du syllogisme se situe à deux : la matière éloignée et la matière prochaines. La matière éloignée est constituée de trois termes à savoir :

-      Le grand terme (représenté par la lettre T)

-      Le petit terme (représenté par la lettre t),

-      Le terme moyen (représenté par la lettre M)

 

Obligatoirement et nécessairement :

-      Le grand terme (T) est le prédicat de la conclusion

-      Le petit terme (t) est le sujet de la conclusion

-      Le terme moyen est le terme qui sert à unir les deux termes extrêmes T et t : il se trouve dans les deux prémisses mais jamais dans a conclusion.

-      T et t sont aussi appelés les termes extrêmes par ce qu’ils doivent être comparés. Quant au terme moyen (M), il sert d’unité de comparaison et, pour unir les deux termes extrêmes.

 

La matière prochaine du syllogisme, ce sont les propositions obtenues à travers des relations d’attribution entre les trois termes. On a donc trois types de propositions :

-      La majeure : c’est la prémisse qui contient le  grand terme (T)

-      La mineure : c’est la prémisse qui contient le petit terme (t)

-      La conclusion : c’est la proposition qui unit les deux termes extrêmes t et T. Dans la conclusion, t est toujours sujet  tandis que T est toujours prédicat (ce qui n’est pas toujours le cas dans les prémisses). C’est pourquoi on peut les remplacer respectivement par S et P

La forme du syllogisme est la conséquence logique en tant que liaison entre prémisses et la conclusion. Comme nous l’avons déjà souligné, c’est sur cette liaison  que la logique formelle se concentre, faisant abstraction de la matière. Pour cela, les termes et les propositions sont présentés de manière formelle avec les autres. On parlera alors de figures et de modes de syllogisme. Ceux-ci permettent d’identifier les syllogismes valides en tenant compte de leurs formes seulement, et c’est à travers d’eux que s’exprime la conséquence logique en tant que liaison nécessaire entre les prémisses et la conclusion ou, en d’autre termes en tant que forme du syllogisme. Essayons d’illustrer cela dans le tableau ci-dessous :

Ex de syllogisme

Ex. de figure de syllogisme (par rapport aux termes)

Ex. mode de syllogisme (par rapport aux propositions)

Tout animal est mortel

Or, tout homme est un animal

Donc, tout homme est mortel

M---P

S---M

--------

 S---P

Majeur : A

Mineur : A

Conclusion : A

 

         Le syllogisme correspond au mode

BARBARA

Tout M est P

Or, Tout S est M

-----------------------

Donc, Tout S est P

 

Déjà à partir de la figure, on s’éloigne de la matière pour aboutir, avec le mode de syllogisme, à une forme syllogistique en AAA, où même les termes consignificatifs (appelés aussi, dans ce cadre quantificateurs : Tous, quelques, etc.) sont remplacés. Cela veut dire que le mode BARBARA, étant un mode valide, représente tous les syllogismes en AAA, indépendamment de la matière qu’ils traitent, et ces syllogismes sont valides s’ils réalisent les règles qui régissent ce mode. La logique formelle étudie donc ces règles qui régissent les figures et les modes de syllogismes pour dégager ceux qui sont valides et ceux qui ne le sont pas.

2. Les règles générales du syllogisme catégorique

Les logiciens médiévaux ont mis sur pied huit règles principales qui régissent le syllogisme catégorique. Ces règles (ou lois ou axiomes)  concernent la forme du syllogisme, c’est-à-dire la disposition correcte des termes et des propositions ; Ces règles sont les suivantes :

1.     Il doit y avoir toujours et seulement trois termes (ni moins, ni plus) 

 Deux termes S et P à comparer et un troisième M qui set de mesure. Pour cela, le terme M doit toujours avoir le même sens (intension ou compréhension) dans la proposition majeur et dans la mineure. Un terme M confus, c’est-à-dire qui manque la clarté et la distinction, introduit, par sa polysémie, un quatrième et la comparaison n’est plus possible.

Exemple :

Celui qui n’est pas libre ne peut pas pécher

Or, le prisonnier n’est pas  libre,

Donc, le prisonnier ne peut pas pécher ( ?)

 

Dans cet exemple, « ne pas être libre » a deux significations différentes : « Manque la capacité de poser des actes volontaires » et « manquer la liberté de mouvement ». Nous avons donc ici quatre termes au lieu de trois.

2.     La conclusion ne doit pas être plus large que les prémisses :

En d’autres termes, la conclusion ne doit pas dépasser ce qui a été dit dans les prémisses, ou encore, les termes S (sujet) et P (prédicat) doivent garder les mêmes extensions respectives aussi bien dans les prémisses que dans la conclusion (cf. la notion de distribution). En effet, un terme qui est pris dans le sens universel n’est plus le même quand il est pris dans le sens particulier, ils doivent plutôt deux termes, ce qui ferait quatre termes au lieu de trois.

Exemples :

Tous les révolutionnaires sont dangereux

Or, Quelques les révolutionnaires sont des philosophes

Donc, Tous les philosophes sont dangereux ( ?)

 

Dans cet exemple, le terme « philosophes » est particulier dans la mineure et universel dans la conclusion ; ce qui rend invalide le syllogisme. Il faut que la conclusion soit, elle aussi particulier : Quelques philosophes sont dangereux.  En effet, Même si tous les révolutionnaires sont des philosophes cela ne veut pas dire que tous les philosophes sont des révolutionnaires : la totalité des révolutionnaires sont en réalité, quelques philosophes. Par conséquent, les expressions « tous les philosophes » et « quelques philosophes » ne signifient pas la même chose ; d’où le syllogisme en question a introduit des choses qui ne font pas partie de la comparaison.

3.     Le terme moyen (M) doit être, au moins une fois être pris dans toute son extension :

(C’est-à-dire quand il est sujet dans une proposition universelle ou prédicat dans proposition négative). C’est parce qu’il sert de mesure qu’il doit être pris, au moins une fois dans toute son extension soit dans la majeur, soit dans la mineur.

4.     Le terme moyen (M) doit apparaitre dans les deux prémisses, mais ne doit jamais entrer dans la conclusion : 

En effet non seulement les termes doivent être trois (cf. la première règle), mais aussi chaque terme (M, S, P) doit être présent deux fois seulement dans le syllogisme. Or si le terme moyen (M) entre dans la conclusion, il apparaît trois fois dans le syllogisme, et dans ce cas, le raisonnement n’est pas correct.

Ex1 Tous les hommes sont libres

Or Tous les hommes sont des vivants

Donc, les hommes sont des vivants libres( ?)

 

         La conclusion correcte devrait être : « Quelques vivants sont libres »

 

Ex: Tous les malades ont besoins des médicaments

            Or, Tous les hommes déprimés sont des malades

Donc, Tous les malades sont des hommes déprimés( ?)

 

La conclusion correcte devrait être : « Tous les hommes déprimés ont besoins des médicaments »

 

5.     Deux prémisses affirmatives ne peuvent pas donner lieu à une conclusion négative :

En effet, si chacun des deux termes est en accord avec le troisième, ces termes doivent, à leurs tours, être en accord entre eux. C’est l’un des principes même du syllogisme.

 

Ex : Tous les hommes sont des êtres mortels

            Or, Tous les êtres mortels sont heureux

            Donc, Quelques êtres humains ne sont pas des hommes

 

Il est évident que la conclusion dit ce que les prémisses ne disent pas, car, d’après ces dernières, nous savons que « Tous les hommes sont heureux » et ceci devrait être conclusion.

Cependant, cette règles des prémisses affirmatives n’est valable qu’ensemble avec d’autres règles vues comme le montrent les exemples suivantes :

 

Ex: L’animal est un être vivant

            Or, L’hommes est être vivant

            Donc, L’homme est un animal ( ?)

La conclusion est correcte si on considère la règle des prémisses affirmatives, mais le raisonnement n’est pas correct puisqu’il est contre la règle selon laquelle « Le terme moyen « M » doit être, au moins une fois être pris dans toute son extension » (Cf. règle n°3). Ici, « être vivant » est pris dans le sens particuliers aussi bien dans la majeure que dans la mineure.

Ex: L’homme est un être vivant

            Or EGO est un être vivant

            Donc, EGO est un homme ( ?)

  

Ici, le terme moyen n’a pas été pris dans toute son extension en aucun cas

6.     Deux prémisses négatives ne peuvent donner lieu à aucune conclusion :

En effet, si le terme moyen M ne convient à aucun des termes en comparaison, cela veut dire que ces termes en comparaison n’ont rien en commun. Par conséquent un syllogisme de ce genre est invalide

 

Ex: Aucune pierre n’est intelligente

            Or Aucun homes n’est une pierre

            Donc, Aucun homme n’est intelligent ( ?)

Dans cet exemple, le terme « pierre » en tant que terme moyen n’arrive pas à comparer ou confondre les termes « intelligente » et « homme » puisqu’aucun de ceux-ci ne convient à la pierre. Par conséquent, il n’y a pas possibilité de conclure : Le fait de « ne pas être une pierre » ne suffit pas pour « ne pas être intelligente »

 

 

Ex: L’arbre n’est un animal

            Or Le chien n’est pas un arbre

            Donc, Le chien n’est pas un animal ( ?)

 

Ici aussi, le terme « arbre » en tant que terme moyen (M) n’établit aucune connexion entre les termes « chien » et « animal ».

