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L’être humain n’existe qu’en communauté étant ensemble avec les autres d’où il est qualifié comme quelqu’un qui a d'ubuntu à travers les interactions
_______________________________________Document Pdf________________________________TABLE DE MATIERE
Introduction
CHAP.I GENERALITE
I.1. Le rapport du moi
avec les autres
I.1.1. Attitudes envers
autrui : la liberté, l’amour et le langage
I.1.2. Moi et autrui
CHAP.II
L’HOMME ET LA SOCIETE
II.1 La rencontre avec le monde
II.2 Les relations constructives avec autrui
II.3 La société
II.4 L’acceptation d’autrui et l’être pour autrui
CHAP.III MANIPULATION DE LA
PERSONNE HUMAINE D’AUTRUI
III.1 La société bourgeoise
III.2 La société démocratique
III.3 La société industrielle
Conclusion
0. Introduction
La personne humaine c’est un être
parmi les autres. Son caractère de sociabilité lui permet de cohabiter et de
communiquer avec les autres. Dans la société, la personne s’appréhende entourée
des autres êtres parmi lesquels elle reconnaît la présence de son semblable,
celui devant qui, elle ne peut pas rester indifférente.
En
effet, la présence d’autrui[1] crée
en moi un sentiment d’approbation ou de désapprobation selon la manière dont
nous nous entretenons. Soit, nous nous acceptons, soit, nous nous refusons l’un et l’autre. L’identité de
l’autre est donc relative selon la manière
dont les interlocuteurs s’entretiennent. Pour Sartre, interprété par
Mounier, l’autre c’est l’enfer, un obstacle qu’on a à minimiser et à
ignorer ; autrui est un objet subtilisé[2].
L’autre selon lui, est ma chute, devant autrui et sous son regard, mon être est
sorti de moi, exposé sans défense, il fait de moi un objet dépouillé et
possédé : je suis « vu », je suis « fait », je suis
« volé »[3] toute ma liberté et je reste en danger
d’être chosifié. Au contraire, selon Mounier, la manière dont je suis, je le
suis en faveur d’autrui, ainsi pour dire que, être c’est être pour autrui ou
c’est aimer. Les personnes sont sensées de vivre dans un climat de solidarité.
Mounier propose donc quelques voies de sorties pour dénoncer, réfuter certaines
idéologies qui, en réalité, prônent la dépersonnalisation de la personne
humaine soi-disant qu’elles sont au service de ladite personne, alors que,
c’est tout à fait le contraire. Il s’agit, en effet, de certains courants qui
résument l’individu à un être ramassé, à un élément de masse qui se noie dans
la foule, dans l’esclavage et sous la dépendance de l’argent et de la machine
ou des systèmes qui réduisent l’individu en outil de production, principalement
homme-ouvrier, homme-outil, qui n’existerait plus en dehors du cadre bien
déterminé. Au sens profond de ces courants, les valeurs inhumaines prennent le
premier rang, alors que la personne en soi est dépourvue de sa dignité, son
autonomie et ses initiatives.
L’homme
sera donc un automate qui travaille dans
le sens de l’évolution pour le progrès de l’univers, qui n’a pas le droit de
propriété sauf en tant qu’agent de la révolution. Mounier, vient donc
revendiquer la valeur de la personne du sujet et d’autrui. Pour lui, la vie
authentique, c’est vivre dans la solidarité, sans laquelle la vie n’a pas de
sens. Le sens de la personne est
conditionné par une coprésence réelle puisque, nous nous confrontons avec autrui
(nos semblables). L’Autrui est l’autre moi-même
qui est devant moi, le moi qui s’extériorise dans l’autrui. Ce dernier
est le reflet de ma personne, un miroir dans lequel je me regarde. C’est ici
donc que revient la préoccupation de savoir comment entretenir nos relations et
nos rapports avec autrui. Qui est-il d’abord en réalité ? Qui sont
réellement les autres avec qui je me confronte, où puis-je les rencontrer et
comment puis-je me comporter dignement devant eux? Ou bien encore, le sens
du respect d’autrui n’aurait-il commencé que du sens qu’on a en soi-même ;
« le sens d’autrui à proprement parler, ne commence qu’avec le
respect d’autrui et que respect en
autrui si ce n’est d’abord ce qu’on respecte en soi-même ? »[4]
Dans
ce travail-ci, l’idée maîtresse que je soutiendrai est celle selon laquelle le
sens d’autrui exige d’abord une certaine reconnaissance de soi, une certaine
intériorisation profonde de ma propre personne qui s’épanouira ensuite en une
ouverture au monde ou à la société pour rencontrer autrui, l’autre moi
extériorisé, collaborant ensemble dans un climat de solidarité selon lequel,
chacun est appelé à la réalisation de l’autonomie de la conscience de choix, à
exercer ses responsabilités tout en mettant l’accent sur les valeurs humaines.
Le
travail s’articulera en trois moments à savoir : d’abord, l’idée générale
sur les rapports du moi avec les autres ; il s’agit des rapports et
relations faites avec autrui, ensuite, l’homme et la société où je passerai en
revue les situations sociales ; il s’agit de la rencontre avec les autres,
la société et les relations internes. Enfin, j’aurai à parler de la
manipulation de la personne humaine où
les valeurs humaines sont poignardées en
faisant de la personne humaine un outil pour une finalité quelconque.
En
gros, autrui est une réalité que personne ne peut pas ignorer et qu’on n’arrive
jamais à se détacher. Autrui mérité sa place et d’être traité comme un sujet et
non comme un objet, d’exercer sa responsabilité en vue de l’établissement d’une
société authentique.
CHAP. I GENERALITES
I. 1 Le rapport du moi avec les autres.
I.1.1 Attitudes envers autrui : la liberté, l’amour
et le langage.
Tout ce qui vaut pour moi vaut
aussi pour autrui. Pendant que je tente de me libérer de la personne d’autrui, autrui tente de se libérer de la
mienne, pendant que je cherche à asservir autrui, autrui cherche à m’asservir.
