mardi 20 mai 2025

Réseaux sociaux : solidarisme et nouvelles formes d’interactions sociales








L’intérêt et le centre de la présente réflexion tournent au tour de la dimension sociale incorporée  dans l’usage de l’internet en général et des réseaux sociaux numériques en particulier. La présente s’intéresse à l’aspect dynamique de la socialisation d’un individu et des interactions entre individus d’une même aire où l’individu libre et guidé par ses sentiments et motivations, choisi les personnes et les cercles sociaux qu’il fréquente. Malgré les différents défis qui entravent la couverture du réseau numérique en Afrique, le port du téléphone mobile et l’accès à l’internet s’amplifient de façon exponentielle sur tout le continent. Toutefois, l’usage et l’appropriation des nouvelles technologies de l’information de communication (NTIC) constituent le moteur d’une mutation sociale. Ainsi, avec l’internet en général, les réseaux sociaux numériques en particulier, les individus sont reliés ensemble dans un réseau qui, favorisant l’élasticité du périmètre de relations et le maintien du contact. D’où il est crucial  d’analyser les pratiques sociales entre les sujets d’une même entité sociale virtuelle entre autres la participation, les comportements et les interactions sociales, l’adaptation et l’autoréalisation, etc. des sujets dans les limites de la société numérique. 

Suivant les traces de nos prédécesseurs, la présente nous submerge dans la culture numérique africaine partant de l’avènement de l’internet à la  popularité des  réseaux sociaux numériques. Le schéma évolutif de l’internet en Afrique dont nous trace nos prédécesseurs  met l’accent sur les différentes générations et des communautés virtuelles africaines. Il nous faut d’emblée souligner que toutes ces dernières militent pour les mêmes finalités telles que la sociabilité, la citoyenneté, la participation à la vie socio-politique et socio-économique, le panafricanisme, le développement, l’éducation, le professionnalisme,  etc. 

Mots clés : réseau social et réseau social numérique, socialisation et lien social, interaction sociale et identité sociale, identité numérique et réseau numérique, communauté  ou société virtuelle/numérique,

                            _________________

Introduction

Le réseau, comme nous allons le voir tout au long de la présente réflexion, peut être instrumentalisé       lors de la socialisation pour des finalités multiples mais aussi une opportunité de développer une socialisation dont la dimension reste sociale. En effet,  à travers l’utilisation des réseaux en ligne, les internautes recherchent la satisfaction des besoins non assouvis tels que le besoin d’appartenance, de reconnaissance et de réalisation de soi ; l’autoréalisation (Clara Landecy, 2021). Par essence, le réseau permet d’interconnecter d’abord les individus. Ensuite, il incarne un canal pour tisser et garantir le tissu social à travers les relations interpersonnelles et la solidarité sociale. A cet effet,  Allan (Ségolène, 2009) distingue la solidarité instrumentale (l’ami est celui sur lequel on peut compter)  de la solidarité expressive (l’ami est celui à qui on peut se confier). C’est également le constat que l’on peut faire lorsqu’on analyse les relations d’entraide intragroupe via les réseaux sociaux numérique (WhatsApp par exemple).  

A présent, on peut s’intéresser à l’aspect dynamique de la socialisation d’un individu et des interactions entre individus d’une même aire géographique ou ethnique, voire virtuelle où l’individu libre et guidé par ses sentiments et motivations, choisi les personnes et les cercles sociaux qu’il fréquente. Ces dernières en retour font de lui ce qu’il est comme l’exprime la culture bantoue à travers les proverbes et les dictons populaires  selon lesquels l’être humain est humain « grâce à sa connexion avec les autres, chacun est lié aux autres ou encore, nous sommes connectés par et dans l’esprit par l’intermédiaire du dialogue ». (Régis, 2022). 

L’usage du téléphone mobile et l’accès à l’internet se développent dans la plus part des pays africains depuis les années 2014 (Afrobarometer, 2022). Ce phénomène constitue  le centre d’une mutation sociale. L’appropriation de l’outil numérique (entre autre l’Android),  renouvelle et maintien des réseaux ou liens par rapport à la situation antérieure où il fallait faire la démarche de contact physique. D’ores et déjà, celui-ci s’incarne dans le quotidien de l’être humain, qui au fur du temps se chevauche entre la communauté réelle et celle virtuelle. Avec Internet en général, Facebook et WhatsApp en particulier, les individus sont reliés ensemble dans un réseau. Sous-entend l’élasticité du périmètre de relations et le maintien du contact. Pour autant ces liens  sont qualifiés de faibles ou forts (Collard, 2017). 

L’objectif principal à la fois la distinction de la présente avec mes prédécesseurs à ce sujet, est d’analyser les pratiques sociales entre les sujets d’une même entité sociale virtuelle. Les réseaux sociaux numériques [à l’instar, Facebook et WhatsApp] sont pris d’office comme des communautés entières d’où l’analyse rentre dans le cadre de mutation sociale de la communauté réelle à la communauté virtuelle, d’une interaction de proximité à une interaction en ligne. La question et/ou la préoccupation phare autour de laquelle s’articule notre parcours se résume ainsi : comment se  matérialisent les pratiques sociales au sein des communautés virtuelles? L’hypothèse qui sert d’orientation est que la dynamique sociale crée des nouvelles formes de solidarité, de comportement et d’interaction sociale : nouvelle forme d’adaptation, d’autoréalisation et de participation à la collectivité sociale. 

Sur le plan méthodologique, il faut d’abord nous situer dans l’ordre de changement et de l’évolution des nouvelles technologies dans le contexte africain. Pour ce faire, une revue de littérature nous semble plus utile. Nous nous sommes laissé remorquer  par une documentation ; une recherche documentaire portant sur les études et analyses effectuées dans les limites du continent africain sur la participation,  la praticabilité, l’émergence de l’internet en générale et des réseaux sociaux numériques en particulier vers une analyse des mouvements effectués : pages personnelles, au sein des groupes, statuts, publications, etc. L’analyse proprement dite sera menée sous l’égide de multiples théories et pratiques situant dans le contexte  culturel africain.  