 

Cependant, il faut aussi faire attention avec la formulation des propositions comme dans l’exemple suivant :

 

Seuls les étudiants n’aiment pas la logique

Or Robert n’est pas un étudiant

Donc Robert aime la logique

 

Malgré l’apparence, les deux prémisses ne sont pas toutes négatives car la prémisse majeur est affirmative et signifie : « Tous ceux qui ne sont pas étudiants aiment la logique ». Pour cela, le syllogisme est valide et le raisonnement est correct.

 

7.     Deux prémisses particulières ne donnent lieu à aucune conclusion :

 

Nous avons quatre possibilités de syllogismes à deux prémisses particulières :

1.     Deux prémisses négatives (O-O) : cette possibilité est déjà exclue par la règle qui dit que « Deux prémisses négatives ne peuvent donner lieu à aucune conclusion » (règle n°6 ci-haut évoquée).

 

2.     Deux prémisses affirmatives (I-I) comme dans l’exemple suivant :

 

Quelques burundais sont intelligents

Or, Quelques ignorants sont burundais

Donc, Quelques ignorants sont intelligents ( ?)

 

Il est évident que ce syllogisme n’est pas valide parce qu’il va contre la règle qui dit que « Le terme moyen (M) doit être , au moins une fois pris dans toute son extension » (Cf. la règle n°3). Or dans ce syllogisme, le moyen terme « burundais » qui sert d’unité de mesure est particulier aussi dans la majeure particulière (où il est sujet) que dans la mineure affirmative (où il est prédicat).

 

3.     Deux prémisses où une est une affirmative et l’autre négative (I-O) comme dans l’exemple suivant :

 

Quelques burundais ont de l’argent

Or, Quelques commerçants ne sont pas burundais

Donc, Tous commerçant n’ont pas d’argent ( ?)

 

Ce syllogisme n’est pas valide parce qu’il va contre la règle qui dit que « La conclusion ne doit pas être plus large que les prémisses » (voir la règle n°2). En effet, le prédicat « avoir de l’argent) est particulier  dans la prémisse majeure et universelle dans la conclusion.

 

4.     Deux prémisses où l’une est négative et l’autre affirmative (O-I) comme dans l’exemple suivant :

Quelques burundais n’ont pas de diplômes

Or, Quelques professeurs d’université sont burundais

Donc, Quelques professeurs d’université n’ont pas de diplômes ( ?)

Ce syllogisme n’est pas valide parce qu’il va contre la règle qui dit que « Le terme moyen (M), doit être au moins une fois être pris dans toutes son extension » (voir la règle n°3). Or dans ce syllogisme,  le moyen terme « burundais » qui sert d’unité est particulier aussi bien dans la majeur particulière (où il est sujet) que dans la mineure affirmative (où il est prédicat).

 

8.     LA CONCLUSION SUIT TOUJOURS LA PARTIE LA PLUS FAIBLE DES PREMISSES :

Cela veut dire deux choses :

1.     une des prémisses est négative (puisque la possibilité de deux prémisses négatives est déjà écartée par la règle n°6) ; la conclusion sera négative car, une prémisse affirmative et une prémisse négative ne peuvent donner lieu à une conclusion affirmative.

 

Aucun animal n’est immortel

Or, Les chèvres sont des animaux

Donc, les chèvres ne sont pas immortelles

 

2.     Si une des prémisses est particulière (puisque la possibilité de deux prémisses particulières est déjà écartée par la règle n°7), la conclusion, elle aussi, doit être particulière car une prémisse universelle et une prémisse particulière ne peuvent par donner lieu à une conclusion universelle. Ici, nous avons trois possibilités (sans tenir compte de la position du moyen terme) :

Le cas de A-O :

            Ex : Tous les philosophes sont des hommes

                        Or, Quelques artistes ne sont pas des philosophes

                        Donc, Quelques artistes ne sont pas des hommes

Le syllogisme est valide et la conclusion est particulière   

Le cas de A-I

                        Ex : Tous les hommes sont des animaux

                                    Or, Quelques être vivants sont des hommes

                                    Donc, Quelques être vivants sont des animaux

 

            Le syllogisme est valide et la conclusion est particulière

 

Le cas de E-I

            Ex : Aucun homme malhonnête n’est louable

                        Or, Quelques commerçants sont malhonnêtes

                        Donc, Quelques commerçants ne sont pas louables

 

            Le syllogisme est valide et la conclusion est particulière

3.     Les figures et les modes du syllogisme catégoriques

3.1.         Les figures du syllogisme

 

 On appelle « figure » du syllogisme, l’aspect qu’il prend selon la position du moyen Terme (M) dans les deux prémisses. On peut avoir quatre figures :

Ou le moyen terme est sujet en la majeure et prédicat en la mineure, ce qui fait la première figure ;

Ou il est prédicat en la majeure et en la mineure, ce qui fait la deuxième figure;

Ou il est sujet en l’une et l’autre, ce qui fait la troisième figure;

Ou il est enfin prédicat dans la majeure et sujet en la mineure, ce qui peut faire une quatrième figure.

 

D’où donc :

FIGURE I (SUB-PRAE)

Le moyen terme M est :

Sujet de la majeure

Prédicat de la mineure

 

M est P

S est M

---------

S est P

 

 Ex :

Tous burundais est africain

Or, EGO est burundais

Donc, EGO est africain 

 

FIGURE II (PRAE-PRAE)

Le moyen terme M est :

Prédicat de la majeure

Prédicat de la mineure

 

P est M

S est M

-------

S est P

 

Ex :

Aucun arbre n’est animal

Or, tout chat est un animal

Donc, Aucun chat n’est arbre

 

FIGURE III (SUB-SUB)

Le moyen terme M est :

Sujet de la majeure

Sujet de la mineure

 

M est P

M est S

-----

S est P

 

EX :

L’homme est intelligent

Or, Tout hommes est un animal

Donc, Quelques animaux sont intelligents

FIGURE IV (PRAE-SUB)

Le moyen terme M est :

Prédicat dans la majeure

Sujet dans la mineure

 

P est M

M est S

------

S est P

 

Ex :

Les écrivains sont des intellectuels

Or, quelques intellectuels sont africains

Donc, quelques africains sont des écrivains.

 

3.2.         Les lois régissant les figures du syllogisme

FIGURE I (SUB-PRAE)


M        -           P

S          -           M

---------------------

S          -           P

Pour cette figure, toutes les lois du syllogisme se résument en ces deux qui suivent :

Þ   La prémisse mineure doit être affirmative :

En effet, si la mineure est négative, la conclusion, elle aussi, sera négative (voir règle générale n°8) et aura pour cela un prédicat universel. Or, le prédicat  de la conclusion est aussi le prédicat de la majeure (et la majeur ne peut pas être, elle aussi négative en vertu de la règles générale n°6) et celle-ci a un prédicat particulier. Si donc la mineure est négative, son prédicat deviendra universel contre la règle n°2.

Þ   La prémisse majeure doit être universelle :

La mineure étant affirmative, le terme moyen (M) est particulier dans cette prémisse. Or, ce terme moyen doit être pris dans son extension au moins une fois dans les prémisses (voir la règle générale n°3), ce qui n’est possible que dans la majeure où il est le sujet. D’où la majeure doit être universelle.

N.B : Dans la première figure, on peut avoir des conclusions universelles et particulières, affirmatives ou négatives.

La première figure peut donc avoir ces deux schémas suivants :

M est P                               Aucun M n’est P

S est M                                               S est M

------------                                           ----------------

S est P                                    S n’est pas P

 

FIGURE II (PRAE- PRAE)

P         -           M

S          -           M

-----------------

S          -           P

 

Pour cette figure, toutes les lois du syllogisme se résument en ces deux qui suivent :

Þ   Une des prémisses doit être négative :

Dans cette figure, le terme moyen (M) est prédicat dans toutes les deux prémisses. Or, ce terme doit être pris dans toute son extension au moins une fois (voir la règle générale n°3). Pour que cela soit possible, il faut qu’une des prémisses soit négative.

Þ   La prémisse majeure doit être universelle :

Etant donné qu’une des prémisses est négative, la conclusion ; elle aussi sera négative (voir la règle générale n°8), ce qui veut dire que son prédicat (P) sera universel. Par conséquent et en vertu de la règle générale n°2, P devra être universel aussi dans la majeure où il est le sujet. D’où la majeure doit être universelle.

N.B : Da la deuxième figure, on aura seulement des conclusions négatives.

 

La figure deuxième peut avoir ces deux schémas suivants :

P est M                                                                                              Aucun P n’est M

S n’est pas M                                                                                    S est M

------------                                                                                                      ---------

S n’est pas P                                                                                     S n’est pas P

 

 

FIGURE III (SUB-SUB)

M        -           P

M        -           S

-----------------

S          -           P

 

Pour cette figure, toutes les lois du syllogisme se résument en ces deux qui suivent :

Þ   La prémisse mineure doit être affirmative :

La justification est la même comme dans la figure I .En effet, si la mineure est négative, la conclusion, elle aussi, sera négative (voir règle générale n°8) et aura pour cela le prédicat universel. Or, le prédicat de la conclusion est aussi le prédicat de la majeure (et la majeure ne peut pas être, elle aussi négative en vertu de la règle générale n°6) et celle a un prédicat particulier. Si donc la mineure est négative, son prédicat est universel contre la règle générale n°2)

Þ   La conclusion doit être particulière :

La mineure étant affirmative, le terme S qui est son prédicat est toujours particulier. Par conséquent, la conclusion sera toujours, en vertu de la règle générale n°8.

