La culture et la société Burundaise en Mutation (2)
De l'investiture coutumière au scrutin: Lecture synoptiques des Bashingantahe traditionnels et contemporains
TABLE DES MATIERES
DU MEME AUTEUR
LE CONCEPT D’UMUSHINGANTAHE, SES FONCTIONS ET SES OBLIGATIONS DANS LA TRADITION BURUNDAISE
1.Approches définitionnelles et les obligations d’un Mushinganatahe dans la société
2.Le Mushingantahe est un leader traditionnel et charismatique
3.La famille au service pour l’édification d’Ubushingantahe
4.1.Conditions d’admision à l’Umushingantahe : de l’admission à
l’exclusion de l’institution des Bashingantahe
4.2.Les principes moteurs de l’institution des Bashingantahe
4.5.Les étapes et les grands moments d’un rituel d’investiture
L’INSTITUTION DES BASHINGANTAHE DANS L’HISTOIRE DE LA SOCIETE BURUNDAISE
1.Conte ou légende sur l’apparition des Bashingantahe
1.3.Transmission de l’institution de génération en génération
2.Evolution de l’institution de Bashingantahe dans le temps : les succès et
les défaites de l’institutiondes Bashingantahe
2.3.De l’indépendance aux systèmes républicains (première et deuxième
2.4.Epoque démocratique : de l’avant crise de 1993 à nos jours
CONTINUITE OU DISCONTINUITE DU SYSTEME SOCIO-CULTUREL
1. Processus d’adhésion et d’initiation
2. Le rituel d’investiture des Bashingantahe et la prestation de serment
des membres du conseil des notables de la colline Abahuza
III. Extrait de la Charte des sages/bashingantahe, Document du Conseil
|
De l’investiture coutumière au scrutin:
lecture synoptique des Bashingantahe traditionnels et contemporains |
DU MEME AUTEUR
Contraste entre la tradition
et la modernité: Regard
socio-anthropologique de la perception du recours aux méthodes
contraceptives pour la régulation des naissances, Editions Universitaire Européennes (EUE), 2022.
Les perspectives de
la vie humaine vers une existence authentique,
Editions Universitaires Européennes (EUE), 2022.
La culture et la société burundaise en
mutation (1). Faut-il partir de tabula rasa et /ou la parcimonie pour réhabiliter la culture de la société
d'héritage de nos ancêtres? Editions Universitaire Européennes (EUE), 2022.
SIGLES ET ABBREVIATIONS
CNB :
Conseil Nationale des Bashingantahe
COCJ :
Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaire
IRG :
Internationale des Résistant-e-s à la Guerre
JRR :
Jeunesse révolutionnaire Rwagasore
MIR :
Mouvement international de la réconciliation
PNUD :
Programmes des Nations Unies pour le Développement
UNESCO :
Organisation
des Nations Unies pour l'Education, la Science et la
Culture
UPRONA :
Unité pour le Progrès national
INTRODUCTION GENERALE
La
culture peut être définie comme l’ensemble constitué d’éléments qui ont modelé
l’identité d’un peuple ou d’une communauté au cours du temps. Elle est
l’ensemble des valeurs et normes socioculturelles, reflète la conscience d’une
nation, oblige de se demander continuellement en quoi consiste son caractère
spécifique, de chercher et de consolider sans cesse ses frontières politiques
et spirituelles répondant précisément à ce processus historique[1]. Pour saisir la
nature essentielle de la culture, il faut d'abord résoudre une série de paradoxes[2] apparents. Ils sont susceptibles d'expressions
différentes, mais retenons-en quelques d’entre elles :
Premièrement,
la culture est universelle en tant qu'acquisition humaine, mais chacune de ses
manifestations locales ou régionales peut être considérée comme unique.
Tout d'abord, tous les groupes humains
se procurent leur subsistance. Ils y parviennent au moyen de procédés
techniques qui leur permettent d'arracher à leur milieu naturel les moyens de
pourvoir à leurs besoins et de se livrer à leurs activités quotidiennes. D'une
façon ou d'une autre ils distribuent ce qu'ils ont produit et possèdent un
système économique qui leur permet de tirer le plus grand parti possible des «
ressources limitées » dont il leur faut disposer.
Deuxièmement, la culture est
stable, mais elle est aussi dynamique et manifeste des
changements continus et constants. Si l'on met en regard
la stabilité et le changement qui se manifestent dans la culture, il nous faut
de prime abord reconnaître que tout prouve le dynamisme de la culture. Les seules cultures
entièrement statiques sont celles qui sont mortes. Nous n'avons d'ailleurs qu'à
avoir recours à notre propre expérience pour constater que les changements se
produisent devant nous, souvent si lentement que nous ne les percevons qu'en opposant
le présent au passé. Une photographie vieille de quelques années nous révèle
les changements de la mode. Surtout n'allons pas croire que cette tendance au
changement est l’apanage de notre propre culture. La même constatation peut
être faite chez d'autres peuples, quels que soient leur nombre, leur isolement
et la simplicité de leurs coutumes. Le changement ne se manifeste peut-être que
dans quelques détails infimes de leur culture, telle par exemple une variation
dans le style d'un ornement ou dans une nouvelle recette pour préparer un aliment
traditionnel. Ces changements sont toujours perceptibles si l'on peut observer
une société pendant un certain temps, ou si l'archéologie nous renseigne sur
son passé ou si on peut la comparer à des groupes voisins et apparentés dont la
culture est semblable à la leur, mais avec des variantes de détail[3].
La culture est à la fois
stable et toujours en changement. Le
changement culturel ne peut être perçu que comme une partie du problème de la stabilité culturelle; on ne
peut comprendre la stabilité culturelle qu'en mesurant le changement par rapport au conservatisme. De
plus, les deux termes ne sont pas seulement connexes, mais il faut aussi
considérer leurs relations réciproques. Les conclusions obtenues concernant la
permanence et le changement dans une culture donnée dépendent dans une grande
mesure de la manière dont l'observateur insiste sur le conservatisme ou la
flexibilité de cette culture. La difficulté essentielle vient peut-être du fait
qu'il n'existe pas de critères objectifs de la permanence et du changement»[4].
Troisièmement, la culture remplit, et
dans une large mesure détermine, le cours de nos vies, s'impose rarement à notre pensée
consciente.
Ce troisième paradoxe diffère des précédents
en ce qu'il comporte plus qu'une simple alternative : la culture pénètre
notre vie sans que nous en ayons conscience dans l'ensemble. Nous nous trouvons
ici face à des problèmes essentiellement psychosociaux, socioculturels,
sociopolitiques, socioéconomiques, etc. Nous devons chercher à résoudre tous
ces problèmes et découvrir comment les
êtres humains acquièrent leur culture et agissent en tant que membres de la
société, et la question majeur de savoir si la culture est ainsi une fonction
de la mentalité humaine ou si elle existe en soi et par soi[5]. C'est un domaine infiniment complexe, où une
conduite manifeste peut prendre des significations différentes selon les
relations qu'elle entretient avec les autres. Les formes de la conduite sont
contraignantes et inconscientes ; le sujet normal ne peut donc observer ni
concevoir des conduites aux fonctions similaires dans les sociétés étrangères,
ou même dans des complexes culturels inconnus, sans leur prêter des formes
familières. Autrement dit, on retrouve toujours inconsciemment ce qu'on
subit inconsciemment[6].
D’où la culture au vrai
sens, désigne le système des valeurs et de normes transmis et intégrés par la
socialisation de génération en génération.
C’est la société qui précède et prime sur l’individu. Et d’ailleurs, si
la socialisation incarne « un processus par lequel chaque individu forge son
identité et sa personnalité tout en s'intégrant à son environnement social,
sous des formes variées, elle se concrétise en un apprentissage et un
ajustement qui se poursuivent durant toute la vie. Elle est, au moins en
partie, une contrainte exercée sur l'individu par le cadre social»[7].
Le patrimoine culturel constitue à son tour l’ensemble des éléments matériels
et non matériels qui contribuent à maintenir et à développer l’identité
culturelle d’un peuple ou d’une communauté dans le temps et dans l’espace. Il
s’agit notamment des éléments suivants: la
langue, les croyances, les mœurs, les connaissances techniques, les
fondements de l’organisation sociale, le
patrimoine orale et physique dont les expressions musicales, folkloriques
et artistiques etc.
Le patrimoine culturel
se réfère notamment aux traditions et expressions orales, à la poésie, aux arts
du spectacle, aux pratiques sociales, aux rituels et événements festifs, aux
connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ainsi qu'aux
savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
Au Burundi, le
patrimoine culturel est très riche, très ancien et très original même si les
traces physiques du passé ne sont pas toujours visibles dans certaines
localités. Presque tous les aspects dudit patrimoniaux se retrouvent dans
toutes les régions, parfois avec des variantes, voire des spécificités assez
marquées selon régions naturelles.
La seule préoccupation
qui constitue le fil conducteur de notre parcours d’observation, est de pouvoir
revenir sur l’image de la culture burundaise (rétrospective du passée) ainsi
que ses fondements les plus utiles, les balancer pour pouvoir comprendre leur
état de lieux, quelques fois faire des comparaisons synoptiques des différents
phénomènes observables et enfin entrer
dans la logique de mutation pour comprendre la marche ou la dynamicité de la
culture en permanence de changement. Autrement dit, comment comprendre l’air du
passé et s’approprier de celle actuelle? Faut-il partir de tabula rasa et /ou du rasoir d’Ockham pour la restauration de
la culture contemporaine et authentique
de la société d’héritage de nos ancêtres qui est le Burundi ?
La compréhension et
l’acheminement de notre parcours vont prendre succès suivant les sections dont
chacune verra un thème à aborder en complémentarité de l’un et de l’autre. La
pensée de Gorges Balandier entre autre la théorie de la dynamique de changement[8] jouera la médiation pour assurer la continuité ou la discontinuité du phénomène ou
fait mise en évidence en corrélation avec la culture.
LE
CONCEPT D’UMUSHINGANTAHE, SES FONCTIONS ET SES OBLIGATIONS DANS LA TRADITION
BURUNDAISE
1.
Approches
définitionnelles et les obligations d’un Mushinganatahe dans la société
Selon
les différentes sources et selon la tradition burundaise, l’Ubushingangahe
désigne un étant et tout comme il désigne un mode de vie d’une personne. En
effet, Le concept d’Ubushingantahe du verbe rundi du verbe « gushinga »
qui signifie (planter, fixer, établir) et du nom « Intahe » (baguette
de la sagesse). Le concept Intahe au sens profond signifie l’équité et la justice (ingingo). Intahe, baguette de la
sagesse. Du verbe « gutaha » (rentrer) ;
Intahe signifie valeur de référence qui vise à faire rentrer les choses là
où elles doivent rentrer. La baguette Intahe provient des arbres sacrés (ibiti
vy’imana) : soit morceau d’érythrine (umurinzi, umugumya[9],) soit de ficus (umumanda,umuvumuvumu),. Traditionnellement, l’érythrine et le ficus sont des arbres
sacrés, utilisés lors du culte. Ils symbolisaient la présence de l’Être Suprême
« Imana ». Par analogie, ceux qui utilisent l’Intahe sont des élus de l’Imana.
Signification profonde : Justice, vérité et équité[10].
Par conséquent,
Umushingantahe signifie l’homme de justice et d’équité (Umuntu w’ingingo). Autrement
dit, le concept d’Ubushingantahe signifie une action de témoignage, de
médiation et d’arbitrage en vue de rétablir la véracité des faits et la justice
conciliatrice.
Au sens premier, l’Ubushingantahe
désigne le fait de planter (gushinga) un bâton de ficus (intahe). Il réfère au
geste des Bashingantahe qui, saisis d’un conflit, se réunissent et prennent la
parole à tour de rôle en frappant l’Intahe sur le sol : un rituel qui
confère une grande solennité aux paroles prononcées[11]
d’une part. Les Bashingantahe, en prenant la parole, frappent l’Intahe en
cadence à tour de rôle sur le sol pour appeler la sagesse des ancêtres
ensevelis sous-terre et souligner la force des jugements qu’ils rendent
lorsqu’ils arbitrent des conflits[12]
de l’autre part. Planter l’Intahe, cela signifie lier, reconstituer,
réconcilie.
Au-delà de cette image, l’Ushingantahe
renvoie à un idéal, à un ensemble de vertus qui constituent une référence
sociale. Traditionnellement, seul un homme jugé conforme à cette référence
pouvait être investi Umushingantahe : il devait s’être révélé particulièrement
respectueux des valeurs socialement reconnues, mais aussi avoir acquis une
certaine aisance matérielle et disposer de bonnes capacités oratoires[13].
Le mushingantahe est en effet un « magistrat,
notable, conseiller, arbitre, assesseur, juge. Celui qui est revêtu de
l’autorité judiciaire et qui dispose de la baguette (Intahe), symbole de son
autorité»[14].
L’Ubushingantahe
est un concept abstrait composé des valeurs sociales que doivent refléter dans
la vie quotidienne les personnes investies (ou aspirants à l’être)
bashingantahe. Ces valeurs sociales, assez nombreuses, renvoient en général à
la justice, l’intégrité, la bonne moralité, la probité, la responsabilité, la
maturité, la clairvoyance, l’honneur, la compassion et au courage. De plus, les
personnes souhaitant être investies doivent faire preuve du sens de la vérité,
de l’équité, du sacrifice ou encore du sens de la discrétion[15].
Synthétisant l’ensemble
de ses valeurs qu’il doit l’incarner, un Mushingantahe est définit
selon Adrien NTABONA, comme un «
homme responsable du bon ordre, de la tranquillité, de la vérité et de la paix
dans son milieu. Et cela, non pas en vertu d’un pouvoir administrativement
attribué, mais de par son être même, de par sa qualité de vie, que la
société voulait reconnaître à sa
personne en lui conférant une investiture »[16]. Par-là,
il faut retenir qu’un Mushingantahe est un homme intègre doté de tous les
valeurs humaines. Celui-ci vise à
assurer la justice sociale d’où le vécu d’un
Mushingantahe doit correspondre à ses obligations en faveurs de la
société. Les obligations auxquelles il doit correspondre selon la source
précédente sont les suivantes :
-
Les obligations morales : le
Musingantahe est appelé à donner le bon exemple pour rechercher au sein de la
société les vertus d’honnêteté, de vérité, d’être le grenier de la paix ;
-
Les obligations sociales : le
Mushingantahe a pour vocation de trancher les différends, maintenir le bon
ordre dans son entourage, être protecteur des faibles ;
-
Les obligations politiques : le
vécu d’un Mushingantahe sert à servir de conseiller aux autorités
administratives.
L’être d’un Mushingantahe
dans la société se concrétise plus précisément dans l’exercice de ses principales
responsabilités de justice sociales lesquelles se manifestaient sous trois
aspects :
Premièrement la
sauvegarde de la justice, de l’équité et de la concorde. Il s’agit pour un
Mushingantahe de ne pas passer à côté des litiges sans chercher à les résoudre,
prodiguer des conseils à des gens en conflits.
Deuxièmement le
maintien de l’entente et de la médiation. Le Mushingantahe cherche toujours à
mettre en harmonie les hommes entre eux, intervenir impartialement en cas de
conflits ; trancher en cas de différends et maintenir le bon ordre dans
son entourage.
Troisièmement le
Mushingantahe est celui qui s’exprime à travers la disponibilité à toute
épreuve. Le Mushingantahe ne peut pas
refuse à chaque fois qu’on fait recourir à lui. Il se rend disponible jour et
nuit et veille à ce que chacun ait son dû et au-delà les grands comme les
petits. Il représente les autres dans diverses circonstances sociales.
Cependant, Ces aspects
font le point de départ de la remise en cause
et des critiques de l’institution des Bashingantahe comme si cette
institution n’a jamais répondu à ses obligations face aux situations sanglantes
qu’a connues le Burundi. Nous y reviendront plus tard lors de la partie réserve
aux manquements et aux causes de la révolution et de l’organisation administrative
de la société burundaise.
2.
Le
Mushingantahe est un leader traditionnel et charismatique
Le Mushingantahe est un
homme qui a pour rôle en effet de trancher les litiges autour de lui,
réconcilier les personnes et les familles en conflit, authentifier des contrats
de tout genre (mariages, successions), conseiller et équilibrer le pouvoir
politique, parler au nom de son peuple chaque fois qu’il y a nécessité. Comme
on peut le voir, il s’agit d'un leader naturel de type traditionnel
et charismatique
dont les responsabilités n’avaient guère de limites. C’est une personnalité sur
laquelle et avec laquelle l’on doit compter en temps de paix comme en temps de
guerre, dans la joie comme dans la peine, à propos de la vie publique.
