jeudi 3 avril 2025

Module d’Anthropologie Sociale et Culturelle


 NTAKARUTIMANA Régis,Socio-anthropologue

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Module  d’Anthropologie Sociale et Culturelle

0. Présentation

Généralement, le présent module vise d’apprendre aux étudiants ce que c’est l’anthropologie, ses notions clés, ses principaux courants, ses méthodes, …, ainsi que les principaux auteurs. 

O.1. Les principaux objectifs: 

Connaître le processus historique du développement de la discipline : naissance, évolution, structure, fonctions, les grands courants (les écoles), les tendances en anthropologie ;

Connaître les notions et les grandes thématiques en anthropologie, 

Définir les notions de cultures et société et leurs interactions ; 

Avoir des notions générales en anthropologie et ses méthodes d’applications.

0.2. Du point de vue spécifiques, le module a des objectifs ci-après : 

Permettre aux étudiants de comprendre qu’il y a plusieurs types de société et plusieurs modes d’organisation sociales et culturelles ; 

Préparer les étudiants à avoir un regard multi et interculturel et envisager la possibilité d’un dialogue culturel et interculturel,

Initier les étudiants de faire face à une assistance ou intervention sociale en se munissant d’une armée sociale et culturel et en se laissant guider par l’intelligence sociale et culturelle du contexte.

En effet, les étudiants comprendront que la culture est, du point de vue générale, une manière de concevoir le monde, de l’organiser et de la vivre, aussi qu’elle est soumise à ses défis et contraintes dans les limites spatio-temporelles.  L’organisation sociale, politique, économique, religieuse, l’art, les interdits, etc. sont non seulement liés aux défis de chaque société, mais sont également des solutions adoptées pour résoudre un problème donné. C’est dans ce sens que les étudiants comprendront qu’il y aurait autant de cultures, de société et de contraintes.

0.3. Méthodologie et mode d’évaluation

Le module repose sur un regard interactionniste / interactive au sens où chaque participant se sent impliquer et interagit avec aisance. En guise des cas concrets dans le contexte local, les étudiants puissent saisir la complexité et la richesse des différentes cultures du monde en l’occurrence celle la culturelle locale. 

Le module est constitué d’une matière théorique à laquelle s’ajoute des cas observables localement dans le but d’avoir une connaissance à la fois théorique et pratique et afin  que les apprenants puissent mieux comprendre la matière et s’en servir dans leur vie quotidiennes et professionnelles. 

Pour garantir l’interactivité de la classe voire aussi l’évaluation,  quelques cas dans le contexte local seront mis en évidence.

CHAP I. NOTION CLES ET THEORIQUES EN ANTHROPOLOGIE

1. Notion préliminaires

« L’homme est une chose sacrée pour l’homme  »

Cette déclaration du sage Sénèque suffit pour bien illustrer l’immensité et la grandeur du sujet qui sera au centre de notre réflexion sur l’homme et la société. Toutefois, tenter une réflexion sur l’homme équivaut à répondre aux questions fondamentales qui hantent l’esprit humain : Qui suis-je ? Quel est mon origine ? Où est-ce que je vais ? Pourquoi le mal et d’où vient il ? Où va l’homme après la mort ? etc.  

Et de dire le Chanteur Burundais MUSONI: NINDE YOBIMENYA NGO AMPANURE?

L’homme est:

un animal sans plume ayant deux pieds (Platon) 

la mesure de toute chose (sophistes),

un animal raisonnable et social (Aristote),

un être pensant (Descartes), 

un être qui juge (Kant), qui travaille (Karl Marx), un être absolument libre (Jean Paul Sartre), un être qui crée (Henri Bergson). 

« La sociabilité de l’homme : les relations de l’homme avec son milieu et avec les autres»

L’homme s’identifie avec son milieu de travail (umucuzi, umurimyi, umwungere,etc.), son environnement (camarade de classe, prisonniers politique), son opinion ou sa croyance (catholique, protestant, communiste, capitaliste), etc. 

Dans le huit clos, Jean Paul Sartre, déclare clairement que l’autre est L’ENFER, le sommet de la souffrance pour l’homme n’est pas dans la douleur physique plutôt que dans le voisinage. Pour comprendre ceci, il suffit seulement de mettre en évidence la culture burundaise à la manière dont on attribue les noms aux enfants : BARAMPIGA, BARANGENZA, BARANYANKA, NZOPFABARUSHE, NZINAHORA, etc. Selon la tradition burundaise, l’homme peut vivre longtemps avec ses ennemis même si ces derniers le guettent de partout (NDARUGENDANA, NGENDANZI).

 Par contre, l’expérience de la coexistence ne s’accompagne pas uniquement de cette impression de vivre dans une prison de haine. L’autre est plus une fois mon ANGE GARDIEN  qui me soutient selon la pensée de Gabriel Marcel : « Umutwe umwe ntiwigira inama,« ubugirigiri bugira babiri » d’où l’anthropologie ne focalise son attention dans l’affaire sociale pour accéder à une assistance sociale. 

2. Origine et caractéristiques de l’expansion anthropologique

Trois grandes traditions historiques anthropologiques

La philosophie : la nature de l’homme ; la philosophie des lumières, à travers son humanisme, allait émettre un principe essentiel à la constitution de l’anthropologie : l’homme est finalement partout le même et toute étude de ce dernier repose donc sur ce principe que ce dernier est un et unique.

Le darwinisme repose sur la logique selon laquelle une « espèce » naturelle n’est pas fixe d’une part et d’autre part qu’il est possible qu’une espèce se transforme en une autre selon la pensée de Charles Darwin. Selon lui, les espèces ne sont pas immuables et parfois repose sur le principe de la sélection naturelle. En effet, pour survivre aux changements de l’environnement, les organismes ont besoin de certaines qualités qui leur permettent de s’adapter aux conditions nouvelles. Les organismes qui sont bien adaptés pourront survivre et, au fil des générations

2.1. Les courants de pensées anthropologiques

L’EVOLUTIONNISME: Lewis Morgan (1818-1884)  

Lewis conçoit l’histoire de l’humanité en trois grands stades : la sauvagerie et la civilisation et le troisième stade qu’il introduisit un peu après : la barbarie.

Comprendre les étapes du développement des sociétés humaines selon Morgan .

Le stade inférieur de l’état sauvage : ce sont les premiers pas de l’humanité ; l’homme vit de fruits et de noix, c’est-à-dire uniquement de cueillette ; c’est à cette période que se développe le langage articulé. Il n’y a plus de société vivante pour témoigner de ce stade qui prend fin avec l’invention du feu et de la pêche ; 

Le stade moyen de l’état sauvage : avec le feu et la pêche, l’humanité s’étend sur des régions plus vastes ; les Polynésiens et les aborigènes australiens sont des illustrations de ce stade ; 

Le stade supérieur de l’état sauvage : commence par l’invention de l’arc et des flèches et est exemplifié par certaines tribus indiennes d’Amérique du Nord ; 

Le stade inférieur de la barbarie : c’est l’invention de la poterie qui constitue la démarcation arbitraire, mais nécessaire, entre la sauvagerie et la barbarie ; 

Le stade moyen de la barbarie : se caractérise par l’usage architectural de la pierre, la domestication de l’animal et l’agriculture irriguée. Ces critères ne sont pas présents partout ; 

Le stade supérieur de la barbarie : commence avec la fabrication du fer (voir les tribus grecques antiques) ; 

 La civilisation commence avec l’alphabet phonétique et l’écriture. 

2. LE DIFFUSIONNISME: l’école américaine : Frans Boas (1858-1942) 

Boas fonde sa réflexion sur une approche contextuelle, c’est-à-dire qu’une coutume n’a de sens que si elle est reliée au contexte particulier dans lequel elle s’inscrit. Sa réflexion s’appuie sur les échanges entre cultures géographiquement voisines.

Deux notions connexes émanant de ses disciples nous font entrer dans sa logique pour bien comprendre le diffusionnisme : 

Aires culturelles (Wissler) pour définir d’abord les plus petits éléments de la culture et de l’organisation sociale : le trait culturel. Un trait s’était éloigné de son centre, plus lointaine était son origine ;  « théorique d’un cercle », avec un centre précis à partir duquel se sont transmis les différents traits culturels. Plus on s’éloigne du centre, plus la netteté des traits s’efface et plus ils se diluent avec des traits d’aires culturelles voisines. L’aire culturelle est donc l’association d’un certain nombre de traits culturels au sein d’un environnement géographique déterminé. 

Aires temporelles : approche culturel situé dans l’histoire. 

3. LE FONCTIONNALISME: Malinowski (1884-1942) 

Dans la pensée de Malinowski, l’explication de l’organisation de la société est en dehors de l’explication historique. Sa pensée repose sur le principe de réciprocité. 

Le principe de réciprocité repose sur trois obligations à savoir l’obligation de donnée, l’obligation de recevoir et l’obligation rendre. 

 Obligation de donner : on ne peut manifester sa richesse et son pouvoir qu’en donnant ; 

 Obligation de recevoir : le récipiendaire est obligé d’accepter le don au risque d’insulter le donateur ; 

Obligation de rendre : un cadeau en appelle obligatoirement un autre.

4. LE STRUCTURALISME DE CLAUDE LÉVI-STRAUSS 

Le structuralisme de Lévi peut être compris à l’aide de certaines analogies dont l’analogie méthodologique et l’analogie de relation de parenté. 

Cette relation entre l’oncle maternel et le neveu incarne donc l’autorité, le respect et l’affection :

Analogie de méthodologique : linguistique;

Comme le langage, la vie sociale est conçue comme un système de signes ; comme les acteurs sociaux parlent sans connaître les structures du langage, ils vivent leurs institutions sans que les mécanismes de celles-ci leur soient connus, La culture, pour Lévi-Strauss, est un système formel de signes, une sorte de langage. Cette analogie est caractérisée par quatre principes fondamentaux :

La parole : actualisation et réalisation individuelle de la langue ;

La communication: le rituel

L’échange: la réciprocité de l’échange est donc le principe structural qui sous-tend toute vie sociale.

Le contrat social:    

LE MATERIALISME ANTHROPOLOGIQUE : KARL MARX

L’homme ne peut en aucun cas se comprendre en dehors des facteurs sociaux et culturels qui se reflètent par son existence.

Le matérialisme tente d’explique la société et la  civilisation humaine à partir d’une base économique et sociale.

C’est plutôt par le travail que l’homme s’élève à la dignité humaine en construisant en pleine autonomie les divers aspects de la culture. L’homme est une création de l’homme est celle dans cette optique, la place de l’homme dans l’univers est unique. 

Caractéristiques de l’expansion anthropologique

D’abord, la question de l’esclavage et de l’évangélisation amena les nations européennes à se reposer la question de l’unité de l’homme : 

Pour Thomas d’Aquin (XIII è S) : les hommes sont issus d’un même corps 

Pape Alexandre VI (1493) : proclamation de l’évangélisation de tout le monde ; tout homme jugés dignes de salut et donc de devenir des Chrétiens 

XVI è Siècle : L’éducation barbare sous l’influence des hommes de l’église tels que Bartolomé de Las Casas, José de Acosta. 