Il ne s’agit nullement ici de relations unilatérales avec le sujet-en-soi, mais
de rapports réciproques et mouvants. Car, les diverses manières dont je me
servirai pour comprendre autrui, m’aident à comprendre et à savoir comment
puis-je me comporter en face de lui[5]. Je
suis possédé par autrui c’est-à-dire son regard façonne mon corps dans sa
nudité, le fait naître, le sculpte, le produit. L’autre détient et contribue dans la façon dont je
suis. Dans ce cas, cette possession n’est rien autre que la conscience de me
posséder et vice versa. Je suis responsable de mon être pour autrui, mais je
n’en suis pas le fondement comme aussi autrui contribue dans la culture de mon
être, mais sans en être responsable.
Quoiqu’il le fonde en toute liberté, dans et par sa libre transcendance. La
liberté d’autrui est le fondement de mon être. Bien sûr, je me dirige vers autrui
et je n’existe que dans la mesure où j’existe pour autrui[6] et
autrui de même. Ainsi donc, ce lien d’interdépendance entre moi et autrui est
alimenté par une flamme d’amour qui prend soin de la personne de l’autre en
tant qu’autre.
En
effet, celui qui veut être aimé ne désire pas l’asservissement de l’être aimé.
Il ne tient pas à devenir l’objet d’une possession débordante et mécanique. Il
ne veut pas posséder en automatisme et si l’on veut l’humilier, il suffit de
lui représenter la passion de l’aimé comme le résultat d’un déterminisme
physiologique : l’aimé se sentira dévalorisé dans son amour et dans son
être. Il arrive qu’un asservissement total de l’être aimé tue l’amour de
l’amant. Cela montre que le but est dépassé. L’amant se retrouve seul si l’aimé
s’est transformé en automate. L’amant ne désire pas posséder l’aimé comme on
possède une chose, il réclame un type spécial d’appropriation. Il veut posséder
une liberté comme liberté et c’est dans la liberté que l’amour atteint sa
finalité où les deux partenaires se sentent vraiment connecter l’un à l’autre.
L’amour crée un climat de distinction, de reconnaissance et de volonté de
l’autre en tant qu’autre, il est en effet, une nouvelle forme d’être[7].
Chacun entre les deux veut être aimé dans la liberté et réclame que cette
liberté soit le garant de leur
communion.
En
outre, à côté de la liberté et de l’amour, s’ajoute le langage pour soutenir
les rapports qui doivent exister entre moi et autrui. Le langage ne serait en
aucun cas inventé, puisqu’il suppose originellement un rapport à un autre
sujet, et dans l’intersubjectivité du pour-autrui, il n’est pas nécessaire de
l’inventer, car il est déjà donner dans la reconnaissance de l’autre. Heidegger
a raison de déclarer : « je suis ce que je dis ». Cela veut
dire que le langage fait partie de la condition humaine. Il est originellement
l’épreuve qu’un pour-soi peut faire de son être-pour-autrui, et ultérieurement
le dépassement de cette épreuve et son utilisation vers les possibilités d’être
ceci ou cela pour autrui. Il ne se distingue pas de la reconnaissance de
l’existence d’autrui. Le surgissement de l’autre en face de moi comme regard
fait surgir le langage comme condition de mon être. Ainsi, le sens de mes
expressions m’échappe toujours. Je ne sais jamais exactement si je signifie ce
que je veux signifier ni même si je suis signifiant. Pour ce, il faudrait que
je lise en l’autre, ce qui, par principe est inconcevable. Faute de savoir ce
que j’exprime en fait, pour autrui, je constitue mon langage comme un phénomène
incomplet de fait hors de moi. Dès que je m’exprime, je dévoile, en somme, le
sens de ce que je suis, puisque dans
cette perspective, s’exprimer et être ne font qu’un. L’autrui est toujours là,
présent et prouve ce qui donne au langage son sens. Le langage me révèle la liberté
de celui qui m’écoute en silence et une action dont autrui connaît exactement
l’effet. Au fur et à mesure qu’on avance, nous allons découvrir combien Mounier
souligne l’importance de la parole ou du dialogue dans la conservation de la vie vécue dans le succès au cours de
laquelle moi et autrui, nous nous comprenons malgré nos différences.
I.1.2
Le moi et autrui
Le jugement du comportement
d’autrui résulte de la morale qui naît de la demande de comment nous devons être pour réaliser pleinement
notre personnalité. Quand notre admiration arrive à l’estime d’un être humain
en tant qu’homme, nous sommes implicitement mis sur le chemin de la réponse à
cette demande. Il nous faut le témoignage concret d’une personnalité humaine
pleinement réalisée. D’où l’utilité de la morale qui nous stipule la manière
dont nous devons être et les critères de jugement sur un acte fait.
Le problème du jugement peut naître de la qualité
des rapports avec les autres. En effet, personne n’est indifférent du sort de
son milieu précis créé automatiquement à partir des liens de travail, de
compagnonnage, d’opinion. Mais quand on y regarde de près, l’identité de
l’autre m’échappe. D’où des inquiétudes sur ce que doit être autrui, sur son
statut social suscitent des jugements de tout genre jusqu’à caricaturer autrui,
lui conférant l’image d’un guetton. Dans le Huit
clos, Sartre propose une réponse : l’enfer c’est les
autres …le sommet de la souffrance pour l’homme n’est pas dans la douleur
physique ; il est dans le voisinage d’autres. Cet autre poursuit sans
cesse ma perte et me dépouille de mes possessions par son simple regard horrible. Quand je cherche à fuir, je n’y
arrive pas car même quand je ne suis pas regardé, je suis sans cesse jugé,
jaugé. L’expérience de la coexistence ne s’accompagne pas uniquement de cette
impression de vivre dans un ghetto eternel. L’autre est plus d’une fois mon
« ange gardien » qui me soutient dans l’épreuve. Nul succès n’est
envisageable sans son secours. A côté de ces amis qui me font vivre le Ciel,
selon l’expression de Gabriel Marcel, il y a aussi ces êtres chers dont
j’aimerais une compagnie sans limite. Cet enfant qui me donne l’impression
d’être fragile à force de l’aimer, cet ami dont la séparation me fait verser
des larmes chaudes, curieusement ces êtres dont je voudrais garder auprès de
moi pour mon propre bonheur me semblent plus éphémères[8].