I. Approches conceptuelles: socialisation, lien social, réseau social et réseau social numérique  

Sans toutefois séparé la solidarité de l’interaction sociale, beaucoup de chercheurs, sociologues, culturalistes, etc. mettent l’accent  sur l’importance des liens sociaux pour le maintien et le renforcement de la cohésion social et du sentiment d’appartenance. Avant d’arriver au cœur de la présente, il nous faut bien de préciser  les notions et concepts les plus sensibles.

I.1. La socialisation

La socialisation est un processus de transmission de valeurs permettant d’inculquer à l’individu les comportements attendus au sein d’une société. Elle est en effet un processus d’intériorisation                            par l’individu des manières de faire et de penser propre à son groupe primaire :                                         la famille, l’école (Barbusse, Glaymann, 2004). De surcroît, Dubar et Colin distinguent la socialisation primaire et celle secondaire. La première est au limité restreinte de la famille tandis que la seconde entre dans le cadre du vécu quotidien de l’individu hors du contexte familial tel que à l’école, au travail, dans différents groupes, etc.  D’où la notion de socialisation est intimement liée à la raison d’être des groupes homogènes au sein desquels la cohésion garantit les formes d’interactions qui doivent, par conséquent donner lieu à la satisfaction des besoins dont cherchent les membres du groupe. Autrement dit,  les membres d’un groupe entretiennent des relations régulières qui permettent de maintenir le lien social, ce qui est sa raison d’être. Dans La culture et la tradition  burundaise en mutation, l’auteur retrace la socialisation sous deux caractères qui se croisent à travers le contact physique : l’éducation à travers l’école familiale du soir (narration et interprétation des contes) et les rapports sociaux ou devoir de proximité traditionnellement décrits par des rites de passage : à la naissance, au tour du mariage, à la mort, etc. (Régis, 2022). La connectivité numérique, le cas échéas, le port du téléphone mobile et l’accès à l’internet  (Afrobarometer, 2022) donne lieu au troisième caractère : le contact virtuel. Ainsi, le dialogue ou l’échange (intra-famille, interpersonnelle intra-groupe, intergroupe) se réactualise à travers les discussions en ligne via  WhatsApp par exemple, les rencontres pour la préparation des différents événements sociaux se font dans les groupes créés pour cet effet (deuil et funérailles, mariages, etc.) d’où le passage du contact physique/proximité au  contact virtuel. 

I.2. Le lien social

D’une façon générale, l’idée de lien social renvoit à la fois au rapport qui doit s’établir entre l’individu et ses groupes d’appartenance. A cet effet, le lien social  désigne tout à la fois le désir de vivre ensemble, la volonté de relier les individus dispersés, l’ambition d’une cohésion plus profonde de la société dans son ensemble (Paugam, 2022). Cependant, les réalités quotidiennes ne manquent d’handicaper l’authenticité d’être ensemble de l’être humain d’où la nécessité de retisser le lien une fois brisé. Ces liens se distinguent selon leur niveau de pénétration d’où on distingue les liens forts des liens faibles (Collard, 2017). Les premiers sont ceux que l’on a avec des individus proches s’agit-il de relations soutenues et fréquentes alors que les seconds sont ceux que l’on entretient avec de simples connaissances fruit du hasard (cas du Facebook par exemple). Le lien social est sans doute à la base du tissus social selon qui, le bien commun et la nature des interactions sont en faveur de la communauté toute entière, et valorisant ses membres chacun selon son pouvoir d’où quoique ce soit, le lien entre les individus, 

 devra donc tenir compte de la nature et du but de la société humaine, des conditions dans lesquelles chaque membre y entre à son tour, des avantages communs dont le bénéfice lui est assuré et des charges communes auxquelles il se trouvera soumis ; elle devra, en d’autres termes, reconnaître les apports et les prélèvements de chacun, faire le compte de son doit et de son avoir, afin d’en dégager le règlement de son droit et de son devoir .(Paugam, 2022)

Toutefois, l’Anthropologue Burundais A. NTABONA, puise dans l’école familiale du soir dit igiteramo, un véritable canal pour la construction de l’identité. Ainsi dit-il : « (…) visiblement, la véritable veillée au coin feu (igiteramo ), était très souvent une soirée littéraire. C’était par exemple le meilleur moyen d’acquérir un hôte. Et ce d’une part de transmettre un patrimoine culturel et d’autre part pour vérifier le présent et lui donner un sens» (Régis, 2022).

Et d’ajouter Petitat :

dans la culture burundaise, la culture de l’enfant est envisagée à partir d’une analyse de la dynamique du voilement et dévoilement dans les interactions. Les contes sont des mises en scène drôle ou dramatique de nos virtualités relationnelles. Le conte est considéré comme un voyage symbolique, mobilisant les ressources de l’imaginaire dans les virtualités de la réversibilité. L’intériorisation des contes renvoie aux trois axes symboliques:

Les représentations mentales visibles et invisibles : recours à la virtualité du dit et du non-dit sans explication ;

 Métamorphose imaginaires et jeux avec le réfèrent : autonomie entre signes et réfèrent ;

Respect( transgression des conventions : « l’enfant (adulte) reçoit dans les conte l’image finalement assez réaliste de la condition d’homme symbolique, c'est-à-dire d’homme dont la liberté et l’apprentissage de la liberté passent par un jeu de voilement( dévoilement autours de règles, dont le respect et la défense des convention s’effectuent à travers des transgressions et des érosions permutantes dans une fragilité et une incertitude qui fournissent trame de nos drames et de nos amusements quotidien (Idem).

Cependant, empruntant le canal numérique, le sociologue Dominique Cardon (Collard, 2017), analysant l’espace numérique, retrace le processus de la construction de l’identité suivant deux axes (axe horizontal et axe vertical) qui créent un lien entre le réel,  l’être, le faire et le devenir être du sujet. Le rapport entre ces derniers donne lieu aux multiples identités du sujet se matérialisant à travers l’espace virtuel (compte ou page) : l’identité civile, l’identité narrative, l’identité agissante et l’identité virtuelle (Idem).