Montaigne (XVI è S) : les sauvages sont encore gouvernés par des lois naturelles et très peu corrompus par les nôtres. Les sauvages, sont désormais partie de l’humanité, sont aussi plus proches de l’état de nature ; ce sont en quelque sorte des hommes à l’état pur, non corrompus par nos lois. 

À la fin du XVIIIe siècle ((1799 à 1808) quelques personnes vont fonder une société qui fut la première véritable société d’anthropologie et qui tenta de vérifier empiriquement les idées des Lumières : c’est la Société des Observateurs de l’Homme qui malheureusement tombé en désuète pour renaître au début du Xxè s. 

Aujourd’hui, en anthropologie, l’ethnologie s’est imposée comme discipline empirique basée sur l’observation et ses principes.

En outre, la démystification donne naissance aux sciences missionnaire (XIV S) d’où la connaissance des langues des pays où l’on prêche, mais surtout l’étude scientifique des religions, des mœurs, de la philosophie et des modes de raisonnement.

Le colonialisme constitue l’autre source d’inspiration anthropologique d’où dès le XVe siècle, les Européens multiplièrent leurs voyages. À la fin du XVIIIe siècle et surtout au début du XIXe siècle, les Européens ne vont plus se contenter d’acheter quelques denrées aux populations mais ils vont petit à petit les administrer et coloniser les terres avec l’image de supériorité et infériorité : “débilité physique”, d’abaissement intellectuel et moral.

La migration : Christophe Colomb fut lui-même surpris de voir en débarquant aux Caraïbes que les habitants de ces lieux étaient de très ordinaires êtres humains et non des monstres (cité par Leach, 1982, p.64). Au fur et à mesure de l’extension des grands voyages, il fallut pourtant se soumettre à l’évidence que les hommes à tête de chiens, les effrayantes amazones et les monstres de toutes sortes n’existaient que dans l’imagination des premiers voyageurs

Définition, but, champs et branches de l’anthropologie

 Définition 

Le terme de l’anthropologie est construit sur des racines grecques : anthropos qui signifie homme et logia qui signifie l’étude. D’où l’étude de l’homme. 

C’est-à-dire l’étude de l’homme dans toute sa dimension et tous les aspects et domaines qui intéressent sa vie en communauté. 

L’anthropologie est la science de l’homme prise dans le sens le plus large, elle concerne tout ce qui a un rapport avec la race humaine. Elle vise particulièrement les faits spécifiques à l’humain par rapport aux autres animaux (faits anthropologiques) : langages, rites funéraires, croyances, art, religions, coutumes, parentés, habits, technique corporel et instrumentales, de mémorisation, de numération, de représentations spatiales et temporelles etc. 

L’homme étant au centre d’intérêt et  la culture nous aide à le comprendre dans tous les aspects (social, culturel, économique, politique, juridique, sanitaire, etc.)

La science de l’homme, pour Gérando, est une science de l’observation ; il s’agit de rassembler les faits pour les comparer, et les comparer pour les mieux connaîtare : l’interdépendance entre les faits sociaux

 But de l’anthropologie,

L’anthropologie au sens plus large a comme but de :

 Préserver et protéger et protéger des cultures et tradition que leurs témoignages de divers groupes ;

Empêcher la disparition des cultures, des civilisations avec toutes leurs richesses, toutes leurs connaissances qui résultent d’une évolution plusieurs fois millénaire et généralement adaptées harmonieusement au milieu. Ces aspects constituent un aspect du patrimoine de l’humanité sans lequel notre connaissance restera à jamais imparfaite ; 

Faire face à une disparition excessive de traits culturels qui faisaient la richesse et la diversité culturelle. 

Dresser un inventaire de la diversité culturelle de l’humanité avant que tout n’ait été uniformisé par la civilisation occidentale;

Connaître les pratiques culturelles locale et les logiques sociales traditionnelle ou actuelles ; 

Donner une meilleure compréhension de nous-mêmes et de nos sociétés : améliorer la capacité;

Montre comment toutes les cultures sont ethnocentriques 

 Champs de l’anthropologie

L’anthropologie culturelle s’intéresse à la culture en générale, c’est-à-dire un ensemble complexe de connaissances acquises par l’homme, membre d’une société et qui comprend entre autre ; les coutumes, les connaissances, les croyances, l’art, les objets, et d’une manière générale toutes les habitudes et capacité acquise par l’être humain au sein du groupe social qui   est le sein.

Anthropologie sociale s’intéresse à l’organisation sociale à l’homme en tant que membre d’une société et aux rapports entre les hommes. Elle s’intéresse donc à la vie sociale.

L’anthropologie physique une branche de l’anthropologie qui s’intéresse à l’espèce humaine en tant qu’une des formes animales Elle étudie les différentes variations des populations humaines, ce qui fait leur unité, les raisons et le degré de diversité, l’influence et l’importance de l’adaptation à l’environnement.

4.4. Branches de l’anthropologie

  La sociologie: science qui a pour objet les sociétés industrielles

L’Ethnographie: Du grec ethnos, « population » et graphein, « écrire », l’ethnographie est la description des populations, des différents peuples et des différentes cultures. Elle s’intéresse au collecte d’information auprès des populations lointaines. C’est le travail sur terrain, avec ses méthodes d’enquêtes, la description et le classement des faits. 

L’Ethnologie: s’intéresse aux sociétés dites primitives et s’appuie sur les données que lui fournit l’ethnographie pour élaborer. A la différence de l’ethnographie qui enregistre et interprète, l’ethnologie d’efforce de mettre à jours les principes. 

CHAP II. OBJET ET METHODE DE L’ANTHROPOLOGIE SOCIALE ET CULTURELLE

Le précèdent chapitre vient de nous tracer une aperçue générale de l’anthropologie en tant que science de l’homme. De par sa finalité, l’anthropologie sociale et culturelle oscille alors entre un « savoir local », une connaissance des modes de vie des différents peuples de la planète, et un « savoir global », une approche de l’homme en société, c’est-à-dire une étude de la différence et celle de la comparaison.

                         1. Définition

Au cours des dernières décennies, et sans doute sous l’influence de Lévi-Strauss, le terme d’anthropologie a, petit à petit, supplanté celui d’ethnologie pour désigner la discipline qui nous intéresse ici. Étymologiquement, le terme d’anthropologie, l’étude de l’Homme, ne nous apprend rien sur la spécificité de cette discipline d’où il importe alors de bien comprendre que c’est d’anthropologie sociale et culturelle qui nous intéresse. 

De l’anglais social anthropology, les Anglo-Saxons entendent ce qui est traduit en français par le terme d’ethnologie. 

En effet, l’ethnologie se définit d’une manière fort comme l’étude des sociétés primitives. D’où anthropologie sociale et culturelle se définit comme  une science des sociétés primitives. Cette définition se heurte cependant à des problèmes de trois ordres : d’ordre sémantique, d’ordre historique et d’ordre épistémologique

Sur le plan sémantique: tout d’abord, c’est bien entendu le terme même de primitif qui est ici mis en cause. La  notion de « société primitive » nous vient en effet en droite ligne des théories évolutionnistes du XIXe siècle et elle est par là chargée de jugements de valeur puisqu’elle sous-entend que les populations étudiées sont inférieures aux peuples dits civilisés, ou encore plus proches de l’état de nature. « Primitif » a longtemps été associé à « barbare » ou  plus exactement à « sauvage ». Ces connotations péjoratives et ethnocentriques ont poussé certains à préférer parler de « sociétés sans écriture », un terme qui offrait en outre l’avantage d’opposer l’histoire - qui s’organise autour de documents écrits - et l’ethnologie qui traite, ou traiterait, des sociétés sans écriture. 

Selon l’ethnologue anglais Evans-Pritchard : 

le mot est mal choisi mais il est désormais tellement ancré dans la langue qu’on peut difficilement lui en substituer un autre. Toutefois, les anthropologues utilisent ce terme pour ne désigner que des sociétés qui sont numériquement restreintes, occupent un territoire peu étendu, ont des contacts sociaux extérieurs limités et n’ont en comparaison des sociétés plus avancées qu’une technologie et des structures économiques sommaires où l’on observe une fonction sociale peu spécialisée. 

Ainsi donc, On en retiendra les deux points suivants :

l’expression « société primitive » a perdu beaucoup de sa charge péjorative et est devenue quasiment irremplaçable ;

elle dénote des sociétés numériquement restreintes, occupant un territoire peu étendu et une structure socio-économique simple.

B) Problèmes historiques : Ceux-ci sont de deux types :

d’une part, les sociétés primitives sont en voie de disparition et l’on peut se demander si l’anthropologie n’est pas en train de se définir et de construire ses concepts et sa problématique sur une fondation qui n’existe déjà pratiquement plus ;

d’autre part, au cours des dernières décennies, les ethnologues se sont de plus en plus attaqués à l’analyse des sociétés « complexes » et les sociétés « primitives » ne constituent donc plus leur seul et unique objet d’étude.

Problèmes épistémologiques : une science, dit Bourdieu, ne saurait se définir par « un domaine du réel qui lui appartiendrait en propre ».

 Ainsi  pour dire: « C’est le point de vue qui crée l’objet ». Ce qui intéresse l’ethnologue, ce n’est pas uniquement de décrire un rituel ou un sacrifice, mais aussi de comprendre ce que font les peuples lorsqu’ils sacrifient et de dévoiler leurs croyances et les valeurs de leur société. L’anthropologie sociale et culturelle ne peut donc se contenter de décrire des phénomènes culturels ; elle doit prendre en compte l’idée que s’en font  ceux qui y participent, on n’observe pas des idées, on les compare (intuitivement), on ne les décrit pas, on les interprète. Les anthropologues ne s’intéressent pas seulement à ce que les hommes font, mais à ce qu’ils croient et à ce qu’ils pensent, aux choix qui sont importants pour eux (leurs valeurs).

         2. L’observation participante

Après avoir compris le but de l’anthropologie sociale et culturelle de part la complexité de sa définition initiale (une science des sociétés primitives),il importe de cerner ce que les anthropologues font et ce que l’anthropologie dit vraiment et d’évaluer une méthodologie mise en vigueur pour l’accomplissement de l’objet et finalité l’anthropologie sociale et culturelle. 

Historiquement et petit à petit, la discipline a élargi son champ d’étude et y a inclus les sociétés dites complexes.

Retenons que l’originalité de cette discipline repose également sur une méthode spécifique, l’observation participante, et une série d’interrogations propres sur la signification des institutions, les croyances et valeurs des acteurs sociaux.

2. 1. Qu’est-ce qu’une observation participante et  à quoi sert-elle? 

« Peu de temps après m’être installé à Omarakana, je commençai, en quelque sorte, à prendre part à la vie du village, à me réjouir de l’approche des festivités importantes, à m’intéresser aux potins et aux développements des intrigues de la vie de ce petit village (...) Comme les indigènes me voyaient chaque jour, ils cessèrent d’être intrigués, inquiétés ou flattés par ma présence ; dès lors, je cessai d’être un élément perturbateur dans la vie tribale que j’allais étudier. » (Malinowski).