Contrairement
à Marcel, Sartre conçoit le regard comme
un outil de combat entre les hommes. Le regard d’autrui pèse sur moi et guette
ma chute.
Avec
des expériences vécues telles que les merveilles de l’amour, la naissance d’un
enfant dans son innocence, la criminalité, la disparition d’un être cher, la
rencontre d’un autre que je hais soulève en moi le besoin de réfléchir sur ce que je suis par rapport à l’autre
et le sens de notre rapport. Face aux
expériences vécues, la morale nous aide à nourrir nos rapports avec autrui.
Aussi longtemps que nous négligeons la morale, aussi longtemps nous n’aurons
pas à prendre en considération des
vérités et des valeurs décrites par celle-ci, elle demande que nous appliquions ses règles à notre conduite, elle
ne demande pas plutôt que nous nous vengions de la personne d’autrui lorsque
celui-ci passe outre ces valeurs d’où la place et l’importance de la tolérance
dans les rapports avec autrui. Nous avons donc à accepter l’autre malgré sa
défaillance. Mais, l’accepter ce n’est pas seulement le tolérer par
indifférence mais aussi ce n’est pas seulement s’en abstenir[9]. Nous
devons juger des actes commis par autrui, mais non pas juger l’âme d’autrui.
Nous ne devons pas nous taire plutôt nous devons dénoncer à pleine voix,
l’injustice. Quand autrui s’est rendu coupable, nous pouvons changer de
conduite à son égard parce que nous n’avons plus confiance en lui ; il a
mis en péril certains biens sur lesquels nous devons veiller. Mais en moins
d’avoir une juridiction sur lui, nous ne sommes pas tenus de traduire dans
notre comportement notre réprobation de sa faute, car, juger comme nous
le signifie J. Maritain, c’est l’affaire du juge éternel et non l’affaire de
chacun à l’égard de l’autre. Personne n’est juge de son frère car autrui et
l’autre moi, je suis moi aussi de la sorte. « L’autre c’est mon semblable,
c’est un autre moi-même »[10].
Voir autrui comme s’il ne vaut rien, me rend moi-même de même puisque je
resterais prisonnier de moi, alors que pour Mounier, le sens d’autrui est
inséparable du sens de mon intérieur[11].
Autrui est l’autre moi à travers lequel je me regarde, je me détermine, je
mesure ma capacité de côtoyer avec mes semblables, d’où, nous bâtissons
ensemble une société authentique basée sur la solidarité, le dialogue et la
coresponsabilité. Il reste l’unique référence qui m’est donnée, afin que je me
réalise. Ce qui le blesse en effet, bon ou mauvais, me blesse aussi. Dans son
être, autrui mérite donc son respect, sa dignité, la confiance réciproque qu’il
y’a entre les autres. Sinon, quiconque
regarde autrui sans lui conférer la valeur qu’il lui faut, est comparé
avec quelqu’un qui regarde sa face dans un miroir et s’en va, tout de suite, il
oublie sa physionomie. Ainsi donc, « ce que je suis réellement et non
ce que je crois être, est le résultat des interactions entre le moi et les autres »[12].
Personne n’accède à sa propre humanité en ignorant les autres.
CHAP.II L’HOMME ET LA SOCIETE
II.1 Rencontre avec le monde
extérieur
Le paradigme de l’enfant nous fait
entrer dans la logique de la société. Dés la naissance, une personne entame une
nouvelle vie, celle de la société dans laquelle elle est née, elle y acquiert
toutes potentialités nécessaires au cours de sa vie. On peut assurer que, une
fois rater cette bonne occasion, difficile est de la rattraper d’où l’avantage
de l’intégration dans la société surtout dès le bas âge, d’abord par des liens
biologiques où l’enfant subit les traitements de ses propres parents. L’enfant
se découvre à travers l’autre, en autrui
tout en s’identifiant avec sa mère ou quelqu’un d’autre si proche avant de
faire une expérience sur soi. La façon d’apprendre dépend de la façon commandée par le regard d’autrui.
Ce dernier instruit sa personne, il est son maître, le moteur qui relève la
personne humaine vers autrui. Nous sommes donc reconnaissants devant qui
nous apparaît aussi comme une présence dirigée vers le monde et les
autres personnes sans bornes, mêlée à eux, en perspective d’universalité. Les autres
ne limitent pas ma personne, plutôt la font être et croître. Celle-ci n’existe
que vers autrui, elle ne se trouve qu’en autrui[13]. Le
moi suit les traces d’autrui, il cherche la manière dont il peut s’intégrer
chez autrui pour mieux vivre ensemble.
II.2 Les rapports (relations) constructifs avec autrui
Pour
mieux vivre authentiquement les relations avec autrui, deux aspects sont à
soigner indépendamment. Il s’agit donc de l’aspect intérieur c’est-à-dire
l’intimité avec soi-même et de l’aspect extérieur, c’est-à-dire relation avec
les autres.
D’emblée,
l’homme est un être perfectible et son changement dépend de la situation dans
laquelle il joue sa quotidienneté en tenant compte de la conscience de son
être. Cela prouve que dans la vie de tous les jours, l’intervention de soi ou
de quiconque est irremplaçable aussitôt
qu’elle est posée en toute conscience. Par conséquent, « mon intervention est plus efficace
quand j’arrive à m’écouter et à
m’accepter et que je puis être moi-même »[14].
Avec les expériences, l’être humain apprend qu’il est capable de s’écouter et
de devenir lui-même et de garantir ses relations avec les autres. Aussitôt
qu’il a la conscience de soi, accepte ses défaites, aussitôt il est mieux
disposé d’accepter et de comprendre les réactions et les torts de son prochain.