Simmel et Norbert Elias ont de surcroît  considérer et expliquer le lien social au pluriel d’où l’un ou l’autre met son attention sur des multiples appartenances observées dans les sociétés modernes résultat de l’entrecroisement de plusieurs liens. A ceci, il faut retenir la diversification des appartenances. Ainsi donc, avec le développement et le foisonnement du numérique, la société virtuelle ouvre des horizons chez la personne contemporaine; son esprit se cherche tout en essayant de s’entremêler entre la société réelle et celle virtuelle d’où l’identité virtuelle de l’individu se développe aussi à une vitesse exponentielle.  Alors qu’il est toujours défini par sa complémentarité aux autres et donc par une relation d’interdépendance envers eux, la conscience de son individualité ne cesse de se développer. La situation se caractérise alors par la juxtaposition de groupes différents qui se croisent à l’intérieur d’une seule et même personne (Paugam , 2022) d’où la diversification des appartenances sociales. Ainsi donc, la construction de l’identité est en concomitante avec le lien social selon lequel se matérialise l’identitaire et générationnelle.  Traditionnellement, les interactions mises en évidence : intrafamilles et les rapports de proximités (assistances sociales), jouaient d’une grande importance comme les interactions faisant suite à  l’appropriation de l’espace numérique comme un espace d’apprentissage, de complémentarité, d’entraide (Collard, 2017), etc. qui, afin a l’unique finalité de bien cultiver le  capital social de l’être humain interagissant et participant pour la capitalisation et la valorisation de ses relations interpersonnelles.   

I.3. Le réseau social et réseau social numérique 

En sciences humaines, le réseau social est un ensemble d’entités (personnes, groupes ou institutions) qui échangent entre elles par l’intermédiaire de liens forts ou faibles créés lors d’interactions sociales. Ce réseau se manifeste dans le cadre de relations de proximité, d’amitié, de collaboration professionnelle ou scientifique, etc. ; de relations accessibles et mises en œuvre via les technologies de l’information et de la communication et notamment Internet, souvent qualifiées de réseautage social. Si la finalité de la socialisation, consiste en particulier à développer et améliorer le capital social de l’individu, l’utilisation du réseau pour atteindre cet objectif, suscite de nombreux débats. Toutefois, l’efficacité d’un individu ne dépendrait que de la qualité du tissu de relations sociales au sein duquel il s’insère.

En effet, les réseaux sociaux numérique sont, par définition, de nouveaux moyens de diffusion d’informations intégrant des dimensions à la fois technologiques, virales et sociales, permettant de créer et de diffuser tout type de contenu dans un réseau numérique ouvert ou fermé (Reguer ,2009). D’une  façon spécifique, les réseaux sociaux numériques concourent sur certaines spécificités  au profit de la sphère sociale : multiplicité et la gratuite des plateformes avec possibilité d’exploitation de données personnelles et d’interaction entre les membres du réseau, regroupement des personnes autours de centres d’intérêts, partage d’opinions et de sentiments, etc.

II. Les réseaux sociaux numériques  par rapport au web, aux sciences  humaines et à          l’internet

II.1. Du Web statique au web dynamique

De façon vulgaire,  qui dit réseaux sociaux numériques  veut dire (sans être exhaustif) Facebook, Twitter, WhatsApp, LinkekdIn. Le foisonnement de ces derniers engendre des multiples préoccupations : par exemple le rôle qu’ils jouent dans l’organisation des sociétés, et /ou dans la vie quotidienne des sociétés humaines d’où multiples réflexions et recherches en sciences sociales suscitent l’attention des grands chercheurs en sciences humaines et sociales  Il nous faut d’abord ici de situer les réseaux sociaux par rapport au web au sein duquel ils doivent leur appartenance, partant du web statique au web dynamique.   En effet, le web 2.0( 

([Le Web 2.0 est une nouvelle génération où le destinataire est au centre de la communication. Avec cette nouvelle génération, les internautes peuvent d’une part contribuer à l’échange d’informations et interagir (partager, échanger, etc.) de façon simple, à la fois au niveau du contenu et de la structure des pages, et d’autre part entre eux, créant notamment le social web. L’internaute devient, grâce aux outils mis à sa disposition, une personne active sur la toile. Le web 2.0 est donc l’évolution du Web vers l’interactivité à travers une complexification interne de la technologie mais permettant plus de simplicité d’utilisation, les connaissances techniques et informatiques n’étant pas indispensables pour les utilisateurs (Puren, 2020). 

entre récemment dans le contexte des  communautés scientifiques ainsi que le monde des affaires. Sa définition est et de plus en plus complexe et difficile à appréhender. D’une façon générale, le web 2.0 « est une plate-forme de services, facilement intégrables qui répond aux données de ses utilisateurs, et permet à ses usagers de créer et d’élargir, de consolider des réseaux relationnels bref d’être au service de l’individu grâce aux logiciels de l’ordinateur » (Farah, 2014). Néanmoins, avec le web 1.0,  le récepteur ne jouait qu’un seul rôle: assister et assimiler sans pouvoir même commenter. 

Faisant suite à notre thématique et de l’évolution du web, deux  dimensions méritent une attention particulière. La première est l’évolution technologique où l’on parle de services web. Ces services sont mêmes applicables sur les téléphones mobiles qui constituent dès lors le centre de toutes les interactions et entrent dans le quotidien du monde réel : familial, académique, professionnel, commercial, etc.  La deuxième dimension est sociale/relationnelle selon  laquelle web 2.0 repose sur une architecture de participation offrant de nouvelles interfaces riches et plus intuitives d’où l’apparition de nombreux réseaux sociaux numériques. L’usage des réseaux sociaux numériques génère un phénomène épineux où l’individu se doit user toutes ses potentialités pour réussir sa vie. Certes, le sujet opte d’user ces outils en connaissance de cause en tant que couteau à deux tranchants : les réseaux sociaux comme  un renouveau des relations humaines apportant libération des communications interpersonnelles et comme un verre à moitié vide auquel on s’inquiète de ce foisonnement vague (Borrero,  2013). 