Cet extrait nous renseigne sur les trois principes de base de l’observation participante:  

 l’ethnologue doit se couper de ses semblables ;

il doit s’installer, le plus longtemps possible, dans un village ; 

il doit tâcher d’être le plus proche possible de la cible. 

Historiquement, ce sont en effet ces sociétés numériquement restreintes, qui ont retenu l’attention des ethnologues. Et pour les étudier, ceux-ci ont mis au point la méthode de l’observation participante. Sans doute, lorsqu’ils se sont tournés vers d’autres sociétés, les anthropologues ont surtout continué d’appliquer cette méthode de travail. 

Comme nous l’avons ci-haut évoqué, ce qui intéresse, ce n’est pas uniquement de décrire un rituel ou un sacrifice, mais aussi de comprendre ce que font le gens lorsqu’ils sacrifient et de dévoiler leurs croyances et les valeurs de leur société. L’anthropologie sociale ne peut donc se contenter de décrire des phénomènes culturels ; elle doit prendre en compte l’idée que s’en font  ceux qui y participent ; ainsi pour dire, on n’observe pas des idées, on les compare (intuitivement), on ne les décrit pas, on les interprète.  

Pour répondre à la seconde question en titre (à quoi l’observation participante sert-elle?) , l’anthropologie sociale et culturelle, de par l’observation participante visant à formuler et construire des lois ou propositions générales

D’où l’anthropologue Radcliffe-Brown distingue les investigations à triple finalité différente et complémentaire:  

Investigation idiographiques: vise à d’établir des propositions particulières ou factuelles 

Investigation nomothétiques. vise au contraire à la généralisation, à la théorisation, c’est-à-dire à l’établissement de propositions universellement acceptables. 

Le projet de savoir (ambition limite): vise, à formuler les propriétés générales de la vie sociale ou découvrir les conditions de reproduction et de transformation des sociétés historiques.

CHAP III.  ORGANISATION SOCIALE: PARENTE ET FILLIATION

Comme la majorité de comportement culturelle, l’organisation sociale suit deux modèles établies culturellement et transmis de génération en génération. Pour ce faire, les institutions sont donc des dispositifs créés en vue de certaines fins qui répondent aux nécessités de la nature humaine et des fonctions indispensables à la vie sociale (règlementation sexuelle, constitution des familles, rapport des parentés, organisation politique, économique, religieuse, etc.).

Toutefois, les institutions à l’intérieure d’une société donnée s’interpénètre, se complètent, se superposent et finissent par constituer un tout. 

Dans le domaine de l’organisation sociale, le présent chapitre aura pour objet de :

 Montrer et analyser comment et pourquoi un certain nombre d’institutions ont été créés et données quelque but auxquels elles visent à répondre ; 

Donner et analyse le fondement culturel du système social pour comprendre ces assises culturelles. Il s’agira d’étudier un ensemble d’institutions, de facteurs, d’organisation, de la société réglant, sur certains modèles, les relations interpersonnelles et intergroupes des membres d’une société. Ce qui permet d’avoir une réponse culturelle aux problèmes universaux relatifs aux relations biologiques et sociales à l’occupation de l’espace, à l’agrégation sociale, etc.

C’est par exemple : 

Les relations biologiques : organisation basée sur l’âge, sexe, etc. 

Les relations spéciales : le groupe social de localisation et de résidence (foyen, famille, ménage « famille mineure, le lignage, la famille majeur : le clan » et les interdits y relatifs ? 

Les relations d’agrégation sociale : familles hiérarchie, statut, les institutions de contrôles sociales et de pouvoir d’autorité (exemple autorité familiale, judiciaire, politique, religieuse)

Le chapitre se limite à l’étude de la parente et de la filiation ainsi que l’organisation sociale. Deux sortes d’organisation sociale feront principalement l’objet du présent chapitre.

         1. La parenté

La parenté est l’ensemble des parents par le sang et des parents par alliance c’est-à-dire la belle famille, les oncles et les tentes.

 A cette définition, s’ajoute trois relations qu’ils lui sont élémentaires : relation de mariage, relation entre parent et enfant ou relation de filiation et relation entre frères et sœurs sans distinction du sexe. Ces trois relations ont pour conséquences l’existence d’un réseau de relation de parenté et d’affinité (un élément de mariage).

A ces trois relations s’ajoutent les relations de consanguinité qui ne sont nécessairement réelle ou biologique (cas de l’adoption et de kunwana par exemple). Ce qui compte le plus est la connaissance sociale.

Selon Brown, 

« deux personnes sont parentes (ou consanguines) lorsque l’une descend de l’autre ou lorsqu’elles descendent toutes les deux d’un ancêtre commun ; la parente résulte de la connaissance d’une relation sociale entre parent et enfants. La parenté est donc déterminée au départ par des facteurs biologiques, mais elle ne se confond pas avec eux ».

         1.1. Structure de la parenté

Trois catégories de parenté (voir la culture et tradition burundaise): 

 La parenté en ligne directe ou filiation linéaire : ce sont les parent issus les uns des autres : père, frère, fils, etc. 

 La parenté en ligne collatérale : ce sont les parents avec qui on n’a pas de lien de descendance directe avec qui on a cependant un ancêtre commun : oncle, cousin ; 

Les parents par alliances que l’on désigne en ajoutant souvent, le préfixe « beau » : bon-père, belle-mère, belle-sœur, bon –frère, etc.

Les types de groupe basés sur la filiation

1. Le lignage (umuryango) 

Lignage est un groupe de parenté unilinéaire basé sur la filiation patrilinéaire (ou patrilignage) ou sur sur la filiation matrilinéaire (matrilignage) dont les membres descende d’une ancêtre commun par des intermédiaire commun (c’est-à-dire selon des liens généalogique connues). Plus précisément, un lignage regroupe les individus qui descendent unilinéairement d’un ancêtre commun. L’ancêtre commun qui est parfois la profondeur de la lignée est, ou a été une personne réelle et non un héros mythologique ou un personnage légendaire. Même s’il y a des chaînons qui ont disparus à cause de la mort, les membres du lignage sont connus. 

Exemple: généalogie de Jésus Chris

1 Amamuko ya Yezu Kristu mwene Dawudi, mwene Aburahamu:

2 Aburahamu yavyaye Izahaki, Izahaki na we avyara Yakobo, Yakobo na we avyara Yuda na benewabo,

3 Yuda na we avyara Peretsi na Zerahi kuri Tamari , Peretsi na we avyara Hesoromu, Hesoromu na we avyara Aramu,

4 Aramu na we avyara Haminadabu, Haminadabu na we avyara Nasoni, Nahasoni na we avyara Salumoni,

5 Salumoni na we avyara Bowazi kuri Rahabu, Bowazi na we avyara Yobedi kuri Ruti, Yobedi na we avyara Yese,

6 Yese na we avyara Umwami Dawudi. Dawudi na we avyara Salomo kuri muka Uriya,

7 Salomo na we avyara Rehobowamu, Rehobowamu na we avyara Abiya, Abiya na we avyara Asa,

8 Asa na we avyara Yozafati, Yozafati na we avyara Yehoramu, Yehoramu na we avyara Oziyasi,

9 Oziyasi na we avyara Yotamu, Yotamu na we avyara Akazi, Akazi na we avyara Ezekiyasi,

10 Ezekiyasi na we avyara Manase, Manase na we avyara Amoni, Amoni na we avyara Yoziyasi,

11 Yoziyasi na we avyara Yekoniya na benewabo. Muri ico gihe ni ho haba ukujanwa kugirwa imbohe i Babiloni.

12 Hamaze kuba ukujanwa kugirwa imbohe i Babiloni, Yekoniya yavyaye Salatiyeli, Salatiyeli na we avyara Zorobabeli,

13 Zorobabeli na we avyara Abiyudi, Abiyudi na we avyara Eliyakimu, Eliyakimu na we avyara Azori,

14 Azori na we avyara Sadoki, Sadoki na we avyara Akimu, Akimu na we avyara Eliyudi,

15 Eliyudi na we avyara Eleyazaro, Eleyazaro na we avyara Matani, Matani na we avyara Yakobo,

16 Yakobo na we avyara Yozefu, umugabo wa Mariya, nyina wa Yezu yitwa Kristu,


         1.2. Les types de groupe basés sur la filiation

2. Le clan (Igisata) 

Le clan regroupe les individus qui descendent unilatéralement d’un ancêtre, mais dans ce cas, cette ancêtre remontre tellement loin dans le passé qu’il y a un caractère mythique ou légendaire. Le clan est donc un groupe de parente basé sur la filiation unilinéaire dont les membres descendent d’un ancêtre commun, mythique ou légendaire : 

Un clan rassemble un certains nombres de lignages apparentés ;

 Si la filiation est patrilinéaire, on a des clans patrilinéaires ou patri patriclans ; 

Si la filiation est matrilinéaire, on a des clan matrilinéaire ou matriclans ;

 Les membres du clan se considèrent apparentés et se comportent comme tel en conséquences contrairement aux membres d’un lignage qui peuvent retracer leur généalogie ; 

 Le clan comprend des vivant et des morts (cas du culte des ancêtres) et même les descendants potentiels ; 

Le clan est socialement statique, mais lorsque la structure démographique du clan est riche, il peut y avoir des subdivisions qui formant des sous clans, groupant eux même parfois plusieurs lignages. 

N.B : 

Les membres du clan affirment leur appartenance au clan le port du nom, de parure symbolique, d’exercices d’obligation et de droit commun etc.

Les fonctions des groupes unilinéaires 

Solidarité et sécurité 

Outre l’entraide et l’hospitalité basées sur la parenté (ugufashanya, ukurabana, uguteramana), les groupes unilinéaires répondent donc d’abord au besoin universel de sécurité.

Pour répondre à ce besoin de sécurité, les clans et les lignages forment un groupe solidaire face au monde extérieur. Dans les conditions normales, chaque individu peut compter sur la totale solidarité des autres. 

Exemple : Uwawe womwanka ntiwomwankirwa (Si tu déteste un de tes proches, tu ne peux néanmoins supporter qu’il soit victime de la haine des étrangers). Inversement, les membres du clan et du lignage sont responsables collectivement des fautes commises par les membres de leurs groupes.