Les relations avec les autres nourrissent perpétuellement les mutations plutôt
que demeurer dans la passivité. La compassion, la tolérance sont des relais
entre les personnes et ne permettent qu’aucune soit manipulée par son prochain.
Ainsi donc, l’être est le fondement du respect et de la reconnaissance
d’autrui. Deux aspects fondamentaux sont à retenir, selon Mounier, pour mener
une vie heureuse avec autrui : il s’agit d’une part, de l’affirmation de
soi et d’autre part, de la capacité de choisir,
son pouvoir de décider et d’agir librement. Selon lui, « être c’est
aimer », « c’est s’affirmer ». Plus encore, « être
c’est s’affirmer », et « agir c’est choisir, par conséquent,
trancher, couper court et tout en adoptant, refuser, repousser ». [15]
La
liberté ne veut exclure ni peiner personne. Elle est à la fois l’objet de
l’affirmation de soi, l’intimité avec soi et l’objet de la reconnaissance
d’autrui. La personne se révèle grâce aux interconnexions nouées avec ses
semblables, avec qui, elle souhaite passer ensemble les meilleurs moments.
Ainsi donc, le sens de ma liberté commence avec le sens de la liberté d’autrui,
et, « je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui
m’entourent, hommes et femmes, sont également libres, (…) je ne deviens libre
que par la liberté des autres »[16]. La
liberté est donc le fondement des relations interpersonnelles. Elle commence
au-dedans de la personne puisque celle-ci
devrait être unie en elle-même, avant d’établir des relations avec
l’extérieur. C’est ainsi que Mounier décrit une personne libre, responsable,
capable de dialoguer avec les autres,
d’où le sens des rapports effectués avec autrui. La sagesse burundaise est de
même avis sur ce point : « Ntawutanga ico adafise », sous-entend
qu’on ne donne que ce qu’on a, ainsi pour dire que l’unité, la solidarité ne
commencent que du dedans avant d’être partagées. Tout cela culmine sur le
rapport libre face aux autres, la possibilité d’établir une relation sans être
aliéné, une liberté qui implique la coresponsabilité et un esprit d’échange. Bien plus, autrui
fait croître et grandir nos relations et
cela ne se manifeste que dans la communion de l’intérieur et de l’extérieur.
Vue
comment l’intimité avec soi ouvre des horizons envers les autres, voyons
ensuite les relations concrètes avec autrui. Mes relations avec les autres me
permettent de comprendre l’autre sans préjugés. Pour mieux réussir, je me prive
de toutes positions critiques en étant plutôt attentif à accueillir les
suggestions des autres et cela n’est possible que lorsque je me mets à la
disposition d’écouter l’autre qui me parle. C’est à travers le dialogue que
nous tissons des relations d’intersubjectivités. Aussitôt que « Je me
permets de comprendre vraiment une
personne, il se pourrait que cette compréhension me fasse changer »[17].
C’est donc dans le dialogue selon Mounier, que l’être humain met en exercice sa
liberté et découvre ses possibilités de reconnaître la personne d’autrui. Cette
découverte est enrichissante dans le fait qu’elle est réciproque d’où le sens
profond du dialogue. Selon Mounier, c’est dans le dialogue que nous nous
comprenions et fluctuions nos rapports. Le dialogue pourvoit la possibilité
d’établir des liens avec les autres du fait qu’une personne a toujours besoin
des autres pour coopérer et cheminer ensemble. Et d’ailleurs, l’être humain
porte les autres en lui dès sa naissance, il est chargé d’hérédité et bientôt
de langage, et toute l’affaire du développement de la personne consistera à
s’appuyer sur le social en l’organisant, afin de substituer à l’ordre de la
détermination celui du choix et du libre amour[18]. Par
essence, le langage n’est pas d’un seul homme mais de plusieurs, d’où le
« dialogue », consiste au moins en un échange entre « Je »
et « Tu ». Dans le dialogue, je me découvre en parlant et en
découvrant l’autre, ou plutôt je découvre moi-même et autrui dans et par la
parole. L’être humain est donc un être de parole et celle-ci ne prend pas son
point de départ dans le monologue, mais dans le dialogue[19].
C’est dans le dialogue que se crée un climat de communication sincère. La
personne selon Mounier, est en effet, un dedans qui a besoin du dehors, de s’épanouir, de s’exprimer, s’extérioriser ses
sentiments, dans la mimique ou la parole, à intervenir dans les affaires
d’autrui et en certains cas de rompre son égocentrisme, d’où la vie extérieure
est à conserver avec succès : sans elle, la vie intérieure devient folle,
elle délire[20].
Certaines
cultures y compris la nôtre, mettent en évidence le dialogue pour insister sur
l’importance de la parole pour le bien être de la personne et de la société
toute entière. Tel est souvent exprimé à travers les proverbes, les dictons
pour éveiller les gens afin qu’il s’ouvre les voies de rencontre et de
dialogue : « umugabo ntavumba inzoga avumba ijambo », une
manière de dire que l’homme ne cherche pas de la bière, plutôt la parole ou
encore « umuntu ngumuntu ngamuntu » (Bantoue) ; on est humain grâce a sa connexion avec les autres,
chacun est lié aux autres ou encore, nous sommes connectés par et dans l’esprit
par l’intermédiaire du dialogue. Selon Mounier, les autres ne limitent pas la personne, plutôt ils la font
être et croître. Je ne puis être moi qu’avec l’aide d’autrui et aucun moment
une conscience n’est capable d’un accroissement d’être sans en être redevable
tout d’abord à son dialogue avec une autre conscience, et exige un style de
reconnaître. Pour Mounier, « avoir le sens d’autrui, c’est accepter un
autre différent de moi-même, qui par l’attention et le respect que je lui porte
devient mon semblable, un autre moi-même »[21].
Autrement dit, « je n’existe que dans la mesure où j’existe pour autrui et
à la limite être c’est aimer »[22].