II.2. Les réseaux sociaux numériques entre les échos théoriques 

La notion du réseau sociale constitue depuis toujours le nœud de toute recherche en sciences sociales. Elle est tenue ici dans le contexte des réseaux virtuels comme un phare au quotidien de l’homme contemporain qui, l’internet est devenu l’outil ordinaire. Conte tenue des points de vue des déférents chercheurs,  la notion de réseau social a récemment été mise à la mode par le succès planétaire des communautés virtuelles mais en réalité elle est trop ancienne (Mercklé,  2010). L’étude et l’analyse de ce phénomène se réactualisent d’une communauté à une autre. Pour une bonne intégration, il est donc utile de faire une rétrospective situant la notion de réseau social dans le temps. Dans cette perspective, la philosophie aristotélicienne en précise : la sociabilité justifie la raison d’être et le cœur de l’être humain. Ainsi s’affirme que cette notion doit son origine dans la (philosophie) Grèce antique et évolue dans le temps

De toute façon, la structure d’un réseau est le fruit des interactions entre les nœuds qui compose une entité entière. L’éthique de Heider, inspiré par la pensée  spinozienne en déduit  ainsi : « si nous imaginons que quelqu’un affecte de joie la chose que nous aimons, nous serons affectés d’amour à son égard », autrement dit,  « les amis de mes amis sont mes amis » (Baruch, 1999) ;  l’aspect suggestif [robotisé] d’amitié avec  le connu et l’inconnu sur Facebook rend compréhensif cette réflexion. Ainsi donc, la personne humaine est appelé naturellement à élargir sa réseau de relation en partant de ses amis, vers les amis de ses amis tendant vers le réseau le plus large possible. A ceci, Hobbes déclara ainsi : « avoir des amis, c’est avoir du pouvoir » (Hobbes, 1971). Sans toutefois passé outre,  Simmel rappela que « l’amitié se construit » sous-entends l’importance des interactions sociales pour l’édification de la communauté  humaine. Affirmait-t-il, « ce sont les interactions  et les relations entre les individus, et non les individus eux-mêmes et leurs attributs, qui constituent les objets élémentaires (…) » (Simmel, 1998). Sous-entend que la réflexion simmelienne prend position aux différentes formes sociales au niveau intermédiaire des interactions entre les individus. Retenons que la pensée simmelienne repose sur deux caractéristiques observables, aujourd’hui réincarnés et réintégrés dans la routine des usagers des réseaux sociaux numériques (tels que par exemples Facebook et WhatsApp) : le formalisme et le dualisme(.

([La théorie relationnelle de Simmel est formaliste dans le sens où Simmel ne se contente pas du contenu des interactions, par contre c’est la forme des interactions qui importe, il s’agit d’étudier si l’on veut comprendre l’émergence, le maintien, les enjeux et les transformations des formes sociales. Elle est dualiste, au sens où il se base toujours sur deux idées contradictoires: la conception « individualiste » qui se base sur l’idée que la société n’est qu’un processus d’association et d’interaction entre les individus, et la conception «holiste» qui se base sur l’idée que les individus cherchent à imiter l’autre mais  en même temps à être distingués, ils sont tentés à ressembler aux autres tout en conservant leurs distinctions.]

En outre, quant à Levi Strauss, pour comprendre les convergences et les divergences issues des interactions humaines, il coopère le réseau social à la structure de la communauté. Le structuralisme selon lui, désigne des conduites associées au respect de la familiarité ou de l’amitié d’où les nouvelles formes d’interaction s’expliquent sur base du comportement social du sujet selon Ferrand (Ferrand,  1997). Mais l’avis de Mitchell repose plutôt sur l’importance des interactions entre individus en dehors des limites spatiales . Ainsi dit-il, il faut « mettre tout le poids de l’analyse sur le contexte interactionnel plutôt que sur le contexte des individus engagés dans la situation ou sur les  cultures  au nom desquelles ils interagissent » (Farah, 2014). Bien entendu, la structure communautaire et le hors spatial évoqués reflète l’idée des communautés virtuelles ou communautés en ligne.  

II.3. Internet et les réseaux sociaux

Inventé [lnternet] en 1989 (par le Britannique Timothy Berners-Lee et le Belge Robert Caillau), le tableau ci-dessous situe son évolution dans le temps  jusqu’à la naissance des réseaux sociaux numériques.

Tableau 1. Les grands et l’évolution de l’internet

Date/période

Evénement


1969

L’ARPA (Advanced Research Project Agency), créée en 1957 par le ministère américain de la Défense, ouvre le réseau Arpanet, ancêtre d’internet, relié à trois universités californiennes et a une université de l’Utah


1973

Invention, par Vinton Cerf et Robert Kahn, du protocole de communication entre ordinateurs TCP 


1983

Naissance d’Internet (Interconnection Networks) grâce aux deux premiers réseaux Arpanet et CSnet (Computer Science Network) liées par le trotocole TCP/IP 


1991

Naissance du World Wide Web (www : la Toile) grâce à l’hypertexte inventé en 1989 par Robert Cailliau et Tim Berners-Lee, 


1998

Lancement du moteur de recherche Google par Sergey Brin et Larry Page.


2004

Création et invention de  Facebook par Mark Zuckerber


2005

Lancement de Twitter, service gratuit de micromessages sur internet.


2013

Lancement en France par YouTube de 13 chaînes de télévision gratuites accessibles au téléviseur connecté à internet


Source : Francis Ball, Les médias, PUF, Paris 2020, pp.42-44.