N.B : dans la troisième figure, on ne peut avoir que des conclusions particulières soit affirmatives, soit négatives.

La figure troisième peut donc avoir les deux schémas suivants :

 

M est P                                                                                  M n’est pas P

M est S                                                                                  M est P

-----------                                                                                --------------

Quelques S sont P                                                    Quelques S ne sont pas P

 

FIGURE IV (PRAE-SUB)

P         -           M

M        -           S

--------------

S          -           P

 

Aristote a distingué trois sortes de figures de syllogismes (les trois premières). Mais il n’a rien dit sur la quatrième figure qui, pourtant étant simple que les autres à identifier. C’est le médecin GALIER (2ème siècle ap. J.C) qui l’a introduite en logique. C’est pour cela qu’on l’appelle «  la figure galénique ». Au Moyen Age, les scholastiques de la première génération des logiciens inspirés par Aristote n’ont pas fait cas de la quatrième figure. A partir du XIV siècle, les logiciens ont préférés reconnaitre  quatre figures différentes

Les règles de la quatrième figure sont les suivantes :

Þ   « Si la conclusion est négative, la majeur doit être universelle »

Þ   «  Si la conclusion es affirmative, la mineur doit être universelle »

Þ   « Si la conclusion est universelle, elle ne peut être que négative »

 

C’est la complexité de cette figure qui est à la base de la formulation hypothétique de ses lois particulières, et cette formulation repose sur la conclusion qui est, en principe, ce qu’il faut chercher.

Ensuite, il y a deux règles générales délivrés qui aident aussi à comprendre la quatrième figure :

Þ   « La conclusion ne peut être universelle que si les deux prémisses sont universelles »

Þ   « Un terme qui est pris universellement dans la conclusion doit être pris universellement dans les prémisses »

En vertu des règles générales du syllogisme et de ces cinq liées à la quatrième figure, celle-ci peut avoir trois schémas :

 

Tous P est M             Aucun P n’est M                               Quelque P est M

Aucun M n’est S                   Quelques M est S                              Tous M est S

------------                               ------------------                                   ---------------------

Aucun S est P                        Quelques S n’est pas P                     Quelques S est P

 

N.B : Tous les autres syllogismes de la quatrième figure qui n’entrent pas dans ces trois schémas sont soit invalides, soit atténués ou défectueuses, tout cela pour des raisons qui seront clarifiées ultérieurement.

 

3.2. Les modes et la validité du syllogisme

 

On appelle « mode » du syllogisme, la forme que pend ce syllogisme en suivant la variation de la quantité et de la qualité des prémisses dans la figure. Ce sont les modes de syllogisme qui constitue les syllogismes. Pour cela, les lois qui régissent aussi les modes en  dérivent. Ces lois (que nous avons vues pour chaque figure) permettent d’écarter les modes invalides pour reste avec les modes valides.

 

Théoriquement, on peut avoir 256 modes de syllogismes. En effet, en faisant simplement varier la quantité et la qualité des prémisses, nous avons pour chaque  figure la suite suivant ; AAA, AAE, AAO, AAI, AEA, AEE, etc. Jusqu’à OOO, soit 64 modes pour chaque figure. Pour les quatre figures, cela fera 64 x 4 =256.

Cependant, de tous ces modes, seuls quelques-uns sont valides ; soit 24 modes valides.

Les modes valides obéissent donc aux deux types de règles précédemment vues :

Þ   Les règles générales régissant tous les syllogismes valides : il s’agit des huit règles évoquées précédemment ;

Þ   Les règles particulières régissant chaque figure : Pour les deux premières figures, les règles particulières suffisent parce qu’elles obéissent immédiatement aux règles générales. Pour ce qui est de la troisième figure, il faut faire intervenir simultanément les règles générales et les règles particulières pour retrouver les modes valides

A RETENIR 1 !

La disposition des trois propositions selon leurs quatre différences, A, E, I, O, s’appelle mode. Et la disposition des trois termes, c’est-à-dire du moyen avec les deux termes de la conclusion, s’appelle figure. Or, on peut compter combien il peut y avoir de modes concluants, à n’y considérer point les différentes figures selon lesquelles un même mode peut faire divers syllogismes ; car, par la doctrine des combinaisons, quatre termes (comme sont A, E, I, O), étant pris trois à trois, ne peuvent être différemment arrangés qu’en soixante-quatre manières ; mais de ces soixante-quatre diverses manières, ceux qui voudront prendre la peine de les considérer chacune à part, trouveront qu’il y en a :

·       28 exclues par la troisième et la sixième règle, qu’on ne conclut rien de deux négatives et de deux particulières ;

·       18, par la cinquième, que la conclusion suit la plus faible partie ;

·        6, par la quatrième, qu’on ne peut conclure négativement de deux affirmatives ;

·       1, à savoir, I, E, O, suite aux conséquences des règles générales : la majeure d’un argument, dont la conclusion est négative, ne peut jamais être une particulière affirmative, car le sujet et l’attribut d’une proposition affirmative sont tous deux pris particulièrement: et ainsi le grand terme n’y serait pris que particulièrement.

·       1, à savoir, A, E, O, conséquence des règles générales : « C’est pourquoi il n’y a point de syllogisme où la majeure étant A, et la mineure E, la conclusion soit O; car  la conclusion d’une mineure universelle négative peut toujours être générale; de sorte que si on ne peut pas la tirer générale, ce sera parce qu’on n’en pourra tirer aucune ; ainsi, A, E, O, n’est jamais un syllogisme à part, mais seulement entant qu’il peut être enfermé dans A, E, E ».

Ce qui fait en tout cinquante-quatre, et par  conséquent il ne reste que dix modes concluants.



                              A         A         A                                             E         A            E        

                                      A        I        I                                                A          E            E

4 Affirmatifs              A         A         I                 6 Négatifs            E         A            O        

                                    I          A         I                                              A         O            O

                                                                                                           O         A            O

                                                                                                           E         I            O                                                                                                      

Mais cela ne fait pas qu’il n’y ait que dix espèces de syllogismes, parce qu’un seul de ces modes en peut faire diverses espèces selon l’autre manière d’où, se prend la diversité des syllogismes, qui est la différente disposition des trois termes, que nous avons déjà dit s’appeler figure.

 

EXERCICES D’APPLICATON

2.     Justifier la validité ou l’invalidité des syllogismes suivants après avoir déterminer leurs figures s’il y en a lieu :

                        i.         Le chien aboie

Or le chien est une constellation

Donc une constellation aboie

Þ   Invalide car le moyen terme présente deux sens différents ; donc le syllogisme a plus de trois termes c’est-à-dire quatre termes. Cf. la règle générale n°1

 

                      ii.         Nulle pierre n’est animale

Or ni homme n’est pierre

Donc ni homme est pierre

Þ   Invalide car de deux prémisses négative, on ne peut rein conclure. Cf. la règle générale n° 6

 

                     iii.         Quelques hommes sont riches

Or quelques animaux sont des hommes

Donc quelques animaux ne sont pas riches

Þ   Invalides car de deux prémisses particulières, on ne peut rien conclure. Cf. la règle générale n° 7

 

                     iv.         Tous les paresseux sont punis

Or BUNAME est paresseux

Donc BUNAME est puni

Þ   Figure 1 : Valide car, le syllogisme toutes les définitions posées à priori.

 

                       v.         Aucun commerçant n’est juste

Or EGO est un commerçant

Donc EGO n’est pas juste

Þ   Figure 2 : Valide

 

                     vi.         Les insectes ne sont pas des invertébrés

Or les crustacés sont des invertébrés

Donc les crustacés sont des insectes

Þ   Figure 2 : Invalide car la conclusion n’a pas suivi la partie faible. Cf. la règle générale n°2

 

 

                   vii.         Tout homme est mortel

Pierre est homme

Donc Pierre est mortel

Þ   Figure1 : valide

 

                  viii.         Tout cercle est rond

Or nul triangle n’est rond

Donc nul triangle n’est cercle

 

Þ   Figure 2 : Valide

 

3.3.         Les règles régissant la validité des modes de syllogisme

 

Les modes possibles de la première figure

Règles particulières :

Þ   La majeure doit être universel, c’est-à-dire A ou E

Þ   La mineure doit être affirmatives, c’est-à-dire A ou I

En combinant les éléments de ces règles, nous n’avons donc que quatre possibilités de syllogismes valides parmi les dix modes concluants de la première figure.

Et par conséquent, il ne reste que ces quatre modes :

.    A, A, A.

                              A, I, I.                   

 


2 Affirmatifs.       A, A, A.                                               E, A, E.

                                 A, I, I.                    2 Négatifs              E, I, O.

 

 

Majeure

Mineure

Conclusion

Nom

Mode

A

A

A

BARBARA

1 er mode

E

A

E

CELARENT

2è mode

A

I

I

DARII

3è mode

E

I

O

FERIO

4è mode

 

Ainsi donc :

1)    A, E, E, et A, 0, O, sont exclus par la première règle de cette figure, qui est que la mineure doit être affirmative.

2)    I, A, I, et O, A, O, sont exclus par la deuxième, qui est que la majeure doit être universelle.

3)    A, A, I, et E, A, O, sont exclus par  la règle générale deuxième : car le petit terme étant sujet dans la mineure, elle ne peut être universelle que la conclusion ne puisse l’être aussi.