Exemple dans la sagesse burundaise :

Abashize hamwe basa n’ingungu zihuriye kugiti ; 

Nta mwana asonza ari iwa bavvyeyi (l’amour parental est générosité) ; 

Akaondo kabondogotwa iyo kabonwa (on ne trouve la sécurité que sous la vigilence des siens)

Dans le cas du Burundi, les deux exemples sont illustrés par les proverbes suivants : 

Uwawe atamba nabi ukiyaga kunyo (Par solidarité avec les siens, on détourne sur soi les critique) ; 

 Ibisangiye imizi bisangira kuma (la déchéance frappe toute la famille) ; 

ndahiro mbi irengesha umuryango ;

Umwana arya inkware, nyina akayibiaka amoya ; · Uwutigura incuti yama ari ntamagiro (qui s’aliène avec ses proches sera toujours sans recours) 

Cependant, les relations entre les membres d’une parenté ne sont pas toujours meilleures :

 Umuryango uryoha uryana (le lignage est savoureux mais il est dévorant) ; 

 Umuryango ubura ico ukumarira ntubura ico ukumaza, 

 Umuryango uryanye urarika ; 

 Uwanyu akwima amata ntakwima amahere ; 

Nyokorome akuruma akuzi 

 Fonction économique 

La production, la distribution, le partage des biens familiaux (patrimoniaux, aliments, matières premières), de la gestion, de l’organisation de terre et de l’échange de ces productions.

 Exemples : Gusohorwa, gutorana, guterera, etc. 

Chez les populations d’agriculteur, la terre est souvent la propriété collective du clan et du lignage et celle est géré par le chef du clan ou de lignage. Chaque membre de famille a droit à un terrain s’il satisfait ses obligations claniques (se marier par exemple). A sa mort, il pouvait la léguer à un membre du clan mais pas un étranger (toute personne n’appartienant pax à ce groupe soit biologiquement, soit par des liens sociaux), sauf en cas d’adoption car la propriété devrait rester au clan et l’utilisateur n’ayant en fait pas que l’usufruit (intizo). C’est la raison pour laquelle certains n’ont pas droit d’hériter des biens de son pères/ de leur grand-père paternel dans notre culture par exemple.

Fonction sociale 

La production (perpétuité de l’espèce humaine est de la survie du groupe) et l’éducation des enfants, (la transmission et conservation des valeurs). A partir de la procréation, il y a aussi la reproduction de la force de travail et la volonté de perpétuer la survie du groupe etc. d’où la pression contre le célibat sans responsabilité rituelle reconnue culturellement. C’est au niveau de la famille que l’on apprend ou distingue les valeurs ou les principes culturels sur : 

La coopération sociale (hospitalité, entraide, assistance mutuelle), économique (le mode de circulation des biens : diffusion-réception (acquisition), la nature des biens à donner, détermine qui, quoi, comment et pourquoi donner des biens) ; 

L’interdit et le permis (le monde du bon et du mal), la prohibition de l’inceste qui a pour fonction principale d’amener les hommes à se distinguer les uns des autres et à échanger des partenaires matrimoniaux. .

Fonction politique 

Elle le noyau ou la base de l’organisation multiforme qui aboutira à la formation des institutions politique etc. dans l’hypothèse que les Etats sont issus de l’extension de domaines familiaux, lignages, clanique, ethnique, ou tribaux. L’origine et le respect de l’autorité, la définition, l’exécution et la distribution des taches (rôle) commencent dans la famille. Attribution des tâches et rôles politique selon l’appartenance clanique (les ritualistes et les grands dignitaires de la royauté burundaise). 

Fonction religieuse 

Elle détermine les mécanismes de maintien, de restauration de l’harmonie entre les hommes et différentes forces (être de la nature) qui interagissent pour permettre la vie sur terre. A travers les différents rituels. Nous apprenons à ce niveau, le caractère sacré des éléments du nature notamment les êtres hiérophantiques (sacré) et à les respecter. Il s’agit d’imana, des esprits (ibisigo), des ancêtres, des lieux sacrés (les sanctuaires religieux : temples, les eaux, le grottes) et un certaine espèces animal, végétal, etc. La parenté est la seule responsable de la détermination des rôles, des individus, des objets, des moments et des buts poursuivis dans des différents rituels. La déification des ancêtres après leurs morts dans le fondateur mythique dans le panthéon clanique. C’est le chef du lignage qui joue le rôle de prêtre dans le culte qui leur est rendu. Il joue aussi le rôle intermédiaire entre les descendants toujours vivants et les esprits ancestraux.

CHAP IV.  ORGANISATION STRUCTURELLE DE LA SOCIETE BURUNDAISE

Maintenant avec ce chapitre, passons du général au particulier. La lecture panoramique de l’organisation structurelle du Burundi traditionnelle permet d’identifier différentes modèles structurelles de l’organisation de la société. Un accent est aux  certains principes novateurs et potentiellement légitimes ayant la vocation de mieux gérer les interactions sociales. 

         2. La culture entre conservatisme et progressisme

(Plus de détail sur la culture: Pascal Perrineau (1975), Sur la notion de culture en anthropologie.pdf 

Lire aussi: Léandre Simbananiye (2005), Les noms de personnes au Burundi.pdf )

La culture comme un ensemble des valeurs et normes socioculturelles, reflète la conscience d’une nation, cherche et de consolide sans cesse ses frontières politiques et spirituelles en adéquation avec le processus historique (E. NORBERT).

En effet, la culture représente cinq caractères:

Universel: La culture est universelle en tant qu’acquisition humaine, mais chacune de ses manifestations locales ou régionales peut être considérée comme unique. 

Stable et dynamique: La culture est stable, mais elle est aussi dynamique et manifeste des changements continus et constants. On ne peut comprendre la stabilité culturelle qu’en mesurant le changement par rapport au conservatisme. 

Consciente et inconsciente: La culture remplit, et dans une large mesure détermine, le cours de nos vies, s’impose rarement à notre pensée consciente. Selon Edward Sapir, « on retrouve toujours inconsciemment ce qu’on subit inconsciemment »

Elle est transmise et perpétuée non pas par le mécanisme génétique de l’hérédité  mais par l’interconditionnement des zygotes. 

Quelles que soient ses origines  dans les individus ou par l’intermédiaire de ceux-ci, la culture tend rapidement à devenir supra-personnelle et anonyme. 

Elle s’inscrit dans des modèles, ou des régularités de forme, de style et de signification. 

Elle incarne des valeurs qui ne peuvent être formulées (explicitement, en tant que règles) ou ressenties (implicitement, en tant que traditions populaires) par la société porteuse de cette culture ; c’est une part du travail de l’anthropologue de les caractériser et de les définir. »

2. 1. La sauvegarde de la culture burundaise: enjeux et défis

1. La culture nationale comme valeur à sauvegarder jalousement  

La sauvegarde de la culture nationale doit donc faire partie des préoccupations des pouvoirs publics et d’autres parties prenantes, en l’occurrence les privés. Ces préoccupations se situent dans un cadre national, régional et même international. Il est intéressant de noter la prise en compte de la sauvegarde du patrimoine culturel dans les principaux textes de planification et dans les différentes manifestations auxquelles des privées prennent une part active. En effet, des initiatives privées s’associent aux pouvoirs publics pour sauvegarder et faire progresser la culture nationale. 

1.1. La culture nationale dans  les textes de planification

Selon la Vision 2025, le pays est bâti sur une société de droit qui jouit de son patrimoine culturel riche et diversifié. En outre, la Vision « Burundi 2025 » se donne comme objectif de valoriser la richesse culturelle du Burundi afin qu’il devienne le pays phare de la culture sous régionale à travers différentes manifestations socio-culturelles propres au terroir burundais. Pour concrétiser cet objectif, la Vision 2025 prévoit que le kirundi sera renforcé notamment en renouant avec la littérature burundaise composée essentiellement de contes, de proverbes (les bitito, les migani, les bisokozo, etc..) de poésie, de théâtres. C’est pour cet effet que l’université du Burundi a instauré l’académie rundi dans le but de renforcer la langue maternelle

D’ailleurs en octobre 2007 (Cf. Clubs-culturels-Burundi-Eric-Ndayisaba.pdf) le gouvernement du Burundi a adopté la nouvelle politique culturelle dont l’ambition était de mettre la culture au service de la paix et du développement. Cette politique culturelle définit l’enjeu central à savoir se doter d’un outil solide pour restaurer le rôle de la culture dans le développement du pays. Elle définit ses objectifs spécifiques qui sont : 

Mettre la culture au service de la paix, de la réconciliation nationale et du développement ; 

Donner au peuple burundais le sentiment de conscience de son identité multiséculaire grâce à son patrimoine culturel riche et varié ; 

 Amener le peuple burundais à se réapproprier sa culture ; 4

Axer la nouvelle politique culturelle sur les éléments du développement et de défense de la personnalité culturelle du pays ; 

Assurer le développement des arts traditionnels sur le plan juridique et pratique ; 

Favoriser l’implication et le rôle de la culture dans le développement global de la société burundaise du XXIe siècle ; 

Promouvoir la coopération régionale et internationale sur le plan culturel (République du Burundi, 2007, p.56-58)

En outre, Le PNDB 2018-2027 (Cf.PND-Burundi-2018-2027-Version-Finale.pdf) souligne les performances réalisées dans le domaine de la culture, dont : 

l’inscription du Tambour sur la liste du patrimoine mondial, 

la préparation des textes d’adhésion sur la protection des œuvres littéraires et artistiques et d’autres traités internationaux,

 la validation de la Politique Nationale de la Propriété Intellectuelle 

la mise à jour de l’inventaire du patrimoine culturel immatériel burundais


2. Etude des cas pour l’authenticité du patrimoine culturel: cas des contes pour l’éducation des enfants et l’épanouissement des liens sociaux 

2.1. Education: interprétation interactionniste des contes 

Selon l’anthropologue A. NTABONA, l’école familiale du soir avait pour but l’évaluation, expériences vécues, personnes rencontrées, succès, et échecs de la journée1. Selon lui, les parents aidaient les enfants à interposer ce qu’ils avaient vécu en l’insérant dans ce grand ensemble de la société, à travers un récit qui mettait en scène un personnage. Une fois assimilait la narration, l’enfant apprenait sans effort ni violence à remettre en question certaines de ses attitudes et en améliorer certains autres. L’objectif de la narration était de situer les évènements de la vie quotidienne, de façon que le présent intègre le passe pour préparer l’avenir.

 «(…) visiblement, la véritable veillée au coin feu (igiteramo), était très souvent une soirée littéraire. C’était par exemple le meilleur moyen d’acquérir un hôte. Et ce d’une part de transmettre un patrimoine culturel et d’autre part pour vérifier le présent et lui donner un sens» 

Pour A. Petitat, dans la culture burundaise, la culture de l’enfant est envisagée à partir d’une analyse de la dynamique du voilement et dévoilement dans les interactions. Les contes sont des mises en scène drôle ou dramatique de nos virtualités relationnelles, Le conte est considéré comme un voyage symbolique, mobilisant les ressources de l’imaginaire dans les virtualités de la réversibilité. 

