Le Culte d'Imana au Burundi
LE CULTE D’IMANA AU BURUNDI[1]
La religion traditionnelle au Burundi
Nous,
la génération d’aujourd’hui, avons le risque de ne rien connaître, ne fût-ce
qu’une idée sur ce qu’a été notre tradition. Nous sommes souvent transportés
par certaines tendances (nouvelle éthique mondiale) comme si nous n’étions pas
intéressés du passé de notre chère patrie. Par exemple, c’est par écho ou par
ouï-dire que la plupart des jeunes arrivent à connaître quelques éléments
fondamentaux qui avaient caractérisé jadis, leur tradition. Heureusement que
quelques personnes de référence se sont données corps et âmes pour nous laisser
quelques traces à travers leurs écrits.
Avant
l’arrivée du christianisme au Burundi, les
Barundi comme tant d’autres peuples avaient la connaissance d’un Dieu
suprême, créateur de toutes choses, celui qui donne l’être aux êtres : IMANA.
Ils avaient leur manière de s’exprimer devant cet Etre suprême, la manière dont
ils le professaient. A partir des
attributs donnés par les Barundi, exprimant l’existence, la nature et l’action
d’Imana, nous avons cette assurance que jadis, malgré les mutations accordées
par le christianisme, la religion de l’Imanisme avait le fondement en un seul
Dieu créateur de toutes choses. La présente intervient le lendemain de
l’ouverture de l’année jubilaire de 125 ans de l’existence de l’église catholique
au Burundi : la religion qui a plus déplumé la croyance traditionnelle en
Imana.
En
effet, après avoir été convaincu que les Barundi croyaient en Imana qui est le
principe de tout d’où émanent toutes
choses. On peut se demander s’il y a
une
différence entre Imana dont parlaient
déjà les Barundi et Dieu révélé par
Jésus Christ qui nous est enseigné par les missionnaires. Inspiré par l’œuvre, Le fondement de l’Imanisme ou religion
traditionnelle du Burundi, de Jean Baptiste BIGANGARA, nous allons passer en
revue le sens et le fondement du terme « Imana ». Et enfin, nous allons nous focaliser sur le culte d’Imana exprimé
sous deux aspects : le culte direct à Imana et le culte intermédiaire à travers
Kiranga. Nous allons parler aussi, voir qui est Kiranga, son origine, ses
relations avec les hommes. Nous conclurons avec le souhait d’une part, de
partager notre ancienne croyance, d’autre part de nous enrichir de l’apport du
christianisme.
I.
Historique du terme « Imana » et le problème d’inculturation
au Burundi
Après
une longue analyse menée par BIGANGARA, j’aimerais souligner quelques sens
donnés à Imana : Imana qui vient du verbe kubana, être avec, habiter avec. Imana qui vient du verbe Kumana, être à côté
de, se tenir vers le sommet de quelques choses ; (Kumana : se tenir sur). Donc
Imana signifie l’être par excellence qui est au-dessus de tout[2].
Selon le même auteur le terme Imana est un nom propre que les Barundi ont
toujours employé pour désigner la divinité.
Le nom par excellence dont ils se servent pour désigner cet Etre au-dessus
de tout, maître de tout, tout puissant, origine de tout, bienfaisant. A la
venue des missionnaires, le terme
riche pour les Barundi avait subi une transition en terme « Mungu » terme
étranger importé par les missionnaires dans le but de vouloir implanter dans
l’Esprit des Barundi le Dieu du Burundi comme ils disaient. Prétendant qu’Imana
c’est « le Dieu des païens Barundi »[3].