C’est-à-dire que le fait de comprendre et d’accepter le caractère d’autrui est
l’unique voie pour briser notre égocentrisme et établir des liens durables d’où
la notion de société est toujours permanente dans la culture de tout être
humain.
II.3 La société
Vue l’expérience quotidienne de la
personne, le « je » et le « tu », ensemble font un
« nous », une société toute entière. Une société authentique doit
avoir une organisation dont les structures, les mœurs, les institutions
marquent la présence humaine. Une telle société se qualifie selon les modes de
relations qui se créent à l’intérieur d’elle-même et correspond, selon Mounier,
à une famille ; « communauté de base par excellence, car une
communauté si petite soit-elle, est toujours supérieure à n’importe quelle société, en raison de
l’esprit qui l’anime ».[23] La
société implique donc un ensemble de personnes dans un état solidaire et constituant un groupe intermédiaire entre
l’individu et la société entière. Dans la culture africaine, en particulier
celle Bantoue dans laquelle est située la nôtre, la solidarité et le dialogue
priment. L’être humain n’existe qu’en communauté, étant ensemble avec les
autres d’où il est qualifié comme quelqu’un qui a d’ubuntu[24] c’est-à-dire d’humanité. La personne
n’est ce qu’elle est qu’à travers les autres. Cette culture culmine sur le
« je suis grâce à ce que nous sommes tous » ou « je suis
parce que vous êtes ce que vous êtes » d’où l’importance de la société
pour la réalisation de la personne humaine : « Umuntu ngumutu
ngamuntu ». Isolée, une personne
n’existe pas, ou elle existe, mais ne grandit pas, car c’est la tâche de la société de la faire grandir (exemple du
paradigme de l’enfant). Il est difficile pour une personne de développer ses
dispositions naturelles, elle se courbe au lieu de s’élever, et en dehors de la
société, aucun progrès n’est possible. Car, la vie en société impose les règles
du droit et discipline, ceci pour souligner la part de la société dans
l’éducation humaine[25].
Dans
la société, une personne vit dans la dépendance des autres auxquelles elle est
avec, dans le corps de la société. Elle est en effet, caractérisée par une
série d’acte dont, premièrement, la sortie de soi, c’est-à-dire avoir la
capacité de se détacher de soi-même, de se déposséder, se décentrer pour être
disponible à autrui. Ne libère les autres que celui qui s’est libéré lui-même
de son égocentrisme. Deuxièmement, la capacité de comprendre l’autre, la
capacité de pouvoir quitter sa position pour embrasser celle d’autrui dans sa
singularité. Troisièmement, une prise en charge sur soi qui suppose la
capacité de pouvoir assumer le destin, la peine, la joie, la tâche d’autrui.
Quatrièmement, la capacité de donner, c’est-à-dire avoir la générosité de la
gratuité, de donner sans espérer le retour. La générosité dissout l’opacité et
annule la solitude, désarme le refus de l’autre. Elle crée un climat de pardon
et de la confiance. Et enfin, cinquièmement, la fidélité. Celle-ci est le
moteur de toute solidarité, elle est continuelle au cours de la vie car une
personne a toujours besoin du secours. La fidélité demeure donc continuellement.[26]
Cependant,
dans la société, les défaites et les déviations ne manquent pas car tout n’est
pas toujours rose et elles ne sont pas tout à fait à bannir puisque, même dans
les conflits, on y tire des leçons en
vue de promouvoir la société : les conflits bien gérés pourvoient une
reconnaissance mutuelle et en même temps une règle de vie. Il suffit qu’entre
les deux parties, chacun prend soin de l’autre avec respect, écoute l’autre
selon ses besoins. Autrement dit, selon
l’expression de Mounier, « le monde des autres n’est pas un jardin de
délice », « n’est pas amour du matin au soir » et c’est pour
cela que la communication subit plusieurs échecs. Le « je suis ce que je
suis parce que nous sommes tous » est quelque fois brisé : le
cheminement de camaraderie, de l’amitié, de l’amour, de solidarité et fidélité,
du respect de l’autre, etc. perd son goût et par conséquent, les caractéristiques
cité ci-haut perdent leurs validités fraternelles et engendrent un malentendu
entre les individus et une mauvaise
humeur à l’égard de la réciprocité. Mais malgré tout, le dialogue prime pour le
rétablissement de toute relation, une fois communication brisée.
II.4
L’acceptation d’autrui et être pour autrui
Le processus de relation et de
reconnaissance de la personne d’autrui invoque les notions de disponibilité et
d’indisponibilité. Ces dernières déterminent les rapports qui doivent être
entre les deux sujets qui communiquent. En effet, la disponibilité implique
l’ouverture qui doit caractériser une personne devant son semblable et
l’indisponibilité au contraire, détermine l’ « être avare »,
l’ « être plein de soi » de la personne. Ainsi donc, « si
je me renferme sur moi la courbure égocentrique, si je me fais propriétaire de
moi-même, je développe en moi une opacité qui est la source de l’opacité que je
développe ensuite sur les autres »[27].
L’indisponibilité coupe court à toute relation source de collaboration avec les
autres, avec lesquelles, la personne était en connexion. Par conséquent, elle
reconnaît l’autre comme un objet, une façon d’auto-négation puisque elle aussi,
à son tour, sera chosifiée par le regard d’autrui. Au cas contraire, la disponibilité
crée un lien de fidélité créatrice, une ouverture dans l’être de la personne.
Cela permet donc les entrées et les sorties, d’où, l’intersubjectivité entre
les sujets ; « je suis ouvert au monde et à autrui, je me prête à
leur influence sans calcul ni méfiance (…), la présence de l’autre, au lieu de
me figer, apparaît au contraire comme une source bienfaisante et sans doute
nécessaire de renouvellement »[28].
CHAP.III MANIPULATION DE LA
PERSONNE D’AUTRUI
Comme c’est déjà souligner ci-haut,
l’intersubjectivité fait nuire toute tendance qui vise à considérer une
personne dans l’unique face d’un gai visé, afin de consolider des relations
avec les autres d’où la manipulation de la personne n’a pas sa raison d’être.