 

 

 

 

Les modes possibles de la deuxième figure

 

Règles particulières :

Þ   La majeur doit être universelle, c’est-à-dire A ou E

Þ   Une des prémisses doit être négative, c’est-à-dire E ou O

 

La combinaison de ces règles donne lieu aux  quatre modes de syllogisme valides.

 

 


2 Généraux           E, A, E.    2 Particuliers             E, I, O.

                               A, E, E.                                    A, O, O.

 

Majeur

Mineure

Conclusion

Nom

Mode

A

E

E

CAMESTRES

1 er Mode

A

O

O

BAROCO

2 è Mode

E

A

E

CESARE

3 è Mode

E

I

O

FESTINO

4è Mode

 

Ainsi donc, des dix modes concluants :

1)     les quatre affirmatifs sont exclus par la première règle de cette figure, qui est que l’une des prémisses doit être négative.

2)    O, A, O, est exclu par la seconde règle, qui est que la majeure doit être universelle.

3)    E, A, O, est exclu par la même raison qu’en la première figure, parce que le petit terme est aussi sujet en la mineure

 

Les modes possibles de la troisième figure

 

Règles particulières :

Þ   La mineure doit être affirmative ; c’est-à-dire A ou I

Þ   La conclusion doit être particulière,c’est-à-dire I ou O

La combinaison de ces règles donne lieu aux  six modes de syllogismes valides dont deux d’entre eux sont dits défectueux (la conclusion est particulière alors que toutes ses prémisses sont universelles.

                                    A, A, I.                                        E, A, O.                

3 affirmatifs               A, I, I.              3Négatifs             E, I, O.

                                    I, A, I.                                      O, A, O.

 

Majeur

Mineure

Conclusion

Nom

Observation

A

A

I

DATAPTI

Défectueux

I

A

I

DISAMIS

Valide

A

I

I

DATISI

Valide

E

A

O

FELAPTON

Défectueux

O

A

O

BOCARDO

Valide

E

I

O

FELISON

Valide

 

Ainsi donc, des dix modes concluants :

1)    A, E, E, et A, O, O, sont exclus par la première règle de cette figure, qui est, que la mineure ne peut être négative.

2)    A, A, A, et E, A, E, sont exclus par la deuxième règle, qui est que la conclusion ne peut être générale.

 

Les modes possibles de la quatrième figure

Règles particulières à suivre :

Þ   Si la conclusion est négative, la majeure doit être universelle

Þ   Si la conclusion est affirmative, la mineure doit être universelle

Þ   Si la conclusion est universelle, elle ne peut être que négative

 

Et les deux règles générales dérivées :

Þ   La conclusion ne peut être universelle que si les deux prémisses sont universelles

Þ   Un terme qui est pris universellement dans la conclusion doit être pris universellement dans les prémisses

 

1.     Si la conclusion est négative, alors que la majeur doit être universelle ; la conclusion peut donc être négative universelle (E) ou négative particulier (O), tandis que la majeure peut être universelle affirmative (A) ou universelle négative (E) ; les modes possibles respectant ces norme sont les suivants :

 

3 Négatifs                       A, E, E.

                             E, A, O.

                                                  E, I, O.       

                        

Majeure

Mineure

Conclusion

Nom

Observation

A

E

E

CALEMES ou CAMENES

Valide

E

A

O

FESAPO

Défectueux

E

I

O

FRESISON

Valide

 

 

 

2.     Si la conclusion est affirmative, alors la mineure doit être universelle ; ici, les données de la règle signifie que pour la conclusion, nous pouvons avoir A ou I, les deux affirmatives ; pour la mineure, nous pouvons avoirs A ou E. La combinaison de ces règles donne lieu aux modes suivants :

                          AAI

2 Affirmatifs       IAI

 

Majeure

Mineure

Conclusion

Nom

Observation

A

A

I

BRAMANTIP

défectueux

I

A

I

DIMARIS ou DIMATIS

Valide

 

3.     Si la conclusion est universelle, elle ne peut qu’être négative : nous n’avons que E comme universelle négative. Par ailleurs, nous n’avons aucune condition ni de la majeure, ni de la mineure.  La combinaison donne lieu à un seul mode valide parmi les seize modes possibles.

 

Majeure

Mineure

conclusion

Nom

Observation

A

E

E

CAMENES

Valide

 

Vue d’ensemble :

Au total, les quatre figures donnent lieu au vingt (20) modes possibles  dont quinze (15) valides et cinq (5) défectueux ou atténués.  Certains d’entre eux se ressemblent :

1.     CELARENT (figure 1) et CESARE (figure 2)

2.     DAII (figure 1) et DATISI (figure 3)

3.     FERIO (figure 1), FESTINO (figure 2), FERISON (figure 3) et FRESISON (figure 4)

4.     CAMESTRES (figure 3), CALEMES  ou CAMENES (figure 4)

5.     DARAPTI (figure 3) et BRAMATIP (figure 4)

 

A RETENIR 2 !

Devant un syllogisme, il faut être toujours capable de :

1.     Vérifier bien la figure et le mode de syllogisme ;

2.     Vérifier si les règles ont  été bien respectées. Il s’agit des règles générales et des règles particulières pour chaque figure.

3.     Justifier l’invalidité du syllogisme si tel est le cas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EXERCICES D’APPLICATION

Conclure s’il y a eu lieu la suite des propositions syllogistiques suivantes, identifier leur figure et leur mode. Sinon, dites pourquoi.

 

1.     Aucun homme n’est immortel

Or, les anges sont immortels

 

2.     Tous les russes sont habitants de la Ruse

Or, tous les moscovites sont des Russe

 

3.     Quelques hommes sont intelligents

Or, tous les hommes sont des bipèdes

 

4.     Tous les grands scientifiques sont des universitaires

Or, tous les sportifs sont des universitaires

 

5.     Tout sot est ennuyeux

Or certains bavards ne sont pas ennuyeux

 

6.     Les puissants ne sont pas généreux

Or, les pauvres ne sont pas puissants

 

7.     Tout mammifère donne du lait

Or, aucun serpent n’est mammifère

 

8.     Tout homme est faillible

Or, aucun ange n’est homme

 

  

 

 

CHAPIV : QUELEQUES APPROCHES DE LA LOGIQUE MODERNE

 

1.     Introduction

On peut retenir de distinctions remarquables entre la logique classique d’Aristote d’avec la logique moderne : c’est l’utilisation systématique du symbolisme. C’est ainsi que la logique moderne est appelée logique symbolique.

 

1.1.         L’étude des signes

1.     La sémiotique

Le terme « sémiotique » est utilisé en des sens divers dans les sciences du langage. Si l’on met de côté le terme « sémiologie » avec lequel il est souvent rapproché, on peut distinguer trois emplois fréquents :

Le terme « sémiotique » désigne l’étude ou la science des signes[11]. En linguistique, la sémiotique a été développée par F. de SAUSSURE sous la terminologie de la « sémiologie ». L’école saussurienne a repris tantôt cette terminologie tantôt celle de « sémiotique ». Dans tous les cas, il s’agit d’étudier le langage comme système de signes. Bref, la sémiotique peut donc se définit comme « une théorie de la signification[12] ».

 

2.     Ce qu’un signe

Le signe est une entité réelle (chose ou évènement) émise par un émetteur et qui communique une information à un récepteur. Cette réelle porte le nom de « véhicule de signe ». Le véhicule de signe peut être de plusieurs sortes : verbal, scripturaire, gestuel, informatique, instrumental, etc.

 

3.     Relation sémiotique

Dès qu’un signe est présent, il existe une situation  sémiotique. Toute situation sémiotique comporte :

-      Un véhicule de signe

-      Trois genres de relations sémiotiques :

a)     Relation syntaxique : ce sont les relations qui existent entre les véhicules de signes eux-mêmes ; que ces derniers soient de même nature ou pas ; par exemple : entre les signes écrits ou simplement les phonèmes ou encore entre les instruments par lesquels on communique, etc.

b)    Relation sémantiques : relations existant entre les véhicules de signe et l’information

c)     Relation pragmatiques : ce sont des relations de deux sortes ; d’abord celle qui existent entre les véhicules des signes, d’une part, et l’émetteur et le récepteur ; d’autre part, ensuite celle qui existent entre émetteur et récepteur.

 

2.     Logique des propositions 

 

La logique moderne dont il est question s’inscrit dans le cadre syntaxique du langage. Elle utilise l’outil syntaxique adapté à chaque partie de la logique.

 

2.1.         Qu’est une proposition ?

 

C’est la logique dont les variables sont des propositions relatant des événements tels que : il pleut, je me promène, j’ai froid, etc. En logique des propositions, les variables propositionnelles sont représentées par des symboles. Ceux qui seront utilisés dans ce chapitre sont les symboles p, q, r, etc.

Ainsi, en utilisant les exemples donnés plus hauts, nous pouvons représenter « il pleut » par p, « je me promène » par q, « j’ai froid » par r.

En reprenant ces variables propositionnelles comme des arguments, on peut les relier par les foncteurs tels que : et, si…alors, etc.

Nous aurons ainsi donc la suite d’énoncés : s’il pleut  et que je me promène, alors j’ai froid ou si p et q alors r, ou encore, pÙq®r.

 

2.2.         Vérité et fausseté d’une proposition

 

Une proposition p peut être vraie ou fausse :

1)    On dit d’un énoncé « p » qu’il est « vrai » si et seulement si « p » signifie une situation p et que c’est le cas de p

Exemple : l’énoncé « il pleut » est dit « vrai » si et seulement si « il pleut » signifie qu’il pleut et c’est le cas qu’il pleut.