Soulignons que Mungu est un terme swahili utilisé sans doute dans les pays
limitrophes qui précèdent le Burundi en termes d’évangélisation. Certes,
faisant adopter le terme Mungu, ils
avaient l’intention de changer au fur du temps la mentalité gravée dans
l’esprit des Barundi du terme Imana. Cependant, cela n’a pas été facile du fait
que le terme « Imana » fut enraciné dans leur culture pendant que le terme «
Mungu » avait reçu une autre connotation qui lui est étranger. « Beaucoup des gens étaient choqués de
l’employer, non seulement parce que le mot était étranger mais surtout parce
que ce terme en kirundi avait une résonnance choquante qui fait penser, au mot
Imungu »[4], qui
veut dire en langue locale un insecte qui ronge le bois et d’autres plantes,
d’où le terme Mungu importé par les missionnaires n’a pas été bien accueilli
chez les Barundi faisant référence à ce terme rundi « Imungu » qui leur faisait
subir tant de sort mauvais. Ceux qui adhéraient à Mungu, ils étaient mal
considérés dans la société avec un rapproche d’adhérer à un « Mungu » ou «
Imungu ». Telle est donc l’une des conséquences ou problèmes d’inculturation
qu’avaient subi les missionnaires en voulant mettre à part ce qui est ancré dans la culture. Heureusement le
terme Imana a gardé sa consistance
surtout dans certains écrits, voir même officielle puisque l’officiel n’a
jamais donné son avis et ordinairement le mot est employé souvent à travers les
expressions, les noms, les souhaits,
etc. et plus tard dans le domaine religieux, ce terme avait repris sa
place grâce au Concile de Vatican II. Qui mit en valeur le sens de
l’inculturation.
I.1.Les autres
sens du concept Imana
Le
terme Imana dans la tradition burundaise a
d’autres sens, ce qui a semé la confusion surtout pour les étrangers.
Peut-être je pense même que les missionnaires voudraient détruire radicalement
le mot « Imana » dans les
esprits
des Barundi en instituant le terme « Mungu » dont nous avons parlé tout à
l’heure. Voici donc les autres sens d’Imana :
1) Le
roi était parfois appelé Imana. Il était intermédiaire entre Dieu et les
Barundi. Il était sensé être l’élu d’Imana. Il tenait d’Imana son pouvoir. Il
était lui seul, occasionnellement qui réalisait vraiment le rôle de
représentant d’Imana d’où il était appelé Imana.
2) Les
maris étaient appelés Imana par leur femmes du fait que l’homme dans la culture
burundaise était toujors considéré comme protecteur de sa femme d’où elle
appelait son mari imana. Dans le cas d’un homme irresponsable, ce titre lui
était radicalement privé.
3) Le
mouton blanc, surtout mâle est imana, symboliquement le mouton est pacifique,
doux, patient. Il caractérise le sacré et est réservé pour un sacrifice, dans le culte de
Kiranga.
4) Il
y a aussi des arbres : réservés pour la construction des huttes, lieu où on
rend le culte à Kiranga. Ceux-ci aussi sont appelés imana.
5) Kiranga appelé aussi occasionnellement imana.
I.2.Les
attributs d’Imana selon la conception burundaise (noms imanistes)
C’est en partant du monde matériel que les Barundi
ont pu découvrir la nécessité d’Imana, comme par exemple, la cause première.
Dans leur vie quotidienne, ils avaient l’expérience de la contingence et des limites des êtres
qui les entourent en commençant par eux-mêmes. Dans toutes les époques, la
question de l’existence de Dieu a toujours été primordiale. Prenons l’exemple
de l’antiquité ici représentée par Platon. Celui-ci affirme l’existence d’un
Etre suprême par des preuves dites : preuve par ordre du monde et preuves par
le mouvement. Platon comprend que l’ordre partout visible ne peut s’expliquer
sans
une Intelligence souveraine, organisatrice du cosmos. Aussi dit-il que tout
mouvement suppose une cause, c’est-à-dire un moteur qui précède ce mouvement et
le communique ; il faut un premier qui soit source de tout le mouvement.
