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mardi 6 juin 2023

LA PRESENCE D'AUTRUI

 

document pdfSociété, Philosophie


  

L’être humain n’existe qu’en communauté étant ensemble avec les autres d’où il est qualifié comme quelqu’un qui a d'ubuntu à travers les interactions 

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TABLE DE MATIERE

                             Introduction

            CHAP.I GENERALITE

                        I.1. Le rapport du moi avec les autres

                        I.1.1. Attitudes envers autrui : la liberté, l’amour et le langage

                        I.1.2. Moi et autrui

             CHAP.II L’HOMME ET LA SOCIETE

                    II.1 La rencontre avec le monde

                    II.2 Les relations constructives avec autrui

                     II.3 La société

                     II.4 L’acceptation d’autrui et l’être pour autrui

CHAP.III MANIPULATION DE LA PERSONNE HUMAINE D’AUTRUI

 

            III.1 La société bourgeoise

            III.2 La société démocratique

            III.3 La société industrielle

 

Conclusion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

0.    Introduction

La personne humaine c’est un être parmi les autres. Son caractère de sociabilité lui permet de cohabiter et de communiquer avec les autres. Dans la société, la personne s’appréhende entourée des autres êtres parmi lesquels elle reconnaît la présence de son semblable, celui devant qui, elle ne peut pas rester indifférente.

            En effet, la présence d’autrui[1] crée en moi un sentiment d’approbation ou de désapprobation selon la manière dont nous nous entretenons. Soit, nous nous acceptons, soit, nous nous  refusons l’un et l’autre. L’identité de l’autre est donc relative selon la manière  dont les interlocuteurs s’entretiennent. Pour Sartre, interprété par Mounier, l’autre c’est l’enfer, un obstacle qu’on a à minimiser et à ignorer ; autrui est un objet subtilisé[2]. L’autre selon lui, est ma chute, devant autrui et sous son regard, mon être est sorti de moi, exposé sans défense, il fait de moi un objet dépouillé et possédé : je suis « vu », je suis « fait », je suis « volé »[3] toute ma liberté et je reste en danger d’être chosifié. Au contraire, selon Mounier, la manière dont je suis, je le suis en faveur d’autrui, ainsi pour dire que, être c’est être pour autrui ou c’est aimer. Les personnes sont sensées de vivre dans un climat de solidarité. Mounier propose donc quelques voies de sorties pour dénoncer, réfuter certaines idéologies qui, en réalité, prônent la dépersonnalisation de la personne humaine soi-disant qu’elles sont au service de ladite personne, alors que, c’est tout à fait le contraire. Il s’agit, en effet, de certains courants qui résument l’individu à un être ramassé, à un élément de masse qui se noie dans la foule, dans l’esclavage et sous la dépendance de l’argent et de la machine ou des systèmes qui réduisent l’individu en outil de production, principalement homme-ouvrier, homme-outil, qui n’existerait plus en dehors du cadre bien déterminé. Au sens profond de ces courants, les valeurs inhumaines prennent le premier rang, alors que la personne en soi est dépourvue de sa dignité, son autonomie et ses initiatives.

            L’homme sera donc un automate qui travaille  dans le sens de l’évolution pour le progrès de l’univers, qui n’a pas le droit de propriété sauf en tant qu’agent de la révolution. Mounier, vient donc revendiquer la valeur de la personne du sujet et d’autrui. Pour lui, la vie authentique, c’est vivre dans la solidarité, sans laquelle la vie n’a pas de sens. Le sens de la personne  est conditionné par une coprésence réelle puisque, nous nous confrontons avec autrui (nos semblables). L’Autrui est l’autre moi-même  qui est devant moi, le moi qui s’extériorise dans l’autrui. Ce dernier est le reflet de ma personne, un miroir dans lequel je me regarde. C’est ici donc que revient la préoccupation de savoir comment entretenir nos relations et nos rapports avec autrui. Qui est-il d’abord en réalité ? Qui sont réellement les autres avec qui je me confronte, où puis-je les rencontrer et comment puis-je me comporter dignement devant eux? Ou bien encore, le sens du respect d’autrui n’aurait-il commencé que du sens qu’on a en soi-même ; « le sens d’autrui à proprement parler, ne commence qu’avec le respect  d’autrui et que respect en autrui si ce n’est d’abord ce qu’on respecte en soi-même ? »[4] 

Dans ce travail-ci, l’idée maîtresse que je soutiendrai est celle selon laquelle le sens d’autrui exige d’abord une certaine reconnaissance de soi, une certaine intériorisation profonde de ma propre personne qui s’épanouira ensuite en une ouverture au monde ou à la société pour rencontrer autrui, l’autre moi extériorisé, collaborant ensemble dans un climat de solidarité selon lequel, chacun est appelé à la réalisation de l’autonomie de la conscience de choix, à exercer ses responsabilités tout en mettant l’accent sur les valeurs humaines.