2)    On dit d’un énoncé « p » qu’il est « faux » si et seulement si « p » signifie une situation p et que ce n’est pas le cas de p.

Exemple : L’énoncé « Le Burundi est plus grand que la France » est faux, car il signifie que le Burundi est plus grand que la France, et ce n’est pas le cas.

 

2.3.         La valeur d’une proposition

 

La valeur d’une proposition est sa vérité ou fausseté. Cela veut dire que la VALEUR d’un énoncé vrai est la VERITE et celle d’un énoncé faux est la FAUSSETE.

Exemple : La valeur de « 2+2=9 est la fausseté ; la valeur de 2+2=4 » est la vérité

Vérité est abrégée par « I » et Fausseté par « 0 »

La logique des propositions dont il est question est bivalente, c’est-à-dire qu’elle reconnaît que deux valeurs, le vrai et le faux.  Elle fonctionne donc sur base du principe du tiers exclu.

En logique bivalente, un énoncé est faux quand il n’est pas vrai et inversement. Cela veut dire qu’un énoncé ne peut avoir que 2 valeurs : c’est le principe de bivalence.

Dans cette logique, tout énoncé a une et une seule valeur même si nous ne connaissons pas cette valeur.

Exemple : Le nombre des étoiles est divisible par 17… bien que nous ne connaissons pas la valeur de cet énoncé. Il doit être vrai et faux.

 

Il existe des logiques multivalentes dans lesquelles on admet plus de deux valeurs (logiques trivalentes, quadrivalentes, etc.). Ce sont notamment les logiques modales. Mais la logique courante fonctionne avec deux valeurs seulement.

2.4.         Négateur et négation

Une proposition peut passer d’une valeur à une autre au moyen d’un foncteur appelé « négateur ».

 

Le NEGATEUR est donc un foncteur qui, ajouté à un énoncé vrai forme un énoncé faux et inversement.

Dans l’exemple, « il ne peut pas », « nepas » est un négateur puisque si nous l’ajoutons à l’énoncé « il pleut », il forme un énoncé faux, à supposer bien sûr qu’il pleuve effectivement.

 

La négation d’un énoncé est un énoncé homoiomorphe[13] à cet énoncé mais  avec un négateur ajouté portant sur son ensemble.

 

N.B : Pour avoir une négation, l’homoiomorphe doit être complète. Exemple : La négation de « il pleut » est « il ne pleut pas » et non  « il fait soleil ».

 

Si nous représentons l’énoncé « il pleut » par p, nous pouvons représenter « il ne pleut pas par non p.

Tout cela peut être représenté dans le tableau appelé « tableau de vérité » ou « matrice de vérité » qui aura la forme suivante :

P

Non p

1

0

0

1

En effet, si p a la valeur 1, non p a nécessairement la valeur 0 ; si p a la valeur 0, non p a nécessairement la valeur 1.

Avec la « Non » de Non p, nous avons affaire à un autre monadique, c’est-à-dire, qui n’a qu’un argument. Nous pouvons avoir également des foncteurs dyadiques, c’est-à-dire qui ont deux arguments ou plus.

 

2.5.         Théorie formaliste des foncteurs et tableaux de vérité

a)    Foncteur de vérité

 

Un foncteur est foncteur de vérité dans la logique des propositions si et seulement si il est un foncteur propositionnel et si la valeur de l’expression composée de lui et de ses arguments est exclusivement déterminée par la valeur de ses arguments.

Exemple : Le négateur « N » ou « ~ » est foncteur de vérité parce que la valeur de « Np » ou « ~p » est exclusivement déterminée par la valeur de p.

 

b)    Le tableau de vérité

On représente un foncteur avec son ou ses arguments[14] au moyen d’un tableau de vérité. La constitution de ce tableau de vérité dépend du système de valeur dans lequel s’inscrit le foncteur, d’une part et, d’autre part, du nombre de ses arguments.

Représentons ce tableau de vérité T. Ainsi le tableau de vérité T d’un foncteur à n arguments (n-adique) dans un système à V valeurs est obtenu par la formule suivante :

                        T=

Exemples : Le tableau d’un foncteur ayant un argument dans un système à deux valeurs est T=  =2.

Ainsi, nous sommes dans un système binaire avec un argument p, nous aurons le tableau de vérité suivant :

                                              

P

1

0

Soit un tableau en deux possibilités. C’est le cas que nous avons avec le « négateur ».

Si nous sommes dans un système à 2 valeurs (binaire ou bivalent) avec deux arguments p et q, en appliquant la formule, nous aurons : T=  = 4

Soit le tableau suivant :

                                        

p

q

1

1

0

0

1

0

1

0

 

 

 

2.6.       Le nombre possible de foncteur

Un foncteur c’est une expression qui, dans une expression moléculaire, en détermine une autre.

Exemple : « La pluie tombe sur le gazon ». Dans cet énoncé, l’expression « tombe » détermine l’expression « la pluie » ; elle en est donc le foncteur et « la pluie » est son argument ; l’expression « sur le gazon » quant à elle détermine « la pluie tombe » ; elle en est le foncteur.

Le nombre possible de foncteur de vérité dans un système à V valeurs est obtenu suivant la formule suivante :

F=   d’où V= valeur et n=argument

Ainsi le tableau de foncteurs possible dans un système à deux valeurs pour un argument est : F= =4

Voici le tableau qui représente ce nombre de foncteurs :

p

f1p

f2p

f3p

f4p

1

0

1

1

1

0

0

1

0

0

 

Ce nombre de foncteur est simplement théorique. On peut remarquer par exemple que, dans le langage ordinaire, seule le foncteur (f3p) avec comme valeurs 0 et 1 correspond à quelque chose, à savoir le négateur.

2.7.       Le nombre de foncteur binaires dans un système à deux valeurs

Suivant la formule ci-dessus, le nombre de foncteurs binaires possibles dans un système à deux valeurs s’obtient comme suit :

F= =16. Voici le tableau qui représente ces foncteurs :

p q

f1pq     f2pq     f3pq     f4pq     f5pq     f6pq          f7pq   f8pq                         

1 1  1 0

0 1

0 0

 

1              1         1          1           0             1                 0        0

1              1         1          0           1             0                 0        1

1              1         0          1           1             0                 1        0

1              0         1          1           1             1                 1        1

p q

f16pq   f15pq   f14pq    f13pq   f12pq   f11pq      f10pq     f9pq  

1 1  1 0

0 1

0 0

 

0               0          0           0          1             0                1         1         

0               0          0           1          0             1                1         0

0               0          1           0          0             1                0         1

0               1          0           0          0             0                0         0

 

 

 

 

 

2.8.       Noms de foncteurs et fonctions binaires

FONCTION

NOM DE LA FONCTION

NOM DU FONCTEUR

pÚq

Somme logique

Alternateur

p®q

Implication matérielle

Implicateur

p½q

Fonction de Sheffer

Foncteur de Scheffer

p«q

Equivalence

Equivalenteur

pÙq

Produit logique

Conjocteur

Pwq

Disjonction

Disjoncteur

p !q

Fonction de Peirce

Amphec

 

2.9.       Interprétation logique des foncteurs binaires

a)   La somme logique ou disjonction inclusive : pÚq= 111O

La fonction pÚq est interprétée en logique comme une alternative non inclusive. Le foncteur Ú est donc à comprendre dans le sens no exclusif. C’est pour cela que sa structure logique est celle d’une somme logique. Ainsi sa valeur n’est fausse que s’il n’y a aucune des situations représentées par les arguments.

 Exemple : Il pleut ou il vente. (Sous-entendu : il peut faire les deux ; mais il ne peut pas faire au moins une de deux choses).

La somme logique est appelée ainsi à cause de la ressemblance de sa matrice avec le tableau arithmétique de la somme. On peut facilement comparer les deux.

Le tableau de vérité de la somme logique est :

P                   q

pÚq

1                    1

1                    0

0                    1

0                    0

1

1

1

0

 

b)   L’implication matérielle : p®q=1011

L’implication matérielle p®q est interprétée en logique comme une fonction conditionnelle. Le foncteur ® est traduit en français par « si…alors » ; en anglais par « if…then ».

Le premier argument de l’implication matérielle est appelée antécédent et le second conséquent. Pour qu’il ait une véritable implication matérielle, il faut que cette relation d’antécédent à conséquent soit rigoureuse. Cela veut dire que tous les énoncés de forme « si…alors » ne sont pas des implications matérielles.

Par exemple : «  S’il pleut, alors je reste à la maison » n’est pas une implication matérielle. Par contre, l’énoncé « S’il pleut, alors le sol est humide » est bel et bien une implication matérielle parce qu’il ne peut pas pleuvoir que le sol ne soit humide à l’endroit où il pleut.

Le tableau de l’implication matérielle se présente comme suit :

P                   q

p®q

1                    1

1                    0

0                    1

0                    0

1

0

1

1

 

c)   La fonction de Schefer ou disjonction d’incompatibilité : p½q=0111

La fonction de Shefer p½q est interprétée comme l’un des 2 «  ou » exclusif.  Le foncteur ½exprime l’incompatibilité entre deux arguments, c’est-à-dire que les deux arguments du foncteur s’excluent mutuellement, mais n’excluent pas un 3è.  C’est pour cela que la fonction de Sheffer à la vaeur 0 si et seulement si les deux arguments ont la valeur 1, c’est-à-dire si p=1 et q=1. Dans tous les autres cas, elle a la valeur 1.