Les notions de leader traditionnel et charismatique méritent d’être soulignées. Ces derniers mettent en
évidence la coutume et la tradition pour le maintien de la cohésion sociale. Le
leader charismatique auquel nous faisons référence pour parler de l’être d’un
Mushingantahe fonde sur le rayonnement de la personne pouvant jaillir une forme de pouvoir personnel
qui génère l’intelligence, le dévouement dans l’unique finalité de servir les
autres. Le charisme peut s’expliquer
par certains critères dont nous reconnaissons dans l’être d’un Mushingantahe
entre autre la sensibilité environnementale et sociale servant
d’analyser les différends sur base des témoignages c’est-à-dire, l’intervention
des témoins l’un après l’autre selon le rituel d’Intahe yo kumugina, sensibilité
aux
besoins des autres, capacité de résistance, comportement non conformiste,
l’ouverture, la disponibilité, la discrétion, la confiance, capacité
d’observation, de réflexion et d’analyse.
Pour un Mushingantahe,
le moi
communautaire s’étend pratiquement à la communauté humaine et bannir toute
exclusion. Il s’agit d'accepter de porter sur ses épaules, tout homme qui en a
objectivement besoin, et d’être prêt à répondre de toutes les situations
inhérentes à la condition humaine sans aucun ordre d’un supérieur quelconque,
uniquement sur base du contrat de paternité social, reconnu et
assimilé solennellement le jour de l’investiture au publique. Celle-ci vaut
plus qu’une élection puisqu'elle atteint toutes les fibres des entrailles d'une
personne.
3.
La
famille au service pour l’édification d’Ubushingantahe
Le devenir Umushingantahe
évolue dans la famille. Dans le contexte culturel burundais, la famille est l’école
par excellence en matière de l’éducation. Toutefois, éduquer au respect
de la loi et des droits de la personne humaine commence au bas âge en
famille. Si une famille ne peut pas éduquer au respect de la loi et des
droits de la personne humaine, « c’est son entourage qui joue ce rôle »[17]. Par
conséquent tout le monde saura qu’il est interdit de tuer, de voler, de
commettre l’adultère, de mentir, de porter un faux témoignage. Ce niveau-là est
premier. Cela vaut pour la tradition
burundaise : la conscience familiale et communautaire. Cette dernière, nous
le devons selon la coutume de l’école familiale du soir[18].
Parler de l’école familiale du soir, c’est parler de l’éducation familiale à
travers les contes et récits dans lesquels les parents aidaient les enfants à
intérioriser le vécu quotidien en mettant en scène différentes personnages. Une
fois assimilait la narration, l’enfant apprenait, sans effort, ni violence à
remettre en question certaines attitudes
et en améliorant certaines d’autres dans l’objectif de situer les évènements de
la vie quotidienne de façon que le présent intègre le passé pour parler de
l’avenir[19] :
« la véritable veillée au coin du
feu (igiteramo) était très souvent une soirée littéraire. C’était par exemple
le meilleur moyen d’accueillir un hôte. Est-ce d’une part de transmettre un patrimoine culturel et
d’autre part, pour vivifier le présent et lui donner un sens!» [20]
Toutefois,
au sein de la famille jailli toutes les qualités observables permettant
l’admission à l’Ubushingantahe car c’est d’abord dans la famille qu’on
apprend à : être honnête, ponctuel, poli, respecter tout le monde, ne pas
insulter personne, s’organiser, prendre soins de ses affaires, ne pas toucher les affaires d’autrui,
respecter les règles, maîtriser sa culture et sa spiritualité, se contente de
ce qu’on a, travailler honnêtement pour gagner sa vie, s’habiller avec pudeur
et modestie, etc. Certes, l’éducation familiale promeut des personnes qui
savent pourquoi ils agissent étant être libres dans leurs actions.
4.
Le rituel d’investiture
Selon la tradition,
sept conditions[21]
seraient nécessaires pour remplir correctement la fonction d’Ubushingantahe :
- La
maturité humaine (ugutandukana n’ubwana)
La maturité est la
condition requise pour être investi Umushingantahe. Parle de la maturité il
faut aussi comprendre deux choses. Premièrement la maturité physique et deuxièmement la maturité du cœur. L’investit doit obligatoirement atteint un
certain âge et marié car dans les conditions normales, on n’investit pas un
enfant mais plutôt une personne assez mûre.
- Le
sens de la vérité (ukuba imvugakuri)
Le Mushingantahe doit
être une personne qui n’a pas peur de dire la vérité quoi qu’il arrive. Il doit
être un homme de paix et d’unité.
- L’Intelligence
lucide (ubwenge butazindwa)
De même, l’investit
doit être doté de certaines qualités
pour passer à cet étant : il doit être un peu bavard, discret, intègre,
constant, serein, imperturbable avec une pureté du cœur. Par conséquent,
Umushingantahe doit être l’exemple de l’imperturbabilité, de la sérénité qui
garde une constance dans différentes circonstances au niveau du tempérament.
- Le sens de l’honneur et de la dignité (ukugira
agateka mu bandi)
L’ordre
des Bashingantahe n’admettait pas les pauvres ni les mendiants d’où il fallait
avoir pour être investit, un minimum d’aisance matérielle qui assure une
certaine garantie pour éviter que le Musingantahe ne soit « acheté »
durant les procès.
- L’amour
du travail et la capacité de subvenir à ses besoins (ubwira mu kwimara ubukene)
En
aucun cas la personne paresseuse ne peut être admise à l’Ubushingantahe
L’aisance matériel est par conséquence l’effet du travail quotidien.
- Le
sens de la justice (ukuba intungane)
Ordinairement et
quotidiennement, Umushingantahe ne peut s’approprier d’une chose qui ne lui appartient
pas pour ne pas témoigner de l’injustice.
- Le
sens de la responsabilité sociale (ukurwanira intano, uguha itiro inyakamwe).
Le Mushingantahe doit
avoir la capacité de répondre (assurer) de ses actes de ce qu’on a posé comme
acte.
Synthétiquement, afin
de devenir un Mushingantahe l’aspirant doit :
-
Avoir
une maturité certaine ; ce qui implique que l’aspirant doit
être d’un certain âge (30-35 ans),
marié en plus de vivre en harmonie avec sa femme et sa descendance. La maturité
du mushingantahe peut être déclinée de plusieurs manières. D’abord, elle est à
mettre en relation avec l’intégrité et le fait que le sage doit disposer d’une
aisance économique et matérielle certaines, de telle sorte qu’il soit à l’abri
de toute tentation. Ensuite, cette maturité résulte de l’âge de la personne
investie mushingantahe. Rares sont ceux qui accèdent à ce rang avant 40 ans. La
maturité renvoie aussi à l’idée que le mushingantahe doit avoir un foyer et
ainsi être connu pour être en quelque sorte « un bon père de famille ». Qui est
marié et a des enfants est en effet confronté à des responsabilités qui lui
étaient inconnues lorsqu’il était célibataire. Selon les dires d’une personne
interrogée sur ce point, le mariage est quelque chose d’important car il marque
une « étape de transition d’un type de vie à un autre ». On devient à partir de
ce moment « quelqu’un d’adulte » qui aura le recul nécessaire à la fonction de
mushingantahe. Enfin, la maturité du mushingantahe doit être perçue également
au niveau de son comportement quotidien, autrement dit, il faut « avoir de la
retenue » ou « être lent à la colère » comme il ressort de certaines formules
utilisées lors des cérémonies d’investiture. - Être véridique, honnête et
juste. Ces caractères sont ceux qui sont énoncés systématiquement à l’évocation
du Bushingantahe ou des bashingantahe.
-
Avoir
une intelligence lucide et aigüe ; ce qui induit une
grande capacité de compréhension et de logique dans le raisonnement,
indispensable lors d’une affaire à trancher.
- Être responsable ; ce
qui suppose une faculté de compassion à l’égard des personnes vulnérables et
des victimes d’injustice ainsi qu’un don de soi pour sa communauté dans le sens
où il faut être prêt servir en toute circonstance.
-
Avoir
une certaine aisance économique et un amour du travail ; ces
traits de caractère sont à mettre en relation avec le fait que l’aspirant soit
à l’abri du besoin et de la tentation qui peuvent entacher sa neutralité ou son
impartialité.
-
Etre
au service de la communauté ; la personne investie
mushingantahe doit ensuite se rendre totalement disponible pour régler les
conflits et conseiller les membres de sa communauté. Elle peut être consultée à
tout moment[22].
Grosso modo, le
Mushingantahe est appelé à répondre favorablement à ses missions et ses engagements.
En guise de rappel, les missions et les
engagements d’un investi Umushingantahe sont les suivants : intervenir
rapidement en cas de demande au secours, militer pour la vérité, garder
l’impartialité devant tout le monde grand comme petit, défendre les
intérêts des opprimés (veufs, orphelins, pauvres, etc.), secourir les personnes
en conflits, garder le secret.
C’est sur base de ces
derniers que le Mushingantahe serait jugé authentique ou non. Comme il réalise
ses fonctions et ses missions dans la société, celle-ci met en évidence
certains facteurs pouvant favoriser le respect de ses engagements. Toutefois,
l’existence des normes et valeurs régissant l’Umushingantahe détermine en même
temps les comportements irréprochable de celui-ci.
-
La bienveillance : un Mushingantahe
bienveillant est fortement apprécier par tous, ce qui fait sa fierté.
-
La disponibilité : le fait que tout
un chacun compte sur son soutient en cas de difficultés, un Mushingantahe est un
homme indispensable dans la communauté ;
-
La patience : un Mushingantahe ne
doit pas se précipiter pour délibérer sur des situations ambiguës, ce qui
renforce la confiance en soi et l’acceptation pour les membres de la
communauté.
-
Le bons sens de la sagesse : au cas
d’une situation qui nécessité une prise de décision qui pourrait compromettre la cohésion au sein des
membres d’une même famille ou dans le voisinage, le Mushingantahe est consulté
car il est considéré comme une source de sagesse et de bon sens : la
personne intelligente de la communauté.
-
La responsabilité : les conseils et
les décisions d’un Mushingantahe sont appliqués sans discussion ce qui le rend
populaire.
-
L’amour de la justice et de la
vérité : le fait d’être impartiale fait de lui un homme de confiance pour
tous.
Cependant,
dans la tradition burundaise, tout comportement anormal fait objet d’une
condamnation. De même, passer outre aux engagements, un Mushingantahe est
condamnable sérieusement. D’où l’institution des Bashingantahe prévoit des
sanctions en cas de non-respect des engagements pris solennellement lors de la
prestation de serment. Si le cas se présente, le coupable était exclu de
l’institution. Parmi les violations des engagements d’un Mushingantahe,
les principales soulignées par l’institution dont on ne tolérait jamais
sont : la divulgation des secrets, la violation des interdits sociaux, la
déviation de la vérité, l’incapacité de défendre et de trancher les différends,
les endettements exagérés, le fait de ne pas venir au secours des personnes
nécessiteuses, la corruption, le concubinage, la déconsidération de l’autre, le
fait de ne pas aimer le travail qui entraine par conséquent la pauvreté, la
lâcheté.
4.2.
Les
principes moteurs de l’institution des Bashingantahe
Ces principes sont des
lignes directrices qui guident les actes des Bashingantahe tenant compte de
leurs engagements :
- Neutralité
et impartialité :
principes garantissant le traitement égal de toutes les parties et l’absence de
prise de position dans les conflits. Pour ce fait, il les Bashingantahe prennent
du temps pour écouter tout le monde, rechercher la vérité et agir avec sagesse
sans se laisser influencer ni prendre parti.
- Collégialité : valoriser afin de bannir le jugement
individuel au cours d’un procès. La concertation après la délibération collégiale constitue
l’élément essentiel dans l’institution des Bashingantahe.
- Transparence
et souci de la vérité : les Bashingantahe sont tenus
en unanimité de communiquer toutes les informations relatives à leurs
activités
- Crédibilité :
principe
incite à renforcer la légitimité individuelle et institutionnelle.
- Légalité
et légitimité : l’institution des Bashingantahe
est légale par le simple fait qu’elle relève du droit coutumier. Tant que la
coutume n’est pas abrogée, la légalité de l’institution reste garantie.
- Équité :
l’absence de discrimination. L’équité complète, corrige et humanise le droit.
C’est le sens de la justice naturelle dans l’appréciation de ce qui est dû à chacun.
- Discrétion
et impartialité : les Bashingantahe sont appelés à
garder le secret lors et après la délibération.
- Gratuité
des prestations : les Bashingantahe agissent en
qualité de bénévole à l’exception que l’on peut demander à celui qui recourt
aux parties différends une certaine
quantité de bière appelée communément agatutu k’abagabo symbole de l’unité
retrouvée entre les parties en conflits[23].
4.3.
L’exclusion
et ses effets
Le règlement des
manquements aux serments d’investitures d’un Mushingantahe peut entraîner la
déchéance des chargés d’un investit. L’exclusion sociale pour un investit
Umushingantahe pouvait se traduire par l’interdiction de partager avec les autres
Bashingantahes et l’interdiction de puiser à la même source. D’où les expressions
fortes en signification de « gucira umunke », « guharirwa ivomo ».
Ainsi donc, l’exclusion sociale correspond à la non-réalisation des
tâches et services qu’on avait d’où le Mushingantahe exclu est destitué
automatiquement de ses fonctions et tout le monde le saura.
L’extrait titré de
l’article de Déo MAKOBERO[24].,
nous donne l’aperçu de la cérémonie d’investiture d’un Mushingantahe :
En
guise de témoignage, les cérémonies d'investiture sont éclairantes. Pour être
investi comme « Umushingantahe», il fallait se préparer pendant une période
assez longue dont la coutume ne définissait pas la durée du point de vue de la
mesure du temps. Il ne s'agissait pas d'une somme d'exigences intellectuelles
ou sociales qui importent mais une façon d'être tout d'abord. Ce qui requiert
un temps de formation. Les enquêtes faites ont abouti à une période qui oscille
entre 3 mois et 3 ans. Mais souvent c'était plus.
Une
fois le temps de la formation accompli l'on passait à l'investiture. Parmi les
acteurs de l'investiture, il y avait le candidat, le parrain, le père du
candidat, le délégué des notables investisseurs, le délégué du sous-chef ou du
chef, le délégué de la population non investie, la femme du candidat et la
population. Au début de la cérémonie, l'on sert à la population de la boisson
en respectant la hiérarchie suivante : les notables, les hommes mariés non
investis, les femmes de notables et de non notables et enfin les jeunes. Le
discours de circonstance est prononcé, après que le parrain demande aux
notables d'agréer son candidat.
Le
délégué des notables interroge le parrain et demande si le candidat est
réellement digne. L'on consulte ensuite la population pour qu'elle l'agrée
comme son leader moral. L'accord est donné par un délégué de la population.
Après quoi on lui donne la baguette de la sagesse (intahe) et il en frappe le
sol pour susciter la sagesse des ancêtres. Après cette cérémonie, le délégué de
l'autorité administrative intervenait pour authentifier l'acte de
l'investiture.
Il
était suivi du discours de délégué de la population non investie qui exprimait
l'accord du peuple. Ce discours était suivi de grands applaudissements et d'acclamations
(impundu). Après quoi on soulevait
celui qui a été investi en signe de grande joie. L'on faisait de même pour sa
femme. Il apparaît clairement ici que l'investiture revenait finalement au
couple. Après le port dans les bras (kurerurwa),
le parrain exprimait sa gratitude et donnait au nouveau mushingantahe la petite
pierre ronde symbolique à garder.
Cela
terminé, le nouveau notable exprimait sa gratitude et disait ses hauts faits,
pendant que sa femme se faisait aider par les autres pour acclamer l'honneur
reçu (impundu). Les notables
partageaient avec le nouvel investi une cruche sélectionnée de bière. Suivaient
alors les chants et les danses de la population qui signifiaient la dimension
affective de l'alliance entre le nouveau notable et son peuple.
La
cérémonie et les discours manifestent la profondeur de l'investiture des
bashingantahe. Le fait d'être Mushingantahe c'est assumer une responsabilité
sociale généralisée sans limite. L'homme investi doit pouvoir dire, je suis
Mushingantahe et rien d'humain ou de para-humain ne peut m'être étranger. Je
suis entièrement un homme pour les autres.
Il
s'agit donc d'un pacte de paternité d'une part et de filiation d'autre part. Il
devient père de son milieu, avec tout ce
que cela comporte d'attachement, tout en étant fils parce qu’issu de ce milieu.