Celui-ci n’est autre que Dieu. C’est aussi le cas de saint Thomas d’Aquin qui
prouve l’existence de Dieu suivant les cinq voies ou preuves de l’existence de
Dieu : preuve par la voie du mouvement, de la contingence, des degrés de
perfection, de la causalité efficiente et enfin de la finitude. Cet ordre
d’idées, on peut parler aussi de saint Anselme qui montre comment et à partir
de ce monde-ci, on peut parvenir à Dieu par des preuves dits preuves à
posteriori : comme il existe des choses bonnes, il doit y avoir une bonté absolue ; en partant de
l’idée de la grandeur, cela exige la souveraine grandeur ; comme tout ce qui
existe, existe en vertu de quelque chose, il existe aussi un être suprême ; et
comme on constate ici des degrés de perfection, exige aussi une première
perfection absolue. Tout cela est expliqué à partir du monde sensible. Pour
notre cas, les Barundi aussi ont leur manière d’affirmer l’existence de cet
Etre suprême partant de l’expérience quotidiennement sensible souvent à partir des noms imanistes ou
attributs classés en catégories exprimant l’existence d’Imana.
I.2.1. Les
attributs d’Imana[5] :
1) Iyamaho
: l’être éternel, Dieu éternel, Infini
2) Iyamyeho : celui qi a toujours été,
l’être éternel, Dieu éternel, Infini
3) Nyawamaho : à côté de, Dieu éternel
4) Iyambere
: l’Etre premier, Principe premier
5) Iyakare
: Premier principe
6) Indemyi
: le créateur
7) Rurema
: le créateur
8) Rugira
: le Faiseur, le Créateur
9) Inganji : le Vainqueur, le
Gouvernant, l’Absolu Inconditionnel : Imana est maître de toutes les créatures,
Imana à côté de
10)
Rugaba
: le Maître, le Donateur, le Généreux par excellence : Imana à côté de, le
Distributeur, le maître de ce qu’il donne et de ceux auxquels il donne. Le
plein parfait Imana fait subsister toutes les choses en leur donnant tout pour
accomplir leur destinée, les oriente vers un équilibre parfait. La lecture parallèle et/ou comparative avec
saint Thomas d’Aquin lorsqu’il explique les attributs de Dieu, n’est pas loin
avec la réalité burundaise dans le sens où en permanence, les barundi chante et
acclame la toute-puissance d’Imana. Saint Thomas d’Aquin énumère huit
attributs de Dieu à savoir : la simplicité, la perfection, l’infinité,
l’omniprésence,
l’immutabilité,
l’éternité
et l’unicité
de Dieu[6].
Ainsi nous pouvons constater que l’Imana dont préférés les barundi et le Dieu
révélé par les missionnaire est l’unique malgré que les missionnaires ont donné
une connotatif autre à l’Imana.
II. Le culte
d’Imana au Burundi
Nous
avons déjà vu que les Barundi par l’expérience quotidienne ont pu découvrir
l’Etre suprême juste en s’interrogent sur l’origine des choses ; ils étaient
conscient de la finitude des êtres crées. Par conséquent, les Barundi comme
tous les autres peuples, ont des sentiments de gratitudes envers cet Etre
suprême
et ils ont cherché comment entrer en
relation avec celui-ci tout en espérant trouver chez lui le bonheur durable, la
protection et le secours. Bref, la manière dont les Barundi s’exprimaient
ordinairement rendait témoignage et constituait leur moyen de prier directement
Imana. Cela est donc réalisé à travers le culte rendu à Imana : Culte direct et culte
intermédiaires
II .1. Le culte
direct d’Imana
Le
culte direct est soit individuel, soit communautaire. Le culte rendu à Imana sous-entend
un triple aspect: D’abord, la reconnaissance
de la grandeur d’Imana: tout dépend de lui sans aucune influence externe.
Cela est manifesté dans les attributs donnés à Imana ou noms imanistes.
