samedi 11 juin 2022

Le Culte d'Imana au Burundi

 Le Culte d'Imana au Burundi

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LE CULTE D’IMANA AU BURUNDI[1]

La religion traditionnelle au Burundi

Nous, la génération d’aujourd’hui, avons le risque de ne rien connaître, ne fût-ce qu’une idée sur ce qu’a été notre tradition. Nous sommes souvent transportés par certaines tendances (nouvelle éthique mondiale) comme si nous n’étions pas intéressés du passé de notre chère patrie. Par exemple, c’est par écho ou par ouï-dire que la plupart des jeunes arrivent à connaître quelques éléments fondamentaux qui avaient caractérisé jadis, leur tradition. Heureusement que quelques personnes de référence se sont données corps et âmes pour nous laisser quelques traces à travers leurs écrits. 

Avant l’arrivée du christianisme au Burundi, les  Barundi comme tant d’autres peuples avaient la connaissance d’un Dieu suprême, créateur de toutes choses, celui qui donne l’être aux êtres : IMANA. Ils avaient leur manière de s’exprimer devant cet Etre suprême, la manière dont ils le  professaient. A partir des attributs donnés par les Barundi, exprimant l’existence, la nature et l’action d’Imana, nous avons cette assurance que jadis, malgré les mutations accordées par le christianisme, la religion de l’Imanisme avait le fondement en un seul Dieu créateur de toutes choses. La présente intervient le lendemain de l’ouverture de l’année jubilaire de 125 ans de l’existence de l’église catholique au Burundi : la religion qui a plus déplumé la croyance traditionnelle en Imana.

En effet, après avoir été convaincu que les Barundi croyaient en Imana qui est le principe de tout d’où  émanent toutes choses. On peut se demander s’il y a

 

une différence entre Imana  dont parlaient déjà les Barundi et Dieu  révélé par Jésus Christ qui nous est enseigné par les missionnaires. Inspiré par l’œuvre, Le fondement de l’Imanisme ou religion traditionnelle du Burundi, de Jean Baptiste BIGANGARA, nous allons passer en revue le sens et le fondement du terme « Imana ». Et enfin, nous allons   nous focaliser sur le culte d’Imana exprimé sous deux aspects : le culte direct à Imana et le culte intermédiaire à travers Kiranga. Nous allons parler aussi, voir qui est Kiranga, son origine, ses relations avec les hommes. Nous conclurons avec le souhait d’une part, de partager notre ancienne croyance, d’autre part de nous enrichir de l’apport du christianisme. 