C'est pour cela que l'institution est assimilée à la maturité humaine et
sociale. En effet, l'homme ne devient homme qu'en acceptant de porter le poids
de sa vie et de ses semblables. D'où précisément l'importance de la maturité
humaine et l'insistance sur le fait d'être un homme achevé, plein, si l'on veut
être notable
De façon synthétique,
retenons de la cérémonie de l’investiture les principaux acteurs et leurs
tâches respectives :
-
Le candidat ;
-
Le parrain (umuhetsi, gihetsi kivyara) ayant pour rôle de préparer
le candidat, de lui procéder constamment des conseils, de l’engendre de façon
charismatique dans l’institution ;
-
Le père du candidat ;
-
Le délégué des notables
investisseurs ;
-
Le délégué du sous-chef ou du chef pour
la représentation administrative ;
-
Le délégué de la population non investit
(abakungu). C’est lui qui donne ou pas l’accord d’agrément à la demande du
délégué des notables si le candidat est réellement digne ou non de la
population.
-
La femme du candidat ;
-
La population
La cérémonie
d’investiture est agrémentée par le partage de la bière en respectant la
hiérarchie suivante :
-
Les notables ;
-
Les hommes mariés non investis (abakungu) ;
-
Les femmes des notables (abakenyezi) ;
-
Les jeunes.
4.5.
Les
étapes et les grands moments d’un rituel d’investiture
4.5.1. Les
grands moments
Le candidat à l’institution
des Bashingantahe doit subir une initiation composé de plusieurs moments au
cours desquels il est observé par l’entourage :
1)
Aspirant au début du parcours : le
candidat montre son désir de faire partie du corps des Bashingantahe.
2)
Premier niveau : pour y accéder, le
candidat doit en formuler expressément la demande. Il est dès lors
soigneusement observé au cours de ses prises de parole en public, dans ses
comportements et attitudes lors des circonstances officielles de fête où on lui
confie quelques responsabilités relatives, notamment au partage de la boisson
entre les non-initiés. Lors des débats, le candidat lui est donné les
possibilités de s’exercer à concilier les parties en conflit ou à trancher
entre elles.
3)
Candidat en attente de son investiture :
un parrain de sagesse suit de plus près le candidat, lui prodigue des conseils
et l’initie de manière approfondie aux coutumes et aux techniques de règlement
des litiges. Ces connaissances et ces informations lui seront en effet
nécessaires pour exercer ses futures fonctions.
4)
L’investiture : avec l’approbation de
son parrain, l’aspirant est accepté parmi les Bashingantahe au cours d’une
investiture officielle qui donne lieu à une grande fête représentant une
cérémonie de confirmation, d’affiliation et d’élévation. Cette cérémonie a une
signification importante car elle illustre l’engagement fort du candidat dans
son nouveau statut. Les discours de circonstance traduisent la profondeur des
engagements et des obligations auxquels l’Umushingantahe souscrit. Cette
affiliation est concrétisée par la baguette de justice qu’il reçoit, ainsi que
le serment qu’il prête lors de son investiture[25].
Celles-ci visent aussi
bien les étapes d’apprentissage que celles d’observation par l’entourage.
L’extrait ci-dessous, met en évidence le bien fondé de chacune de ces étapes
l’une après l’autre.
Traditionnellement,
les étapes préalables à la cérémonie de l’investiture variaient en nombre selon
les régions (trois, quatre ou cinq étapes) et concernant la durée de chacune
d’entre-elles. Cependant, le point commun aux cérémonies des différentes
régions était qu’au moment du passage de l’une à l’autre des étapes, l’aspirant
devait organiser une grande fête où étaient invités « non seulement ses proches
mais également tous les voisins immédiats et ceux des collines environnantes
» et au cours de laquelle une quantité
importante de bière était servie.
Le
premier stade du rite initiatique est celui pendant lequel l’aspirant est
considéré comme un mukungu (littéralement il s’agit d’une vache sans corne),
c’est-à-dire un homme qui n’est pas encore admis par les notables. Pendant
cette phase, les bashingantahe lui confient de petites tâches telles que la
distribution de la bière au moment des fêtes en « demandant de veiller à ce que
tout le monde ait sa part, qu’il y ait abondance ou pénurie ». Ainsi, c’est son
sens de l’équité et sa capacité à être juste qui était observé et analysé dans
ce genre d’exercice[…].
Après
une durée variable selon les régions et surtout si les bashingantahe de la
colline décidaient que l’aspirant méritait de passer à l’étape suivante, le mukungu
devenait un muganantahe (littéralement celui qui va vers l’ordre
équitable), c’est à dire un « futur juge de paix ». Traditionnellement, ce
terme était utilisé habituellement par
les bashingantahe à l’endroit d’un jeune homme dont le comportement était
conforme aux valeurs d’Ubushingantahe […].
Il
faut noter que le mukungu doit être marié pour pouvoir être investi. En effet,
l'investiture consacre non seulement un homme ou une femme mais aussi un couple
modèle qui peut servir d'exemple aux autres. Une personne peut franchir toutes
les étapes d'initiation sans être mariée. En revanche l'investiture en tant que
mushingantahe nécessite d'être marié.
La dernière phase, avant
l’investiture, est celle
où l’aspirant est
qualifié de mutamana, c’est-à-dire « celui qui
est accepté, qui est mis dans l’ambiance pour qu’il puisse s’initier, observer
et éventuellement intervenir ». Pendant cette phase, l’aspirant est considéré
en quelque sorte comme un stagiaire à qui par exemple les bashingantahe «
donneront ‘‘intahe’’ (le bâton de justice) pour lui demander d’émettre son avis
sur une affaire qui vient d’être plaidée par les deux parties ». Cependant,
n’étant pas encore investi mushingantahe, il « n’a pas le droit de frapper le
sol avec ‘‘intahe’’ (…). Il le tient seulement en main ».
(…)
« l’analyse des différentes étapes (…) révèle
une responsabilisation croissante liée à des compétences supplémentaires et à
une intégration graduelle dans le processus juridique ». Recourant au proverbe
qui dit que « l’engagement (…) n’est pas quelque chose que l’on peut avaler
sans mâcher », l’Abbé Ntabona considère de son côté que l’objectif principal de
ce processus gradué est « de provoquer un devenir progressif » car,
mushingantahe « est une manière d’être à ne jamais improviser ». En outre, la
localisation de ce processus dans le plus proche environnement du candidat à
l’investiture s’explique par le fait
qu’un « mushingantahe était investi par et pour le groupe local dont il
était issu ».
Une
fois toutes les étapes franchies avec succès, le collège des sages qui a
observé l’aspirant procède à l’investiture lors d’une cérémonie publique au
cours de laquelle une importante quantité de bière est distribuée et où ses
missions et responsabilités lui sont rappelées au moyen de formules et de
questions formules rituelles. Le candidat doit à cette occasion reprendre et/ou
répondre positivement à pleine voix les formules et aux questions rituelles
afin de signifier son engagement aux bashingantahe qui le cooptent et à la
communauté humaine présente à la cérémonie qu’il va servir. Ainsi, il était
considéré avoir « avalé la petite
pierre qui fait
des hommes », signe
de l’intériorisation des
valeurs du Bushingantahe et
symbolisant le caractère irréversible de l’engagement prononcé […][26].
Bref, les différents
étapes servent d’apprentissages et d’observation vis-à-vis du candidat : umukungu
w’inyuma, umukungu w’imbere, umunyamutamana, etc.
Le stade premier d’mukungu
peut s’effectuer en deux moments distincts : Umukungu w’inyuma et
Umukungu w’imbere. Les deux se distinguent en fonctions des tâches confiées
au candidat. Umukungu w’imbere était en quelque sortes un
moment d’être un leader parmi les jeunes paires. Le candidat est choisi pour distribuer équitablement la
bière à ses paires. Celui-ci est aussi nommé isonga rigaba urwaruka qui peut se traduire javelot pointu
qui gouverne les jeunes.
Le stade suivant est
celui d’Umuganantahe ou encore Umunyamutamana. C’est le moment où la requête du candidat est
acceptée. Dès lors, le futur investi
reçoit un parrain dit umuhetsi qui le guide dans
cette période de stage. Dans cette période, il peut assister aux délibérations
des procès ou partager la bière avec les aînés. Néanmoins, il ne lui était
permis de toucher l’Intahe sauf en cas de dérogation où il peut émettre son
point de vue en gardant l’Intahe dans ses mains mais sans toutefois frapper le
sol.
Le stade suivant c’est
après l’investiture où il atteint le stade d’igicocoro : étant d’un
notable rassis et fort respecté, il peut être dès lors délégué des autres
notables pour procéder au rituel d’investiture.
L’INSTITUTION
DES BASHINGANTAHE DANS L’HISTOIRE DE LA
SOCIETE BURUNDAISE
La vérité et la justice
font parties des valeurs fondamentales des Bashingantahe dans la mesure où,
selon les contes et légendes burundais, la création de l’institution trouve son
origine dans la nécessité de disposer pour le Roi d’un ensemble de personnes
notoirement réputées et connues pour leur sens de la vérité en toute
circonstance.
En effet, la tradition
burundaise à travers la tradition orale et légendaire essais de justifier
l’origine de cette institution. La présente partie focalise son attention sur
les différentes sources de l’intégration
des Bashingantahes et les valeurs y référents pour justifier d’une manière à
une autres la raison fondée de cette institution. Deux ou trois sources méritent
d’être soulignées pour parler de
l’origine et de la reproduction générationnelle de cette institution.
1.
Conte ou légende sur
l’apparition des Bashingantahe
Les contes ou légendes
burundais, source première d’information dans un pays de droit coutumier où
l’oralité a une place centrale, nous renseignent sur les conditions d’apparition
des Bashingantahe et ses qualités.
Selon les récits mythiques
racontant l’apparition des Bashingantahe dans la tradition burundaise, ce
serait au roi Ntare RUSHATSI qu’il faudrait en reconnaitre la paternité.
Un conte burundais mérite d’être ici relaté, expliquant la raison de
l’instauration des Bashingantahe dans la société burundaise par le roi lui-même
après avoir été condamné d’être coupable par Samandari. Dès lors, il fut, selon
l’ordre du roi l’envoie en mission des Bashingantahe pour la quête de la vérité.
Il
était une fois, un roi rompu à l’arbitraire et peu soucieux de la valeur
humaine. Un jour, un prétendu bouffon, habitué de la Cour et nommé Samandari,
lui demanda des légumes et le droit de les cuire au palais même. Le roi
acquiesce mais quelques instants après, Samandari, pour arranger une petite
affaire dehors, s’éloigne de sa marmite de légumes en ébullition en priant le
roi de lui entretenir le feu. Sa majesté accepte ; brusquement Samandari
revient voir sa marmite et trouve que les légumes ont diminué de volume. Il
accuse aussitôt le roi d’avoir mangé ses légumes et menace de porter l’affaire
en public. Il insiste au point que le roi en est réduit à lui promettre
d’importants cadeaux pour qu’il se taise. Finalement Samandari révèle au roi
son astuce : il voulait tout simplement mettre en évidence l’arbitraire dans la
société, montrer l’importance du témoignage et l’opportunité de l’institution
des bashingantahe. Le roi accepte tout de suite de mettre sur pied l’institution
des bashingantahe[27].
En résumé le conte, met
en évidence deux personnages principaux : Samandari et le Mwami (Roi) et
se déroule en deux moments. Dans un premier moment, Samandari prépara des
légumes et dans un second moment la pâte et d’un coup, il demanda au roi d’entretenir
la marmité en son absence, et de retour, l’accusa de les manger ce qui qui fait
honte pour le roi. Vous trouverez en annexe l’intégralité du conte dans la
langue locale : le kirundi[28].
Parlant
des qualités d’un Mushingantahe, le récit de NGOMA YA SACEGA en témoigne le
vrai Mushigantahe. Toute personne investie Umushingantahe a le devoir le
trancher les litiges et concilier les différends. Le courage et cet attachement
à la vérité sont mis en lumière dans une autre légende burundaise où un Mushingantahe,
NGOMA fils de SACEGA, qui devait trancher un conflit entre la mort et Dieu sur
le fait de savoir qui est maitre de la
vie, pris le parti d’aller à l’encontre de la première au péril de sa vie en
affirmant que c’est à Dieu que revenait cette qualité[29]. Le
récit relate aussi l’ordre du roi instituant
des tribunaux (sentare) dans la société burundaise ce
qu’on peut traduire selon le contexte intahe
yo kumugina. Parlant de sentare, nous pouvons déduire que ce mot est
composé de deux mots (se+ntare) dont
ntare fut le premier roi de la monarchie burundaise. Vous trouverez en annexe l’intégralité
du conte dans la langue locale : le kirundi[30].
Partant de ce compte, nous comprenons
aussi le sens de la transmission et de l’origine d’Intahe. NGOMA avant d’assister à ce palabre, il passa d’abord à la cour
royale, demanda au roi l’Intahe et
les Bashingantahe pour signifier la
transmission et l’unité de l’ordre des Bashingantahe.
1.3.
Transmission
de l’institution de génération en génération
Les contes (récits)
ci-haut évoqués nous revoient dans la logique historique de l’institution des Bashingantahe
qui, selon la tradition (orale) burundaise date du Roi Ntare RUSHATSI premier
roi et fondateur de la monarchie burundaise. Toutefois, le rituel des cérémonies
d’investiture des Bashingantahe le réaffirme. La formule (ancienne) reprise
lors de l’investiture des nouveaux Bashingantahe le réitère pour aussi
souligner la logique de reproduction générationnelle de cet héritage. Après avoir répondu favorablement aux
questions[31]
du rituel de l’investiture et après l’avis favorable de l’assemblée, le délégué
remet solennellement l’« Intahe »
au nouveau Mushingantahe en disant ceci :
« Reçois ce bâton de justice qui a été donne
par Ntare RUSHATSI à ton père et à ton grand père ».
Littéralement
traduit :
« Akira iyi
ntahe, yavuye kuri Ntare RUSHATSI, ihabwa se wa sokuru, ihabwa na sokuru na
so ».
Et l’autre de répondre :
«Ndakiriye iryo banga, ni narimena riramena
inda » [32].
Dès lors, le nouveau Mushingantahe qui entre dans la collégiale des
sages, incessamment, avale et intériorise les habitus correspondant à l’idéal
d’ubushingantahe. Une petite pierre lui est aussi donnée et maintenue dans la
pomme de mains pour symbole. Ainsi, le jeune Mushingantahe avalait la pierre des hommes respectables d’où la
terminologie «kumira akabuye
k’abagabo ». Ainsi pour témoigner
que le nouveau investit entre dans l’ordre des notables introduit par le de la
monarchie burundaise.
En effet, la baguette Intahe
octroie à un Mushingantahe dispose un
sens symbolique d’autorité qui entre
dans la logique collégiale des Bashingantahe. Toutefois, siégeant dans le
collège, l’Intahe maintenue dans ses propres mains le confère la parole
autoritaire et représentative. Dans le rituel d’Intahe, toute parole est
accompagnée par la cadence d’Intahe. En frappant le sol à l’aide de l’Intahe,
le Mushingantahe veut prendre pour témoin ses aînés Bashingantahe qui ont rendu
l’âme, les mains propres, après avoir milité pour la vérité qui protège les
faibles et les sans voix contre la capacité des plus forts. Il se rappelle
constamment l’héritage de l’aïeul NGOMA YA SACEGA[33].
Grosso modo, la genèse
de l’Intahe nous renvoie donc dans la logique de la fameuse devise monarchique
: Imana-Umwami-Abagabo.
La trinité
sur base de la quelle fondait la monarchie burundaise : Imana
qui élu les Bashingantahe et qui se manifeste dans la collégiale à travers la baguette Intahe (symbole de Justice,
Vérité,
équité)[34], Umwami
qui décréta l’instauration de l’Intahe dans la société et intronisa les Bashingantahe
pour être ses conseillers et ses
ambassadeurs. Ainsi, ceci nous fait comprendre aussi le contour de l’adage
rundi soulignant l’alliance d’Umwami (Roi) avec les Sages (Abashingantahe) :
Umwami agirwa n’abagabo. L’un ou
l’autre peut douter de cette alliance trinitaire caractéristique
de l’institution des Bashingantahe. A forte raison de comprendre, le rite de kubandwa peut s’en servir de preuves
face aux arbres sacrés. Qui sont les arbres sacrés ? Umurinzi(umugumya), umumanda, umuvumuvumu, peuvent
servir de réponse. L’alliance d’Imana avec les Bashingantahe nous vient selon
la tradition, aussi du rite de kubandwa. Kiranga (ryangombe pour le Rwanda)
aurait transmis son pouvoir en s’incarnant dans le Murinzi l’un des arbres sacrés dont la tradition fait hommage.