En effet, il n’y a pas de plus grande
sauvagerie que celle de méconnaître, se méfier de la personne d’autrui jusqu’à
nier même son existence. Le monde actuel a souvent une vision plus matérialiste
qu’anthropologique d’où il est sous la domination de l’indifférence totale dans
laquelle on ne s’intéresse plus de la personne de quelqu’un, mais plutôt, du
service qu’il doit accomplir tout en visant ce qu’il va produire. La question
est donc de savoir comment distinguer la personne de la machine, d’un automate
ou du robot. En outre, l’homme moderne est engloutit par des rapports inhumains où il est tombé
sous la servitude de l’anonymat (la masse), de l’inauthenticité, corrompu du
collectivitivisme, du masque politique, etc. Il est donc en perpétuelle
mutation : outil ou travailleur au travail, électeur en politique, il est
à la fois maître et esclave. Il faudrait donc le libérer de toute servitude
pour l’éduquer à l’auto-détermination. Les
trois cas ci-après nous aident à
savoir d’abord, dans quel cas l’être humain est sous l’assujettissement des
autres et propose ensuite des voix de sorties.
III.1 La société bourgeoise
Précédemment a été évoquée la
réciprocité comme moyen pour assurer l’interconnexion entre les personnes, et
que tout ce qui passe outre est à bannir puisqu’ il handicape l’organisation
établie. L’esprit bourgeois fait partie de cela, il culmine sur la matérialité
des choses : l’argent par exemple. Selon lui, avec l’argent on a tout, on
est capable de tout car tout s’achète. Par conséquent, le bourgeois est privé
du contact avec les autres en espérant qu’il va en acheter. Le bourgeois est
sous la servitude de l’argent d’où il est condamné à vivre selon les conditions
inhumaines. On distingue trois catégories d’individu au sein de la bourgeoisie
et aucun d’eux ne se détourne du règne de l’argent. Ils sont tous sous la servitude de l’argent.
Il s’agit du riche, du petit bourgeois et du pauvre misérable. La vie du riche
culmine sur le pouvoir, c’est un homme « à qui rien ne résiste »,
« pour lui, tout s’achète » : l’amitié, l’amour, la famille,
etc. Cela rend moins important les rapports qui devraient être entre lui et les
autres. Le petit bourgeois n’est qu’un moyen pour avancer l’économie, il est
comme un outil dont se sert pour une fin quelconque. Il est sous la domination
de l’économie, sa vie intérieure est anesthésiée par le matérialisme qui
élimine dans sa vie la générosité, la fantaisie, l’amour. Il n’est plus capable
de communier avec les autres, ni les riches ni les pauvres de son niveau. Il
est toujours à mi-chemin et à courir derrière les finalités matérielles. Le
pauvre, lui, qui n’a rien ne désir rien. Concrètement, aucun de ces trois n’est
vraiment en dehors du règne de l’argent, tous sont persuadés que l’argent est
bon, qu’avec l’argent on a tout y compris la morale, le bonheur, le pouvoir, la
souveraineté, etc.[29]
Après tout cela, la bourgeoisie ignore ce qui est important en adoptant
l’éphémère.
La bourgeoisie aurait besoin d’éducation
morale pour le respect de la dignité humaine. Il aurait fallu qu’elle soit
éduquée pour qu’elle soit animée d’amour, de sympathie, de compassion, de
tolérance, …, pour mieux vivre en communion avec les autres non seulement
en se laissant gober du matérialisme,
plutôt, des vertus morales qui font d’elle vertueuse, honnête pour
pouvoir se contenter de la culture morale, sentimentale, matérielle afin de
satisfaire tous ses besoins avec toute tranquillité. Sinon, se laisser dompter
par le matériel seulement anéantit toute sa personne, puisque aucune relation
ne serait établie en dehors de la finalité matérielle. Toutes les relations
seront coupées court, et, que ce soit le maître ou l’esclave, seront tous
aliénés ;
« Le
bourgeois (le maître), parce qu’il s’est affranchi de la loi du travail et a
renoncé à toute humanité dans ses
relations sociales, le travailleur parce qu’il est privé du fruit de son
travail et qu’il se réfugie dans les idéaux mystificateurs, le détournant de
son destin révolutionnaire »[30].
III.2
Civilisation industrielle
Avec le progrès technique, nous ne
pouvons pas ne pas affirmer qu’il y ait une révolution technologique et
économique qui vient comme une solution à des difficultés qu’a connues
l’humanité. La civilisation industrielle a libéré l’homme des tâches les plus lourdes et des
conditions de travail extravagantes. Néanmoins, ce système crée aussi un climat
désavantageux pour l’être humain : Celui-ci devient esclave de la machine et,
sa valeur n’équivaut qu’au fruit de son travail, c’est-à-dire sa valeur ne se
résume qu’en ouvrier ou outil de travail. Plus encore, le chômage et
l’uniformisme gagnent du terrain d’où l’abêtissement et l’immoralité nuisent toute vie intérieure : la
négation de la personne[31].
Cela prouve que, le développement industriel ne devrait pas être classé au-delà
de l’éthique plutôt l’inverse.
Selon Mounier, il est possible d’établir une alliance entre la technologie et l’éthique soit en
personnifiant l’économie et en institutionnalisant
le personnel industriel tout en comptant sur leur interdépendance :
« technique et éthique, sont deux pôles de l’inséparable coopération de la
présence et de l’opération chez un être qui ne fait qu’en proportion de ce
qu’il est, et qui n’est qu’en faisant »[32]. Et
d’ailleurs, le travail anoblie l’homme et l’ouvrier mérite son salaire. Le
travail permet l’accomplissement de la personne et noue des liens de solidarité
qui établissent une communion humaine. Pour mieux donc assumer correctement son
travail, « la personne doit
posséder la pleine propriété d’elle-même et de ses actes, (…) le produit de son
travail doit lui appartenir en propre, ou, à défaut, être remplacé par un
salaire »[33]. L’homme n’est pas un objet de l’économie, ses
besoins doivent être en proportion avec son mode de vie et il faut s’y habituer
pour gagner son pain quotidien sans avoir mis en jeu sa personne. Par ailleurs,
Mounier n’est pas contre la primauté de l’économie mais, « il n’en résulte
pas que les valeurs économiques soient exclusives, ou supérieures aux
autres : le primat de l’économie est un désordre historique dont il faut
sortir »[34].