I.              Historique du terme « Imana » et le problème d’inculturation au Burundi

Après une longue analyse menée par BIGANGARA, j’aimerais souligner quelques sens donnés à Imana : Imana qui vient du verbe kubana,  être avec, habiter avec.  Imana qui vient du verbe Kumana, être à côté de, se tenir vers le sommet de quelques choses ; (Kumana : se tenir sur). Donc Imana signifie l’être par excellence qui est au-dessus de tout[2]. Selon le même auteur le terme Imana est un nom propre que les Barundi ont toujours employé pour désigner la divinité.  Le nom par excellence dont ils se servent pour désigner cet Etre au-dessus de tout, maître de tout, tout puissant, origine de tout, bienfaisant. A la venue des missionnaires, le terme riche pour les Barundi avait subi une transition en terme « Mungu » terme étranger importé par les missionnaires dans le but de vouloir implanter dans l’Esprit des Barundi le Dieu du Burundi comme ils disaient. Prétendant qu’Imana c’est « le Dieu des païens Barundi »[3]. Soulignons que Mungu est un terme swahili utilisé sans doute dans les pays limitrophes qui précèdent le Burundi en termes d’évangélisation. Certes, faisant adopter le terme Mungu, ils  avaient l’intention de changer au fur du temps la mentalité gravée dans l’esprit des Barundi du terme Imana. Cependant, cela n’a pas été facile du fait que le terme « Imana » fut enraciné dans leur culture pendant que le terme « Mungu » avait reçu une autre connotation qui lui est étranger. « Beaucoup des gens étaient choqués de l’employer, non seulement parce que le mot était étranger mais surtout parce que ce terme en kirundi avait une résonnance choquante qui fait penser, au mot Imungu »[4], qui veut dire en langue locale un insecte qui ronge le bois et d’autres plantes, d’où le terme Mungu importé par les missionnaires n’a pas été bien accueilli chez les Barundi faisant référence à ce terme rundi « Imungu » qui leur faisait subir tant de sort mauvais. Ceux qui adhéraient à Mungu, ils étaient mal considérés dans la société avec un rapproche d’adhérer à un « Mungu » ou « Imungu ». Telle est donc l’une des conséquences ou problèmes d’inculturation qu’avaient subi les missionnaires en voulant mettre à part ce qui  est ancré dans la culture. Heureusement le terme Imana  a gardé sa consistance surtout dans certains écrits, voir même officielle puisque l’officiel n’a jamais donné son avis et ordinairement le mot est employé souvent à travers les expressions, les noms, les souhaits,  etc. et plus tard dans le domaine religieux, ce terme avait repris sa place grâce au Concile de Vatican II. Qui mit en valeur le sens de l’inculturation.

I.1.Les autres sens du concept Imana 

Le terme Imana dans la tradition burundaise a  d’autres sens, ce qui a semé la confusion surtout pour les étrangers. Peut-être je pense même que les missionnaires voudraient détruire radicalement le mot « Imana » dans les

 

 

esprits des Barundi en instituant le terme « Mungu » dont nous avons parlé tout à l’heure. Voici donc les autres sens d’Imana :

1)    Le roi était parfois appelé Imana. Il était intermédiaire entre Dieu et les Barundi. Il était sensé être l’élu d’Imana. Il tenait d’Imana son pouvoir. Il était lui seul, occasionnellement qui réalisait vraiment le rôle de représentant d’Imana d’où il était appelé Imana. 

2)    Les maris étaient appelés Imana par leur femmes du fait que l’homme dans la culture burundaise était toujors considéré comme protecteur de sa femme d’où elle appelait son mari imana. Dans le cas d’un homme irresponsable, ce titre lui était radicalement privé.

3)    Le mouton blanc, surtout mâle est imana, symboliquement le mouton est pacifique, doux, patient. Il caractérise le sacré et est réservé  pour un sacrifice, dans le culte de Kiranga. 

4)    Il y a aussi des arbres : réservés pour la construction des huttes, lieu où on rend le culte à Kiranga. Ceux-ci aussi sont appelés imana.

5)     Kiranga appelé aussi occasionnellement imana.

I.2.Les attributs d’Imana selon la conception burundaise (noms imanistes)

C’est  en partant du monde matériel que les Barundi ont pu découvrir la nécessité d’Imana, comme par exemple, la cause première. Dans leur vie quotidienne, ils avaient l’expérience  de la contingence et des limites des êtres qui les entourent en commençant par eux-mêmes. Dans toutes les époques, la question de l’existence de Dieu a toujours été primordiale. Prenons l’exemple de l’antiquité ici représentée par Platon. Celui-ci affirme l’existence d’un Etre suprême par des preuves dites : preuve par ordre du monde et preuves par le mouvement. Platon comprend que l’ordre partout visible ne peut s’expliquer