En effet, le rite de Kubandwa
s’organisait au pied d’un Murinzi,
l’arbre protecteur. En outre, selon un héritage partagé avec le Rwanda,
Kiranga (ou Ryangombe) serait mort au pied d’un Murinzi. Son sang coulé dans
les fleurs du Murinzi qu’il a coloré en rouge. Ces dernières donnent de petits
fruits rouges ayant un oeil noir appellés uburunga. L’histoire nous rappelle
que la monarchie burundaise de Ntare RUSHATSI nous vient de la région de Burunga
d’où « Burundi bwa Seburunga » ou « Burundi bwa Nyburunga ».
Ainsi donc, le royaume du Burundi monarchique est doté de l’alliance entre la
religion et la justice. C’est ainsi que le Murinzi (Muko pour le Rwanda) était
d’ordinaire planté dans la cours royale (kukirimba) ainsi que sur les tombes
des rois. Tout ménage plantait obligatoirement des arbustes de Murinzi dans la
clôture du rugo ou dans les champs en vertus de signe de protection d’Imana.
Le mushingantahe élu et envoyé d’Imana, reflète la protection d’Imana à travers
le rituel d’Intahe en faveur de la vérité et la justice : protéger les
faibles et les sans voies.
2.
Evolution de
l’institution de Bashingantahe dans le temps : les succès et les défaites
de l’institution des Bashingantahe
Au service de la
société traditionnelle burundaise depuis la naissance de la monarchie burundaise, l’Ubushingantahe est un mécanisme juridique d’assise locale qui a
longtemps protégé l’harmonie dans le Burundi traditionnel. L’Ubushingantahe,
pris comme un modèle pour la prévention et la gestion des conflits sous
les prérogatives de réconciliation et de remédiation, est actuellement
réinventé dans l’optique de témoigner la vérité et la justice, servir la paix
et la réconciliation, assurer l’harmonie et la cohésion sociale.
Dans le Burundi
monarchique, l’Ubushingantahe était une valeur par excellence sur base de
laquelle étaient fondées l’organisation et la gestion de la société
traditionnelle. De la cours royale aux collines, les Bashingantahe jouaient les
fonctions de juges, des conseillers assignés
à une triple mission au sein de la société: vocation morale, sociale
et politique. L’Ubushingantahe constituait aussi un facteur de cohésion
sociale. « Considérés comme des modèles
de vertu par la population qui les choisissait pour leurs qualités humaines
(maturité, dignité, sagesse, modestie…), ils[les bashingantahe]
jouaient un rôle clé dans la résolution des conflits locaux et assuraient
l’ordre et la paix dans la communauté qu’ils représentaient devant le
mwami(roi) et les chefs dont ils régulaient le pouvoir »[35].
Le système royal était socialement et politiquement entouré par les Bashingantahe
chez qui revenaient tous les conseils et
décisions royales d’où les proverbes rundi « Umwami agirwa n’abagabo », « ntihica umwami hica abagabo » ; ainsi pour dire que toute
décision revient du consensus du conseil royal.
Au-delà du domaine
juridique, les Bashingantahe étaient au niveau local les gardiens de la coutume
et de la tradition. Premières autorités morales, conseillers, éducateurs et
modèles pour la communauté, un rôle prépondérant dans la construction et la
consolidation du système de valeurs leur revenait. Leurs tâches ne se
réduisaient pas à des aspects juridiques et normatifs. En tant que chefs de
file des groupes à base territoriale, responsables de la consolidation de
l’ordre interne et de la représentation vers l’extérieur, les Bashingantahe
acquièrent, en plus de leurs devoirs étroits de régleurs de conflits, des
fonctions politiques éminentes. Ils étaient les premiers interlocuteurs de
l’autorité politique locale[36].
Bref, le système monarchique assignait tant de fonctions aux Bashingantahe :
- Ils
sont les gardiens de la coutume et des mœurs.
Ils servent de modèle au milieu ;
- Ils veillent à la sécurité des personnes et
des biens, à la concertation et à la concorde dans leurs milieux ;
- Ils instruisent et tranchent les palabres dans
un esprit non répressif, mais de conciliation ;
- Ils
constituent une régulation du pouvoir suivant un réseau de Conseillers allant
de la colline jusqu’à la Cour du Roi[37].
L’arrivée de
l’administration belge n’a pas resté
intacte le principe organisateur de la monarchie qui était fondé sur le pouvoir
des Bashingantahe. Par peur de
connaître une défaite et craignant l’influence des Bashingantahe et leur confiance dans la société, l’administration
belge ôtait ces derniers leurs rôle et interdit dès les années 1920-1921
le système de trancher les parables selon l’ordre coutumier et tout ordre
assuré par les Bashingantahe. Par
stratégie l’ordre des Bashingantahe est d’un coup remplacé par la mise en place
des tribunaux. Ces derniers accordaient toute puissance aux chefs et sous
sous-chefs qui accomplissaient le rôle que devraient assurer les Bashingantahe. Humiliés, les Bashingantahe
subissaient farouchement de la bastonnade (ikimoko).
La chicote était une sorte de
punition dont l’objectif était de « replacer
les Bashingantahe dans le commun des mortels interdit de contredire ou de
concurrencer l’autorité coloniale[38] ».
Présidés dans les tribunaux, les juges se sont confié le droit de régler tous
les conflits à l’instar des Bashingantahe. L’instauration des tribunaux étaient
en faveur de l’administration coloniale en défaveur de l’institution des Bashingantahe
bannit de son rôle d’où la faible considération des Bashingantahe. Le pouvoir
appartenait au chef ou sous-chef (Mutwale)
à qui revient le titre honorifique d’Umushingantahe.
Pour gagner la confiance et la popularité, tout Mutwale (chef ou sous-chef) s’appelle Umushingantahe.
Désormais, une
ordonnance sur les juridictions indigènes au Ruanda-Urundi renforça la mainmise
sur la justice coutumière en soumettant l’action et la composition des
tribunaux sous le contrôle directe du résident de l’Urundi était mise en place
en 1943[39].
Les années 1945,
l’autorité coloniale autorisa l’investiture de tous les fonctionnaires[40]
sans toutefois faire recours à la
cooptation traditionnelle. Chose faite, le décret du 14 juillet 1952 va
légaliser l’affaire. Dès lors, une nouvelle catégorie de Bashingantahe est
instaurée et permettant d’instituer tous les conseillers de la sous chefferie
et chefferie élus au suffrage universel[41].
De l’autre côté, les
missionnaires ont aussi contribué à l’affaiblissement de l’institution des Bashingantahe
en introduisant dans leurs centres de mission (les paroisses) les conseillers paroissiaux (Abajenama). L’influence de ces derniers
ainsi que les enseignants catéchistes s’est accentué au sein de la communauté
chrétienne au détriment des Bashingantahe[42]. Car,
les Abajenama concourent à la conciliation
et à la résolution des conflits dans les communautés chrétiennes.
2.3.
De
l’indépendance aux systèmes républicains (première et deuxième République)
Après l’indépendance,
les Bashingantahe évoluent dans l’ombre. Juste après la célébration de
l’indépendance, la loi du 26/7/1962 supprime toute juridiction coutumière et
ordonne la création de l’ordre des magistrats.
Sous entends que, les Bashingantahe ne sont, dès lors reconnus dans leurs fonctions. Toutefois, leur
rôle ne se limite uniquement qu’au niveau collinaire. La mise en vigueur de
cette loi met en place un Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaire
(COCJ) mettant fin aux juridictions indigènes et généralisant le système
colonial de droit écrit d’où les magistrats entrent officiellement dans
leurs fonctions. Par conséquent, le Burundi entre officiellement dans la
logique du système judiciaire[43] européen
et régit par des règles de procédure rédigées hors du contexte local.
La première république (1966-1976)
entre dans la cadence. Les Bashingantahe sont mise sous le contrôle du parti unique
(UPRONA). Nul ne peut accéder au rang des Bashingantahe s’il n’est pas partisan
du parti : la JRR (Jeunesse révolutionnaire Rwagasore), contrôlait les
procédures d’intronisation des Bashingantahe. Toutefois, l’investiture des
nouveaux Bashingantahe coïncidait avec l’inauguration des permanences
communales du parti[44]. L’Etat
procéda à la nomination des fonctionnaires de l’Etat comme des Bashingantahe sur
base des décrets hormis les critères traditionnelles d’Ubushingantahe. Le titre
d’Ubushingantahe est dénué de sens et tout fonctionnaire de l’Etat s’appelait Mushingantahe :
l’élitisme[45]
devient alors le critère d’Ubushingantahe. Désormais, les gardiens de la
tradition furent devenus des relais du parti unique au pouvoir, voir des indice
de la sûreté[46].
« D’évidences, les Bashingantahe
ainsi nommés incorporaient de moins en moins un idéal de vertus et de bonne
conduite, mais plutôt identifiées comme des symphatisant du parti unique»[47]. Le
titre de Mushingantahe devient dès
lors synonyme de « Monsieur ».
Devant toute une supériorité, on fait recours au terme Mushingantahe pour
montre le respect qu’il doit.
La deuxième république
(1976-1987), entreprit le même chemin interrompra la pratique d’investiture sur
tout le territoire burundais en raison du coût. Un décret présidentiel donna le
pouvoir aux administrateurs communaux de
nommer des individus servant du rôle des Bashingantahe[48]
sur toutes les collines du pays. Cependant, la loi n°1/004 du 14 avril 1987
portant réforme du COCJ octroie aux Bashingantahe de la colline, la mission de
conciliation avant tout recours à la justice. Le conseil des notables de la
colline est fut désormais une institution auxiliaire de la justice.
Les Bashingantahe devraient émettre un avis préalable sur les affaires civiles
soumises aux tribunaux et se prononcer sur l’octroi de dommage-intérêt dans le
cadre de certaines infractions pénale[49]. Malheureusement, la loi ne prescrit pas
aucune directive des critères d’investiture et de cooptation des nouveaux Bashingantahe.
2.4.
Epoque
démocratique : de l’avant crise de 1993 à nos jours
Le lendemain des
tristes évènements de Ntega-Marangara (Août 1988) naisse l’idéologie de partage
de pouvoir entre les différents groupes ethniques qui composent la population
burundaise ainsi pour garantir l’unité nationale. Pour y arriver, une
commission charge chargée d’étudier la question de l’unité nationale a été mise
en place vers les années 1991-1992. L’apport d’Ubushingantahe était d’emblée
l’élément fondamental pour la composition de cette dernière. Mise en place, la
commission réussi sa mission jusqu’à la déclaration d’une charte nationale de
l’unité proclamé (en 1992) et célébré le 5 février de chaque année.
Certains témoignages
vécus pendant la crise de 1993, survenue le lendemain des premières élections
démocratiques au Burundi ont souligné la plus-value de l’être d’Ubushingantahe
pendant la crise. Compte tenu des situations, de nombreux Bashingantahe
investis se sont montrés juste en protégeant les victimes
sensés à être exécuter selon le contexte. C’est à travers ces témoignages de vie
que beaucoup des Bashingantahe sont localement considérés comme des héros
dans leur communauté : inkingi
z’ubuntu[50]. Avec le retour au calme, les Bashingantahe
commençaient à s’organiser au sein des communautés pour des fins de
rapprochement et de réconciliation de la population burundaise. Pour sortir de
la crise la scène internationale
qu’internationale comptaient sur les valeurs d’Ubushingantahe et l’implication
de l’institution des Bashingantahe pour revenir au calme grâce à leur capacité
de mobiliser les citoyens burundais autours d’un idéal de paix, d’harmonie[51]. C’est
ainsi qu’un décret-loi de 1997 mit en place un conseil des Bashingantahe pour
l’unité nationale et la réconciliation. Ledit conseil est reconnu également par
l’acte constitutionnel de transition du 6 juin 1998[52]. L’accord de paix signé à Arusha en l’an 2000,
repris à maintes repris l’idée d’une institution nationale en prévoyant « la réhabilitation de l’ordre d’Ubushingantahe »
ainsi que d’autre « principes et
mesures d’ordre culturel » dont ibanga, ubupfasni, ubuntu,
etc.[53] Le commentaire sur certains points
de proposition particuliers de la même constitution revient et renforce la
réhabilitation de l’ordre des Bashingantahe dans son aspect de justice
traditionnelle. Outre le cours d’appel et les tribunaux, « le Conseil des Bashingantahe siège à
l’échelon de la colline. Il rend la justice dans un esprit de conciliation »[54].
Dans l’optique de réhabilitation
de l’institution des Bashingantahe, avec l’appui du PNUD, la campagne
d’identification des Bashingantahe investis traditionnellement et actifs faite
sur le territoire nationale compte environs 64 000 Bashingantahe traditionnellement
investis. La campagne contribue aussi pour la mise en place des différentes
organes de l’institution des Bashingantahe depuis les collines jusqu’à la mise
en place de la charte nationale des Bashingantahe et le Conseil National des
Bashingantahe adoptée en avril 2002 reconnu aussi par la Constitution
intérimaire post-transition de 2004. L’instauration du Conseil Nationale des
Bashingantahe (CNB) donne lieu aux
nouvelles investitures sur tout le territoire national[55].
Cependant, le succès de
l’institution des Bashingantahe n’a été que passager car, de nouveau avec
l’adoption de la nouvelle constitution du 18/3/2005, le rôle des Bashingantahe
ne réapparaît en aucun cas. Le texte legistratif de ladite constitution ne prévoyait plus
aucune mention des Bashingantahe[56].
Pour la mise en exécution des prérogatives de la nouvelle constitution, le COCJ adopté en 2005[57] met
l’accent sur l’arrêt formel au rôle joué par l’institution des Bashingantahe en
tant que institution auxiliaire de la
justice. Les Bashingantahe sont dès lors déchus officiellement de leur rôle dans la société sauf
que, ils pourraient « concourir à cératines
exécutions de jugement effectués par les juges et les greffiers des tribunaux
de premières instances [58]».
A la place des Bashingantahe, la nouvelle constitution de 2005 met en place des
conseillers des collines et quartiers élus au suffrage universel dont leurs
attributions sont d’assurer sur les collines / quartiers, avec les Bashingantahe
de l’entité, l’arbitrage, la médiation, la conciliation ainsi que le
règlement des conflits de voisinages[59].
Toutefois, l’Ubushingantahe
perd davantage son succès. La révision de la loi communale de 2010 exclus
catégoriquement l’institution des Bashingantahe dans tous les textes
legistratifs. Cette loi donne tout
pouvoir aux élus locaux. Les Bashingantahe n’ont désormais plus mentionnés
nulle part[60].
La prise de pouvoir du
président actuellement en exercice en 2020 promet la réhabilitation de la
justice de base « intahe yo kumugina » qui donne
espoir à la réhabilitation de l’institution des Bashingantahe. Ceci est repris
dans son discours officiel d’entrer dans ses fonctions présidentielles du 18
juin 2020. Un grand cri de joie pour les Bashingantahe traditionnellement
investis qui s’apprêtaient à remettre en cadence l’Intahe conservé depuis une vingtaine d’année sans siège à la
cours (gusasa = gusasira intahe kumugina) dans la collégiale des Bashingantahe. Cette
joie n’a aussi été que passagère
puisque, très tôt, le décret n°100/118 du 21 juillet 2021 portant mode
d’élection des membres du conseil des notables de la colline donne accès à qui que
ce soit de se faire élire notable de la colline sans considérer qu’on a été
investi selon la coutume ou pas. La loi met en vigueur les conditions exigées
pour être candidat au conseil des membres du conseil des notables de la collinaire :
« être de nationalité burundaise,
être âgée d’au moins 35 ans, avoir le sens de la vérité et de la justice, avoir
le sens d’honneur et de la responsabilité, avoir le sens élevé d’empathie, être
de bonne moralité et ne pas avoir fait objet d’une condamnation qui entache la
confiance de la population, avoir le sens de neutralité et d’impartialité,
avoir le sens u bien communautaire et d’abandon du gain personnel »[61]. Selon la note correspondance du ministère de
l’intérieur, développement communautaire et de la sécurité publique adressée
aux gouverneurs des provinces l’inscription des candidats aux élections devraient se faire aux chefs des collines et
quartiers. Outre, les notables élus au suffrage universel le 12 septembre 2022 entrent en fonction dès
la prestation de serment et apposition de signature devant les juges des
tribunaux de résidences. Ainsi disaient-ils, une mainmise sur le drapeau
national et l’autre en l’air :
Imbere
y’Imana mushoboravyose n’ibere y’abenegihugu, jewe (izina) ndarahiye ko
nzokwitanga ntiziganya muguharanira ukuri n’ubutungane kuri bose, niyemeje
gutunganiriza abazonyitura bose ataco nsavye kandi ntaravye nkunzi, kugumya
ibanga no mugihe nzoba ntakiri murayo mabanga .
Littéralement
traduit :
Devant
Dieu et devant la population, Moi (nom), je m’engage à se donner corps et âme
pour luter et militer pour la vérité et la justice pour tous, je jure servir
tout le monde bénévolement et sans distinction aucune, garder le secret professionnel même après que je ne
serai pas dans ces fonctions.