Exemple : Il est assis (p) ou il est débout (q). Les deux positions sont généralement incompatibles, mais la personne peut être « courbe ».

Le tableau de vérité de l’incompatibilité se présente comme suit :

P                   q

p½q

1                    1

1                    0

0                    1

0                    0

0

1

1

1

 

d)   L’équivalence : p«q=1001

L’équivalence p«q est interprétée en logique comme « biconditionnelle ». Le foncteur « se traduit en français par «  si et seulement si …», c’est-à-dire que le premier argument implique le second et réciproquement. Pour cela, l’équivalence est fausse lorsqu’il n’y a pas cette double implication réciproque, c’est-à-dire lorsque l’un des arguments est faux alors que l’autre est vrai et inversement.

Exemple : L’eau est bout si et seulement si elle chauffe à 100°C.

Le tableau de vérité de l’équivalence se présente comme suit :

P                   q

p«q

1                    1

1                    0

0                    1

0                    0

1

0

0

1

 

 

 

e)   La disjonction exclusif :pwq=0110

La disjonction exclusif pwq est interprétée comme une disjonction des deux arguments dans laquelle l’un exclut l’autre et réciproquement. Elle se traduit en français par le « ou » le plus exclusif, c’est-à-dire en d’autres termes par « soit…soit »

Exemple : il dort  ou il est éveillé= soit il dort, soit il est éveillé : sous-entendu ; il ne peut pas faire les deux choses à la fois

Le tableau de vérité de la disjonction exclusif se présente comme suit :

P                   q

pwq

1                   1

1                   0

0                   1

0                   0             

0

1

1

0

 

f)    La conjonction ou produit logique : pÙq=1000

 Le produit logique ou conjonction pÙq est interprétée en logique comme une conjonction et le foncteur Ù est traduit en français par la conjonction « et ». Cela veut dire que les deux arguments doivent réalisés conjointement ou simultanément. Pour cela pÙq se présente comme l’inverse de p½q.

Exemple : Il travail et il regarde la télévision

Le tableau de vérité de la conjonction se présente comme celui du tableau de la multiplication.

 Ainsi le tableau de vérité se présente comme suit :

P                   q

pÙq

1                   1

1                   0

0                   1

0                   0             

1

0

0

0

 

g)   La fonction de rejet : p ! q=0001

La fonction de rejet p ! q est interprétée en logique comme une fonction dans laquelle les deux arguments sont rejetés simultanément. Elle n’est vraie que lorsque les deux sont rejetés. C’est-à-dire que ce n’est que vrai lors que ni l’une ni l’autre situation n’est réalisée.

Le foncteur ! est traduit en français par « ni…ni » se lira donc : « ni p ni q »

Exemple : « Les oiseaux  ne sèment ni ne moissonnent »

 

 

Le tableau de vérité du foncteur de rejet se présente comme suit :

P                   q

p !q

1                   1

1                   0

0                   1

0                   0             

0

0

0

1

 

Ces foncteurs propositionnels sont les seuls des 16 foncteurs possibles à pouvoir être traduits en langage ordinaire. Cependant, comme nous l’avons dit plus haut, il n’est pas nécessaire de travailler avec tous ces foncteurs. On peut du reste s’en rendre compte par le fait que certains sont inverses les uns des autres.

   

CHAP V : LES SOPHISMES

1.     Approches définitionnelles

Aristote a consacré tout un traité au sophisme : il s’agit des « Réfutations sophistique ». La définition la plus simple qu’Aristote en donne est que le sophisme est un raisonnement d’apparence correcte, mais qui en réalité,  ne l’est pas. A la suite de cette définition, Aristote a relevé un certain nombre de types de sophismes sur lesquels nous allons revenir.

Le domaine de sophisme est néanmoins plus étendu que les types retenus par Aristote. Déjà, au niveau du syllogisme formel d’Aristote, il y a lieu de distinguer les sophismes qui deviennent tels par ce qu’ils ne respectent pas les règles du syllogisme. Du temps même d’Aristote,  il existait de ces raisonnements dits «  embarrassants » qu’il était impossible à réfuter tout en ayant l’apparence de la vérité. Il s’ajoute à tous ces types de sophismes ceux qui sont dans l’argumentation et qui sont utilisés pour convaincre même s’ils sont faux. Tous ces types de raisonnements non-corrects rentrent dans le grand domaine des sophismes.

Pour rassembler toutes ces acceptions, on peut proposer les deux définitions reprises au dictionnaire d’André Lalande[15] :

a)    « Argument valide en apparence, mais en réalité ne concluant, qu’on avance pour faire illusion aux autres, ou dont on se paie soi-même sous l’influence de l’amour propre, de l’intérêt ou de la passion. »

 

b)    « Argument qui, partant des prémisses vraies, ou jugées telles, aboutit à une conclusion inadmissible, et qui ne peut tromper personne, mais qui semble conforme aux règles formelles du raisonnement, et qu’on ne sait comment réfuter ».

Alors que la première définition recouvre les types de sophismes relevées par Aristote et devenus classique, la deuxième convient globalement aux autres types.

2.     Les différents types de sophismes

2.1.         Les sophismes d’origine aristotélicienne

Les sophismes relevés par Aristote sont devenus classiques. Dans son ouvrage les « Réfutations sophistiques », il en a fait une étude détaillée que nous présenterons en respectant l’ordre suivi par Aristote. Aristote a divisé les sophismes en deux catégories : ceux qui tiennent aux discours et ceux qui sont indépendants des discours. On les appelle respectivement les sophismes verbaux et les sophismes mentaux.

Þ   Les sophismes verbaux : les sophismes verbaux sont au nombre de six :

1.     L’équivoque : Aristote parle d’homonymie. Il consiste à jouer sur l’ambiguïté d’un mot. Exemple : Le chien aboie ; or le chien est une constellation ; donc une constellation aboie.

 

L’usage des termes relatifs (c’est-à-dire des termes qui ont des significations différentes selon le contexte) peut aussi porter l’équivoque ; par exemple le terme « bon » : Un bon professeur et un bon président ne signifient pas la même chose. Pour cela, le raisonnement suivant  un sophisme : Paul est un bon professeur, donc il sera un bon président.

 

2.     L’amphibologie ou amphibolie : elle consiste à jouer sur l’ambigüité d’une phrase. L’amphibologie se rapproche de l’équivoque ; mais elle en diffère dans le fait que ce dernier porte sur des mots alors que la première porte sur des phrases. Pour simplifier les choses, on parle aujourd’hui simplement d’ambigüité.

Exemple : «  Souhaiter pour moi la capture de l’ennemis » peut signifier deux choses contraires :

Ou bien vouloir que je capture les ennemis.

Ou bien vouloir que les ennemis me capturent.

3.     Le sophisme de la composition : il s’agit d’un sophisme qui consiste à :

-      Attribuer à tous les propriétés de ses parties. Exemple ; La voiture est légère parce qu’elle est  fabriquée dans les matériaux légers. Le sophisme consiste dans le fait de confondre la légèreté de la voiture et celle des matériaux qui la constituent alors que ces sont deux choses diverses.

-      Attribuer à la collectivité (groupe) les propriétés de ses composantes (éléments).  Exemple : Un ministre a plus d’argent qu’un enseignant ; donc tous les ministres (pris ensemble) ont plus d’argents que tous les enseignants (pris ensemble).

Comparer un salaire d’un seul ministre avec celui d’un seul enseignant, ce n’est pas que comparer la somme des salaires des tous les enseignants et celle des salaires de tous les ministres.

4.      Le sophisme  de division : ce sophisme est l’inverse du précédent. Il consiste à :

-      Attribuer aux parties les propriétés du tout. Exemple : Cette voiture coûte très chère ; donc chacune des pièces est très chère.

-      Attribuer aux sujets les propriétés de la collectivité ou groupe. Exemple : Les chiens aboient ; donc chaque chien aboie.

5.     Le sophisme d’accentuation : Il s’agit d’un sophisme qui dépend largement de la langue. Aristote lui-même ne le définit pas ; mais se contente de chercher  des exemples pour l’illustrer, exemples d’ailleurs compliqués et difficiles à comprendre pour celui qui ne connait par les subtilités de la littérature grecque.

Disons que le sophisme de l’accentuation consiste à mettre l’accent là où il ne faut pas et par conséquent à rendre ambigu le sens de ce qui est dit.

Exemple : J’ai vu un homme frappé avec mes yeux. Cette expression peut être accentuée de deux façons différentes : on peut dire j’ai vu un homme frappé avec mes yeux ou j’ai vu un homme, frappé avec mes yeux.

6.     Le sophisme de la forme d’expression : ce sophisme consiste à exprimer deux choses différentes par la même forme verbale.

Exemple : Napoléon était un grand homme ; or, Napoléon était petit ; donc, Napoléon n’était pas un grand homme.

On voit bien que cela est formulé sur le modèle du syllogisme. Mais le terme « Napoléon » revient trois fois mais aussi « grand homme » signifie deux choses différentes dans les deux formulations.

Þ   Les sophismes mentaux :

Les sophismes mentaux sont ceux qui relèvent du discours. Ils sont au nombre de sept.

1.     Le sophisme de l’accident : Ce sophisme consiste à présenter une attribution accidentelle comme une attribution essentielle.