Ensuite,
le culte (prière) continuel et permanant
: la manière de donner les noms à ses enfant en y intégrant le phonème « Imana
» constitue un mode de culte continuel et permanent adressé à l’Etre suprême car une personne qui porte
ce type de nom durant sa vie, aura conscience qu’il est né dans des
circonstances établies par ses parents en rapport avec Imana. Quiconque entend
son nom penserait à Imana et aux bienfaits accomplis par ce dernier non
seulement pour le détenteur du nom mais aussi pour tout le monde. Certaines
expressions ou souhaits relatifs à cet Etre suprême ainsi que les salutations
ont le même objet de rendre témoignage et de prière à Imana d’où le troisième
aspect d’annoncer les merveilles d’Imana à temps et à contre temps[7],
on dirait de l’aspect missionnaire.
Par exemple, « lorsqu’un Murundi dit un proverbe à un autre Murundi, ce n’est pas
seulement un comportement théorique, mais l’intention du locuteur est une
invitation à la réalisation du contenu du proverbe .Un Murndi qui dit un proverbe
relatif à Imana à une
autre personne le fait dans le but
de demander à l’Etre suprême de réaliser pour l’auditeur ce qu’exprime le
proverbe en question »[8].
II.1.1. Pratique
dans le culte extérieur envers Imana[9]
Comme
dans la liturgie chrétienne, les Barundi se servaient des symboles pour rendre
un culte à Imana. Les symboles selon la liturgie chrétienne, « sont des signes qui expriment ce qu’on ne
peut pas voir ou ce qu’on ne peut percevoir que difficilement. Si quelqu’un
offre une rose à une autre personne, il veut dire que cette personne lui est
chère. Même s’il ne le dit pas avec des
mots»[10]. Les
symboles dans la liturgie chrétienne expriment ainsi. Pareil, était le même cas
pour le culte que faisaient les Barundi. Voici quelques symboles (comparable au
rituel sacramentel et sacramentaux qui nous viennent de la religion chrétienne[11])
qui accompagnés par des prières ou non, constituaient le culte envers Imana :
1) Petite quantité d’eau d’Imana
(utuzi tw’Imana) : L’eau symbolise la vie. Aucun ménage n’ose passer une nuit
sans avoir au moins une petite
quantité
d’eau dans la maison. La conception vulgaire dit qu’Imana en créant peut se
servir de l’eau. On doit donc être préoccupé de la présence
d’Imana
pour la survie de l’homme. Surtout la naissance des enfants dans ladite
famille.
2) Le petit feu d’Imana
(akariro k’Imana) : Dans chaque famille, ce petit feu doit être entretenu
(Umuvumbiko), surtout durant la nuit. Il symbolise l’amour qui doit régner
entre les époux, et la présence d’Imana.
3) L’habit
d’Imana (Indabe y’Imana) : la jeune mariée porte cet habit (de fabrication
locale) au moment d’accomplir les relations sexuelles. C’est une sorte de
prière de la jeune mariée pour demander
la bénédiction afin qu’elle ait des enfants ; il s’agit là d’une nouvelle
famille.
4) La petite ouverture d’Imana
(Indorero y’Imana) : En construisant une maison, on laisse une petite ouverture
pour qu’Imana regarde les habitants de la maison et les bénisse. Tout cela
exprime la prière continuelle et permanente dans la tradition burundaise.
Le
rite symbolique, dans la religion de l’imanisme que dans la religion chrétienne, fait éloge à la
substance même et non aux symboles physiques. Ces derniers importent peu mais
en même temps élève l’esprit vers l’au-delà.
II.2. Le culte
indirect à Imana : le culte de kiranga
II.2.1. Qui est kiranga ?
Kiranga
porte trois noms selon la tradition burundo-rwando : soit Kiranga, soit
Ryangombe soit Kiranga-Ryangombe désignant le grand esprit, souvent appelé
Kiranga tout court. Kiranga veut dire celui qui montre, qui indique.