 

sans une Intelligence souveraine, organisatrice du cosmos. Aussi dit-il que tout mouvement suppose une cause, c’est-à-dire un moteur qui précède ce mouvement et le communique ; il faut un premier qui soit source de tout le mouvement. Celui-ci n’est autre que Dieu. C’est aussi le cas de saint Thomas d’Aquin qui prouve l’existence de Dieu suivant les cinq voies ou preuves de l’existence de Dieu : preuve par la voie du mouvement, de la contingence, des degrés de perfection, de la causalité efficiente et enfin de la finitude. Cet ordre d’idées, on peut parler aussi de saint Anselme qui montre comment et à partir de ce monde-ci, on peut parvenir à Dieu par des preuves dits preuves à posteriori : comme il existe des choses bonnes, il doit  y avoir une bonté absolue ; en partant de l’idée de la grandeur, cela exige la souveraine grandeur ; comme tout ce qui existe, existe en vertu de quelque chose, il existe aussi un être suprême ; et comme on constate ici des degrés de perfection, exige aussi une première perfection absolue. Tout cela est expliqué à partir du monde sensible. Pour notre cas, les Barundi aussi ont leur manière d’affirmer l’existence de cet Etre suprême partant de l’expérience quotidiennement sensible  souvent à partir des noms imanistes ou attributs classés en catégories exprimant l’existence d’Imana. 

I.2.1. Les attributs d’Imana[5] :

1)    Iyamaho : l’être éternel, Dieu éternel, Infini

2)     Iyamyeho : celui qi a toujours été, l’être éternel, Dieu éternel, Infini

3)     Nyawamaho : à côté de, Dieu éternel

4)    Iyambere : l’Etre premier, Principe premier

5)    Iyakare : Premier principe

6)    Indemyi : le créateur

 

7)    Rurema : le créateur

8)    Rugira : le Faiseur, le Créateur

9)     Inganji : le Vainqueur, le Gouvernant, l’Absolu Inconditionnel : Imana est maître de toutes les créatures, Imana à côté de

10)                  Rugaba : le Maître, le Donateur, le Généreux par excellence : Imana à côté de, le Distributeur, le maître de ce qu’il donne et de ceux auxquels il donne. Le plein parfait Imana fait subsister toutes les choses en leur donnant tout pour accomplir leur destinée, les oriente vers un équilibre parfait.  La lecture parallèle et/ou comparative avec saint Thomas d’Aquin lorsqu’il explique les attributs de Dieu, n’est pas loin avec la réalité burundaise dans le sens où en permanence, les barundi chante et acclame la toute-puissance d’Imana. Saint Thomas d’Aquin énumère huit attributs de Dieu à savoir : la simplicité, la perfection, l’infinité, l’omniprésence, l’immutabilité, l’éternité et l’unicité de Dieu[6]. Ainsi nous pouvons constater que l’Imana dont préférés les barundi et le Dieu révélé par les missionnaire est l’unique malgré que les missionnaires ont donné une connotatif autre à l’Imana.

II. Le culte d’Imana au Burundi

Nous avons déjà vu que les Barundi par l’expérience quotidienne ont pu découvrir l’Etre suprême juste en s’interrogent sur l’origine des choses ; ils étaient conscient de la finitude des êtres crées. Par conséquent, les Barundi comme tous les autres peuples, ont des sentiments de gratitudes envers cet Etre

 

suprême et ils ont cherché  comment entrer en relation avec celui-ci tout en espérant trouver chez lui le bonheur durable, la protection et le secours. Bref, la manière dont les Barundi s’exprimaient ordinairement rendait témoignage et constituait leur moyen de prier directement Imana. Cela est donc réalisé à travers le culte rendu  à Imana : Culte direct et culte intermédiaires 

II .1. Le culte direct d’Imana

Le culte direct est soit individuel, soit communautaire. Le culte rendu à Imana sous-entend un triple aspect: D’abord, la reconnaissance de la grandeur d’Imana: tout dépend de lui sans aucune influence externe. Cela est manifesté dans les attributs donnés à Imana ou noms imanistes.