En plus, il est à dénoncer toute politique qui ôte l’accent sur les valeurs
humaines en vue d’une autre finalité. Selon Mounier, l’homme est appelé à
dépasser tout ce qui cherche à le pervertir afin de le détourner de sa dignité.
« Il doit retrouver la disposition de lui-même, ses valeurs subverties par
la tyrannie de la production et du profit, sa condition décentrée par les
délires de la spéculation »[35].
III.3 La société démocratique
L’homme est un être social et
politique dit Aristote. Et il est évident qu’une société soit organisée et qui
dit organisation ne s’écarte pas de la façon dont une société peut être
gouvernée. Optons ici pour la démocratie, « le régime qui repose sur
la responsabilité et l’organisation fonctionnelle de toutes les personnes
constituant la communauté sociale »[36]. Or,
une fois la démocratie est détournée pratiquement de ce sens, les effets
deviennent inhumains. La démocratie qui était le gouvernement du peuple pour le
peuple et par le peuple, se substitue en oligarchie et le reste sera du moins
corrompu de la foule anonyme, alors qu’il y a un si peu nombre bénéficiaire de
haut niveau. Trois postulats sont ici explicités pour montrer les faits et les
défaites de la démocratie : il s’agit d’abord de la souveraineté populaire qui postule sur la volonté générale et la
loi du nombre, ensuite, la volonté
générale où le peuple manifeste sa volonté par l’intermédiaire d’un certain
nombre de représentants. La confiance du peuple est souvent détournée et
exploitée. Le peuple règne mais ne gouverne pas. Il règne dans la mesure où
c’est à lui de choisir le représentant à travers les élections. Certainement,
on élu le gouvernant, mais non pas le
mode du gouvernement. Il s’agit enfin de la
loi du nombre selon laquelle la majorité est exaltée. Souvent ici, le
peuple est exploité suivant les feintes du système qui prétend être à son service, plutôt le contraire. Le système use
souvent les tactiques de soulèvement populaire pour réfuter ou adopter (une loi
quelconque). Malheureusement le peuple, n’en connaît plus le contenu. Ce qu’on
pourrait donc appeler la politique de
masse ou populaire, d’où l’inquiétude du personnalisme qui s’inquiète de la
légitimité du pouvoir exercé par l’homme sur l’homme, selon lequel tout terme
est à idéaliser ou écraser. Il faudrait
que la personne puisse d’abord être protégée contre l’abus du pouvoir,
et tout pouvoir non contrôlé tend à l’abus. Cette protection exige un statut
public de la personne[37]. Il
faudrait, en effet, que la personne soit subordonnée et garde sa souveraineté
du sujet libre et responsable, réduire le plus possible toute forme
d’aliénation qui l’impose la condition de gouverner de sorte que le peuple ne soit pas engloutit dans l’anonymat plutôt, soit bénéficiaire du
pouvoir, au lieu d’être objet du
pouvoir.
Conclusion
L’autre est une réalité qu’on ne peut pas ignorer, il est notre compagnon
de route qu’on n’arrive pas à se détacher. Il est facile de le caricaturer,
dire n’importe quoi sur lui, mais difficile voire impossible de se détourner de
sa présence. Qu’on le veuille ou pas,
qu’on l’aime ou pas, qu’on veut établir des liens avec lui ou pas, il reste près de nous, devant nous, son regard
ne nous est jamais privé. Il est donc notre prochain. Il est d’une part celui
avec qui on peut nouer des liens amicaux, comme expression des relations
intersubjectives, et d’autre part celui auquel on est lié à travers les
institutions. Ce qui est sûr, nous sommes invités à reconnaître l’autre, nous
conformer et nous référer à lui, avoir la compassion, au cas où il est dans les
moments difficiles. En effet, c’est en intériorisant ce qu’ont subi les autres
qu’on peut comprendre des réalités propres à nous. Et d’ailleurs, c’est lorsque
nous avons été malade, affamés que nous sommes à mesure de comprendre les
autres qui sont dans les situations pareilles. Selon Héraclite d’Ephèse, on
apprécie la santé que lorsqu’on a été au moins malade. La faim de même, sans en
avoir subi, on aurait jamais en vie de manger ou on le ferait du moins sans
joie. Ainsi donc, comprendre bien quelqu’un, c’est se comprendre
soi-même, autrement dit, pour comprendre quelqu’un, il faut le porter en
soi-même, avoir senti le fait d’être exclu des autres, solitaire, oublié. A
moins qu’on soit dépourvu de raison,
l’autre mérite d’être traité digne de son nom[38], il
est le reflet de notre propre personne. Bien que l’habitude et le reflexe
cartésien, dit le camerounais Martial Ze Belinga, veulent que l’individu se
révèle à lui-même par le seul moyen de la raison, la perspective africaine
d’« ubuntu » est tout autre. Le « je suis parce que vous êtes ce que
vous êtes » change l’identification
et la prise en charge de sa conscience,
le solipsisme individuel est substitué par une connaissance simultanée de
l’être par l’autre, l’altérité. L’individu a besoin de la reconnaissance de
l’autre pour exister et vice versa. N’importe
où nous sommes, dans tous les domaines, nous sommes condamnés à vivre
avec autrui. Son altérité se révèle de multiple forme : sur le plan linguistique, sous forme du
dialogue, l’écoute de la parole reçue fait partie intégrante du discours qui
nous relie. Sur le plan de l’action, l’auto- désignation de l’agent apparaît
inséparable de l’autre qui nous désigne à l’accusatif comme l’acteur de nos
actions. Sur le plan éthique, bien
vivre avec et pour autrui dans les institutions justes, renvoie au pour autrui
où l’amitié avec autrui est la condition d’être ami de soi[39].