Dès lors, les fonctions
des Bashingantahe
bătiwe
(les bashingantahe investis traditionnellement) sont mises à terme comme le stipulait le jour du scrutin
certaines publications issues des comptes officiels de certaines institutions sur
les réseaux sociaux. Disaient-elles : « Les fonctions des BASHINGANTAHE (bătiwe)
cesseront sur tout le territoire du Burundi dès la prestation de serment des
membres du conseil des notables des collines/quartiers élus, c.-à-d. le 15
septembre prochain »[62] reporte, la prestation de serment qui aurait lieu le 15
septembre, a eu lieu le 22 Septembre 2022. Désormais, les membres du conseil des notables de la colline
élus (abagize intahe yo ku mugina) sont
appelés «Abahuza » au lieu de « Abashingantahe »[63].
En sommes, avant de
conclure, nous comprenons que l’institution des Bashingantahe a connu des
succès et des défaites au cours du temps. D’abord assimilé par l’administration
belge, la loi coutumière exigeant les Bashingantahe de siéger à la cours
« kumugina » s’est substituée par les tribunaux dans
lesquels siégeant les chefferies et les
sous-chefferies. Après l’indépendance, la notion d’Ubushingantahe perdait son
authenticité et ne signifiait plus guère qu’un respectueux «Monsieur».
Inconsciemment, la dénaturation d’Ubushingantahe incarne le quotidien et le
rituel de la société jusqu’à attribuer à tout homme et à toute femme le titre
d’Ubushingantahe et d’Ubupfasoni. La fameuse formule de salutation lors des
fêtes, des rassemblements en témoigne. Pour attirer l’attention, celui qui
détient la parole salut d’abord l’auditoire souvent au préalable, en répétant
la formule suivante : « Bashingantahe, Bapfasoni, Rwaruka… » .
Une formule biaisée et qui octroie à tout le monde le titre
(ubushingantahe/Ubupfasoni) qu’il n’a pas car tout le monde ne l’est pas. La
vraie formule reconnue selon la coutume serait la suivante : « Baserugo,
Banarugo, Rwaruka,… ». La culture et la tradition burundaise
soulignent bel et bien la différence entre umugabo
(Serugo) et umushingantahe ainsi que
umukenyezi (Inarugo) et umupfasoni. L’« Ubushingantahe et Ubupfasoni »
sont issus d’une considération sociale puisque une fois réussi aux étapes ci-haut
évoqués pour atteindre à l’Ubushingantahe, le candidat autrement dit le mugabo,
quitte
dès lors le rang des hommes ordinaires (abagabo) pour entrer dans le cercle des
sages dont la droiture a été éprouvée par la période initiatique. Il est coopté
par la communauté pour être appelé « umushingantahe » parce qu’il a réussi avec
grande distinction les épreuves normatives de la société. C’est à ce moment précis que sa femme accède
à un échelon supérieur de la considération sociale. Elle n’est plus une femme
ordinaire (umugore, umukenyezi) mais elle reçoit un nom qui exprime sa dignité,
sa noblesse d’esprit. Elle s’appellera désormais « umupfasoni », celle dont le
cœur est auréolé d’un humanisme parfait, celle qui fait l’honneur de son mari,
du ménage et de la communauté. Elle pourra, dès lors, siéger parmi les
Bashingantahe pour régler les différends[64].
Toutefois, la
réhabilitation de l’institution des Bashingantahe à perdurer dans l’esprit des
barundi et les systèmes politiques qui se sont succédé. La logique du temps
nous fait distinguer jusque-là quatre
phases, qui ont chacune été marquées par des étapes institutionnelles
formalisant les principes de la réhabilitation de l’institution des Bashingantahe.
La première phase
couvre la période 1988-1993. Elle s’est ouverte avec les discussions de la Commission
nationale chargée d’étudier la question de l’unité nationale instituée au
lendemain des événements de Ntega et Marangara (août 1988).
La seconde phase
commence après le renversement du premier président démocratiquement élu
(1993). Celle-ci a connu une rupture causée par la reprise du pouvoir du président BUYOYA qui,
en 1997 décrète certain nombre de fonctionnaire revêtu officiellement l’icône des Bashingantahe.
La troisième phase est
caractérisée par la redécouverte de l’institution des Bashingantahe jusqu’à la
création du Conseil National des Bashingantahe. Avec une mainmise de la
communauté internationale dont l’UNESCO, PNUD ; l’approche néo-traditionaliste
réapparait sur la scène nationale. Avec
cette phase, sont mis en place des conseils communaux et provinciaux des Bashingantahe,
avec possibilité d’investir au publique des nouveaux Bashingantahe. De plus, un
hymne et une charte ont étés élaborées avec l’instauration de la journée
nationale de l’Intahe[65](le
23 février de chaque année) et du
Conseil National des Bashingantahe depuis 2002.
La quatrième phase est
probablement avec la prise de pouvoir du président actuellement en exercice
qui, dès au départ montre la volonté de
réhabiliter la justice de base « Intahe yo kumugima ». La mise
en place des conseils des notables de la colline par voie du scrutin et de
prestation de serment devant les juges des tribunaux de résidence pourait
signifier une grande mutation de l’institution des Bashingantahe.
Cette mutation est caractérisée par le divorce
de l’institution des Bashingantahe d’avec la tradition et la coutume burundaise
d’une part, le remariage de l’institution des Bashingantahe d’avec la
magistrature de l’autre part.
CONTINUITE OU DISCONTINUITE DU SYSTEME SOCIO-CULTUREL
La société
burundaise contemporaine revitalise d’une façon ou d’une les valeurs et les
normes fondamentaux qui ont pour la plus part des cas, occupé la place
prépondérante pour la tranquillité et la cohésion sociale. Malgré les
différentes formes de mutations sous plusieurs formes, la notion
d’Ubushingantahe demeure fondamentale raison pour laquelle elle a connu jusqu’à
nos jours des réhabilitations pour qu’elle reste apte et utile pour la société
principalement pour garantir la cohésion sociale. Il s’agissait ici de passer
en revue les différentes moments de réhabilitation de l’institution des
Bashingantahe et nous avons vue qu’à chaque période, l’Ubushingantahe a été un
élément dont on ne peut ignorer, mais plutôt un élément majeur dont on
s’approprie pour le maintien de la légitimité, soit pour gagner le camps, soit
aussi pour assurer le transfert d’un système politique à une autre, ce qui
nous aide à bien comprendre la mutation de l’institution des Bashingantahe
coutumiers ou traditionnellement investis vers le conseil des notables de la colline
dénommé Abahuza.
La lecture synoptique des Bashingantahe coutumiers
et les notables de la colline Abahuza nous fait revenir sur certains éléments,
modes ou modalités pratiques nous permettant de bien retenir et repérer
certains traits assurant la continuité ou discontinuité du système, aussi bien
comprendre le mode de fonctionnement du système adapté.
1.
Processus d’adhésion et d’initiation
D’un
côté, nous référant à la charte des Sages/bashingantahe (non lointain qui date
de 2002), passons en aperçu certaines attitudes observables visant le processus
d’intégration et d’initiation du nouveau candidat.
En
effet, est digne de postuler pour investiture toute personne, bien évidemment de
nationalité burundaise, épris de la sauvegarde des valeurs fondatrices de
la culture burundaise, d’une intelligence aigüe et maîtriser l’art oratoire[66].
Toutefois, tout candidat à l’investiture doit
avoir été l’objet d’une observation minutieuse par la Communauté
depuis sa jeunesse. Sa conjointe de même. Le candidat à l’investiture doit avoir déjà
prouvé son engagement à lutter pour la vie de tout être humain, au
sein du foyer conjugal et du voisinage ainsi que dans son milieu
socioprofessionnel[67].
Le
candidat à l’investiture est tout homme ou toute femme : qui observe la
discrétion, qui vit en harmonie avec son conjoint, qui tient ferme aux
engagements pris, sans tergiverser, qui jouit de la confiance du voisinage, qui
compatit avec les plus faibles dans la société, qui lutte contre toute forme de
sectarisme et d’autres facteurs de division sociale, impartial, généreux et sans
cupidité, qui abhorre l’ivresse, qui respecte autrui, qui ne sème pas la
division, qui est épris d’équité , d’une intelligence aigüe et d’un
courage inébranlable pour mériter confiance[68].
Avant
l’investiture, le voisinage doit avoir finement observé le candidat et les
Sages/Bashingantahe doivent avoir préalablement jugé de la sociabilité de son
ménage d’où doivent lui confier certaines responsabilités à un titre
probatoire : période de stage. Son parrain de sagesse doit lui
avoir prodigué maints conseils pour lui montrer le droit chemin à suivre sans
coup férir[69].
La période de stage aide le candidat de se préparer en conséquence pour ses
fonctions futures. Comme nous l’avons souligné, certains étapes sont
obligatoirement indispensables (Umukungu w’inyuma, umukungu w’imbere,
umunyamutamana, etc.) et chaque étape d’initiation dure
une période de Trois ans au moins, au cours de laquelle le postulant est
convié à une éducation aux valeurs d’Ubushingantahe et à l’adoption d’un
comportement conséquent[70]. Au fur du temps, et pour fin d’une initiation aux engagements, le
candidat peut recevoir de siéger avec les aînés au moment de la palabre
avec possibilité de prendre relève et
d’assister pendant la délibération.
Il
nous faut revenir sur certains traits fondamentaux sur quoi fonde le processus
d’adhésion et d’initiation. La notion d’Ubushingantahe ou le fait d’être
Umushingantahe :
Est une affaire de la
communauté
Il
revient à la communauté d’apprécier ou non l’Umushingantahe en puissance depuis
son enfance. C’est la communauté qui a la toute première parole.
Est une affaire du ménage,
foyer ou famille
D’abord
comme nous l’avons évoqué, la condition sin
qua none, on investit qu’un homme mûr et non un enfant d’où il faut
que le candidat ait son foyer pour
prouver sa maturité. Or c’est sur base de l’étant de son foyer que le Mushingantahe en puissance est observé
d’où la conjointe voir aussi les enfants y compris. Leurs comportements sont en
faveurs ou en défaveurs de l’étant futur du candidat.
Est multidimensionnelle
L’initiative
et le processus d’adhésion dépend de trois statut : le statut du
candidat (foyer) qui ose présenter
officiellement sa demande au sein du collège des Sages/Bashingantahe, le statut
de la communauté/ l’entourage qui approuve l’adéquation ou l’inadéquation du
vouloir du candidat et son vécu quotidien dans la société et le collège des
Sages/Bashingantahe qui délibère les doléances du candidat et celles de la
communauté.
Est
une affaire du collège des Sages qui assure l’initiation
Avec
la pédagogie continue, les sages se chargent de la formation du candidat. Le
candidat devrait passer dans la moule pour être un vrai Mushingantahe d’où il
doit se laisser remorquer, passer toutes les étapes nécessaires du stagiaire et
se laisser guide par son Parrain de sagesse qui lui est donné. Le fait que
l’être Ubushingantahe est une affaire des Sages, c’est le collège qui propose
le Parrain au candidat.
De
l’autre côté, le conseil des notables de la colline Abahuza, selon le décret
100/188 du 29 juillet 2021, portant mode d’élection des membres du conseil des
notables de la colline, le conseils des notables est composé de quinze membres
élus par l’assemblée collinaire et remplissant les critères suivants :
1) Etre
de nationalité burundaise,
2) Etre
âgés d’au moins 35 ans,
3) Avoir
le sens de la vérité et de la justice,
4) Avoir
le sens de l’honneur et de la responsabilité,
5) Avoir
le sens élevé d’empathie,
6) Etre
de bonne moralité et ne pas avoir fait objet d’une condamnation qui entache la
confiance de la population,
7) Avoir
le sens de neutralité et d’impartialité
8) Avoir
le sens du bien communautaire et d’abandon du gain personnel[71].
Outre
les éléments non exhaustifs mis en évidence pour clarifier les critères
d’élection d’un notable dont une certaines similitudes d’avec les éléments
fondamentaux mis en place par le collège des Bashingantahe, certains aspects
méritent d’être balancés par rapport et en opposition avec le collège des Bashingantahe :
La
maturité
La
maturité est ici prise en termes d’âge. Il suffit que le candidat soit
considéré mûr indépendamment qu’il soit marié ou non. La notion du foyer
importe peu. Tout le monde est éligible pourvue qu’il atteint au moins 35 ans.
Nous avons rencontré par exemple le cas d’un jeune homme célibataire qui fait
partie des membres du conseil des notables de la colline[72]
ce qui est contre l’article 4 de la charte de l’institution des
Bashingantahe.
L’indépendance
de l’affaire familiale
L’être
umuhuza n’implique pas le foyer : le conjoint ou la conjointe peut y adhérer
individuellement en tant qu’acteur indépendant en dehors de la constitution
familiale contrairement aux articles 3 et 4 de la charte des Bashngantahe.
L’assemblée
collinaire
La
communauté /l’entourage manifeste sa volonté via le scrutin dépendamment
de la liste clos des candidats. Nul ne propose l’autre au-delà la liste mis en place une semaine avant.
Lieu
de résidence
L’être
notable collinaire (Umuhuza) se limite dans l’espace. Comme l’on ne se fait
élire que sur la colline natale ou milieu de résidence (au moins 5 ans de
résidence dans la localité si n’on n’est pas natif), la fonction lieu à cet
état ne se limité aussi que sur le même
champ d’application c’est-à-dire la colline ou le quartier de résidence.
Le
nombre limité et l’indépendance de l’institution au niveau des collines
Le
collège des notables collinaires Abahuza est prescrit par la loi : ni
moins ni plus, le conseil est composé de quinze membres dont le président, le
vice et secrétaire. Le conseil des notables de la colline est indépendant comme
sa fonction ne se limite que dans la circonscription de la colline de
recensement.
La
formation
La
formation constitue la seconde phase contrairement à l’initiation chez les Sage
où l’initiation précédait l’investiture. Elle est aussi limitée en termes de
jours de formation de masse (séance plénière). A cet effet, les élus subissent
une formation de quelques jours contrairement à l’institution des Bashingantahe
coutumiers où la formation est continuelle durant les années probatoires de
stage dans lesquelles le candidat avance d’une étape à l’autre mais aussi avant
l’investiture.
2.
Le rituel d’investiture des Bashingantahe et la prestation de serment des membres du
conseil des notables de la colline Abahuza
Dans
les pages précédentes, nous avons en peu parle de la cérémonie d’investiture
(ou l’intronisation) des Bashingantahe ; nous avons parlé des principaux
acteurs dont chacun accompli son rôle et tout le monde met son regard aux
candidats. Entre autre, les acteurs sont : le candidat, le parrain de
sagesse, le père du candidat, le délégué des notables (le doyen), le délégué du
sous-chef ou du chef, le délégué de la population, la femme du candidat et la
population. Nous avons aussi évoqué
quelque part l’entrée en fonction des Abahuza occasionnée par la cérémonie de
prestation de serment dont les acteurs sont les juges, les élus, la
représentation de l’administration locale et la population. Pour bien
confronter ces deux occasions, rendons-nous d’abord sur terrain et voyons ce
qui s’y faisait : paroles gestes et symboles.
D’un
côté[73],
la cérémonie d’investiture est présidée par le doyen d’âge du collège des
Sages/Bashingantahe de la localité. La parole est accordée au en premier lieu
au parrain et celui-ci s’exprime en
faveur de candidat (son fils), il confirme et affirme l’achèvement du stage
initiatique. Il atteste la droiture du candidat lui-même et la
sociabilité de son ménage. Le doyen d’âge demande ensuite à l’assemblée
présente si elle apprécie la qualité du ménage que représente le
candidat. Le collège des Bashingantahe, en sa séance délibérative, donne son
avis final qui exprime sans retour soit l’accord, soit le désaccord. Si la décision revient favorablement,
le doyen interpelle le candidat et commence
le processus. Suivant le rituel d’investiture, il pose les questions suivantes
au candidat (un ou plusieurs) :
Acceptez-vous,
homme
et femme, d’être pour de bon, artisans de vérité et de justice en tout
temps et en tout lieu ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
d’assumer la responsabilité sur les biens et les personnes, comme s’ils étaient
les vôtres propres ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de juger en toute équité et impartialité, même pour le cas d’une bagarre
impliquant votre propre frère ou votre sœur ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Jurez-vous
de ne jamais recourir au mensonge pour satisfaire vos intérêts, dans les
rouages de l’administration, au sein des partis politiques ou dans la vie
quotidienne ?
Réponse :
Nous le jurons.
Jurez-vous
de ne jamais tolérer ni pratiquer la corruption, et de ne jamais user de votre
statut d’Umushingantahe pour exiger privilèges et pots-de-vin ?