Ensuite, le culte (prière) continuel et permanant : la manière de donner les noms à ses enfant en y intégrant le phonème « Imana » constitue un mode de culte continuel et permanent adressé  à l’Etre suprême car une personne qui porte ce type de nom durant sa vie, aura conscience qu’il est né dans des circonstances établies par ses parents en rapport avec Imana. Quiconque entend son nom penserait à Imana et aux bienfaits accomplis par ce dernier non seulement pour le détenteur du nom mais aussi pour tout le monde. Certaines expressions ou souhaits relatifs à cet Etre suprême ainsi que les salutations ont le même objet de rendre témoignage et de prière à Imana d’où le troisième aspect d’annoncer les merveilles d’Imana à temps et à contre temps[7], on dirait de l’aspect missionnaire. Par exemple, «  lorsqu’un Murundi dit un proverbe à un autre Murundi, ce n’est pas seulement un comportement théorique, mais l’intention du locuteur est une invitation à la réalisation du contenu du proverbe .Un Murndi qui dit un proverbe relatif à Imana à une

 

autre personne le fait dans le but de demander à l’Etre suprême de réaliser pour l’auditeur ce qu’exprime le proverbe en question »[8].

II.1.1. Pratique dans le culte extérieur envers Imana[9]

Comme dans la liturgie chrétienne, les Barundi se servaient des symboles pour rendre un culte à Imana. Les symboles selon la liturgie chrétienne, « sont des signes qui expriment ce qu’on ne peut pas voir ou ce qu’on ne peut percevoir que difficilement. Si quelqu’un offre une rose à une autre personne, il veut dire que cette personne lui est chère. Même s’il ne le  dit pas avec des mots»[10]. Les symboles dans la liturgie chrétienne expriment ainsi. Pareil, était le même cas pour le culte que faisaient les Barundi. Voici quelques symboles (comparable au rituel sacramentel et sacramentaux qui nous viennent de la religion chrétienne[11]) qui accompagnés par des prières ou non, constituaient le culte  envers Imana :

1)    Petite quantité d’eau d’Imana (utuzi tw’Imana) : L’eau symbolise la vie. Aucun ménage n’ose passer une nuit sans avoir au moins une petite

 

quantité d’eau dans la maison. La conception vulgaire dit qu’Imana en créant peut se servir de l’eau. On doit donc être préoccupé de la présence

d’Imana pour la survie de l’homme. Surtout la naissance des enfants dans ladite famille.

2)    Le petit feu d’Imana (akariro k’Imana) : Dans chaque famille, ce petit feu doit être entretenu (Umuvumbiko), surtout durant la nuit. Il symbolise l’amour qui doit régner entre les époux, et la présence d’Imana.

3)     L’habit d’Imana (Indabe y’Imana) : la jeune mariée porte cet habit (de fabrication locale) au moment d’accomplir les relations sexuelles. C’est une sorte de prière de  la jeune mariée pour demander la bénédiction afin qu’elle ait des enfants ; il s’agit là d’une nouvelle famille.

4)    La petite ouverture d’Imana (Indorero y’Imana) : En construisant une maison, on laisse une petite ouverture pour qu’Imana regarde les habitants de la maison et les bénisse. Tout cela exprime la prière continuelle et permanente dans la tradition burundaise. 

Le rite symbolique, dans la religion de l’imanisme que  dans la religion chrétienne, fait éloge à la substance même et non aux symboles physiques. Ces derniers importent peu mais en même temps élève l’esprit vers l’au-delà.

II.2. Le culte indirect à Imana : le culte de kiranga

II.2.1. Qui est kiranga ?    

Kiranga porte trois noms selon la tradition burundo-rwando : soit Kiranga, soit Ryangombe soit Kiranga-Ryangombe désignant le grand esprit, souvent appelé Kiranga tout court. Kiranga veut dire celui qui montre, qui indique.   