Exemple : Socrate est blanc,

    Or, la blancheur est une couleur,

Donc, Socrate est une couleur.

 

2.     Le passager du sens relatif au sens absolu : ce sophisme consiste à pendre au sens absolu une expression qui n’est vraie que dans le sens relatif.

Voici quelques exemples :

 

-      « Le non-être est un objet de pensée donc il est » : Etre objet de pensée est du relatif, tandis que qu’être est l’absolu.

-      Le non- être est, puisqu’il est quelque chose, à savoir non-être »

-      «  Tel être n’est pas, puisqu’il n’est pas tel autre »

 

Une autre variante de ce sophisme consiste à utiliser deux attributs contraires pour un sujet alors qu’ils s’appliquent à lui sous des aspects différents.

Exemple : L’Ethiopiens est noir (puisqu’il est noir de peau) ; or, l’Ethiopien est blanc (puisqu’il est blanc des dents) ; donc, l’Ethiopiens est noir et blanc.

 

3.     L’ignorance de la réfutation ou ignorance de l’argument (« ignorantia elenchi ») :

Il s’agit d’un sophisme  consistant dans l’ignorance de l’argument à fournir ou de ce qui est à démontrer. On peut parler du « hors sujet ». S’agissant par exemple, de définir ce que c’est « deux », on peut prétendre qu’il est à la fois « double » et « non double » parce qu’il est double de un et n’est pas double de trois. De la sorte, on a évité de définir « deux » par lui-même.

 

4.     La pétition de principe :

Il s’agit d’un sophisme très connu. Il consiste à prendre pour accorder ce qui est à démontrer. On peut, en effet, démontrer A par B et ensuite B par A. Il s’agit de ce qu’on appelle « le cercle vicieux ».

Exemple :

-      « Permettre une liberté d’expression sans frontière est toujours avantageux pour l’état. Car, la jouissance pour chaque individu d’une liberté illimité d’exprimer ses sentiments est favorables aux intérêts de la communauté ».

-      Comme ça n’a pas encore arrivé, ça n’arrivera pas ;

5.     Le sophisme de la conséquence

Il consister à supposer que la relation de principe à conséquence est réciproque. On peut le formaliser comme suit :

Si A est, alors B est nécessairement ; donc si B est, A est nécessairement.

Exemple : S’il pleut alors la terre est nécessairement humide. Donc si la terre est humide, il pleut nécessairement.

6.     Le sophisme de la fausse cause

Il consiste à donner pour cause ce qui n’est pas cause. Il consiste à prendre un simple antécédent pour la cause et se formule ainsi : « Après cela, c’est donc à cause de cela ». C’est un sophisme qu’on rencontre souvent dans la vie courante. Il nous arriver de dire qu’un fait est la cause d’un autre parce que les deux sont proches dans le temps et que le premier vient avant le second. Par exemple, il peut y avoir une forte pluie et des éboulements de terrain. On va vite conclure que la première est la cause des seconds, même si on n’est pas certain. Cela peut être vrai, mais tant que ce n’est pas autrement démontrer, il s’agit d’un sophisme.

 

7.     Le sophisme de la réunion de deux questions en une seule :

Il consiste à donner une seule réponse à deux questions différentes. Voici un exemple qui illustre bien ce sophisme :

Quelqu’un demande à quelqu’un d’autre : « Battez-vous toujours femme ? » ; l’autre répond : « non ». Le premier continue : « Donc vous la battez souvent ? »

Dans cet exemple, il y a deux questions : Battre la femme et battre la femme toujours ou souvent.

 

2.2.         Les sophismes liés au mauvais usage des syllogismes

A chaque règle générale du syllogisme correspond un sophisme lorsque cette règle est violée. Lorsque nous avons exposé ces règles générales, nous avons en même temps donné des exemples des syllogismes qui sont invalides parce qu’ils ne les respectent pas. Ce sont ces syllogismes invalides que nous appelons sophismes. A ceux-ci il faut ajouter les syllogismes qui violent la règle selon laquelle « si toutes les prémisses sont universelles, la conclusion elle aussi doit être universelle ».

 

1.     Les sophismes liés à l’argumentation

Nous les appelons sophismes liés à l’argumentation parce qu’ils sont connus dans l’argumentation de type théorique.

 

1.1.         L’argument de l’ignorance (Argument « ad ignoratiam »)

Il s’agit de l’erreur qui est commise lorsque l’argument soutien qu’une proposition est vraie simplement parce qu’on n’a pas encore prouvé la fausseté, ou qu’elle est fausse parce que la vérité n’a pas encore été prouvée. C’est l’exemple des tribunaux où l’accusé est toujours présumé innocent jusqu’à la preuve contraire.  Les accusateurs doivent porter des preuves sinon l’accusé est innocent.

 

1.2.         L’argument de l’appel à une autorité inappropriée (Argument « ad verecundiam »)

Il s’agit d’une erreur qui est commise quand on argumente en s’appuyant sur le témoignage d’une personne qui n’a pas d’autorité en la matière. Par exemple, le fait qu’un joueur de renommé international apprécie les voitures de marqué Toyota, ne constitue pas une raison suffisante de dire que la marque Toyota est meilleure par rapport aux autres marques. Donc, soutenir que Toyota est plus bonne que Suzuki en invoquant le choix d’un grand joueur, c’est recourir  à une autorité inapproprié, car le joueur n’a pas d’autorité (ou des compétences) en matière des voitures. Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas la qualité de ce que dit l’autorité (car même une autorité compétente  peut se tromper), mais la qualité de l’autorité lui-même.

 

1.3.         L’argument « ad hominem »)

Il s’agit d’un sophisme qui réside dans le fait que le contradicteur s’appuie non sur les arguments avancés par l’interlocuteur, mais sur la personne qui énonce le jugement. Dans ce sophisme, on s’attache à la personne au lieu de s’attacher aux idées et arguments qu’elle présente. O va dire par exemple : c’est la parole d’un fou, ou d’un enfant ; que cela vient d’une personne de tel groupe…

 

1.4.         L’appel à l’émotion (Argument « ad populum »)

Il s’agit d’un sophisme dont l’argumentation a suscité l’émotion : sentiment patriotique, enthousiasme, colère, haine, etc. C’est un type d’argument qu’on rencontre souvent lorsqu’il s’agit de faire adhérer des gens à des opinions.

 

1.5.         L’appel à la pitié (Argument « ad misericordiam)

C’est une variante de l’argument d’émotion. Il fait appel à la pitié, à la sympathie, à la compassion pour apitoyer l’audience et obtenir la clémence. Les avocats font souvent appel à cet argument et cela peut réussir. Socrate a montré le caractère manipulateur de ce type d’argument et a refusé d’y recourir. Mais ce refus lui-même s’avère être une utilisation du même argument. Voici ce qu’il dit : « Moi, dont la vie est en danger, ne ferai rien de ces choses-là ». N’est pas une façon d’attirer l’attention de l’audience en sa faveur ?

 

Un autre exemple est celui d’un jeune homme qui aurait assassiné ses parents de manières effroyables et qui, convaincu de crime par le tribunal, demande que l’on est pitié de lui parce que depuis la mort de ses parents, il devenu orphelin.

 

 

 

1.6.         L’appel à la force (Argument « ad baculum »)

C’est l’appel au bâton. C’est une autre variante de l’appel à l’émotion. Il s’agit tout simplement de l’argument du recours à la force lorsque celle-ci fait la loi. Même si on sait que cet argument est fallacieux, on y recourt souvent et ça marche. Mais l’appel à la force est une trahison à la raison.

 

2.     Les sophismes embarrassants

En  un sens, le mot « sophisme » signifie aussi un argument qui, partant de prémisse vraies, ou supposées telles aboutit à une conclusion inadmissible, mais dont il est difficile de montrer l’inadmissibilité. Ce type de sophisme est moins fréquent que les précédents. Mais on connait un certain nombre de raisonnement de ce type qui ont acquis une notoriété historique et créent toujours un embarras logique. En général, ils sont destinés à illustrer le scepticisme de leurs auteurs.

 

2.1.         Le sophisme de la flèche ou sophisme d’Achille et la tortue

C’est une des apories de Zénon d’Elée (489-460). Une aporie signifie une difficulté d’ordre rationnel qui parait sans issus. Concernant le sophisme de la flèche, il s’agissait pour Zénon d’Elée de prouver que le mouvement est impensable. 

Son raisonnement est le suivant : si l’on considère une flèche qu’une arche tire, on peut dire qu’elle n’atteindra jamais son but. En effet, pour y arriver, il faudra qu’elle parcoure la moitié de la distance pour la moitié de la moitié de ce qui reste, etc. Mais, on n’arrive jamais à zéro. Si bien que la distance totale ne sera jamais parcourue. La flèche n’atteindra jamais sa cible : la distance étant toujours divisible par deux, il y aura toujours quelque chose qui va rester.

Il en est de même d’Achille et la tortue. Si la tortu prend le départ avant Achille, ce dernier ne pourra pas la rattraper, puisqu’il doit parcourir d’abord la moitié de la distance qui les sépare, ensuite la moitié de la moitié etc.

 

Les apories de Zénon veulent montrer que le mouvement et le multiples sont impensables dans la mesure où ils admettent une division à l’infinie. Les raisonnements aporétiques sont visiblement faux, mais leur réfutation est difficile à faire. La seule chose qui les réfute est la réalité. En réalité, la flèche atteint son but et Achille dépasse la tortue. Aristote a réfuter les deux apories en attribuant leur difficultés aux fait que l’on suppose que la distance à parcourir est infinie. Or, la distance est infinie : sa divisibilité est infinie en puissance mais fini en acte. On doit donc arriver à zéro en divisant la distance.