II .2 .2. Origine, historique de kiranga[12]
L’origine
de ce grand esprit pose des problèmes. Certains pensent qu’il est d’origine
céleste mais cela ne tient pas du tout. Kiranga est d’origine humaine. Et
d’ailleurs, il est le fils de BABINGA fils de NYUNDO, ayant comme femme Muka-kiranga
et comme fils INAKAJUMBU et BINEGO. Kiranga était le chef religieux des adeptes
initiés : Ibihweba. Pour ce qui est de la date et le lieu de naissance, on n’en
sait rien. Souvent on aime dire qu’il serait né à Nduga (Rwanda) aux environs
du XVI ème siècle. Il est mort à la chasse tué par une antilope. Après sa mort,
Kiranga reste au service des hommes en relation avec Imana. Il devient un
esprit parmi les esprits des ancêtres, mais il est plus grand que tous. Il
n’est pas Imana comme le concevraient tant de personnes étrangères de la
culture burundaise, plutôt il est chef des esprits inférieurs, médiateur entre
les hommes et l’Etre suprême. Il est donc le représentant d’Imana. Kiranga
n’est pas Imana mais souvent il est
appelé Imana comme il était considéré comme intermédiaire entre les divinités
et les hommes. En réalité il n’est pas Imana mais son représentant.
II.2.3. Le culte de Kiranga, Esprit
intermédiaire, est un culte indirect à Imana
Comme
Kiranga est devenu un esprit parmi les autres esprits après sa mort son culte
nécessite l’institution (des ministres) et l’initiation des ministres à son service.
Les ministres sont présents physiquement tandis que Kiranga s’incarne en eux au
cours des cérémonies. « Kiranga
est sensé prendre possession d’une personne. (…) La personne dont il prend perd
momentanément sa
personnalité et devient
Kiranga lui- même»[13].
La personne dont il a pris possession tient par les deux mains un petit bâton
(icumu ry’umuhuga) lorsque il siège pour être prié.
Comme
c’était normal, on s’adresse à Kiranga soit étant en réunions publics,
soit en particulier, en famille, soit
même individuellement pour l’honorer, l’implorer, lui faire des vœux, le
remercier, lui faire offrande, d’où
Kiranga a deux cultes : public et
privé. Quant au culte public, la présence de Kiranga devant un public assez
grand et diversifié ; au cours des cérémonies chacun venait se présenter devant
le grand Kiranga et lui demander des faveurs. Retenons que toutes ces
cérémonies se faisaient d’habitude la nuit dans une hutte ad hoc, petite hutte
d’occasion faite des arbres sacrés.
II.2.4.Quelques occasions
principales du culte public[14]
1) Aux
initiations des ministres de culte ;
2) A
l’occasion d’une maladie appelée intezi ;
3) A
la reprise de cette maladie chez les initiés ;
4) Pour
remercier Kiranga d’une faveur obtenue ou s’acquitter d’une promesse ;
5) A
l’occasion d’un mariage d’une fille initiée et à l’occasion de la naissance des
jumeaux, même s’ils sont morts
Quant au culte privé, Les individus
s’adressaient à Kiranga soit en particulier, soit en comité restreint, soit en
famille. Kiranga était souvent absent mais chaque famille devrait avoir un lieu
réservé à Kiranga pour le culte « Igitabo
». Souvent on y déposait un peu de
bière, de nourriture en l’honneur du grand
maître lui adressant des prières.
Quelqu’un est-il dans l’angoisse, dans la misère, il ira offrir de la bière à
Kiranga pour retrouver la consolation et la joie.
Souvent on le faisait aussi à la croisée
des chemins, surtout les jeunes filles qui demandaient à Kiranga un mari ou une
autre faveur.
IGITABO
II.3.Les cultes des morts
Le
culte des morts pour les Barundi justifiait deux réalités à savoir
l’immortalité de l’âme humaine et la communion entre les vivants et les morts[15].
Les célébrations pour les défunts
consolident « les liens profonds
qui unissent
les
morts et les vivants »[16]
selon la conception chrétienne. Sans doute ces deux réalités coïncident avec
les deux derniers articles du credo. Mais aussi les Barundi avaient peur des
esprits de leurs ancêtres. Ils s’occupaient d’eux pour « les
calmer afin qu’ils ne nuisent nuire aux membres de la famille lorsque ces
derniers les oublient ou n’observent pas les prescriptions contenues dans les
testaments qu’ils ont laissé »[17].