 

II .2 .2. Origine, historique de kiranga[12]

L’origine de ce grand esprit pose des problèmes. Certains pensent qu’il est d’origine céleste mais cela ne tient pas du tout. Kiranga est d’origine humaine. Et d’ailleurs, il est le fils de BABINGA fils de NYUNDO, ayant comme femme Muka-kiranga et comme fils INAKAJUMBU et BINEGO. Kiranga était le chef religieux des adeptes initiés : Ibihweba. Pour ce qui est de la date et le lieu de naissance, on n’en sait rien. Souvent on aime dire qu’il serait né à Nduga (Rwanda) aux environs du XVI ème siècle. Il est mort à la chasse tué par une antilope. Après sa mort, Kiranga reste au service des hommes en relation avec Imana. Il devient un esprit parmi les esprits des ancêtres, mais il est plus grand que tous. Il n’est pas Imana comme le concevraient tant de personnes étrangères de la culture burundaise, plutôt il est chef des esprits inférieurs, médiateur entre les hommes et l’Etre suprême. Il est donc le représentant d’Imana. Kiranga n’est pas Imana mais  souvent il est appelé Imana comme il était considéré comme intermédiaire entre les divinités et les hommes. En réalité il n’est pas Imana mais son représentant.

II.2.3. Le culte de Kiranga, Esprit intermédiaire, est un culte indirect à Imana

Comme Kiranga est devenu un esprit parmi les autres esprits après sa mort son culte nécessite l’institution (des ministres) et l’initiation des ministres à son service. Les ministres sont présents physiquement tandis que Kiranga s’incarne en eux au cours des cérémonies.   «  Kiranga est sensé prendre possession d’une personne. (…) La personne dont il prend perd momentanément sa

 

 

personnalité et devient Kiranga lui- même»[13]. La personne dont il a pris possession tient par les deux mains un petit bâton (icumu ry’umuhuga) lorsque il siège pour être prié.

Comme c’était normal, on s’adresse à Kiranga soit étant en réunions publics, soit  en particulier, en famille, soit même individuellement pour l’honorer, l’implorer, lui faire des vœux, le remercier, lui faire offrande, d’où  Kiranga a deux cultes : public  et privé. Quant au culte public, la présence de Kiranga devant un public assez grand et diversifié ; au cours des cérémonies chacun venait se présenter devant le grand Kiranga et lui demander des faveurs. Retenons que toutes ces cérémonies se faisaient d’habitude la nuit dans une hutte ad hoc, petite hutte d’occasion faite des arbres sacrés.

II.2.4.Quelques occasions principales du culte public[14]  

1)    Aux initiations des ministres de culte ;

2)    A l’occasion d’une maladie appelée intezi ;

3)    A la reprise de cette maladie chez les initiés ;

4)    Pour remercier Kiranga d’une faveur obtenue ou s’acquitter d’une promesse ;

5)    A l’occasion d’un mariage d’une fille initiée et à l’occasion de la naissance des jumeaux, même s’ils sont morts   

 Quant au culte privé, Les individus s’adressaient à Kiranga soit en particulier, soit en comité restreint, soit en famille. Kiranga était souvent absent mais chaque famille devrait avoir un lieu réservé à Kiranga pour le culte « Igitabo ». Souvent  on y déposait un peu de bière, de nourriture en l’honneur du grand

 

 

maître lui adressant des prières. Quelqu’un est-il dans l’angoisse, dans la misère, il ira offrir de la bière à Kiranga pour retrouver la consolation et la joie.

 

Souvent on le faisait aussi à la croisée des chemins, surtout les jeunes filles qui demandaient à Kiranga un mari ou une autre faveur.

IGITABO

    II.3.Les cultes des morts

Le culte des morts pour les Barundi justifiait deux réalités à savoir l’immortalité de l’âme humaine et la communion entre les vivants et les morts[15]. Les célébrations pour les défunts  consolident « les liens profonds qui unissent

les morts et les vivants »[16] selon la conception chrétienne. Sans doute ces deux réalités coïncident avec les deux derniers articles du credo. Mais aussi les Barundi avaient peur des esprits de leurs ancêtres. Ils s’occupaient d’eux pour    « les calmer afin qu’ils ne nuisent nuire aux membres de la famille lorsque ces derniers les oublient ou n’observent pas les prescriptions contenues dans les testaments qu’ils ont laissé »[17].