L’intériorisation des contes renvoie aux trois axes symboliques: 

Les représentations mentales visibles et invisibles ; recours à la virtualité du dit et du non-dit sans explication 

Métamorphose imaginaires et jeux avec le réfèrent ; autonomie entre signes et réfèrent 

 Respect  ou transgression des convention ; 

« l’enfant (adulte) reçoit dans les conte l’image finalement assez réaliste de la condition d’homme symbolique, c’est-à-dire d’homme dont la liberté et l’apprentissage de la liberté passent par un jeu de voilement et dévoilement autours de règles, dont le respect et la défense des convention s’effectuent à travers des transgressions et des érosions permutantes dans une fragilité et une incertitude qui fournissent trame de nos drames et de nos amusements quotidien»

2.2. Rituels: rapports sociaux ou devoir de proximité 

Historiens et sociologues affirment et observent une dé-ritualisation de nos société par des influences extérieures, or la vie humaine était traditionnellement décrite par des rites de passage: 

A la naissance : assistance familiale ; présentation des cadeaux et félicitations aussi pour le rétablissement de la mère. Dans les milieux urbains (chez les évolués, « intellectuels »), l’évènement prend une autre allure sous l’angle de soutien moral et matériel : 

Au tour du mariage : soutien ; moral et matériel ; contribution à la réussite du mariage. Le « bride » sert de cette utilité chez les jeunes contemporains surtout pour le cas de la jeune fille. 

A la mort: tout pour rendre à la famille endeuillée la douleur moins atroce, mais aussi éviter de signifier par son absence que l’on auteur de la mort qui a semé la terreur autour de soin. Assistance et aux cérémonies d’enterrement, frais nécessaire. Pratique méritant l’hommage traditionnellement dit « udukwi », « ibidyazagu ». 

Travaux communautaire: tout le monde est impliqué ; car tout le monde s’attend à bénéficier des mêmes avantages, se désintéresser d’une seule action, c’est se montrer insociable, ennemi de la solidarité et nuire pour la mise à la bonne relation de la société.3 « Guhinda ikibiri » dans le langage traditionnel. 

2. La dé-ritualisation de la culture burundaise

Nombreux Burundais sont très fiers de la langue maternelle  et la considèrent comme une aubaine. Toutefois certains d’autre n’en donne aucun sens.  De même, la séance familiale autour du feu « kuziko » mise en évidence  par nos ancêtres en faveur de leurs enfants, de leurs petits-fils et petites-filles, n’est plus à grande échelle comme c’était autrefois.

En outre, pas mal de technique, connaissances et rituels sont dénués du sens à l’heure actuelle. Entre autre de notre lecture du rituel ordinaire,  nous pouvons prendre référence des rituels tels que: le tradi-praticiens guérisseurs, le mariage et le rituel connexe, la naissance et le rituel connexe, le rituel de la mort pour ne citer que cela.

CHAP V.  ANTHROPOLOGIE SOCIALE ET CULTURELLE  AU SERVICE  DU DEVELOPPEMENT

« Tous les pays qui ont réussi le développement ont d’abord fait évoluer la mentalité de leurs peuples…» (S. Ntibagirirwa, 2019).

En effet, poser la question des mentalités, c’est poser une question concernant la vie d’un peuple dont la morale liée a sa culture est l’un des aspects principales  développement). 

Le présent chapitre nous aide à comprendre la place de la mentalité dans le secteur du développement. Et pour parler de la mentalité, il nous faut parler et analyse la société dans laquelle nous sommes,

Qu’est qu’une mentalité? 

Le concept de mentalités (mindset en anglais) ou le mental collectif est compris comme un état d’esprit propre à un peuple, à une collectivité ou à un individu. Cet état d’esprit féconde des représentations, des expressions, des acquisitions de savoirs et de savoir-faire, ainsi qu’une logique des pensées et des actes. Au sens concret, parler de mentalité d’un peuple, c’est parler de son âme. 

Notons que comme le souligne Symphorien, « réfléchir sur les mentalités nous amène donc à réfléchir sur nos relations avec nous-mêmes comme peuple, nos relations avec les autres peuples, et notre relation avec le monde dans son ensemble, en nous interrogeant sur notre vécu et notre avenir».

2. Changement de mentalité, chemin vers le développement

 2.1. La Conscience et connaissance de soi et connaissance du contexte spatio-temporel 

Les mentalités d’un peuple évoluent en fonction de la conscience et de la connaissance de soi. Il s’agit d’arriver à un niveau où l’être humain individuellement et collectivement s’interroge et réfléchit sur lui-même en se regardant dans le miroir de lui-même. Cette énigme empreinte deux problématiques principales. 

La première concerne l’autoréflexion, un retour sur son identité et ses implications en termes de certitude de son être et de son existence et son affirmation d’une part, et d’autre part la volonté de vivre et de survivre.

C’est toute la question « qui suis-je ?» (Question fondamentale de la métaphysique de Kant) qui se retrouve chez les peuples de toutes les cultures de tous les temps. Cette énigme trouve son fondement à l’énigme socratique « connais-toi toi-même » : le regard intérieur, l’introspection. Dans ce processus de la conscience et la connaissance de soi, l’être humain pense, agit et vit autrement qu’il a vécu. Selon Jean Mbarga, le sens de la question « qui suis-je » est « se promouvoir » c’est-à-dire la prise de conscience et du changement personnel de mentalité. La personne humaine doit d’abord se construire elle-même. En agissant sur elle-même, elle peut atteindre un rayonnement personnel et devenir ainsi le témoin du progrès. Elle opte pour une nouvelle vision de son rôle dans son milieu et se forge une personnalité nouvelle.

Or la dynamique des individus dans la société affecte la dynamique de la société, et vice-versa. 

Pour se transformer, la connaissance de soi est essentielle, sans vous connaître vous-mêmes il ne peut y avoir de transformation (Krishnamurti) ; 

Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté, pour la première fois, un coup d’œil intelligent sur soi-même (Marguerite Yourcenar) ; 

La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil (Marie- Madeleine Davy) ;

 La connaissance de soi est un grand pouvoir qui nous permet de comprendre et bien orienter notre vie (Vernon Howard).

La deuxième concerne une réflexion sur la temporalité et l’environnement spatio-temporel. Il s’agit de la question «Où sommes-nous ? », celle de l’espace et le temps. Le lieu où l’on vit nous modèle et contribue à ce que nous sommes et devenons. C’est dans l’espace que nous agissons et que nous rencontrons les autres ou que les autres viennent nous rencontrer, que nous apprenons et que les autres apprennent de nous. C’est l’espace d’échanges de toutes sortes. C’est l’espace où se vit l’histoire.

2.2. De l’auto-transcendance 

L’être humain est une créature qui a «à être », qui aspire à être, un être-en-avant-de-soi. L’homme est toujours un projet en tant qu’il cherche toujours à « être plus, avoir plus et valoir plus ». Il s’agit d’une créature essentiellement et toujours en mouvement, ou, plus fondamentalement, une créature en devenir d’où l’auto-transcendance humaine qui consiste en un saut du dedans de soi, mais aussi un saut au-delà de soi. 

Cependant le mouvement d’auto-transcendance peut être retardé, freiné, voire même arrêt

Le manque de biens de base (la nourriture, le logement, l’éducation, la santé, la sécurité, etc.) qui nous donnent la survie ; 

 Une situation d’exploitation, l’oppression, la violence et le manque d’opportunité qui peuvent nous dérober de l’estime de soi, 3

Un environnement qui ne permet pas aux gens de jouir de vies longues, saines et créatives dans la liberté. é par des circonstances notamment : 

3. Solidarité sociale, un creuset du développement

 3.1. La solidarité pour un développement commun 

La pratique de l’économie solidaire découle de la mentalité traditionnelle. La culture burundaise en témoigne par l’exemple à travers de la pratique d’Ikibiri selon laquelle les barundi conjuguent leurs efforts pour bonne réussite du travail laborieux. En réalité, le travail quotidien des barundi traditionnelles mettait l’accent sur l’aspect coopératif qui est revitalisé dans les temps actuels. 

La théorisation du secteur coopératif distingue quelques mouvements pour enfin souligner leurs caractères dynamiques ayant la finalité de promouvoir le développement. 

 Mouvement modernes de coopération et de mutualisme: le résultat de métissage de l’endogène et de l’allogène (sociétés étrangère). Ces formes s’incarnent dans les systèmes locaux ; 

Mouvement de coopérations bureaucratiques et technocratiques : fonde sur le transfert de connaissances et sur les messages ou des solutions décidées à l’extérieur du milieu socioculturel des bénéficiaires, les approches participatives de type indigène ou endogène insistent sur le développement de la capacité des bénéficiaires à évaluer, choisir, planifier, créer, organiser, prendre des initiatives et décider sur les solutions à implanter ; 3

Le mouvement associatif ou communautaire constitue aujourd’hui l’un des centres principaux d’intégration sociale des individus et de développement des collectivités locales. Fondée sur une philosophie centrée sur les besoins psychologiques et sociaux de la personne ou des groupes; située entre les structures sociales (famille, parenté, clan, tribu) et les institutions (coopératives, associations et mutuelles). Le mouvement communautaire se présente comme un laboratoire où l’on peut puiser des valeurs et des pratiques sociales qui doivent inspirer les politiques sociales et le volontarisme collectif de lutte contre l’exclusion sociale et de combat pour la promotion de la solidarité.

3.2. La solidarité comme valeur fondatrice du développement 

Selon NTABONA, les Barundi étaient habitues de par la tradition, a des travaux en commun, a des coopératives spontanées mais toujours dans un climat de solidarité. La solidarité est l’une des valeurs cardinales fondatrice traditionnelle. Durkheim donne à cette dernière un caractère bipolaire pour parler de la solidarité mécanique et la solidarité organique. Ainsi pour souligner son apport inestimable. 

Le premier type de solidarité est fondé sur une grande conscience collective qui représente l’ensemble des croyances et des sentiments moraux communs aux membres du groupe. Le second type de solidarité (organique) est fondé sur la primauté de la division du travail. Le progrès technique et l’émancipation générale des individus permettent que l’ordre social repose non plus sur une uniformité mécanique et sur la répressive collective, mais sur l’articulation organique d’individus libres dont les fonctions sont à la fois différentes et complémentaires. La solidarité organique permet à l’homme de s’affranchir des contraintes traditionnelles imposées par la parenté, par l’appartenance à une classe ainsi qu’à un lieu. 

3.3. L’humanisme africain comme modèle de l’économie solidaire

Pour comprendre l’humanisme africain, le socialisme africain de Julius Nyerere nous sert d’exemple. Celui-ci en délivre quelques idées de base parmi lesquelles nous retenons deux: 

l’éradication de toute forme d’exploitation de l’homme par l’homme ; la promotion de l’égalité fondamentale entre les hommes et leur union fraternelle,

 la construction de la famille de base (Ujamaa) où les gens vivent et pensent avant tout comme membres d’une société (cité par Van Parys 1995)

Aujourd’hui, avec la tradition africaine, on parle de plus en plus d’Ubuntu comme une nouvelle de l’humanisme africain. Ubuntu est perçu comme la définition de la personne incarnant les vertus de compassion, de générosité, d’honnêteté, de magnanimité, d’empathie, de compréhension et de pardon. Dans la culture bantoue, le concept signifie: « sans l’autre je n’existe pas, sans l’autre je ne suis rien, ensemble nous ne faisons qu’un. De façon simple, le concept d’Ubuntu veut dire  « je suis parce que nous sommes ». Le « Je » et le « nous » sont inextricablement liés ; l’un et l’autre ne peuvent s’épanouir que dans une dimension relationnelle qui veut que chacun de deux n’existe que grâce à l’autre. Du  point de vue économique, le peuple de l’Ubuntu exige un espace nouveau où la division du travail est fondée sur le respect minimal de l’être humain. L’espace économique qui en est l’émanation est régulé par la loi « de l’ouverture empathique aux autres » . La Charte de Mandéla qui fait état de cette ouverture déclare: « Que chacun veille sur son prochain.             Que chacun entretienne et pourvoie aux besoins des membres de sa famille» (La Charte de Mandéla 2017). Dans la pensée de Kant, le métaphore de l’arbre et de la forêt  illustre et renforce l’utilité de la société et la solidarité. C’est dans la société l’homme développe ses dispositions et aucun progrès n’est possible hors l’effort commun.