La première chose à faire pour ce culte
est de construire un lieu adéquat, lieu de repos appelé indaro. On y étend un petit foyen composé de trois pierres, trois
objets parmi ceux qu’il aimait, certains des objets qu’il a laissés et qu’il
aimait (les bisigi[18])
: le cas d’un grand-père. Comme offrande, elle est composée d’une bonne
nourriture bien préparée, de la pâte d’éleusine, d’un peu de viande, de lait ou
de la bière. Tout le monde c'est-à-dire les membres de la famille mangent de
cette nourriture et le reste est gardé sur le feu jusqu’au lendemain. Ce rite est accompagné par une prière : « Grand-père nous offrons ces vivres,
grand-père agrée le, ne nous fait pas du tort, Cesse de nous rendre malades.
Protège nous, donne nous des forces »[19].Tout
cela se faisait le soir dans l’endroit réservé.
Ce qu’on peut retenir dans ce culte est
que les Barundi ne croyaient pas à l’anéantissement de l’homme après sa mort,
ils croyaient à l’immortalité de l’âme. Les défunts étaient toujours considérés
comme si, ils vivaient avec la famille. Le but de ce culte était la communion
entre les vivants et les morts de
la
même famille. N’est-ce pas la foi chrétienne ? Pourquoi ne pas marier la
religion de l’imanisme d’avec la religion chrétienne en l’honneur d’Imana ?
CONCLUSION
Pour clore, rappelons-nous encore une fois
que, les Barundi, vue par l’expérience quotidienne, avaient en eux le sens
profond d’Imana. Imana est ancré dans leurs esprits suivant la conception
culturelle. C’est un être avec, un Etre à côté de, un Etre habité avec, l’être
par excellence qui est au-dessus de tout être. Tout dépend de Lui et sans Lui
rien n’a de sens. Il est l’unique Etre mérité d’être honoré comme on l’exprime dans le langage ordinaire soit par
des noms donnés aux enfants, soit par les salutations, soit par les souhaits,
etc. Le culte rendu à Imana soit en public ou privé vient pour justifier la
reconnaissance qu’avaient les Barundi que l’Imana est le maître de toutes
créatures. En Lui seul la gloire et l’honneur. Différentes manières dont nous
avons déjà parlé montrent comment les
Barundi réalisent le culte à Imana soit le culte direct ou le culte
intermédiaire. Certes, le culte indirect ou intermédiaire était beaucoup plus
populaire que le culte direct ce qui aurait suscité des reproches que les
Barundi ne priaient pas Imana mais Kiranga. Mais en réalité, les cultes rendus
aux esprits intermédiaires s’adressent indirectement à Imana. Seulement, les
Barundi d’un côté avaient une crainte envers Imana, Il est le maître, on
ne pense pas à Lui sans une certaine
crainte, de l’autre côté, c’est vraie les Barundi avaient peur des esprits,
ceux-ci s’ils sont oubliés, peuvent leur causer du mal, donc on doit s’en
occuper d’eux, tandis qu’Imana, essentiellement bon, ne peut jamais faire du tort[20]
mais plutôt capable de leur épargner de tout mal. Et d’ailleurs dans la culture
burundaise,
pour gagner un rendez-vous avec une personne digne comme roi par exemple, on
passe d’abord aux personnes proches de celle-ci ; surtout par exemple la reine
ou la mère du roi et d’autres alliées d’où le culte intermédiaire a un sens
dans la culture. Dans le culte chrétien, on pourrait faire comparaison aux des
dévotions: culte indirect à Dieu.
[1]
Jean Baptiste BIGANGARA, Le fondement de l’Imanisme ou religion
traditionnelle au Burundi, Expression et valeurs africaines burundaises,
Bujumbura, 1984
[2] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.14
[3]
Ibidem, p.9
[4]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.10
[5]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.15
[6]
Thomas d’Aquin, La somme théologique, Edition numérique, Mise à disposition sur
des oeuvres complètes de saint Thomas d’Aquin : http://docteurangelique.free.fr,
2008.