L’histoire et l’évolution des réseaux numériques distinguent deux différentes générations. Facebook et Twiter sont comptés de la première génération qui apparaît dès le lancement du Facebook en 2004.  Les années 2011-2012 marquent la naissance des réseaux sociaux numériques de deuxième génération, ou réseaux d’intérêt, ou encore réseaux thématiques : ils sont destinés à une catégorie seulement d’internautes ou se consacrent à un centre d’intérêt particulièrement bien circonscrit : personnel, familial, académique, professionnel, etc. (Ball,  2020)

II.4. L’émergence de l’internet dans le contexte solidaire africain

Les sociétés traditionnelles africaines se distinguent des sociétés dites modernes de par leur mode d’être et d’action. Les pratiques et les modalités d’être, de savoir-faire, de savoir-être se transfigurent de génération en génération malgré les nuances liées à la praticabilité et à la matérialité des supports mis à la disposition. Cette section constitue le centre de notre réflexion dans la mesure où elle servira des éléments fondamentaux sur  base desquels nous allons fonder une analyse comparable (des communautés et culture d’héritage africaine  contre les communautés virtuelles). 

II.4.1. Solidarisme et caractéristiques des communautés africaines

D’emblée, la tradition africaine est marquée par l’esprit communautaire. De génération en génération, l’éducation et la socialisation suivent ce principe linéaire de l’esprit communautaire, l’un des principes fondamentaux selon lesquels l’être humain est un être avec, l’être ensemble d’où le qualificatif d’ubuntu (Régis, 2022) propre aux peuples africains.  Car, Ubuntu constitue la culture par excellence sur base de laquelle est fondée l’éthique du solidarisme qui repose sur des interactions (relation à autrui)  horizontales établies au sein des cultures africaines. Ferdinand Tönnies (Donsimoni, 2018), en analysant l’organisation des sociétés et communautés dites traditionnels et met en marche deux volontés faisant la structure de ces dernières : la volonté organique et la volonté réfléchit. L’un ou l’autre marque la manière d’être du sujet situés dans l’ensemble de la communauté. Durkheim  met en scène deux types de solidarité à savoir la solidarité mécanique et la solidarité organique pour spécifier les liens qui doivent s’établir entre les sujets dans une communauté à travers les formes multiples de travail et les forme de proximité (Idem). Tandis que Georges Friedmann quant à lui, les réactions des individus dans une société se distinguent suivant leurs milieux ; soit le milieu naturel, soit le milieu technique (Idem). A cet  effet, les caractéristiques de l’héritage culturel africain renforcent les liens de sociabilité sous ses différentes formes. Ils

présentent toujours un centre de référence fondateur de l’identité, une structure hiérarchique, une stratification sociale avec répartition des rôles et distribution des places. Elles sont régies par des règles (souvent tacites) très puissantes, qui ne sont pas remises en cause au nom d’un certain respect des traditions […] Le réseau, lui, est d’abord souple et flexible, sa vertu est sa capacité d’adaptation à un environnement changeant, sa capacité dynamique d’infiltration de nouveaux milieux) (Idem). 

A priori, des risques sont en perpétuité pour menacer les sociétés traditionnelles africaines contre les deux besoins indispensables pour l’humain au sein de la société: la déviation hostile et déviation narcissique(d’une part, contre  la proximité la convivialité((d’autre part. 

([Le premier se manifeste par un certain conservatisme économique. Il s’agit des situations où des initiatives individuelles et innovantes, entrepreneuriales ou institutionnelles, peuvent entrer en conflit avec la fonction de protection de la communauté ou avec sa fonction d’inclusion sociale. Le second,  où la communauté échange moins et entretient moins de relations avec l’extérieur, affichant une tendance au repli sur elle-même (communautarisme)].


(([On parle d’abord de la proximité au sens géographique, c’est-à-dire de la possibilité de rencontrer physiquement les membres de la communauté. La proximité est importante comme composante de la convivialité : c’est le fait non seulement de connaître son entourage, mais aussi d’avoir près de soi une partie de ses proches. Elle répond à un besoin de transparence et de confiance qui permet d’aborder sereinement la vie quotidienne. Étant constituée de liens forts entre ses membres, la communauté devient naturellement un creuset d’identité collective].

Les réseaux sociaux numériques en sont pour le moment le canal populaire pour la satisfaction que pour la dénaturation de ces besoins  ou le blocage de toute sorte d’interaction et relation. A travers l’espace  confidentiel, l’acteur opte personnellement d’interagir avec les autres ou pas via la personnalisation de l’espace visibilité (choix personnalisés ; cas de WhatsApp par exemple):

Présence en ligne : tout  le monde, mes contacts, mes contacts sauf…, personne ;

Photo de profil : tout  le monde, mes contacts, mes contacts sauf…, personne ;

Infos : tout  le monde, mes contacts, mes contacts sauf…, personne ;

Groupes (qui peut m’ajouter à des groupes): tout le monde, mes contacts ; mes contacts sauf… Dans cet espace, les utilisateurs qui ne peuvent pas vous ajouter à un grouper disposent la possibilité de vous envoyer une invitation en privé.

II.4.2. La culture numérique africaine : de l’avènement de l’internet à la  popularité des  réseaux sociaux numériques

Le fameux article de Gado ALZOUMA  nous propose le schéma évolutif de l’internet en Afrique. Selon cette source, trois générations des communautés virtuelles et ses différents types de                                communautés (Alzouma , 2020) sont à mettre en évidence. Ces dernières vont nous permettre d’analyser les raisons qui poussent les individus  à adhérer aux différents groupes sur les réseaux sociaux numériques (qui feront l’objet de la dernière section).