4. Ubuntu et la culture des droits humains

 Le concept d’ubuntu et le langage des droits humains se croisent dans la finalité de faire valoir la vie et la dignité humaine. Le couple met en évidence la recherche des fondements locaux de la culture des droits humains. Les deux terminologies sont presque la même chose car ils ont la même finalité: «là où ubuntu prévaut, là prévalent les droits humains. L’être humain vit selon son identité ou mieux, son être. Parler des droits humains, c’est faire triompher l’humanité» (S. Ntibagirirwa, 2020). C’est l’esprit même d’ubuntu. 

L’anthropologue A. NTABONA souligne que la dénaturation d’ubuntu engendre des contre valeurs dramatiques tels que la massification, la tendance à la globalisation et à la diabolisation, la vengeance, l’unanimisme du groupe, etc. Par cet effet, la personne humaine est réellement dépossédée de sa vocation d’homme, elle considérée selon l’anthropologue, comme une feuille d’arbre. Selon lui, ceci n’épargne personne et ses conséquences sont sans toutefois encadrer la vie du pays. 

5. Ubushingantahe, gouvernance et la culture du leadership 

Dans la culture burundaise, le concept d’Ubushingantahe nous réfère aux valeurs d’intégrité, de de justice, d’équité et de vérité. 

En effet, Ubushingantahe au sens vrai de la tradition burundaise est une philosophie de vie, une voie vers être soi-même et un style de vie dans la communauté. Il implique un ensemble de vertus, de qualités, qui sont acquises à travers l’éducation, l’expérience de vie, l’obéissance aux valeurs, aux coutumes et lois de la communauté et un engagement personnel à servir les autres et le bien commun. Lorsque cette philosophie s’implante au cœur et dans l’âme de toute personne, les meilleurs fruits de bonne gouvernance et une culture du leadership s’enracine conséquemment dans le quotidien de l’organisation de la société. 

CONCLUSION

De façon générale, l’anthropologie est plus consciente de son hybridation que beaucoup d’autres, comme on peut le voir dans les noms que la discipline donne à sa descendance. Elle regroupe les sous-domaines de l’anthropologie biologique, anthropologie culturelle, anthropologie linguistique, anthropologie sociale, l’anthropologie politique, l’anthropologie de l’action sociale, l’archéologie, les cultures régionales, théorie et méthodes anthropologiques. Existe-t-il quelque chose qi relie ces sous-domaines et qui les différencie des autres domaines ? Les liens qu’entretiennent la plupart de ces-domaines avec les sous-domaines des autres disciplines biologie, sociologie, linguistique, science politique, et paléontologie-sont plus étroits que ceux qu’ils entretiennent eux. Aujourd’hui, les anthropologues communiquent moins entre eux qu’avec leurs voisins. La distance couverte par l’anthropologie en une génération peut être mesurée par deux bornes. En 1948, Radcliffe-Brown voyait dans l’anthropologie la « science de la société », englobant la sociologie, l’économie, la psychologie, la science politique, etc. seulement vingt ans après, on peut lire qu’un « anthropologue général qui serait à l’aise dans tous les domaines est désormais généralement considéré comme un héros mythique, dont on ne trouve pas trace parmi aujourd’hui » (chang,1967 ,227 ). La dépendance à l’égard de l’extérieur est d’ordinaire facilement admise ; un éminent anthropologue assure que « sans les contributions d’autres disciplines classiques comme la philologie, l’archéologie, l’épigraphie, et la papyrologie, rien de ce que j’ai fait dans une perspective anthropologique n’aurait été possible » (vernant,1985 ,2). C’est là l’aveu typique d’un chercheur hybride

Plus particulièrement, l’Anthropologie sociale s’intéresse à l’organisation sociale à l’homme en tant que membre d’une société et aux rapports entre les hommes. Elle s’intéresse donc à la vie sociale. L’anthropologie sociale part de la vie sociale au niveau le plus générale jusqu’aux objets et activités à travers lesquelles, tandis que l’anthropologie culturelle part des techniques et des objets pour aboutir à des techniques par excellence que sont les coutumes, les institutions, et les croyances qui rendent possible et qui conditionnent la vie en société. L’anthropologie (sociale et culturelle) aspire surtout à cerner l’homme dans sa totalité et s’intéresse aux aspects culturels, ce qui sont appris par l’homme.












dimanche 2 mars 2025

Pour une philosophie rundi: L’EDUCATION morale dans le prisme de la tradition burundaise

 Pour une philosophie rundi



L’EDUCATION morale dans le prisme de la tradition burundaise


L'école familiale du soir: ku ziko

« Kirazira… »

« Harabaye… 

  Sije  nohahera…. »

Le conte pour l’éducation des enfants et l’épanouissement des liens sociaux

Selon l’anthropologue burundais NTABONA,  les contes à travers l’école familiale du soir avaient pour but l’évaluation, expériences vécues, personnes rencontrées, succès, et échecs de la journée. Les parents aidaient les enfants à interposer ce qu’ils avaient vécu en l’insérant dans ce grand ensemble de la société, à travers un récit qui mettait en scène un personnage. Une fois assimilait la narration, l’enfant apprenait sans effort ni violence à remettre en question certaines de ses attitudes et en améliorer certains autres. L’objectif de la narration était de situer les évènements de la vie quotidienne, de façon que le présent intègre le passé pour préparer l’avenir.  

En outre, les contes sont des mises en scène drôle ou dramatique de nos virtualités relationnelles. Le conte est considéré comme un voyage symbolique, mobilisant les ressources de l’imaginaire dans les virtualités de la réversibilité. L’intériorisation des contes renvoie aux trois axes symboliques: 1) Les représentations mentales visibles et invisibles (recours à la virtualité du dit et du non-dit sans explication) ; 2) Métamorphose imaginaires et jeux avec le réfèrent (autonomie entre signes et réfèrent) ; 3) Respect( transgression des conventions (N. Régis, 2022).

Qui plus est, souligne que la morale intervient dans l’ordre de  la socialisation  pour enfin accomplir sa fonction d’apprentissage et de transmission des normes, des règles de comportement, des valeurs du groupe social d’appartenance, afin que l’enfant  ou adulte puisse fonctionner adéquatement dans sa société. Cette socialisation se doit réaliser tant de façon consciente (remarques, punitions, rappels à l’ordre…) qu’inconsciente via l’imprégnation quotidienne (Jacques Marquet).

                               

Pour éduquer l’enfant au respect de la vie, le Kirazira reste en vigueur selon  la sagesse burundaise: « kirazira kwica inyamanza, umuserebanyi,… »


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samedi 15 février 2025

EMMANUEL KANT ET LE TRAITÉ DE PÉDAGOGIE : UNE RÉFLEXION SUR L'ÉDUCATION

 

EMMANUEL KANT ET LE TRAITÉ DE PÉDAGOGIE : UNE RÉFLEXION SUR L'ÉDUCATION.


INTRODUCTION


"L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est que ce que l’éducation fait de lui." — Emmanuel Kant. L’éducation est un pilier fondamental du développement humain. Mais qu’est-ce qu’éduquer réellement ? Faut-il imposer une discipline stricte ou laisser l’enfant évoluer librement ? Emmanuel Kant, philosophe des Lumières, apporte des réponses claires à travers son Traité de Pédagogie (1803). Pour lui, l’éducation ne consiste pas simplement à remplir les esprits de savoirs, mais à former des individus autonomes et responsables, aptes à contribuer à la société.


Dans quelle mesure cette vision kantienne est-elle toujours pertinente aujourd’hui, que ce soit en Afrique ou en Occident ? Et surtout, peut-on réellement façonner un individu uniquement par l’éducation ?


I. L’ÉDUCATION SELON KANT : UNE DISCIPLINE POUR LIBÉRER


1. L’éducation, un processus nécessaire pour devenir humain


Contrairement aux animaux qui naissent avec certains instincts développés, l’être humain est un être inachevé. Sans éducation, il ne peut ni parler, ni marcher, ni interagir selon les normes sociales. Kant affirme :


"L’homme est la seule créature qui doive être éduquée."


Prenons l’exemple d’un enfant élevé par des loups (comme Mowgli dans Le Livre de la Jungle) : sans contact avec les humains, il ne développera ni langage, ni culture, ni morale. L’éducation est donc essentielle pour transformer un individu brut en être humain accompli.


✅ Conclusion partielle : 

L’éducation est une nécessité absolue, sans laquelle l’homme resterait à l’état sauvage.


2. Éduquer, c’est discipliner avant tout


Pour Kant, l’éducation ne se limite pas à l’acquisition du savoir ; elle commence par la discipline. Un enfant laissé à lui-même devient vite incontrôlable. Il faut d’abord lui imposer des règles avant de lui donner la liberté de penser par lui-même. Kant affirme :


"La discipline transforme l’animalité en humanité."


Dans les sociétés africaines traditionnelles, la discipline joue un rôle clé : les aînés transmettent les règles du groupe aux plus jeunes. En Occident aussi, bien que l’éducation semble plus permissive, les règles restent omniprésentes (respect des horaires, interdiction des téléphones en classe, etc.).


✅ Conclusion partielle : 

La discipline, bien que stricte, est un passage obligé pour former des individus capables de vivre ensemble.


II. LE BUT FINAL DE L’ÉDUCATION : FORMER DES INDIVIDUS LIBRES ET AUTONOMES


1. Éduquer, ce n’est pas dresser mais apprendre à penser par soi-même


Après la discipline vient l’apprentissage de l’autonomie. L’objectif de Kant n’est pas de fabriquer des individus obéissants, mais de leur donner les outils pour réfléchir par eux-mêmes. Il dit :


"On ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher."


Dans certaines cultures africaines, les contes et proverbes sont utilisés pour enseigner la sagesse et encourager la réflexion. En France, la philosophie est enseignée au lycée pour développer l’esprit critique. Il ne suffit pas d’écouter passivement un professeur : il faut comprendre, analyser et questionner.


✅ Conclusion partielle : 

Une bonne éducation ne consiste pas à imposer un savoir, mais à donner aux élèves les moyens de penser et d’agir par eux-mêmes.


2. Éduquer, c’est préparer à la citoyenneté


Kant ne limite pas l’éducation à un objectif individuel : elle a aussi une dimension sociale et politique. Former des individus autonomes, c’est préparer de bons citoyens capables de participer activement à la société. Il affirme :


"L’éducation doit développer en l’homme la volonté de penser par lui-même et de participer à la vie publique."