[7]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.104
[8], Ibidem. p.106
[9]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit, p.110
[10] G .SCHIKART, Le petit guide du servant de messe,
éd.saint augustin,
[11]
Le sacrement est un
rituel sacré en usage dans la plupart des religions chrétiennes. Selon la
doctrine, un sacrement produit un effet dont la source est Dieu qui donne sa
grâce. Les chrétiens y trouvent le symbole et le moyen d'une alliance entre
Dieu et les hommes. Théologiquement
le sacrement est définit comme
étant un signe destiné à donner ou à augmenter la grâce sanctifiante des
croyants. Le catholicisme en conserve sept répartis en quatre groupe : les
sacrements de l’initiation (le Baptême, la Confirmation et
l’Eucharistie), les sacrements e guérison (la Pénitence ou la Réconciliation,
l’Onction des malades), les sacrements au service (l’Ordre,
le Mariage) ainsi que autres célébrations liturgiques dites aussi sacramentaux.
(Voir Benoit XVI, Catéchisme de l’Eglise
Catholique abrégé, Ed. MEDIASPAUL et
LIBRAIRIA EDITRICE VATICANA, 2006, pp.73-94).
Qui plus est, les sacramentaux sont des signes
sacrés par l’église dans le but de sanctifier certaines circonstances de la
vie. Ils comportent une prière
accompagnée du signe de la croix et d’autres signes. Parmi les sacramentaux,
les bénédictions occupent une place importante. Elles sont une louange à Dieu
et une prière pour obtenir ses dons ; de même, il y a les consécrations
des personnes et la consécration d’objets dont l’usage est réservée au culte
divin. (voir, Benoit XVI, Catéchisme de
l’Eglise Catholique abrégé, pp 93-95.
[12]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. pp.39-40
[13]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.112
[14]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.113.
[15][15] Voir, Benoit XVI, Catéchisme de l’Eglise Catholique abrégé,
pp. 58-61. Peut-on communier avec les
défunts ? « Ce que nous devons après la mort est un grand
mystère. Nos mots sont maladroits. Déjà le mot après qui suggère l’idée
de continuité temporelle est mal adaptée pour parler de l’éternité (même si
l’éternité n’est évidemment pas moins
que le temps. (…) sur la crois, Jésus dit à son Père : « Entre tes
mains, je remets mon esprit ». Ainsi, Dieu à qui vous remettez votre
souffle, Dieu nous l’espérons, accueillera en lui la vie, l’âme et l’esprit que
vous aurez donnés aux autres et remis, dans la confiance, à sa tendre
miséricorde : il vous donnera sa vie pour toujours. (Michel Souchon, Les
cahiers CROIRE, 50 questions de foi, Ed. Bayard, n.d, p.26.).
Le désir de communiquer avec les morts est vieux
comme le monde et vous savez la fascination qu’exercent sur beaucoup des
pratiques comme le spiritisme. Celui-ci a un succès inquiétant chez pas mal de
jeunes. La bible, en nous remontant la visite de Saul à la sorcière d’Endor,
condamne fermement le recours à de telles pratiques (1 Samuel 28,7-20). (Michel Souchon, Les
cahiers CROIRE, 50 questions de foi, Ed. Bayard, n.d, p.93) Cependant, avec
le Nouveau Testament, Jésus nous révèle la communion d’avec les morts d’où les
réalités du credo : la communion avec les saints et la surrection de la
mort.
[16] Lectionnaire pour la liturgie des défunts
[17]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.118.
[18] En comparaison avec les reliques
des saints dans le rituel chrétien.
[19]
Ibidem,
p.119.
[20]
Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.1O2.
[1] Jean Baptiste BIGANGARA, Le fondement de l’Imanisme ou religion traditionnelle au Burundi, Expression et valeurs africaines burundaises, Bujumbura, 1984

En tout cas notre religion est en désuétude
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