Selon la source précédente, La première génération rassemble l’ensemble de la diaspora africaine se servant de l’internet pour créer des communautés en ligne pour des fins essentiellement identitaire en tant que citoyen d’un pays quelconque.  Selon l’expression de l’auteur, la diaspora dispersée dans les coins différents forment un foyer ancestral par la création de sites ethniques et de sites panafricains (Idem).  La seconde correspond à l’avènement et l’appropriation du téléphone mobile d’où les forums de discussion en ligne cèdent la place aux communautés de discussion en ligne sur les réseaux sociaux  avec des groupes à une échelle plus réduite à intérêt professionnel, académique, local, familial, etc. via WhatsApp par exemple. Ce support multiplie davantage les liens d’appartenance pour la simple raison que le même sujet peut être membre de tiers groupes. Tandis que la troisième génération se doit caractériser par une norme créativité motivée par la multiplicité des applications et réseaux sociaux locaux d’origines africaines et propre aux africains (cas du réseau social GASAPE au Burundi). La différence et la spécificité de cette troisième génération aux générations précédentes est que du langage au contenu, tout est africain et il n’y a rien d’étranger. Partant de cette génération, l’Afrique devient de plus en plus active et participante dans les entrailles des communautés virtuelles. Néanmoins, le continent africain côtoie avec les problèmes de couverture de réseau qui engendre de plus en plus des disparités dans ce domaine. A cet effet, certaines raisons méritent une attention : le coût des services et des appareils, le manque de connaissance de l'Internet et des compétences numériques appropriées (Afrobarometer, 2022). Toutes ces raisons justifie en même temps le retard du continent africain et ainsi que sa participation dans le monde du numérique (Idem).

II.4.2.2. Des communautés virtuelles africaines

Selon la même source, (Alzouma, 2020), depuis les années 1980, apparaissent pour la première fois des forums de discussion en ligne permettant aux utilisateurs d’envoyer simultanément un même courriel électronique à plusieurs abonnés. La diaspora  africaine s’apprête a profité de cet opportunité  pour des fins multiples : la sociabilité, la citoyenneté, la socio-politique, le panafricanisme, le développement, l’éducation, la spiritualité, professionnalisme,  etc. (Idem). 

La littérature hiérarchise dans l’ordre chorographique des différentes communautés virtuelles africaines :

Les startups indigènes africaines : apparues depuis les années 1990 et dont l’Afrique du Sud fut l’aîné en la matière. L’ensemble de toutes ces recherches se résume ainsi : les premières communautés virtuelles africaines sont nées dans la diaspora pour plusieurs raisons : la diaspora a profit  à l’accès facile à l’internet et ses outils que la communauté locale d’une part. L’internet octroi aux gens dispersés l’opportunité de retrouver et partager une appartenance identitaire qui semble parfois perdues d’autre part. Aussi, la participation sur internet favorise des reconstructions identitaires par l’intermédiaire des représentations nouvelles constamment formulées, nourries et entretenues comme un patrimoine immatériel (Alzouma , 2008 & Alzouma ,2020). 


Réseaux sociaux et services de messagerie en ligne : avec la naissance et l’émergence  des espaces numériques tels que Facebook (2004), Twitter, WhatsApp selon lesquels les interactions se matérialisent à travers l’appartenance, contact avec l’inconnu,  participation aux évènements et développement social, intérêt et production commune (Collard, 2017), booster et poster les images, textes et vidéo, chating, discussion, commentaire (texte, emoji). Avec ces espaces, le sujet matérialise sa carte d’identité et la soumet à la vue de tout le monde pour quantifier sa popularité et sa sensibilité et l’être vue à travers les likes et les commentaires reçus (Idem). Pour la plupart, l’appartenance dans différents  groupes a des fins multiples tels que réactiver les liens d’entraide et de solidarité, réactiver les espaces de sociabilité en voie de disparition, maintenir les liens sociaux là où ils tendaient à être brisés, etc.(Alzouma, 2020). 


Les plates-formes locales : les communautés virtuelles africaines de troisième génération coïncident avec la naissance des startups locales à usage local. Comme Facebook et WhatsApp, les nouvelles plates-formes africaines vues le jour à grande échelle et le téléphone mobile est devenu dès lors, un objet indispensable de la vie quotidienne pour presque tout ce qui concerne la vie ordinaire de ses utilisateurs. 

De façon très synthétique, l’internet a fort contribué dans l’évolution de nos manières d’être, de penser et d’agir d’où son irremplaçable importance. Parler de l’internet,  Jimy Brain, compare internet à la découverte de l’Amérique. Selon lui, l’internet dans les années 1990 ressemble au Nouveau Monde en 1492, après que Christophe Colomb l’a découvert (Brain, 1995). Le monde virtuel aussi, est un autre monde découvert avec les réseaux sociaux numériques. A ceci, il revient plus utile de faire une observation rigoureuse sur les interfaces offertes par les espaces numériques au travers les pratiques mises en jeux dans le quotidien des interlocuteurs entre eux.

III. Les réseaux sociaux numériques entre pratiques sociales et lieux de socialisation

 L’individu pour mieux s’adapter dispose pour toujours des nouveaux moyens et support permettant de s’exprimer, de protester, de témoigner, de soutenir, de débattre : l’internet est ici l’un des moyens incorporés dans le quotidien et le monde  socio-culturelle, familiale,  professionnel, etc. de l’humanité contemporaine.  

III.1. Les interactions entre  maturation de la personnalité, socialisation et rapport d’entraide sociale

Le développement de la personnalité suit la logique des différentes étapes de l’évolution de la personne partant de l’enfance à l’âge adulte. A chaque étape, l’être humain ne cesse de manifester des différents comportements dans la proportionnalité de son étant. Le contrôle social constitue la moule dans laquelle l’individu harmonise ses multiples faces de comportements. Certes, il mesure les interactions qui doivent caractériser et arroser le bien-être de la communauté entière. Par exemple, la période de l’adolescence peut servir de modèle pour analyser les nouvelles formes d’interactions pris dans le sens de l’édification du réseau social car, l’adolescent se construit sous le regard des autres. Son plus grand sentiment de se détacher de l’asphère familiale et de rattachement aux semblables justifie pourquoi, avec le monde virtuel, les jeunes nagent dans un plus grand océan d’amitié avec différentes formes interactionnelles. 