Réponse :
Nous le jurons.
Jurez-vous
de ne jamais adopter des comportements divisionnistes ; de ne jamais
pratiquer la discrimination à caractère ethnique ou régional ?
Réponse :
Nous le jurons.
Acceptez-vous
de lutter sans cesse contre la calomnie et les rumeurs pour que là où vous
êtes, règne toujours la concorde ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de servir de bons conseillers pour défendre sans cesse la cause de la
bonne gouvernance administrative, pour
veiller sans relâche sur la transparence et la cohérence des procédures ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de prévenir les conflits au lieu d’attendre l’éclatement des crises et des
autres formes de débordement ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de vous entraider, au nom de la solidarité conjugale, pour sauvegarder ces valeurs et en faire le socle de l’éducation
de vos enfants ?
Réponse :
Nous l’acceptons[74].
Le
doyen continue de dire :
Maintenant
(noms des candidats), vous êtes investis en toute transparence, en présence de
la communauté. Désormais, vous êtes inséparables de vos engagements. Vous
devenez des conseillers de premier recours et des défenseurs de la vie, de la
vérité, de la justice et de la paix. Abandonnez tous les
défauts et toutes sortes de vices, contraires à l’esprit
d’Ubushingantahe. Dès ce jour, vous êtes l’œil vigilant qui veille sur le
Burundi. Si vous adoptez un comportement indigne, vous serez maudits. Vous
aurez été coupables de haute trahison, vecteurs du malheur pour le Burundi et
l’institution des Sages/Bashingantahe. Entraidez-vous pour remplir vos obligations.
Eduquez vos enfants dans l’esprit d’Ubushingantahe[75].
Tout
de suite, le doyen d’âge présente la
baguette-de-sagesse au candidat
suivant la formule du rituel. La
baguette que l’on donne au candidat le jour de l’investiture, est issue de
l’érythrine ou du ficus sera utilisée lors des palabres.
Le
chef de famille, au nom du ménage, s’adresse alors aux
voisins, parentés et à la communauté présente, en ces termes :
Moi
(nom), en solidarité avec le ménage que je représente et l’auguste
collège des Bashingantahe, tiendrai ferme à mes engagements. Je vais sans cesse
rendre justice à tous ceux, grands et petits, qui recourront à mes modestes
services. Quiconque aura des difficultés, pourra compter sur ma disponibilité.
Je vais le secourir de jour comme de nuit sans exiger ni récompense ni
privilèges, en toute impartialité et bénévolement. J’assumerai cette
responsabilité avec humanité et sagesse, courage et détermination, compassion
et affection parentale, en toute équité je resterai patriote intrépide,
défenseur de la souveraineté nationale, voix des sans voix et protecteur des
plus faibles : veuves et orphelins. Telle est ma promesse. Et s’il
m’arrivait de défaillir, que ce serment soit vecteur de ma propre damnation,
qu’il me fende le ventre. J’ai convenu avec mon épouse que les
valeurs d’Ubushingantahe serviront de socle pour l’éducation de nos enfants[76].
Le
second tour, le doyen tourne le regard à la femme et il revient à celle-ci de
prononcer son engagement sans utiliser la baguette de la sagesse.
Pour
terminer, le représentant des postulants, dit ceci : « Nous
sommes fiers du nouveau couple qui fera partie du cercle de nos Bashingantahe.
Qu’ils soient nos guides. Nous leur promettons obéissance et fidélité. Que la
dignité et la quiétude soient avec nous, dans notre communauté et partout
ailleurs[77] ».
L’assemblée
présente applaudit. Les postulants soulèvent honorablement le couple sur leurs
bras, en guise de glorification. L’homme est soulevé par les hommes. La
femme est soulevée par les femmes. Après cette cérémonie, suit la
réception des convives.
Il
faut noter aussi que, la cérémonie d’investiture se déroule dans l’enclos du
candidat ou sur une place spacieuse, tout près de l’enclos familial, en toute
transparence. Elle ne peut jamais se tenir au chef-lieu de la commune ou de la zone.
Elle n’a jamais lieu pendant la nuit ou en cachette. La cérémonie d’investiture est organisée par le collège des
Sages/Bashingantahe du terroir, sans aucune injonction ni autres remarques
extérieures[78].
De l’autre côté, la
cérémonie de prestation de serment des membres du conseil de colline (Abahuza)
est lieu sous l’injonction d’une correspondance ministérielle et organisée aux chefs-lieux
des communes et /ou zones le même jour sur tout le territoire national.
Sous la présence des juges, de
l’autorité administrative et de la population, les membres du conseil des
notables Abahuza sont invités soit à tours de rôle, soit en masse, de prêter
serment. Une main mise sur le drapeau et l’autre en l’air, les Abahuza disaient-ainsi :
« Imbere
y’Imana mushoboravyose n’ibere y’abenegihugu, jewe (izina) ndarahiye ko
nzokwitanga ntiziganya muguharanira ukuri n’ubutungane kuri bose, niyemeje
gutunganiriza abazonyitura bose ataco nsavye kandi ntaravye nkunzi, kugumya
ibanga no mugihe nzoba ntakiri murayo mabanga ».
Ce qui peut se traduire
ainsi :
« Devant Dieu et devant la population, Moi
(nom), je m’engage à se donner corps et âme pour luter et militer pour la
vérité et la justice pour tous, je jure servir tout le monde bénévolement et
sans distinction aucune, garder le
secret professionnel même après que je ne serai pas dans ces fonctions ».
La prestation
de serment est accompagnée par une signature appose dans un livre d’or détenu
par les juges du tribunal de résidence.
De ces deux cérémonies,
il nous faut donc mettre l’accent sur certains aspects distinctifs et très
remarquables pour signifier aussi la mutation dont il est question dans notre
communication.
Les
acteurs principaux agissant dans la cérémonie, gestes et symboles
Huit acteurs principaux
(le candidat, le parrain de sagesse, le père du candidat, le délégué des
notables (le doyen), le délégué du sous-chef ou du chef, le délégué de la
population, la femme du candidat et la population) sont obligatoires dans la
cérémonie de l’investiture des Bashingantahe coutumière indépendamment dans
leur fonction à assurer contre quatre acteurs nécessairement dans la cérémonie
de prestation de serment des membres des notables de la colline (les juges, les
élus, la représentation de l’administration locale et la population). Au cours
des cérémonies, certains gestes et symboles méritent d’être aussi pris en considération.
La baguette « Intahe », la petite pierre ronde, pont de vin d’une
part dans la cérémonie d’investiture, et le drapeau, le livre d’or de l’autre
part dans la cérémonie de prestation de serment.
-
La
baguette
signe de sagesse et symbolisant aussi l’unité et la transmission de
l’institution des Bashingantahe de génération en génération.
-
La petite pierre ronde
symbolisant la discrétion que doit caractériser le Mushingantahe.
-
Le pont de vin
à partage qui symbolise la cohésion sociale règne au sein du collège des
Bashingantahe et au sein de la société.
-
Le drapeau
national
signe et symbole de la patrie au nom de laquelle les Bahuza vont
réaliser leur fonction.
-
Le livre d’or
dans lequel chacun oppose sa signature symbolisant l’engagement fait.
Autre
les symboles, certains gestes méritent aussi d’être souligné.
- Le
Sage Mushingantahe lors du serment/engagement, toute parole prononcée est
accompagnée par la cadence rythmique de l’Intahe (plus de cinq fois, le
Mushingantahe bat l’Intahe sur le sol) pour
appeler la sagesse des ancêtres ensevelis sous-terre et souligner la force des
jugements qu’ils rendent[79].
- Main
mise sur le drapeau et l’autre à l’aire, les Bahuza
jure de servir la nation et présente leurs engagements à Dieu. Ceci peut aussi
nous renvoyer à la filiation ci-haut évoqué entre l’institution et la divinité
et/ou la monarchie burundaise et la
divinité.
La
solidité du foyen (ménage): époux et épouse, indissociables pour la même mission
Sans épuiser la liste,
seulement la cérémonie d’investiture nous présente pas moins de quinze
expressions (la sociabilité de son ménage, la qualité du ménage, homme
et femme, au nom de la solidarité conjugale, l’éducation de vos enfants , Entraidez-vous
pour…, Eduquez vos enfants dans…, le chef de famille, au nom du ménage, en
solidarité avec le ménage, J’ai convenu avec mon épouse, … serviront de socle pour l’éducation de nos enfants, nous
sommes fiers
du nouveau couple, l’homme est soulevé
par les hommes, la femme est soulevée par les femmes, etc.) marquant
le lié intime du ménage et le rôle que doit occuper ce dernier dans
l’institution. Nul par part l’institution des Bashingantahe sépare l’homme de
la femme. Ce qui n’est pas le cas chez les Abahuza où le rôle joué par l’un des
époux n’implique pas l’autre. La décision prise implique le ménage et prendra
effet pour l’éducation des enfants (sous-entend trois parties composantes du ménage)
d’une part tandis qu’elle n’implique qu’une
partie du ménage c’est-à-dire celui qui s’engage ; celui-ci prend
l’engagement dans sa personne sans invoquer même ni la conviction, ni
l’assistance de son conjoint (conjointe) de l’autre part.
Le genre et
la place occupée par la femme
En
outre, même si dans l’ordinaire des palabres (kumugina) la position de la femme
ne se manifestait pas, cela ne signifiait pas que celle-ci était absente, sa
place était si importante dans certaines situations : pour la plus part
des cas compliqués, des décisions prises
après la délibération des procès, la voie de la femme s’incarne dedans. Le cas typique
par exemple ; lorsqu’il se présentait un procès très complique où les
Bashingantahe n’arrivaient pas à trancher à défaut de ne pas prouver facilement
la véracité de l’un ou de l’autre, les Sages ajournaient le procès ; en
Kirundi on disait « Kuraza urubanza ». Dans ce cas
chacun rentrait chez soi et continuait à méditer sur le procès ajourné, les
Sages se disaient de rentrer et chacun est invité à écouter son cœur ; en
kirundi on disait « Kubaza umutima ». Qu’est-ce que
cela signifie en fait ? Il s’agit de donner l’occasion à la femme
« Umupfasoni » : l’homme en arrivant à la maison, racontait à
son épouse la (les) situation (s) rencontré(es) lors des procès. Ils en discutent
en ensemble et mettaient en scène tous les témoins et témoignages dégagés. De
retours, le lendemain, les sages reprennaient le procès en tenant compte des
propositions de leurs femmes d’où jaillit la vérité. Le langage vulgaire
(contexte burundais) estime que les femmes sont les plus informés que les
hommes surtout dans les affaires familiaux. Donc, selon la charte des
Bashingantahe, les hommes et les femmes ont des opportunités égales malgré que,
d’une part, l’investiture de la femme est dépendamment de l’investiture de
son époux d’où la femme est investie par relation de cause à effet c’est-à-dire
que, la femme devenait Umushingantahe (Umupfasoni) par ricochet, de l’autre
part, la présence physique de la femme était absente
lors des palabres dit kumugina sous prétexte des facteurs
culturels.
Cependant,
la visibilité de la femme apparaît en outre davantage au sein de la nouvelle
structure (Abahuza) ce qui pourrait justifier l’auto-détermination,
l’engagement et l’autonomie de la femme dans les affaires
sociales. Les données issues du scrutin estiment que les femmes sont
majoritairement élues dans certaines localités du pays. Par exemple, la
province Gitega occupe la place où les femmes sont majoritairement élues :
1342 femmes contre 2638 hommes tandis que la province Cankuzo vient en dernière
position avec 243 femmes contre 1062 hommes[80].
CONCLUSION
Avant
de clore notre communication, un seul aspect incarne notre esprit : quel
serait la place réservée à la baguette « Intante » : objectivement,
symboliquement dans sa représentabilité ? Il a été bien noté l’origine de
cette dernière jouit d’une filiation d’avec les divinités d’une part, et assure
la transmission de génération en génération de l’ordre des Sage, aussi assure
l’unité du collège des Sage Bashingantahe. Il nous faut aussi souligner que la baguette Intahe représente et signifie
non seulement la vérité mais aussi l’autorité et la virilité
de l’homme d’où selon la tradition la femme n’emploie pas la baguette Intahe
même si elle est interpelée à intervenir. Bien évidemment, la nouvelle
réhabilitation marque une rupture d’une part d’avec la
tradition du côté de l’initiation, du processus d’adhésion et d’intégration, de
l’acteur principal, des modalités d’assister aux palabres etc. De l’autre part,
elle en assure la continuité du
fait, les Abahuza vont aussi jouer leurs rôles
par gratuité c’est-à-dire en tant que bénévoles et en se focalisant
tout simplement aux affaires civiles. Déjà entamait son exercice, le
conseil des notables va nous initier pour mieux comprendre et nous faire entrer
dans la logique actuelle de l’institution dans sa manière de palier et faire
face aux situation du moment sans se séparer des réalités socioculturelles.
Samandari wa
Mandaranga umugabo w’ubwenge n’amayeri yaba hafi y’i bwami. Yaguma yitegereza
ibiba hafi yiwe. Abantu bagashengezwa i
bwami, bamwe bakanyagwa abandi nabo bakangazwa ; n’abicwa baricwa. Uwo
Samandari arabona ko i vyo bintu bitabereye na gato. Yihweje iyo vyavuye
n’uwutanga uruhusha rwo kubikora, asanga ni umwami.
Niko kwitora
umunsi uri izina aterera mu kayira n’ibwami ngo ba ! Ashitse arakirwa ku
kirimba. Kubera yari azwi cane, ntibamugoye. Arashikira umwami. Uri uwundi ati:
– Ugenzwa
n’amaki ga Samanda ?
Aca amubwira
ko agenzwa n’ijambo rikomeye kandi akwiye kumubwira abanje kumuha amata
akanywa. Umwami kuko yari amuzi aratumako bamuzanira icakunze c’amakuyano.
Arakibirigisa ahejeje aca abwira umwami ati :
– Mbega ko
mbona udasambisha inkozi z’ikibi ?
Umwami ati :
– Uwakoze
nabi nca ndamumenya.
– Ubwo
ntabazira akadodoberezo ? Erega burya na we nokubeshera cofata !
– Uragira
ndabe !
Bukeye,
Samandari wa Mandaranga ahumbira imiganda ayitwara ayicuritse. Abamubonye
baramubaza bati :
– Mbe
Samandari ko utwaye imiganda uyicuritse ?
Na we ati :
– Nimukiye
iyo ntashaka ! Aragenda, arashika n’ibwami, abwira umwami ati :
– Mwami w’i
Burundi, nshaka kwiyubakira agasago aho mw’irebe ! Umwami ati :
– Inzu iraja
mu yindi ? Samandari aramuhendahenda, amubwira ati :
– Ni agasago
gatoyi gusa. Umwami agondojwe, arateba aremera ati:
– Ni wubake
data ! Hanyuma Samandari wa Mandaranga azingazinga ka gasago, ashinga
n’amashiga, aracana; umwotsi urafumbuka, urarenga n’ikare, urazibiranya !
Umwami ngo
abibone ati :
– Hewe
sohoka . Samandari ati :
– Oya
sinsohoka, wewe cira inzu yawe, jewe ngira nturire rwanje ! Umwami ati :
– Sigaho,
sigaho, ingoro yoyaga ! Ivyo birasiba.
Bukeye
Samandari abwira Umwami ati :
– Ndashonje
! Umwami ati :
Ni
bakubagire ikimasa ! Uwundi ati :
– Oya
nticonshikira nkiriho. Mpa utunyabutongo ni two tunyaruka !
Amweretse
aho asoroma, Samandari arakubise inkono iruzuye, asutsemwo amazi, arabijemwo
urubeya rumwe ati : “Sabwe, sabwe, sabwe”. Kandi atawumuhamagaye. Abwiye umwami
ati :
–
Urandabira, uteko ucane. Jeho barampamagaye.
Umwami ati :
– Genda ivyo
nti binanira.
Arasohoka,
umwami asigara acanye. Samandari agarutse, arapfundurura inkono, asanga za
nyabutongo zahotse. Aritangaza ati:
– Mwami w’i
Burundi, sinasize inkono yuzuye, none inyabutongo zanje zagiye hehe ?
– Ubwo
urikeka ko jewe nakuririye inyabutongo ?
– Ko nsanze
inaga iri gusa, vuga uwundi yaziriye !
Umwami ati :
– Namba
ntunyambike ibara ! Mpfuma ndazikuriha.
Samandari
ati :
– Mbega
inyabutongo zanje ubona woziriha iki ?
– Ndaguha
inka zibiri.
Samandari
ati :
– Inka
zibiri nta co zomarira.