Comme
moi, autrui mérite sa place, il mérite d’être traité comme un sujet et non
comme un objet car il est objet, instrument, lorsqu’il est traité comme absent,
il est sujet, lorsqu’il est traité comme présent, dans ce cas on reconnaît
qu’on ne peut pas le définir, qu’il est inépuisable. L’homme n’est présent que
quand il justifie sa responsabilité. Certes, « toute organisation, toute
technique, toute théorie qui conteste à la personne cette vocation du choix
responsable, ou en raréfie l’exercice fût-elle accompagnée de mille séductions,
est un poison plus dangereux que le désespoir ».[40]
BIBLIOGRAPHIE
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L’AUTEUR
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2.
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E. COURS
1. NIZIGIYIMANA
M-G, Cours d’Anthropologie philosophique
I, 2014-2015
[1] Sans ignoré la différence qu’il
y a entre « autrui » et « autre », dans mon travail,
ces deux termes sont pris comme des synonymes. Mais cela n’empêche de souligner
cette différence : Tout autrui est autre, mais l’inverse n’est pas vrai.
Autrui est toujours un individu humain tandis qu’autre peut être soit un
individu, soit Dieu, soit un animal, ou soit un objet matériel. Que cela ne
tienne, ces autres sens sont mis de côté dans mon travail.
[2] Cf. E. MOUNIER, Introduction aux existentialismes, Ed.
DENOËL, Paris 1947, 95.
[3] Ibidem, 96.
[4] Idem, Traité du caractère, Seuil, Paris 1956, 351.
[5]
Cf. E. MOUNIER, Le personnalisme, PUF, paris 1949, 9.
Un document produit en version numérique par Gemma Paquet, dans le cadre de la
collection : « Les classiques des sciences sociales », site
web : http//clasiques.uqac.ca/.
[6] Cf. Ibidem, 36.
[7]
Cf. Ibidem, 38.
[8]
Cf. M-G NIZIGIYIMANA, Cours d’Anthropologie philosophique I, 2014-2015, 8-9.
[9] Cf. E MOUNIER, Traité du caractère, 530.
[10] Ibidem, 351.
[11] Cf. Ivi.
[12] J-M. NOËL, Le désir inconscient de Dieu, Declée de Brouwer, Paris, n.d. 41.
[13] Cf. E. MOUNIER, Le personnalisme, 35-36.
[14] C.-R. ROGERS, Le développement de la personne, DUNOD,
Paris 1968, 16.
[15] Cf. E.MOUNIER, Le personnalisme, 62.
[16] Ibidem, 68.
[17] C.-R. ROGERS, Le développement de la personne ,17.
[18] Cf. J-M. DOMENACH, Emmanuel Mounier, Seuil, Paris 1992,
190, cité in J-M PRIELS, « Carl
Rogers et Emmanuel Mounier». Une synthèse
proposée et mise en perspective de quelques idées de Carl Rogers et Emmanuel
Mounier par PRIELS JEAN-MARC ayant comme
titre Perspectives personnalistes
et révolutionnaires pour l’avènement de la personne nouvelle, File///C:/Users/INFORMATIQUES/Downloads/afpcp%20(2).
pdf.
[19] Cf. J. LACROIX, Le personnalisme
comme anti-idéologie, PUF, 1972, 164 cité in J - M PRIELS, « Carl Rogers et Emmanuel Mounier ».
[20] Cf. E. MOUNIER, Le personnalisme, 56.
[21] C. MOIX, La pensée d’Emmanuel Mounier, Seuil, Paris 1960, 341.
[22] E., MOUNIER, Le personnalisme,
36.
[23] E. MOUNIER, Manifeste au service du personnalisme, Edit. Montaigne, Paris
1936 cité in M.-T. COLLOT- GUYER, La
cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, presses universitaires de Nancy,
Paris 1983, 221.
[24] Ubuntu est une philosophie
humaniste africaine fondée sur une éthique du solidarisme reposant sur la
relation à l’autre. Ubuntu est la pensée qui a inspirée Nelson Mandela pour sa
politique de « vérité et réconciliation » in http://souspression.canalblog.com/archives/2013/12/09/28616532.html
[25] Cf. E. KANT, Idée
d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Bordas, Paris
2006, 89-90.
[26] Cf. E.MOUNIER., le personnalisme, 37.
[27] E. MOUNIER, Introduction aux existentialismes, 104.
[28] Ibidem, 106.
[29]E. MOUNIER, Révolution personnaliste et communautaire, t1, Seuil, Paris 1961,238-243. Cité in M.-T. COLLOT-GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, 61.
[30] E. MOUNIER, Manifeste au service du personnalisme, 511 -512, cité in
M.-T. COLLOT-GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, 74.
[31]
Cf. E. MOUNIER, Manifeste au service du personnalisme, 583-584, cité in M.-T. COLLOT GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, 83.
[32]E. MOUNIER, Le personnalisme, 94.
[33]M.-T. COLLOT-GUYER, La cite personnaliste d’Emmanuel Mounier,
263.
[34]E.MOUNIER, Le personnalisme, 105.
[35]
Ibidem, 106.
[36] E. MOUNIER, Révolution personnaliste et communautaire, 294, cité in M.-T.
COLLOT-GUYER, La cité personnaliste
d’Emmanuel Mounier, 76.
[37] Cf. Idem, Le personnalisme,
114.
[38] YVANKA RAYOVA, « Le problème de l’autre dans la philosophie
française du vingtième siècle », tiré in http://web.ics.purdue.edu.
[39] P. RICŒUR, Soi-même comme un autre, éd. Du seuil, Paris 1990, 380-381
[40] E. MOUNIER, Le personnalisme, 63.