 

2.2.         Le tas de blé : un sorite

Le sorite s’entend de deux façons : l s’agit d’abord de raisonner à partir d’un tas, le mot sorite vient du grec et signifie « tas ». Le second sens est celui d’un polysyllogisme dont la conclusion de chaque syllogisme sert de prémisse au suivant et dont la dernière conclusion conclut l’ensemble.

 

C’est dans le premier sens que nous considérons le sorite comme sophisme embarrassant. Ce raisonnement possède de deux façons : d’abord à partir d’un tas de grains due l’on augmente, pour lequel on se demande où s’arrête la constitution du tas. Ensuite à partir d’un temps de blé que l’on diminue en enlevant chaque fois un grain, en se demandant là aussi où on s’arrête dans la constitution du temps.

 

2.3.         Le sophisme du menteur

Ce sophisme est parfois appelé « le paradoxe du menteur ». On l’énonce comme suit : Epéménide dit que tous les crétois sont des menteurs. Or Epéménide est un crétois. Dit-il vrai ou il ment lorsqu’il dit que tous les crétois sont des menteurs ? En effet, ou il ment, tous le crétois ne sont pas menteurs ; ou il ne ment pas, donc tous les crétois ne sont menteurs puisqu’il ne ment pas alors qu’il est crétois.

En réalité, c’est le piège dans lequel on se place lorsqu’on généralise des jugements qui s’applique en quelques cas particuliers seulement. L’exemple le plus clair en philosophie est celui des septique qui dise qu’on ne peut rien savoir. La question est celle de savoir : comment sait-on que l’on sait lorsqu’on ne peut rien savoir ? C’est effectivement la meilleure réfutation du scepticisme radicale.

Comme nous l’avons dit, il y a beaucoup d’autre type de sophismes. Ceux que nous venons de présenter sont les plus courants. Il existe notamment  des sophismes liés à la logique formelle des propositions et à la logique des termes.


 

CONCLUSION

L’argumentation est un raisonnement dialectique par lequel une proposition ou un ensemble de propositions (appelées arguments) sont utilisées pour prouver la vérité d’une autre proposition (appelée thèse).Cela veut dire deux choses :

Premièrement, l’argumentation se situe dans le cadre d’un dialogue entre deux interlocuteurs. Dans un discours argumentatif, une personne justifie ses assertions (susceptibles d’être vraies ou fausses) pour convaincre son (ses) interlocuteur(s) en montrant que celui qui accepte la vérité des arguments doit accepter aussi la vérité de la thèse.

A ce propos, il faut noter qu’il existe deux sortes d’arguments : l’argument nécessaire (où il y a une liaison nécessaire entre les prémisses et la conclusion. Ce type d’argument correspond au syllogisme valide) et l’argument probable où l’argument parle de la probabilité et non de la vérité ou fausseté). L’interlocuteur peut être une seule personne ou un public, tandis que l’argumentation peut être orale ou écrite. Le rôle de l’interlocuteur est très important car, il peut accepter ou refuser la justification (ou les arguments) avancée et peut soulever des objections.

Deuxièmement, le syllogisme est une argumentation par excellence ; les prémisses sont des arguments tandis que la conclusion est la thèse à démontrer.

ü  Justification et argumentation

Tout argument est une justification de ce que nous affirmons mais toute justification n’est pas un argument. En effet, on peut justifier une affirmation en citant les sources ; or, justifier en citant des sources, c’est renoncer à l’argumentation, invitant l’interlocuteur à croire à ce qu’on dit, ou à chercher lui-même.

Argumenter, c’est entrer en dialogue avec l’autre en proposant et en défendant une thèse avec des arguments. Justifier l’assertion en citant des sources, c’est justifier l’assertion à partir de ce qu’on sait mais que l’interlocuteur ne sait pas, tandis que justifier une assertion en présentant des arguments, c’est justifier à partir de ce que l’interlocuteur sait déjà (sans en être conscient), en pratiquant l’art de la maïeutique socratique. Argumenter c’est faire voir à l’interlocuteur qu’accepter les prémisses (arguments signifie nécessairement accepter la conclusion (thèse).

ü  Déduction et induction

La déduction correspond au syllogisme valide, c’est-à-dire le syllogisme où la liaison logique est nécessaire. La vérité des prémisses se transmet entièrement à la conclusion, et celle-ci n’ajoute pas une autre vérité, mais explicite une vérité qui était contenue dans les prémisses.

L’induction quant à elle consiste au passage de la reconnaissance de la vérité d’une ou plusieurs propositions à la reconnaissance de la vérité d’une ou plusieurs, sans qu’il y ait un lien nécessaire entre les deux. C’est pourquoi on peut parler d’une inférence amplificatrice. L’induction nous conduit à admettre une vérité qui n’était pas contenue dans les prémisses. L’induction peut être une généralisation (cette boisson produite par la BRARUDI est bonne, donc toutes les boissons produites par la BRARUDI sont bonnes), raisonnement par analogie (Puisqu’un Athlète doit s’entrainer avant la compétition, ainsi un étudiant ne peut pas penser d’ouvrir les livres seulement la veille de l’examen),  la justification (S André n’a pas informé de son absence, il doit avoir eu un empêchement grave et imprévu)

ü  Arguments convaincants et syllogismes valides

Le travail de convaincre une personne consiste à faire entrer en lui ce qu’on considère comme une vérité ; c’est l’amener à s’approprier une proposition retenue comme vraie. Par conséquent, la conviction devient une certitude en tant qu’adhésion personnelle à une proposition qu’on retient pour vraie même si elle pourrait se révéler fausse. Ainsi, l’argument convaincant est un argument qui exprime la certitude (mais pas nécessairement la vérité car, la certitude ne signifie pas la vérité, mais plutôt absence de doute) de celui qui écoute, tandis que l’argument valide est tel grâce à la liaison de conséquence logique qui est entre les prémisses et la conclusion.

L’argument est dit convaincant par rapport à l’adhésion ou à non de l’interlocuteur auquel il est destiné, tandis qu’un argument se dit valide par rapport à la forme du raisonnement (c’est-à-dire la liaison de conséquence logique). De plus, la conviction concerne aussi bien que la forme de l’argumentation. Ainsi, pour qu’un syllogisme valide puisse être convaincant, il faut deux conditions :

      i.         Il faut que les prémisses et la conclusion soient non seulement vraies, mais aussi reconnues comme vraies par la personne à laquelle l’argument est destiné.

    ii.         Il faut que la liaison de conséquence logique soit reconnue comme telle par le destinataire de l’argument.

 

Par conséquent, un syllogisme peut être valide sans être convaincant : il suffit qu’un doute persiste chez l’interlocuteur et freine l’adhésion et, donc, la conviction. Mais, il est aussi vrai qu’un argument non valide peut être convaincant : c’est le cas d’argument incomplet qui ne correspond pas à un syllogisme valide, mais qui peut y être ramené. Par exemple, l’argument « Les hommes sont mortels, donc Socrate est mortel » est convaincant même s’il n’est pas valide ; mais il peut être ramené à un syllogisme valide de la manière suivante : « Les hommes sont motels ; or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel ». Cela veut dire que, généralement, les arguments convaincants peuvent être ramenés à des syllogismes valides, mais les syllogismes valides ne sont pas toujours des arguments convaincants.

 


[1] Dennis MCLNERNY,La logique facile : réfléchir, argument et convaincre, (trad. De l’américain par Laurence NICOLAIEFf), EYROLLES, 2004

[2] Jean-Pierre Belna, Histoire de la logique,ellispes Edition marketing, 2014,p.9.

[3] C’est le cas de l’argument. En effet, celle-ci consiste à soutenir ou soumettre ou à réfuter une thèse, ou encore à délibérer en pesant le pour ou le contre : l’argumentation est un processus où toutes les assertions doivent être justifiées aussi bien quant à la matière que quant à la forme.

[4] Par exemple, le raisonnement suivant  est correct (donc valide) même s’il n’est pas vrai : L’homme est immortel, or Pierre est un homme, donc, Pierre est immortel. Il faut aussi distinguer un vrai raisonnement (c’est-à-dire un raisonnement valide) d’un raisonnement vrai (c’est-à-dire un raisonnement qui, non seulement n’est pas vrai) ; autrement dit, tout raisonnement est un vrai raisonnement, mais tout vrai raisonnement n’est pas un raisonnement vrai.

[5] J.MARITAIN, p.38.

[6] Aristote, Réfutations sophistiques, 34, 183b.

[7] Ibidem, 184a-b.

[8] Platon, Gorgias, 507a.

[9] Voir Heinrich SCHOLW, 79-87

[10] Lalande A. Vocabulaire technique et critique de la philosophie, catégorie.

[11] DUCROIT O et TODOROV, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Seuil, Paris, 1972,pp 113-122 

[12] J. C Coquet et al. Sémiotique. L’école de Paris, Hachetten A982 ;

[13] Expressions qui ont la même graphie. Exemple : chien=animal, chien= partie du fusil

[14] Un argument est une expression qui, dans une expression moléculaire  est déterminé par une autre.

[15] Lalande A., Vocabulaire technique de philosophie, PUF, Paris, 1968 : « Sophisme »

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