Hanyuma ati
:
– Mwami w’i
Burundi, ngira nkwereke ko ndi umusavyi. Ivyo ndabiretse mugabo ntuze usubire,
kabiri karazirwa.
Haheze
iminsi Samandari ararika ngo acumbe. Ntacumvye, ahakurira irobe ku nkoko. Hamwe
ashizemwo intoke ngo abege, asubira kwiyitabisha kandi ngo :
“Sabwe,
sabwe, sabwe !” Yiruka hanze, yimazayo akanya. Aragaruka. Ashitse yirabisha rya
robe ati :
“Ha !! Ibi
vyo ndabe ko abiva imbere !”
– Mwami w’i
Burundi, ingo wirabire akamaramaza !
Umwami ati :
– Eheee !
Samanda, ugira usubire kumbeshera ?
– Oya, ubu
hoho ngira ndabitware mu bagabo, wewe ubona udutoki atari utwo umwami ? Ubona
izanje zisa zityo ?
Umwami
aramaramara ati :
– Hora
Samandari ntihagire uwuvyumva ! Ntumaramaze ngo hagire uwumva ko nakuririye
agatsima ! Ndaguha ivyo ushaka vyose ! Samandari nawe ati :
– Ugende
umpe inka zuzuye akabande, unyubakire urugo, ushiremwo abungere babiri, wongere
unkwere umugore, mpeze data nkuvire mu rwawe !
Umwami
arabigira ga !
Samandari wa
Mandaranga amaze gushika muri rwa rugo, aritora, arashengera, abwira umwami ati
:
– Mwami w’i
Burundi, hamwe nakubwira nti, sambisha abaje kwicwa, ukagira ngo nta muntu
yobesherwa, jewe ntubona ko nakubesheye bigafata ! None rero, kuva ubu, ba
ubanza kubaza, ubone guhana uwagize nabi; ahandi ho, urabesheshwa
Umwami aca
aratahura ko yihenda cane. Niko guca akoranya abahanuzi biwe bose. Atumako
n’abashingantahe benshi ababwira ko bagiye kuja barumviriza abantu. Kuva uwo
munsi, umwami n’abagabo ni ho batangura gukubita intahe.
II. Récit de NGOMA YA SACEGA
- Neza na neza, Ngoma ya Sacega
yasanze urupfu n’igisizimwe biharira, urupfu ngo: “Nije ngaba abantu, uwo
nshatse ndamwica.” Igisizimwe giti: “Wanguha! Uri umuryi nk’abandi baryi.
Ikigaba abantu ni Imana yo irema. Hapfa icumi hakavuka ijana, hapfa ijana
hakavuka igihumbi. None wewe ugaba abantu gute?” Bigiharira, bibona Ngoma ya
Sacega, biti: “Mbega wa mugabo we ntiwodutatura?”
-Ndabacire urubanza?
- Egome.
- Ndorera, ngiye kubwira umwami, nzogaruka kurubacira ari ejo ari hirya y’ejo.
Aragenda abwira umwami ati: “Ndagiye guca urubanza ruzompitana. Mpa intahe
n’abashingantahe baze kwumvikriza urubanza ngiye guca, na bo ntibazotinye
gucisha urubanza aho rutumbereye.” Umwami arayimuhereza, amuha
n’abashingantahe, ati: “Genda uruce uko rubereye.” Baragenda basanga rwa rupfu
n’igisizimwe bigiharira, Ngoma ya Sacega ati: “Bangwe bangwe! Ahari abagabo
ntiharwa ibara. Ingo mutubarire ico mwapfuye, tubakiranure.” Urupfu ruratangura
ruti: “Bashingantahe, ico dupfa n’iki gisizimwe, ni uko canse kwemera ko ari
jewe ngaba abantu bose, nshatse nobamara.” Ngoma ya Sacega, ati: “Weho ga wa
gisizimwe uvuga iki?”
- Navuze ko Imana ariyo nkuru, ari yo igaba abantu, yo irema.
- Ngoma ya Sacega abibaza ati: “Wa rupfu we, ntuvuze ko ari wewe ugaba abantu
ushate wobamara?” Ruti: “Cane nyene.”
-Si uko wavuze?
- Ni uko navuze.
- Igumire aho.
-
Nawe wa gisizimwe we, ntuvuze ko Imana ari yo nkuru, ari yo igaba abantu, yo
irema?
- Egome.
Ngoma ya Sacega ati:
“Wa rupfu we, uratsinzwe, uragatsindwa, igikuru ni Imana.” Rwa rupfu ruti:
“Urankubise intahe mu gahanga? Uribonerako.” Ruramwurira rumushinga ayo
kw’izosi. Ngoma ya Sacega agisambagirika abwira ba bagabo bari ngaho ati: “Mwa
bashingantahe mwe, murama muca urubanza rwiza, mugabo ntimuze muce urwananiye;
ntimuze muce urwa ngondegonde ari rwo rwananiye Ngoma. Iyi ntahe, murayishikiriza
umwami.” Ahejeje kuvuga ivyo aca aracikana. Ba bashingantahe baramuterura baja
kumuhamba, baca basubira i bwami. Umwami ati: “Fata iyo ntahe, mugende
muyubakire ingoro yitwa Sentare. Mushingantahe wese, ntuzotinye urubanza,
uraruca uko rukwiriye, washaka upfe. Iryo ni ryo ragi rya Ngoma ya Sacega.” Iyo
ntahe barayubakira, n’ubu ibarizwa muri Sentare.
III.
Extrait
de la Charte des sages/bashingantahe, Document du Conseil National des
Bashingantahe.
La pratique de l'investiture
Initiation à l’investiture
d’Ubushingantahe
Art. 12 :
Est
digne de postuler pour investiture toute burundaise et tout burundais épris de
la sauvegarde des valeurs fondatrices du Burundi. Il (elle) doit bien
parler le kirundi, la langue Nationale. Il (elle) doit être d’une intelligence
aigüe et maîtriser l’art oratoire.
Art. 13 :
Tout candidat à l’investiture doit avoir
été l’objet d’une observation minutieuse par la Communauté depuis sa jeunesse.
Son conjoint (sa conjointe) également. Celui-ci (celle-ci) doit être d’un
comportement irréprochable et épris de sauvegarder la dignité du ménage. Le
candidat à l’investiture doit avoir déjà prouvé son engagement à lutter pour la
vie de tout être humain, au sein du foyer conjugal et du voisinage ainsi que
dans son milieu socioprofessionnel. Il doit avoir prouvé son
aptitude à porter la responsabilité de la communauté.
En
clair, c’est une personne intègre, qui évite toute dérive comportementale et
qui lutte contre les antivaleurs.
Art. 14 :
Le
candidat à l’investiture est tout homme ou toute femme :
1 :
Qui observe la discrétion ;
2 :
Qui vit en harmonie avec son conjoint ;
3 :
Qui tient ferme aux engagements pris, sans tergiverser ;
4 :
Qui jouit de la confiance du voisinage ;
5 :
Qui compatit avec les plus faibles dans la société ;
6 : Qui lutte contre toute forme de
sectarisme et d’autres facteurs de division
sociale,
7 :
Impartial, généreux et sans cupidité ;
8 :
Qui abhorre l’ivresse ;
9:
Qui respecte autrui, qui ne sème pas la division ;
10 :
Qui est épris d’équité ;
11 :D’une
intelligence aigüe et d’un courage inébranlable pour mériter confiance.
12
Etc…..
Art. 15 :
Avant
l’investiture, le voisinage doit avoir finement observé le candidat. Les
Sages/Bashingantahe doivent avoir préalablement jugé de la sociabilité de son
ménage. Ils doivent lui confier certaines responsabilités à un titre
probatoire. Son parrain-de-sagesse doit lui avoir prodigué maints conseils pour
lui montrer le droit chemin à suivre sans coup férir.
Art. 16 :
La
jeunesse doit être initiée aux valeurs d’ubushingantahe, pour se préparer en
conséquence.
La première étape,
pour ceux dont les qualités auront été appréciées, est celle du postulant de
Premier niveau. L’évolution normale conduit à l’étape du postulant de deuxième
niveau. Le Troisième niveau est celui des plus méritants. Chaque
étape d’initiation dure une période de Trois ans au moins, au cours
de laquelle le postulant est convié à
une éducation aux valeurs d’Ubushingantahe et à l’adoption d’un comportement
conséquent.
Art. 17 :
Un
homme qui se marie sans avoir pu franchir les trois étapes, doit être initié en
observant le parcours qui suit :
̄ Postulant adulte de premier niveau
̄ Postulant adulte de deuxième niveau
̄ Postulant proche collaborateur des
Bashingantahe
Les
jeunes qui ont suivi l’initiation ordinaire, accèdent, après le mariage, au
niveau de Postulant, proche collaborateur des Bashingantahe.
Le collège des Sages/ Bashingantahe de la localité poursuit
l’observation de la vie conjugale du candidat. A l’étape ultime, le collège
des Sages/Bashingantahe lui confie un parrain de sagesse.
Art.18 :
En
vue d’une initiation aux engagements des Sages/Bashingantahe, le
candidat peut recevoir de siéger avec les aînés au moment de la palabre.
L’opportunité lui est accordée de tester ses aptitudes à mener l’interrogatoire
et opérer la synthèse des témoignages. Le candidat peut aussi intervenir en cas
de conflit foncier pour mener une enquête relative à l’objet de la plainte
déposée. Les Sages/Bashingantahe peuvent lui confier toute autre
responsabilité pour vérifier l’intégrité avec laquelle il est appelé à agir.
Art.19 :
Un
homme, désigné fils héritier, ne devient pas Mushingantahe ipso facto. Il
continue d’être l’objet de l’initiation sous la responsabilité du
parrain-de-sagesse que lui donne son lignage d’appartenance. L’investiture
intervient quand les conditions précisées à l’article 14 sont remplies.
Art.20 :
Le
vin d’honneur offert aux convives par le candidat, le jour de l’investiture, ne
doit pas être surestimé en quantité. Ce qui importe le plus, c’est la vérité et
l’équité, qui sont l’objet de la cérémonie. Personne ne peut être investi à
cause du statut social, de l’aisance matérielle ou de la force physique.
Art.21 :
Personne
ne peut être investi sur jugement de la valeur du diplôme ou d’un quelconque
statut professionnel acquis. Tout postulant s’adresse au collège
des Sages/Bashingantahe de sa localité, et se soumet aux étapes
initiatiques ordinaires avant d’accéder à l’investiture.
Art.22 :
Toute
personne est investie dans la localité de résidence. Toutefois, pour des
raisons de mobilité professionnelle, celles et ceux qui veulent être investis
dans leurs familles de provenance, présentent une attestation servant de
preuve de reconnaissance d’intégrité, délivrée par le collège
des Sages/Bashingantahe de la localité où ils ont résidé depuis un
certain nombre d’années. Cette attestation démontre la conformité de la
candidature avec les exigences stipulées à l’article 14.
Art.23 :
Il
est interdit de confondre l’investiture avec la nomination ou l’accession à un
grade académique ou professionnel. Quiconque veut devenir Sage/ Mushingantahe
s’adresse au collège des Sages/Bashingantahe du terroir, qui se
charge de l’observer et de l’initier avant de procéder à l’investiture.
Art.24 :
Les
dignitaires qui ont exercé leurs fonctions, dans le passé et avec probité, de
même que ceux qui sont en fonction présentement et qui agissent avec
responsabilité et probité, peuvent postuler à l’investiture. Dans ce cas, ils
ne doivent pas observer toutes les étapes initiatiques ordinaires. Ils
s’adressent au collège des Sages/Bashingantahe de leur localité.
Quand leur candidature est acceptée, ils reçoivent du collège
des Sages/Bashingantahe le feu vert pour organiser une cérémonie
modeste qui marque l’incorporation transparente et effective dans l’institution
des Bashingantahe.
Art.25 :
La
cérémonie d’investiture est présidée par le doyen d’âge du collège des
Sages/Bashingantahe de la localité. D’entrée de jeu, le parrain de sagesse
présente l’orientation de la cérémonie et demande que la baguette de la sagesse
soit octroyée au candidat.il confirme
l’achèvement du stage initiatique concluant, mené sous sa
vigilante responsabilité. Il atteste la droiture du candidat lui-même et la
sociabilité de son ménage. Le doyen d’âge demande ensuite à l’assemblée
présente si elle apprécie la qualité du ménage que représente le candidat. Le
collège des Bashingantahe, en sa séance délibérative, donne son avis final qui
exprime sans retour soit l’accord, soit le désaccord.
Art.26 :
Si
la décision est favorable, le doyen d’âge pose les questions suivantes :
Acceptez-vous,
homme et femme, d’être pour de bon, artisans de vérité et de justice en tout
temps et en tout lieu ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
d’assumer la responsabilité sur les biens et les personnes, comme s’ils étaient
les vôtres propres ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de juger en toute équité et impartialité, même pour le cas d’une bagarre
impliquant votre propre frère ou votre sœur ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Jurez-vous
de ne jamais recourir au mensonge pour satisfaire vos intérêts, dans les
rouages de l’administration, au sein des partis politiques ou dans la vie
quotidienne ?
Réponse :
Nous le jurons.
Jurez-vous
de ne jamais tolérer ni pratiquer la corruption, et de ne jamais user de votre
statut d’Umushingantahe pour exiger privilèges et pots-de-vin ?
Réponse :
Nous le jurons.
Jurez-vous
de ne jamais adopter des comportements divisionnistes ; de ne jamais
pratiquer la discrimination à caractère ethnique ou régional ?
Réponse :
Nous le jurons.
Acceptez-vous
de lutter sans cesse contre la calomnie et les rumeurs pour que là où vous
êtes, règne toujours la concorde ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de servir de bons conseillers pour défendre sans cesse la cause de la
bonne gouvernance administrative, pour
veiller sans relâche sur la transparence et la cohérence des procédures ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de prévenir les conflits au lieu d’attendre l’éclatement des crises et des
autres formes de débordement ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Acceptez-vous
de vous entraider, au nom de la solidarité conjugale, pour sauvegarder ces valeurs et en faire le socle de
l’éducation de vos enfants ?
Réponse :
Nous l’acceptons.
Et
le Mushingantahe, désigné à cet effet, de dire :
« Maintenant
(noms des candidats), vous êtes investis en toute transparence, en présence de
la communauté. Désormais, vous êtes inséparables de vos engagements. Vous
devenez des conseillers de premier recours et des défenseurs de la vie, de la
vérité, de la justice et de la paix. Abandonnez tous les
défauts et toutes sortes de vices, contraires à l’esprit
d’Ubushingantahe. Dès ce jour, vous êtes l’œil vigilant qui veille sur le
Burundi. Si vous adoptez un comportement indigne, vous serez maudits. Vous
aurez été coupables de haute trahison, vecteurs du malheur pour le Burundi et l’institution
des Sages/Bashingantahe. Entraidez-vous pour remplir vos
obligations. Eduquez vos enfants dans l’esprit d’Ubushingantahe ».
Art.27 :
Le
doyen d’âge du collège des bashingantahe présente la baguette-de-sagesse au
candidat, en disant : « Prends ce
morceau d’érythrine et tiens ferme à tes engagements ». S’il
s’agit d’un couple, il présente la baguette de la sagesse au chef de famille en
disant : « Prenez ce
morceau d’érythrine et tenez fermes à vos engagements en solidarité constante
avec vos confrères et consœurs agissant au sein de l’institution des
Sages/Bashingantahe ».
Art.28 :
La
baguette que l’on donne au candidat le jour de l’investiture, est issue de
l’érythrine ou du ficus. Elle est utilisée au moment de trancher les litiges.
Elle est unique au moment du procès,
pour signaler la vision commune à tous les Bashingantahe et la collégialité qui
est leur mode de fonctionnement.
Art.29 :
Le
chef de famille, au nom du ménage, s’adresse alors aux voisins, parentés et à
la communauté présente, en ces termes :
« Moi
(nom), en solidarité avec le ménage que je représente et l’auguste collège des
Bashingantahe, tiendrai ferme à mes engagements. Je vais sans cesse rendre
justice à tous ceux, grands et petits, qui recourront à mes modestes services.
Quiconque aura des difficultés, pourra compter sur ma disponibilité. Je vais le
secourir de jour comme de nuit sans exiger ni récompense ni privilèges, en
toute impartialité et bénévolement. J’assumerai cette responsabilité avec
humanité et sagesse, courage et détermination, compassion et affection
parentale, en toute équité je resterai patriote intrépide, défenseur de la
souveraineté nationale, voix des sans voix et protecteur des plus
faibles : veuves et orphelins. Telle est ma promesse. Et s’il m’arrivait
de défaillir, que ce serment soit vecteur de ma propre damnation, qu’il me
fende le ventre. J’ai convenu avec mon épouse que les valeurs d’Ubushingantahe
serviront de socle pour l’éducation de nos enfants ».