La première chose à faire pour ce culte est de construire un lieu adéquat, lieu de repos appelé indaro. On y étend un petit foyen composé de trois pierres, trois objets parmi ceux qu’il aimait, certains des objets qu’il a laissés et qu’il aimait (les bisigi[18]) : le cas d’un grand-père. Comme offrande, elle est composée d’une bonne nourriture bien préparée, de la pâte d’éleusine, d’un peu de viande, de lait ou de la bière. Tout le monde c'est-à-dire les membres de la famille mangent de cette nourriture et le reste est gardé sur le feu jusqu’au lendemain.  Ce rite est accompagné par une prière : « Grand-père nous offrons ces vivres, grand-père agrée le, ne nous fait pas du tort, Cesse de nous rendre malades. Protège nous, donne nous des forces »[19].Tout cela se faisait le soir dans l’endroit réservé.

Ce qu’on peut retenir dans ce culte est que les Barundi ne croyaient pas à l’anéantissement de l’homme après sa mort, ils croyaient à l’immortalité de l’âme. Les défunts étaient toujours considérés comme si, ils vivaient avec la famille. Le but de ce culte était la communion entre les vivants et les morts de

la même famille. N’est-ce pas la foi chrétienne ? Pourquoi ne pas marier la religion de l’imanisme d’avec la religion chrétienne en l’honneur d’Imana ?

 

CONCLUSION

 Pour clore, rappelons-nous encore une fois que, les Barundi, vue par l’expérience quotidienne, avaient en eux le sens profond d’Imana. Imana est ancré dans leurs esprits suivant la conception culturelle. C’est un être avec, un Etre à côté de, un Etre habité avec, l’être par excellence qui est au-dessus de tout être. Tout dépend de Lui et sans Lui rien n’a de sens. Il est l’unique Etre mérité d’être honoré comme on  l’exprime dans le langage ordinaire soit par des noms donnés aux enfants, soit par les salutations, soit par les souhaits, etc. Le culte rendu à Imana soit en public ou privé vient pour justifier la reconnaissance qu’avaient les Barundi que l’Imana est le maître de toutes créatures. En Lui seul la gloire et l’honneur. Différentes manières dont nous avons déjà parlé montrent comment  les Barundi réalisent le culte à Imana soit le culte direct ou le culte intermédiaire. Certes, le culte indirect ou intermédiaire était beaucoup plus populaire que le culte direct ce qui aurait suscité des reproches que les Barundi ne priaient pas Imana mais Kiranga. Mais en réalité, les cultes rendus aux esprits intermédiaires s’adressent indirectement à Imana. Seulement, les Barundi d’un côté avaient une crainte envers Imana, Il est le maître, on ne  pense pas à Lui sans une certaine crainte, de l’autre côté, c’est vraie les Barundi avaient peur des esprits, ceux-ci s’ils sont oubliés, peuvent leur causer du mal, donc on doit s’en occuper d’eux, tandis qu’Imana, essentiellement bon, ne peut jamais faire du tort[20] mais plutôt capable de leur épargner de tout mal. Et d’ailleurs dans la culture burundaise, pour gagner un rendez-vous avec une personne digne comme roi par exemple, on passe d’abord aux personnes proches de celle-ci ; surtout par exemple la reine ou la mère du roi et d’autres alliées d’où le culte intermédiaire a un sens dans la culture. Dans le culte chrétien, on pourrait faire comparaison aux des dévotions: culte indirect à Dieu.



[1] Jean Baptiste BIGANGARA, Le fondement de l’Imanisme ou religion traditionnelle au Burundi, Expression et valeurs africaines burundaises, Bujumbura, 1984

[2] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.14

[3] Ibidem, p.9

[4] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.10

[5] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.15

[6] Thomas d’Aquin, La somme théologique, Edition numérique, Mise à disposition sur des oeuvres complètes de saint Thomas d’Aquin : http://docteurangelique.free.fr, 2008.