III.1.1. Caresse virtuelle pour l’édification de la personnalité

L’affirmation de soi est le cheminement dans la recherche de son identité individuelle. L’être ensemble ; l’individu a toujours besoin du regard et de l’approbation des autres pour se construire. Facile avec les réseaux sociaux numériques. Il suffit de fignoler et poster sa photo sur sa page ou son compte.  Directement dans un laps de temps, l’auteur prend son bureau et se fait sentir les réactions des autres à travers les commentaires, les likes, les folows, les shares (partages), etc. Ces derniers motivent l’auteur et le soumet à réagir à son tours aux commentaires, likes, etc. émis  et en même temps constituent l’outil pour mesurer la profondeur d’approbation ou désapprobation qui, par conséquent  donne lieu à la confiance de soi. Ces différentes interactions provoquées  révèlent les sentiments qu’éprouvent l’auteur et/ou le message qu’il veut donner à ses interlocuteurs.

  III.1.2. L’authenticité de la dimension sociale 

L’individu face à son bureau révèle aussi son état intérieur en le communiquant indépendamment à ses interlocuteurs. C’est facile d’analyser l’état de lieu de l’individu dont on suit régulièrement son compte ou page Facebook (les story et les publications), son profil et statut WhatsApp. C’est par exemple dans les situations de joies et peines que les statuts se multiplient. Ne connaissant pas que son ami à décrocher son diplôme samedi, on le saura quelques heures après quoi la photo de profil change d’un coup, les photos sont postées sur Facebook aussi défilant sur son statut WhatsaApp et son story Facebook. Les réseaux sociaux numériques semblent de plus en plus des canaux accessibles : invitations, communiqués de décès, faire-part, différents moments de vie comme les anniversaires, etc. Certes, ceci justifient d’abord l’affirmation que l’individu a sur soi et son vouloir de partager avec la communauté entière  ses différents modes de vie à temps réel et dans l’immédiat d’où ses nouveaux désirs d’indépendance et de liberté dans une volonté d’affirmation de soi. D’où la raison d’être de la sociologie visuelle digitalisée. Les supports multimédias sont au moment opportun moteur des interactions à temps réels. Douglas Harper réitère certaines dimensions à la base des interactions entre autre le partage, l’autonomie, l’économie et la multimédialité ( Pino, 2017). A travers la première dimension, l’on peut également interagir avec l’auteur à travers un forum de discussion. La seconde décroche en effet, une  liberté de mouvement  et donc la possibilité de réaliser des parcours alternatifs et personnalisés tandis que le multimédia pourvoit à accompagner les images avec des commentaires verbaux, sonores ou musicaux (Idem).

Il est donc à souligner que les images boostées constituent des éléments de base concernant l’expérience relationnelle. L’individu ou l’institution représente par là son propre mode de vie, d’action, situation, etc. et le communique avec les autres qui par conséquent réagiront chacun indépendamment. Une photo mise en scène a donc plusieurs fonctions  (l’appartenance culturelle, l’interaction, représentation de soi, mémoire et documentation) ayant trait à relever les dimensions et les états de lieu de l’auteur situé dans le temps (Idem).

 III.1.3. Sentiment d’appartenance : socialisation des faits et relations amicales 

Le besoin d’appartenance fait record. Tout comme la survie et la sécurité, beaucoup des personnes obtiennent dans la vie une relative satisfaction des besoins primaires conformément à la pyramide de Maslow. La socialisation est donc pour cela. Elle pourvoie d’abord à la compréhension des codes et conventions sociales et donne réponse au besoin de validation et de reconnaissance. Elle projette ensuite l’individu dans des nouvelles expériences de la vie quotidienne. D’où l’individu pour profiter des meilleurs prix de la socialisation doit manifester sa disponibilité. La disponibilité dans notre contexte représente son grand désir de se projeter et se confronter aux affaires des sociétés virtuelles .Pour y arriver et y prendre part, le sujet dispose nécessairement certaines caractères dont l’ouverture et la fidélité créatrice d’où, l’intersubjectivité entre les sujets (Régis, 2022). Au cas contraire, l’individu coupe court à toute relation source de collaboration avec les autres, avec lesquelles, la personne était en connexion ce qui donne lieu aux grands dangers : l’ « être avare », l’ « être plein de soi » (Idem). Ceci découle de la vie ordinaire comme il l’est aussi dans le Nouveau Monde dont nous avons parlé tout à l’heure. Ainsi, réitère Braine, « il y a un réel déplacement des activités de la vie physique dans l’espace virtuel » (Braine, 2019).

Tout compte fait, la téléphonie mobile (smartphone, tablette, Android, etc.) est devenue l’outil de communication privilégié pour rester en contact avec tout le reste du monde en dehors du contrôle social. Les réseaux sociaux numériques, en tant que nouveaux lieux de communication pourvoient par ailleurs des différents mécanismes de se contacter entre les proches que de maintenir facilement le lien entre les moments de face à face outre les fins    de la première génération ci-haut évoquées. 

Les générations d’avant n’avaient que la possibilité d’écrire et d’envoyer le courrier que par boite postale ou par personne physique. L’intercommunication entre amis, famille, promotion, etc. n’était que limité ; dès qu’on se sépare, on se donne des adieux sans espoir de pouvoir se retrouver. Comme l’explique Yves Collard, « les réseaux sociaux [numériques] facilitent les relations en étant un moyen de communication simple et complémentaire à ce qui existait déjà » (Collard, 2017). 

 III.1.4. Relation sociale et quête de l’identité 

L’espace virtuel assure  la communication à temps réel, des rencontres entre  les membres, etc. Bref,   On y fait des choses de la vie courante. Grâce à l’espace virtuel,  le sujet profite de se mettre en scène, de se définir et de rester en contact avec les amis. Tout cela dans une zone « virtuelle », la personne via sa page, son statut, etc. cherche à savoir l’approbation des autres en revisitant les espaces de commentaires réservé au public qui visualise sa plus belle photo mise en scène. Nous sommes toujours dans la pyramide de Maslow, l’approbation des autres reste un besoin dont l’individu cherche à satisfaire. L’espace virtuel en est donc un espace sans limite où tout le monde peut interagir indépendamment de sa résidence. Le besoin d’extimité( et de l’estime de soi trouvent facilement sa satisfaction à travers l’espace virtuel. 