Art.30 :
Le
doyen d’âge du collège des Bashingantahe demande ensuite à l’épouse de dire la
même promesse, sans utiliser la baguette de la sagesse. Par après, le
représentant des postulants, dit ceci : « Nous sommes fiers du nouveau
couple qui fera partie du cercle de nos Bashingantahe. Qu’ils soient
nos guides. Nous leur promettons obéissance et fidélité. Que la dignité et la
quiétude soient avec nous, dans notre communauté et partout ailleurs ».
L’assemblée
présente applaudit. Les postulants soulèvent honorablement le couple sur leurs
bras, en guise de glorification. L’homme est soulevé par les hommes.
La
femme est soulevée par les femmes. Après cette cérémonie, suit la
réception des convives.
Art.31 :
La
cérémonie d’investiture se déroule dans l’enclos du candidat ou sur une place
spacieuse, tout près de l’enclos familial, en toute transparence. Elle ne peut jamais se tenir au chef-lieu de la
commune ou de la zone. Elle n’a jamais lieu pendant la nuit ou en
cachette. La cérémonie d’investiture est
organisée par le collège des Sages/Bashingantahe du terroir, sans
aucune injonction ni autres remarques extérieures.
REFERENCES
BIBLIOGRAPHIQUES
1. Les ouvrages
1)
BARBUSSE
B. et GLAYMANN D., Introduction à la sociologie, Sup’Foucher, Paris, 2004, p.
86. Cité par, C-B.MFOUNGUE, Le mariage africain, entre tradition et
modernité: étude socio-anthropologique du couple et du mariage dans la culture
gabonaise, Université Paul Valéry - Montpellier III, 2012 p. 10 ;
Disponible en ligne sur : http : // tel.archives-ouvertes.fr/tel-00735563.
2)
HERSKOVITS Melville J. (1950) Les bases de l’anthropologie culturelle, Paris : François
Maspero Éditeur, 1967. Un
document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, Dans le cadre de
la collection: « Les classiques des sciences sociales »
3) NANIWE-KABURAHE A., Justice Traditionnelle et Réconciliation Après un Conflit Violent : Apprendre des Expériences Africaines, Institut International pour la Démocratie et l’Assistance Electorale (IDEA) 2009.
4)
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E. trad. par K. PIERRE, La civilisation des mœurs, Calmann-Lévy, S.L,
1969.
5)
NTABON
A., Itinéraire de la sagesse. Les Bashingantahe hier, aujourd’hui et demain
au Burundi, Ed. du CRID, Bujumbura, 1999.
6) Sapir E. (1921),
Anthropologie Tome 1 : culture et
personnalité, Paris : Éditions de Minuit, 1967. Un
document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, Dans le cadre de
la collection: « Les classiques des sciences
sociales » Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
7)
Xxx,
La civilisation ancienne des peuples des
grands lacs, Kharthala, Paris, 1981.
8)
Zuure
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Beau-chêne et fils, 1932.
2.
Articles et
Revues
1) BIGIRUMWAMI
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Transformations et réminiscences d’un concept judiciaire ancien », in Laboratoire d’anthropologie juridique de
paris, Cahiers d’Anthropologie du droit 2009.
2)
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bushingantahe peut-il reconcilier le Burundi ? », Politique actuelle, N° 92, Karthala.
3)
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L. et al, « Rapport d’intégration 1: Comment se manifeste le pluralisme
juridique?
4)
Kohlhagen
D., « La justice dans le Burundi traditionnel : quête de légitimité
et quête de droit », L’Afrique des
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5)
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burundaise après la loi
communales », L’Afrique des Grans
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6)
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d’autorité au Burundi », Genève Afrique,
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7)
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des Bashingantahes », Au Cœur de
l’Afrique, 1-2,2002.
8)
NAHAYO
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des jeux, du sport et de la culture, 1990.
9)
NDERAGAKURA,
Revue du Ministère de l’Education
Nationale, n°2, décembre 1985.
10)
NTABONA
A. « Le concept de l’Umushingantahe et ses implications sur l’éducation de la
jeunesse d’aujourd’hui au Burundi », Au
Cœur de l’Afrique, 5, 1985.
Titre du sous-projet : Les Bashigantahe
au Burundi », dans Etat et cultures
autochtones : un droit en quête de légitimité, 2015.
3.
Autres documents
4.
Accord
d’Arusha, 2000.
5.
Charte des
sages/bashingantahe , Document du
Conseil nationale des
Bashingantahe, Gitege,2002.
6.
DUSOME,
Igitabu c'umwaka wa 3 voir aussi : https://akanyaburunga.wordpress.com/2017/06/01/umugani-samandari-adendereza-umwami-bigafata/
7.
DUSOME,
Igitabu c'umwaka wa 5.
4. Sites internet
1) https://intahe.foundation/index.php/nos-actualites/97-le-mot-abashingantahe
[1] E. NORBERT trad. par K. PIERRE, La
civilisation des mœurs, Calmann-Lévy, S.L, 1969, p.16.
[2] Melville
J. HERSKOVITS (1950) Les bases de
l’anthropologie culturelle, Paris : François Maspero Éditeur, 1967. Un document produit en version
numérique par Jean-Marie Tremblay, Dans le cadre de la collection: « Les
classiques des sciences sociales »
Site web:
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
[3] Melville J. HERSKOVITS , Op.cit.,
p. 11
[4] Ibid. p. 12
[5] Melville J. HERSKOVITS, 0p.cit,
p.12
[6] Edward
Sapir (1921), Anthropologie Tome 1 : culture et personnalité, Paris : Éditions
de Minuit, 1967. Un document produit en version numérique par Jean-Marie
Tremblay, Dans le cadre de la collection: « Les classiques
des sciences sociales » Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
[7] B. BARBUSSE et D. GLAYMANN,
Introduction à la sociologie, Sup'Foucher, Paris, 2004, p. 86. Cité par,
C-B.MFOUNGUE, Le mariage africain, entre tradition et modernité: étude
socio-anthropologique du couple et du mariage dans la culture gabonaise,
Université Paul Valéry - Montpellier III, 2012 p. 10 ; Disponible en ligne sur
: http : // tel.archives-ouvertes.fr/tel-00735563.
[8] La dynamique de changement repose
sur un principe selon lequel la société et/ou la culture n’est pas une
donnée mais un ajustement approximatif
entre les diverses structures. La dynamique de changement pend son point de
départ sur des considérations historiques et met l’accent sur trois
éléments en relation : la crise, l’histoire et l’approche
critique. Le premier engendre de nouvelles sociétés en les situant dans
le temps avec modification de forme et de mode de vie. Le second incite à
chercher et à comprendre les conditions clés du changement cause par le
premier. Le troisième se focalise sur des réalités situées du contexte pour les
replacer dans un ordre après une série de purification. La complémentarité de
ces derniers crée un processus ininterrompu et /ou permanant sous trois ordre
de dynamique à l’œuvre : la reproduction, la réalisation
et le changement en soi. Etant
dans un état permanant, la société et /ou la culture se confronte à des
facteurs internes et externes qui nécessitent une
certaine interprétation ainsi qu’une intégration suivant le
contexte sociale et /ou culturel.
[9] D’où la formule du rituel
d’intronisation d’un nouveau mushingantahe : « Akira
iyi ntahe, ni intahe y’umugumya, uragumya ibanga».
[10]https://intahe.foundation/index.php/nos-actualites/97-le-mot-abashingantahe consulté le 26/9/2022
[11]J. BIGIRUMWAMI, cité dans D.KOHLHAGEN,
« Le bushingantahe au Burundi : Transformations et réminiscences d’un
concept judiciaire ancien », in Laboratoire
d’anthropologie juridique de paris, Cahiers d’Anthropologie du droit 2009.
[12] Assumpta NANIWE-KABURAHE, Justice Traditionnelle et Réconciliation Après un Conflit Violent : Apprendre des Expériences Africaines, Institut International pour la Démocratie et l'Assistance Electorale (IDEA) 2009, p.164.
[13]KOHLHAGEN, D., Op.cit.
[14] François Marie Rodegem, cité par
Assumpta NANIWE-KABURAHE, Op.cit,
p.164.
[15] Léa HAVARD et al, « Rapport
d’intégration 1: Comment se manifeste le pluralisme juridique?
Titre du sous-projet : Les Bashigantahe au
Burundi », dans Etat et cultures
autochtones : un droit en quête de légitimité, 2015, p.12.
[16] A. NTABONA, « Le concept de
l’Umushingantahe et ses implications sur l’éducation de la jeunesse
d’aujourd’hui au Burundi », Au Cœur de
l’Afrique, 5, 1985, cité par Léa HAVARD et al, Op.cit
Titre du sous-projet : Les Bashigantahe au
Burundi », dans Etat et cultures
autochtones : un droit en quête de légitimité, 2015, p.12.
[17] Déo MAKOBERO, Op.cit, p. 36
[18] A. NTABONA cite dans, La civilisation ancienne des peuples des
grands lacs, Kharthala, Paris, 1981
[19] Idem.
[20] B. Zuure, L’âme du Murundi, édition Beau-chêne et fils, 1932, p.248.
[21]A. NTABON.,
Itinéraire de la sagesse. Les Bashingantahe hier, aujourd’hui et demain
au Burundi, Ed. du CRID, Bujumbura, 1999, cité dans Zénon MANIRAKIZA, « Modes
traditionnels de règlement des conflits : l’institution d’ubushingantahe », Au cœur de l’Afrique, 1-2, 2002,p. 45.
[22] Léa HAVARD et al, Op.cit., pp. 20-22
[23]
Assumpta NANIWE-KABURAHE, Op.cit.,
pp.167-168
[24] Déo MAKOBERO, Op.cit. pp. 31-32
[25]Assumpta NANIWE-KABURAHE, Op.cit., p.165-166
[26] Léa HAVARD et al. Op.cit., pp.22-24
[27] Léa HAVARD et al.,Op.cit., p. 37 Voir aussi NDERAGAKURA, Revue du Ministère de l’Education Nationale, n°2, décembre 1985, p.
17, cité par : NAHAYO A., « L’Ubunshingantahe », in Culture et société, C.C.B.,
1990, vol. XI, Ministère des jeux, du sport et de la culture, pp. 25-37, spé. pp. 24-25
[28] Cf. DUSOME, Igitabu c'umwaka wa
3, voir aussi : https://akanyaburunga.wordpress.com/2017/06/01/umugani-samandari-adendereza-umwami-bigafata/ visité le 18/9/2022
[29] Léa HAVARD et al. Op.cit, p. 12
[30]
Cf. DUSOME, Igitabu c'umwaka wa 5, p. 26-27.
[31] Cf. Article 26, de la Charte des
sages/bashingantahe , Document du
Conseil nationale des
Bashingantahe, Gitege,2002.
[32] Version ancienne issues de la
pratique de l’investiture. La nouvelle version de la Charte de la
sages/bashingantahe date de 2002, dans son article 27, présente une autre
version du rituel de la remise solennelle de l’intahe à un nouveau
mushingantahe investi : « Prends ce morceau d’érythrine et tiens ferme
à tes engagements ». S’il s’agit d’un couple, il présente la
baguette de la sagesse au chef de famille en disant : « Prenez
ce morceau d’érythrine et tenez fermes à vos engagements en solidarité constante
avec vos confrères et consœurs agissant au sein de l’institution des
Sages/Bashingantahe ».
[33] Zénon MANIRAKIZA, « Modes
traditionnels de règlement des conflits : l’institution des
Bashingantahes », Au Cœur de
l’Afrique, 1-2,2002, p.34.
[34] Signification profonde et
partagée avec la philosophie grecque, Dieu Lui-même qui est la Vérité, la
Justice. Les bashingantahe en tant que élus d’Imana, sont les témoins de ce
Dernier dans la société et ils doivent être conformes à la Vérité et la Justice elles-mêmes.
[35] Christine Deslaurier, « Le
bushingantahe peut-il reconcilier le Burundi ?, Politique actuelle, N° 92, Karthala, p.77.
[36] Th. LAELY, 1992, « Le destin du
Bushingantahe: Transformations d’une structure locale d’autorité au Burundi », Genève Afrique, Vol. XXX-n°2, p. 79
[37]Joseph NTAMAHUNGIRO, Conférence
du 25/8.2007 à Bruxelles dans le cadre d’un Séminaire
organisé par le MIR (Mouvement international de la réconciliation) et l’IRG
(Internationale des Résistant-e-s à la Guerre) sur le thème : «Les manières de
‘faire’ la paix en Afrique »
[38] Zénon MANIRAKIZA, « Mode
traditionnels de règlement des conflits : l’institution
d’ubushingantahe », Op.cit. , p.
42.
[39] Dominik Kohlhagen, « Les
Bashingantahe écartés de la loi : la place de la justice burundaise après la loi communales », L’Afrique des Grans Lacs, Annuaire
2009-2010, p.26.
[40] Dominik Kohlhagen, « La
justice dans le Burundi traditionnel : quête de légitimité et quête de
droit », L’Afrique des Grands Lacs,
annuaire 2007-2008, p.98.
[41] Dominik Kohlhagen, « La
justice dans le Burundi traditionnel… », Op.cit.
[42] Assumpta NANIWE-KABURABE, Op.cit,p.169.
[43] Dominik Kohlhagen ,
« Les bashingantahe écarte de la loi… » , Op.cit.,p. 26.
[44] Christine DESLAURIER, Op.cit., p.88.
[45] Assumpta MANIXE-KABURABE, Op.cit., p. 169.
[46] Dominik Kohlhagen ,
« La justice dans le Burundi rural … », Op.cit,p.98.
[47] Dominik KOHLHAGEN, « Les
Bashngantahe écarte de la loi …», Op.cit.,
p.27.
[48] Assumpta MANIWE-KABURABE, Op.cit., p.170.
[49] Dominik KOHLHAGEN, « La
justice dans le Burundi
rurale … », Op.cit., p.98.
[50] Assumpta MANAWE-KABURABE,Op.cit. p.171.
[51] Idem, p.172 :
[52] Dominik KAHLHAGEN, « Les
bashingantahe écarté de la loi… », Op.cit,
p. 27.
[53] Accord d’Arusha, Protocole I,
n°27
[54]Accord d’Arusha, Protel I, Chap.
1, art.9, paragraphe n°8, Voire aussi, Appendice I, Chap. 2, art.9,
paragraphe8.
[55] Assumpta MANAWE-KABURABE, Op.cit., p.172
[56] Dominik KAHLHAGEN, « Les
bashingantahe écarté de la loi … », Op.cit.,
p. 29.
[57] Loi n°1 /O8 u 17 mars 2005,
portant le Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaire.
[58] Dominik KAHLHAGEN, « Les
bashingantahe écarté de la loi … », Op.cit., p. 28.
[59] Art. 37 de la loi n°1/016 du 20
avril 2005 portant organisation de l’administration communale.
[60]Voir l’Art. 36 de la loi n°1/02
du 25 janvier 2010 portant révision de la loi n°1/016 du 20 avril 2005 portant
l’organisation de l’administration communale.
[61] Décret n°100/118 du 21 juillet
2021 portant mode d’élection des membres du conseil des notables de la colline,
Chap. II, Art. 3
[62] Facebook, compte intituler UMUTEKANO N’INTWARO BURUNDI, voir aussi
le twiter
Mininter, publication du 12/9/2022.
[63] Cf. Le chronogramme des
activités de la campagne électorale des conseils des notables de la colline et
le discours de circonstance de Madame la Ministre de la justice à Cibitoke lors
des cérémonies de prestation de serment des notables membres des collines élus.
[64]
Zénon MANIRAKIZA, Op.cit.,
p.33.
[65]
Christine Deslaurier, Op.cit., pp.78-81.
[66] Charte des sages/bashingantahe,
2002, Art. 12.
[67] Charte des sages/bashingantahe,
2002 , Art. 13.
[68] Ibid. Art. 14
[69] Ibid. Art. 15
[70] Ibid. Art. 16
[71] Cf. Décret 100/188 du 29 juillet
2021, Art.3
[72] Cas de la colline Gahaga, en commune
Bukeye de la Province Muramvya
[73] La cérémonie
d’investiture : Charte des sages/bashingantahe, 2002, Art. 25-31.
[74] Charte des sages/bashingantahe,
2002 , Art. 26a.
[75] Charte des sages/bashingantahe,
2002 , Art. 26b.
[76] Charte des sages/bashingantahe, 2002,
Art. 29.
[77] Charte des sages/bashingantahe,
2002, Art. 30.
[78] Charte des sages/bashingantahe,
2002, Art. 31.
[79] Assumpta NANIWE-KABURAHE, Op.cit., p.164.

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