                                                                                                       

 

[7] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.104

[8], Ibidem. p.106

[9] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit, p.110

[10] G .SCHIKART, Le petit guide du servant de messe, éd.saint augustin,

[11] Le sacrement est un rituel sacré en usage dans la plupart des religions chrétiennes. Selon la doctrine, un sacrement produit un effet dont la source est Dieu qui donne sa grâce. Les chrétiens y trouvent le symbole et le moyen d'une alliance entre Dieu et les hommes. Théologiquement  le  sacrement est définit comme étant un signe destiné à donner ou à augmenter la grâce sanctifiante des croyants. Le catholicisme en conserve sept répartis en quatre groupe : les sacrements de l’initiation (le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie), les sacrements e guérison (la Pénitence ou la Réconciliation, l’Onction des malades), les sacrements au service (l’Ordre, le Mariage) ainsi que autres célébrations liturgiques dites aussi sacramentaux. (Voir Benoit XVI, Catéchisme de l’Eglise Catholique abrégé,  Ed. MEDIASPAUL et LIBRAIRIA EDITRICE VATICANA, 2006, pp.73-94).

Qui plus est, les sacramentaux sont des signes sacrés par l’église dans le but de sanctifier certaines circonstances de la vie. Ils  comportent une prière accompagnée du signe de la croix et d’autres signes. Parmi les sacramentaux, les bénédictions occupent une place importante. Elles sont une louange à Dieu et une prière pour obtenir ses dons ; de même, il y a les consécrations des personnes et la consécration d’objets dont l’usage est réservée au culte divin. (voir, Benoit XVI, Catéchisme de l’Eglise Catholique abrégé, pp 93-95.

 

[12] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. pp.39-40

[13] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.112

[14] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.113.

[15][15] Voir, Benoit XVI, Catéchisme de l’Eglise Catholique abrégé, pp. 58-61. Peut-on communier avec les défunts ? «  Ce que nous devons après la mort est un grand mystère. Nos mots sont maladroits. Déjà le mot après qui suggère l’idée de continuité temporelle est mal adaptée pour parler de l’éternité (même si l’éternité  n’est évidemment pas moins que le temps. (…) sur la crois, Jésus dit à son Père : « Entre tes mains, je remets mon esprit ». Ainsi, Dieu à qui vous remettez votre souffle, Dieu nous l’espérons, accueillera en lui la vie, l’âme et l’esprit que vous aurez donnés aux autres et remis, dans la confiance, à sa tendre miséricorde : il vous donnera sa vie pour toujours. (Michel Souchon,  Les cahiers CROIRE, 50 questions de foi, Ed. Bayard, n.d, p.26.).

Le désir de communiquer avec les morts est vieux comme le monde et vous savez la fascination qu’exercent sur beaucoup des pratiques comme le spiritisme. Celui-ci a un succès inquiétant chez pas mal de jeunes. La bible, en nous remontant la visite de Saul à la sorcière d’Endor, condamne fermement le recours à de telles pratiques (1 Samuel 28,7-20).  (Michel Souchon,  Les cahiers CROIRE, 50 questions de foi, Ed. Bayard, n.d, p.93) Cependant, avec le Nouveau Testament, Jésus nous révèle la communion d’avec les morts d’où les réalités du credo : la communion avec les saints et la surrection de la mort.

[16] Lectionnaire  pour la liturgie des défunts

[17] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.118.

[18] En comparaison avec les reliques des saints dans le rituel chrétien.

[19] Ibidem, p.119.

[20] Jean Baptiste BIGANGARA, Op.cit. p.1O2.


 




[1] Jean Baptiste BIGANGARA, Le fondement de l’Imanisme ou religion traditionnelle au Burundi, Expression et valeurs africaines burundaises, Bujumbura, 1984

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