([Selon MINOTTE, le désir d’extimité  se définit comme étant le fait de divulguer des fragments de soi (pensées, photos, vidéos), dont la valeur est encore incertaine, afin de les faire valider par son entourage, ou par les réactions d’autres internautes. Autrement dit, le désir de se montrer et se dévoiler aux autres.]

On peut aussi parle de la quête identitaire. Prenons le cas échéas des photos postées d’une jeune adolescente : 

Il suffit de voir les commentaires des amis accompagnants les photos postées par les adolescents : « Trop belle ma chérie ! », « Canon dans cette robe ma poulette ! »,           « Superbe endroit, j’y ai été aussi. On y retourne ensemble ? », « Courage pour ton examen, tu vas déchirer ! ». Ces commentaires positifs, ces petits surnoms, ces propositions de se voir ou de se retrouver sont tous des moyens pour les adolescents de s’approuver et de se soutenir. Les likes et commentaires sur les photos sont d’ailleurs des indicateurs de popularité et d’approbation mutuelle, ce qui induit aussi une énorme pression sociale. Les adolescents recherchent et se donnent cette confirmation positive du regard des autres (Pierard, 2019). 

  III.1.5. Rapports sociaux et devoir de proximité

Les résultats de l’enquête menée par les Mutualités libres (Idem), montrent que plutôt que de chercher à créer de nouveaux liens sur les réseaux sociaux, les internautes  cherchent à maintenir le lien avec leurs amis (via les groupes WhatsApp, les forums de discussions par exemples) et à réaffirmer sa nature. Sur les réseaux sociaux numériques, on peut communiquer avec ses proches en montrant ce qu’on a envie de montrer de soi, en s’entraidant, en exprimer son bonheur, mais aussi son mal-être et ses questions, en étant simplement proche des autres tout en restant indépendant et libre de ses actions. De nouvelles relations peuvent effectivement s’y tisser avec des inconnus, car le cercle des possibles y est très large et l’on peut communiquer avec des personnes partageant des affinités avec nous même si elles vivent sur un autre continent.

A titre illustratif, nous pouvons retenir des cas de soutiens matériels : un jeune qui organise son mariage lance l’invitation dans le groupe et d’un coup les membres du groupes s’organisent de loin et de près, se forment un comité avec la distribution des tâches, se font des réunions pour la bonne préparation de l’évènement et ainsi de suite. Il en est de même pour d’autres évènements familiaux, religieux, nationaux ou régionaux, tribaux ou associatifs, etc. ayant pour but la participation et l’assistance aussi matérielle que morale. Prenons le cas de la tradition burundais, historiens et sociologues affirment et observent des nouvelles formes et des cas pratique dans l’optique  de manifester la solidarité traditionnellement décrite par des rites de passage tel que la naissance, le mariage, la mort (Régis, 2022), etc.  Les groupes WhatsApp sont les espaces de rassemblement avec finalité organisationnelle et participative.   

Selon l’enquête précédente, les réseaux sociaux numériques sont des lieux publics. Les utilisateurs se doivent donc s’y comporter comme dans les espaces publics et partagent le sentiment de solidarité. Les valeurs du vivre ensemble, comme l’entraide et le respect de soi s’y trouvent leur place. Du côté social, les espaces publics virtuels  jouent un rôle crucial. Ils permettent un accès à la socialisation et échange de valeurs. Bref, les réseaux sociaux numériques  réservent un champ de socialisation et d’apprentissage, modulent l’identité des sujets en identités numériques : soit catégorielle, narrative, sociale, héritée, etc (Collard, 2017).

Conclusion

Tout au début de la présente, nous avons discuté d’abord, avec les différentes  approches définitionnelles des concepts clés et voir la liaison qui se tient entre eux. Nous avons pu voir qu’ils s’entrecroisent, se corroborent car c’est par leur convenance et leur mutualité que se fonde toute forme de réseaux  et liens sociaux.

Ensuite, nous avons essayé de situer l’outil réseau social par rapport au web. Le passage horizontal du web statique au web dynamique justifie le foisonnement des fonctions et tâches du web. Les différentes catégories du web se distinguent aussi sur base de ses fonctions ainsi que l’espace ouvert qu’ils donnent ou non aux utilisateurs. 

En outre, l’historique et l’évolution de l’internet, voir les réseaux  dans le contexte africain était la principale préoccupation. Il était aussi question de mettre en évidence les différentes générations et communautés virtuelles africaines. L’analyse se centrait sur le quotidien des utilisateurs et les représentations sur les limites de l’espace virtuel. Par rapport à la vie sociale, analyser la participation des utilisateurs et les mécanismes mis en œuvre pour la promotion de leur bien-être et du bien-être de la société en générale. 

D’une façon ou d’une autre, l’espace virtuel est  apparu  donc pour se raconter  et maintenir le contact à tout moment. Moyen de communication qui s’ajoute aux autres outils déjà existants, les réseaux sociaux numériques  peuvent permettre de renforcer les relations interpersonnelles. Ils sont sources d’échanges sociaux, de présentation de soi et prennent une place importante comme outil accompagnant le processus de construction de soi. Sur ces espaces virtuels, les utilisateurs peuvent se construire, se mettre en avant, apprendre les codes de vie en société, maintenir les liens aux proches en en tisser de nouveaux. Nouer des relations sociales dans toute leur complexité.

Orientation bibliographique


Ouvrages


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Braine-l’ALLEUD,  Conférence débat, « Les écrans et les enfants : quels repères pour les familles et les écoles ? », 4 avril 2019

Claude Dubar, Armand Collin., La socialisation : Construction des identités sociales et professionnelles, fiche de lecture Nadia Petit Jean Chaire DSO 

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https://blog.hubspot.fr/marketing/pyramide-de-maslow

https://www.whatsapp.com/privacy


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