Exemple marquant : Nelson Mandela disait que "L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde". Il l’a utilisée comme un outil de lutte contre l’apartheid pour construire une démocratie en Afrique du Sud. De même, pendant la Révolution française, l’éducation a joué un rôle clé dans la diffusion des idées de liberté et d’égalité.


✅ Conclusion partielle : 

L’éducation kantienne ne vise pas seulement l’épanouissement personnel, mais aussi la construction d’une société juste et éclairée.


CONCLUSION GÉNÉRALE


Si nous devions résumer la pensée kantienne en une phrase, ce serait :


L’éducation fait de nous des humains autonomes et responsables, en passant par trois étapes clés : discipline, autonomie et engagement citoyen.


Que ce soit en Afrique ou en Occident, l’éducation reste un enjeu crucial pour l’avenir. Mais peut-on tout attendre de l’éducation ?


Ouverture : 

Certains philosophes, comme Jean-Jacques Rousseau, pensent que trop de discipline entrave la liberté. Faut-il guider strictement les enfants ou les laisser découvrir le monde par eux-mêmes ? La réflexion reste ouverte… Après tout, Kant nous invite à penser par nous-mêmes !

samedi 8 février 2025

La société burundaise et la conception de la mort: attitudes et comportements devant la mort


 


La culture de la mort dans la tradition Burundaise

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La société Burundaise et la conception de la mort

Source de craintes et de doutes, les burundais considèrent la mort comme omniprésente, inévitable, voisine, juste, omnivore et gourmande, ravisseuse, méchamment déconcertante, impitoyable et enfin jalouse. (Ntahombonye, 1983) :

la mort est localisée partout : Ntirubahamwe, Rurihose 

La mort est aussi considérée comme inévitable : Ntiruhungwa (personne ne s’y échappe), Ntibarukinga, Ntirubuzwa (on ne peut pas lui interdire de prendre qui elle veut), etc.

la proximité de la mort : les Burundais voient que la mort est toujours tout près, au sein de l’enclos, à la cour. D’où on a des noms comme : Ntirubakure (elle n’habite pas loin); Rwamahafi (elle est toujours tout près) ; Rurikumbuga (elle est à la cour).

la justesse de la mort, il y a un consensus du fait qu’elle arrive à tout le monde sans distinction. D’ où certains parents appellent leurs enfants : Basabose (ils ressemblent à tous), Surwumwe (elle n’est pas d’un seul). 

omnivore et gourmande : Rusizubusa (elle ne laisse rien), Ntirunena (elle emporte tout sans pitié, tout le monde, les jeunes et les vieux, le laid et le beau, le pauvre et le riche).

l’impitoyabilité, la mort n’a pas de pitié du fait qu’elle tue des bébés, des innocents et cela, après une longue période de souffrances. C’est ainsi que l’on trouve des noms comme: Ruterimbabazi (elle cause pitié), Ruteyintimba (elle rend triste, elle chagrine), Ruranika (elle laisse les gens souffrir, elle malmène).

la jalousie : Rwankineza (elle hait le bien), Rurankiriza (elle fait échouer).

Les Burundais distinguent une mauvaise mort (celle qui tue quelqu’un après s’être alité un long moment) d’une bonne mort (celle qui prend quelqu’un après un bref temps de maladie), on dit: «rwamunyarukije» pour dire qu’elle ne l’a pas fait traîner dans la souffrance. Toutefois, il n’existe pas de mort naturel chez les barundi.  Toute mort est causée par quelque d’autre  même par suicide ou par accident est en principe tué par quelqu’un d’autre. Des méchants et des bandits sont tués par les dieux même s’ils sont assassinés. 

Attitudes et comportements devant la mort


comportements dus à la croyance qu’ils attachent aux ancêtres, protecteurs des vivants. 

angoisse et désorientation : peur de l’inconnue (Mulango) 

les pleurs, 

le soutien apporté à la famille du défunt (kugarukirako), 

arrêt temporel des activités : le deuil (Kugandara) et les pratiques connexes telles que : les cas de la mort du roi

hommes suspendaient leurs relations sexuelles et les taureaux étaient séparés des vaches, les bracelets étaient recouverts d’écorce, les activités habituelles devaient être modifiées. Ainsi, au lieu de baratter dans les instruments en courges (ibisabo), on utilisait des pots en argile. A la cour du roi, on ne ramassait plus la bouse des vaches. Bref, le monde était à l’envers, livré au chaos. On disait que le ciel s’était effondré (ijuru ryakorotse) (Mworoha, 1977) 

le défunt est habillé pour qu’il ne soit pas nu dans l’au-delà. On dépose sur sa tombe des ustensiles, des objets familiers, ou bien on y apporte de la nourriture pour que le défunt puisse se nourrir!


Les rites de funérailles

Dans le  Burundi traditionnel, des funérailles variaient selon qu’il s’agissait d’un décès d’un père ou d’une mère, des adultes morts sans avoir eu d’enfants, des enfants et enfin selon des circonstances de la mort. Pour un père ou une mère de famille, les funérailles étaient organisées avec attention de peur qu’ils ne se vengent contre les survivants. 

Les funérailles d’un chef de famille

1°) Kuraba amavuta umupfu: faire des onctions au mort.

La première onction est faite sur le front, la deuxième sur les yeux fermés, la troisième à la poitrine, la quatrième sur les paumes des mains et la cinquième sur le dessus des pieds. Le beurre des onctions doit être blanc sans mélange de parfum ou autre. La formule qui accompagne chaque onction est, pour la mère de famille: « Urerera urugo n’abana, uranyerera » (sois pour la famille, les enfants et moi-même la cause de bénédiction et de prospérité. Chaque enfant accompagnera son onction de ce simple mot uranyerera (sois pour moi un sujet de bénédiction).

2°) Kuraba ivyeru umupfu : cette cérémonie consiste à appliquer sur le front et les mains du mort la farine du sorgho, une plante culturellement chargée, au moyen de la pierre à moudre (ingasyiro) chargée d’un peu de farine de sorgho.

Les deux précédents actes (aux numéros 1° et 2°) ont la même signification. La première est l’expression de la piété filiale (l’hommage aux parents défunts). La deuxième signification est de concilier les bénédictions du défunt. Cela ressort de la formule employée « uranyerera » (que tu me portes bonheur).

3°) Kumwa : après cela on rasait le mort pour ne pas l’enterrer avec les cheveux, et pour le rendre convenable dans l’assemblée des Bazimu (les esprits).

4°)Gukûra ku gahanga: si c’est une femme enceinte, on procède à une opération: la mère et l’enfant seront enterrés séparément.

5°) Gutanga ibimazi : on donne ou plutôt on revêt le défunt de ses objets religieux, amulettes ( amasimbi), etc.

6°)Gutekera: on attache solidement les membres inférieurs au cou et on lie les jambes ensemble. 

Ne pas avoir quelqu’un pour vous rendre ce dernier service, c’est être délaissé de tous. On comprend dès lors le sens de l’insulte: « uragatabwa indamvu ». Selon cette pratique, on enveloppe le cadavre entièrement ou au moins on enveloppe la tête et les pieds dans une étoffe de ficus non encore apprêtée pour être portée. Envelopper le cadavre dans une étoffe de ficus, c’est le recommander une dernière fois à Dieu (Imana). 

7°) Guhamba (enterrement) comprenait les étapes suivantes:

Gusohora umupfu: sortir le mort de la chambre. On le sort les pieds en avant, pour lui laisser l’impression qu’il reste toujours dans la maison.

Guhamba : le travail de la mise en terre est fait par la famille, à l’exception d’un membre d’un ménage dont la femme est enceinte. Le défunt est couché dans sa tombe sur le côté droit si c’est un homme en signe de négation de faire l’acte conjugal (kuryamira ukuboko kw’abagabo); sur le côté gauche si c’est une femme (en signe de négation de faire l’acte conjugal).

Gukaraba (se laver les mains) : après avoir mis le mort en terre, on se lave les mains sur la tombe avec de l’eau en utilisant certaines herbes ou plantes spéciales pour ne pas emporter avec soi la mort dont on se croit contaminé au contact du défunt.

On verse sur la tombe le lait qu’on avait donné au défunt avant sa mort et qu’il n’avait pas bu entièrement. Le reste de ce lait doit être bu en ce moment par ses enfants. C’est pour que le mort garde le souvenir affectueux de sa famille et reste en communion avec elle.

On plante quatre piquets minuscules aux quatre coins de la tombe que la personne disparue ait l’impression de n’être jamais sortie de chez elle.

Le fait de mettre quelques pierres sur la tombe (si on le peut facilement on en met plusieurs) était appelé "agahabwa".

Kwikura urutamva : après l’enterrement, on prend un repas copieux mais sans sel ni viande, ni bière de sorgho, signe de se débarrasser de la malchance due à la mort.

Pour un initié: on procédait au rite d’initiation (kubandwa) avant d’entrer dans le deuil.

 Autres formes de funérailles

Les funérailles des adultes morts sans avoir eu d’enfants sont des rites qui montrent l’importance attachée à la fécondité en Afrique en général et au Burundi en particulier. Pour le Murundi, un être vivant n’a de valeur que s’il est fécond. Son respect et son honneur sont tributaires du nombre d’enfants. Aussi les funérailles des gens morts sans avoir donné la vie sera sans honneur et imprégnées d’une pitié plus blessante qu’une méchanceté ouverte (Ndigiriye, 1969, 1972).


Attitudes face à une personne morte sans enfant

le premier geste consiste à prendre une racine de ficus (umuvumu) et d’erythrine (umurinzi ) liés ensemble et enveloppés dans un peu d’herbes ou dans un morceau de natte pris à l’endroit où le mort avait l’habitude de s’asseoir pendant la réunion familiale (ubwicaro) . On fait passer le paquet sur le corps du défunt, puis à travers le feu du foyer ( iziko) sans le laisser brûler, puis à travers la hutte ou la fenêtre, si c’est une maison moderne.Le paquet sera exposé sur la tombe, après l’inhumation. Selon la signification donnée par Ndigiriye Emile, la racine d’erythrine signifie la providence du défunt sur la terre, celle du ficus l’espoir de ce monde, le morceau de natte, le bonheur en famille. Le contact du paquet sur le corps du défunt aurait pour but d’inviter l’esprit (muzimu ) de sortir du défunt et de se joindre au paquet. Le passage du paquet à travers l’âtre ardent viserait à brûler tous les espoirs de la terre et les souvenirs de la famille, afin que le défunt soit libéré de tout souci et entre chez les esprits (bazimu) sans arrière-pensée de la vie qu’il a vécue sur la terre et dans sa famille.

Vient le tour de mettre un charbon éteint dans ou sur les organes génitaux du défunt pour qu’il emporte le triste souvenir qu’il est éteint dans la famille: "yazimye". Cette cérémonie est très humiliante. 

Pour un enfant qui a procède, dès qu’il expire, on lui ferme les yeux comme on le fait à tous les mourants. Ensuite, on l’enroule dans une étoffe que sa mère portait. Nous ignorons la signification de ce rite.

Pour les enfants à la mamelle, les funérailles sont encore plus simples. Aussitôt que l’enfant expire, on lui ferme les yeux. On l’enveloppe dans un des habits que portait sa mère, ou son père s’il est orphelin de mère, ou sa tante, s’il est orphelin de père et de mère.

On détache du berceau (ingovyi), les attaches (imicisho) qui tenaient l’enfant à sa mère lorsque celle-ci le portait sur le dos. Cette cérémonie, appelée "guca umucisho", est poignante pour la mère qui comprend qu’elle est séparée pour toujours de son enfant. Elle garde encore le berceau pendant un certain temps à son oreille, pour garder l’espoir qu’un jour elle aura un autre enfant. Puis elle le jettera, parce qu’il est interdit de l’employer pour l’enfant suivant. L’inhumation se fait comme pour les grandes personnes. Les garçons sont couchés sur le côté droit et les filles sur le côté gauche. Après les rites de funérailles, les choses ne devaient pas s’arrêter là, il restait à faire le deuil.

Les pratiques de deuil

Concernant les pratiques de deuil au Burundi, on célébrait des cérémonies de deux types : 

la purification des traces de la mort ;

le réveil à la vie (Ndigiriye) 

La purification suivait en outre cinq étapes :

Vient en premier lieu le rasage des cheveux : "kwiharangura" (se raser complètement la tête) ou "kwikura uruhara rw’uwapfuye" (prendre part au dépouillement du défunt). 


En deuxième lieu, le servant-kimazi monte sur le toit de la case du défunt et y arrache la huppe (touffe d’herbes), "isunzu ry’inzu", emblème de la virilité de l’homme qui l’habitait, et le jette. Il fait sortir ensuite de la case le beurre, le sel et la viande séchée qui s’y trouvaient au moment du décès; on doit les jeter ou mieux, les donner en échange de main - d’oeuvre.


En troisième lieu, viennent les ablutions: "kwisukako ibirohe" (verser sur soi une eau trouble) ou s’éclabousser, ou passer par l’eau (guca ku mazi). Ces expressions ne signifient rien d’autre que faire sa toilette. Mais comme la mort a terni la beauté de la nature aux yeux des personnes en deuil, et comme l’acte de se laver rend de nouveau beau pour plaire, alors que la personne à plaire n’est plus, on emploi ces paraphrases.

Ainsi, à l’aube, les enfants mâles du défunt se rassemblent. L’héritier principal reçoit la lance du père, signe d’autorité courageuse, son frère l’arc et les autres fils les. Ce rite se passe très tôt le matin avant le lever du soleil. La même personne qui a rasé les membres de la famille endeuillée, précède tous les hommes et garçons et elle les amène à un ruisseau éloigné, à l’écart, en avant du gué, à un endroit non fréquenté. Là, on se lave tout le corps. Les femmes et les filles se lavent à la maison avec de l’eau puisée la veille. Quelques personnes restées à la maison font des travaux de nettoyage; elles font un grand feu avec les herbes qui ont servi de couchettes durant le deuil; ce feu réchauffera ceux qui viennent de se laver.

La quatrième étape consiste à sortir de la case les pierres du foyer : "ishiga ry’umugabo". En cas de décès d’une femme mariée, on éloigne aussi le bois du lit qu’elle occupait habituellement. On jette tout, loin des lieux fréquentés par la famille, dans une croisée de chemins. Si le conjoint reste en vie et envisage se remarier, le lit sera complètement démoli. Un homme veuf qui reçoit dans sa maison une nouvelle épouse, ou une veuve qui accueille un nouvel époux dans la maison du défunt, ne pourraient coucher dans le lit familial du défunt sans crainte de représailles du mort : "uburiri burahinda" (le lit du mort répudie).


Enfin vient le moment de « se blanchir », (Kweza) : cette cérémonie se passe dans le secret le plus absolu et elle n’est réservée qu’aux veufs et veuves encore jeunes qui peuvent envisager de secondes noces. Si le conjoint mort était un homme, le cousin du défunt (umuvyara) ou son frère ou son familier fait l’acte conjugal avec la veuve. Si au contraire, c’était la femme qui est morte, la cousine ou la soeur de la défunte se donne au mari. Le but de ce coït rituel est d’effacer toutes les traces de la mort dans le conjoint survivant. C’est la fin de la première partie des cérémonies. Elle est séparable, en temps illimité, des parties suivantes, dont le rite de "gutanga amasuka" (« procurer des houes ») qui symbolise la reprise des activités agricoles. On retardera en effet les cérémonies suivantes comme le réveil à la vie pour permettre d’aller cultiver les champs.

Le rôle particulier du lait dans la pratique de deuil

Généralement, on distingue deux sortes de lait. Le lait « de pioche » qui n’est rien d’autre que de la bière épaisse de sorgho (impeke), et le lait de vache. Les deux sortes de boisson peuvent être utilisées trois façons indifférentes pour cette cérémonie: traire pour les orphelins, dégustation du »lait » et laver le pot ou calebasse.

Les dernières étapes du deuil: gestion des affaires familiales et la pratique du « feu des ancêtres ».

Les affaires traitées par le conseil de famille sont: la recommandation des orphelins et de la veuve aux voisins et proches; le remboursement des dettes; la relève des réalisations en cours du défunt; la suite à donner, par l’héritier à ses engagements; la condonnation si le défunt est mort sans avoirs. Entre autres recommandations prendre soin de la veuve, des orphelins et du bétail. Tout se résume dans cette phrase en kirundi:

« Inarupfu yaraye murazigame impfuvyi, umwana akiba muratunge impfuvyi, inka ikona, muramenye ko yahora ari iy’umubanyi..."

On désigne ensuite le légataire, puis tous ceux qui ont hérité, les garçons, les filles, surtout ceux qui ont hérité des vaches ou qui reprennent à leur service des familiers et domestiques dont on donne le nombre et les noms. On déclare les dettes contractées par le défunt; par exemple contre-valeur de services et prestations non encore fournies; dot dont on n’a pas encore remis le produit (veau) au gendre, etc. Les affaires en cours, même très importantes, qui par oubli ou autre négligence, ne sont pas soumises au conseil à ce moment, sont par après classées sans suite. L’héritier est chargé de toutes ces responsabilités. Toutefois si le défunt n’a pas laissé de quoi régler les dettes, on condonne (on annule).

Les « majambo » (paroles) sont suivies par la dégustation de la bière de sorgho (umubira), bière de sorgho qui n’a pas fini de fermenter. Le murundi y verra un symbole du devenir, de l’avenir, de la prospérité escomptée: cette bière en effet peut encore s’améliorer en vieillissant. Un souhait exprime la même idée: « uranyerera » (que tu portes bonheur pour moi); un souhait de bonheur; qu’on puisse « devenir vieux » et prospère comme la bière qui est encore épaisse. On déguste la bière dans le même ordre que lors de la dégustation du « lait ». Mais les serviteurs, familiers et amis reçoivent une part toute spéciale ainsi que les petits-fils après avoir lancé le fruit de l’olivier sauvage en direction de la tombe du défunt: « ukwuzukuza » (se dit des petits enfants qui taquinent leur grand-père).

Après cette cérémonie, les personnes étrangères à la famille se retirent. Celle-ci se rassemble autour d’un grand feu allumé par le « kimazi » (serviteur) des ancêtres. Ce brasier des ancêtres est fait au milieu de l’entrée du kraal au moyen du bois spécial choisi par le conseil des anciens. On y ajoute du bois de plantes ou arbres qui fournissent habituellement les médicaments traditionnels de base, par exemple igicuncu, umuravumba, ntibuhunwa, nkurimwonga, umugombe, ikizibakanwa,...

Le feu pour allumer le brasier doit venir d’une famille dont on n’empruntera plus par après du feu, et ce même feu ne peut plus être donné à d’autres foyers. On sortira un tison brûlant lorsqu’on éteint le "brasier des ancêtres", pour l’utiliser dans le foyer de la case. Le repas rituel qui suit est cuit sur les braises du feu. On a déjà vu qu’il est composé de bananes douces, de bétail saigné et de sel. La tradition veut, on l’a vu aussi qu’on n’ira plus jamais chercher des bananes ou du sel chez les mêmes fournisseurs. Les bananes sont grillées dans les braises et on les trempe par le bout dans du sel en les mangeant: « kubidumba umunyu » (tremper dans du sel). Si on est assez riche pour se le permettre, on tuera un taurillon qui devra être mangé en un seul repas. On l’égorge alors en laissant le sang pénétrer le sol tout en disant: « que les ancêtres reçoivent par là leur part! ». La viande est également grillée sur les braises et mangée avec du sel comme les bananes.

A défaut de viande on saigne une vache; on lui tire quelques litres de sang que l’on fera cuire dans les braises et que l’on déguste avec les bananes et le sel. Si on n’a pas de viande et ne peut saigner une vache (si le défunt n’avait qu’une vache et que celle-ci vient d’être saignée peu auparavant) on coupe un bout de l’oreille de la vache et on mélange ceci avec le repas (« murinzi » ou repas protecteur). La vache qui a donné soit de son sang, soit un bout d’oreille est après très respectée et particulièrement bien soignée; c’est la vache des ancêtres: « inka y’abasokuru ). Elle ne pourrait être donnée ni vendue; son lait et son sang seront uniquement mangés par les participants au repas protecteur (« murinzi »).

On est à la veille de la reprise de la vie normale le feu des ancêtres est éteint. Pendant ce travail, le serviteur des mânes retire du feu un tison du bois spécial et avec les braises et cendres il va le jeter en un endroit retiré, au milieu d’un croisement de chemins abandonnés (imisibu). Désormais, il sera défendu aux membres du clan d’utiliser cette sorte de bois, ni comme bois de chauffage ni comme bois de construction ou comme bâton. Il devient l’arbre des ancêtres (« igiti c’abasokuru ») et on lui doit respect. Ainsi donc, la pratique de l’extinction du feu des ancêtres est un passage entre la situation malheureuse et la période de la reprise de la vie normale.


Orientations bibliographiques pour aller plus loin.

Source principale

Emmanuel Nibizi, Mourir au Burundi : Gestion de la mort et pratiques d’enterrement (2006), Mémoire, Université du Burundi, Bujumbura, 

Autres sources:

P. Ntahombaye, Des noms et des hommes. Aspects psychologiques et sociologiques du nom au Burundi, Karthala, Paris, 1983, pp 166-177

M. Mulago gwa Cikala, « La religion traditionnelle des Bantu et leur vision du monde », BCRA, Faculté de théologie

E. Mworoha, Peuples et rois de l’Afrique des Lacs, Les Nouvelles Editions Africaines, Dakar, 1977,

NDIGIRIYE, E., « Le lever de deuil chez les Barundi », ACA, Bujumbura, 1972.

56. NDIGIRIYE, E., « Les funérailles chez les Barundi », ACA, Bujumbura, 1969