            Le travail s’articulera en trois moments à savoir : d’abord, l’idée générale sur les rapports du moi avec les autres ; il s’agit des rapports et relations faites avec autrui, ensuite, l’homme et la société où je passerai en revue les situations sociales ; il s’agit de la rencontre avec les autres, la société et les relations internes. Enfin, j’aurai à parler de la manipulation de la personne humaine  où les valeurs humaines sont poignardées en  faisant de la personne humaine un outil pour une finalité quelconque.

En gros, autrui est une réalité que personne ne peut pas ignorer et qu’on n’arrive jamais à se détacher. Autrui mérité sa place et d’être traité comme un sujet et non comme un objet, d’exercer sa responsabilité en vue de l’établissement d’une société authentique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAP. I GENERALITES

I. 1 Le rapport du moi avec les autres.                      

I.1.1 Attitudes envers autrui : la liberté, l’amour et le langage.

             Tout ce qui vaut pour moi vaut aussi pour autrui. Pendant que je tente de me libérer de la personne  d’autrui, autrui tente de se libérer de la mienne, pendant que je cherche à asservir autrui, autrui cherche à m’asservir. Il ne s’agit nullement ici de relations unilatérales avec le sujet-en-soi, mais de rapports réciproques et mouvants. Car, les diverses manières dont je me servirai pour comprendre autrui, m’aident à comprendre et à savoir comment puis-je me comporter en face de lui[5]. Je suis possédé par autrui c’est-à-dire son regard façonne mon corps dans sa nudité, le fait naître, le sculpte, le produit. L’autre  détient et contribue dans la façon dont je suis. Dans ce cas, cette possession n’est rien autre que la conscience de me posséder et vice versa. Je suis responsable de mon être pour autrui, mais je n’en suis pas le fondement comme aussi autrui contribue dans la culture de mon être, mais sans en être  responsable. Quoiqu’il le fonde en toute liberté, dans et par sa libre transcendance. La liberté d’autrui est le fondement de mon être. Bien sûr, je me dirige vers autrui et je n’existe que dans la mesure où j’existe pour autrui[6] et autrui de même. Ainsi donc, ce lien d’interdépendance entre moi et autrui est alimenté par une flamme d’amour qui prend soin de la personne de l’autre en tant qu’autre.

            En effet, celui qui veut être aimé ne désire pas l’asservissement de l’être aimé. Il ne tient pas à devenir l’objet d’une possession débordante et mécanique. Il ne veut pas posséder en automatisme et si l’on veut l’humilier, il suffit de lui représenter la passion de l’aimé comme le résultat d’un déterminisme physiologique : l’aimé se sentira dévalorisé dans son amour et dans son être. Il arrive qu’un asservissement total de l’être aimé tue l’amour de l’amant. Cela montre que le but est dépassé. L’amant se retrouve seul si l’aimé s’est transformé en automate. L’amant ne désire pas posséder l’aimé comme on possède une chose, il réclame un type spécial d’appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté et c’est dans la liberté que l’amour atteint sa finalité où les deux partenaires se sentent vraiment connecter l’un à l’autre. L’amour crée un climat de distinction, de reconnaissance et de volonté de l’autre en tant qu’autre, il est en effet, une nouvelle forme d’être[7]. Chacun entre les deux veut être aimé dans la liberté et réclame que cette liberté soit le garant  de leur communion.

            En outre, à côté de la liberté et de l’amour, s’ajoute le langage pour soutenir les rapports qui doivent exister entre moi et autrui. Le langage ne serait en aucun cas inventé, puisqu’il suppose originellement un rapport à un autre sujet, et dans l’intersubjectivité du pour-autrui, il n’est pas nécessaire de l’inventer, car il est déjà donner dans la reconnaissance de l’autre. Heidegger a raison de déclarer : « je suis ce que je dis ». Cela veut dire que le langage fait partie de la condition humaine. Il est originellement l’épreuve qu’un pour-soi peut faire de son être-pour-autrui, et ultérieurement le dépassement de cette épreuve et son utilisation vers les possibilités d’être ceci ou cela pour autrui. Il ne se distingue pas de la reconnaissance de l’existence d’autrui. Le surgissement de l’autre en face de moi comme regard fait surgir le langage comme condition de mon être. Ainsi, le sens de mes expressions m’échappe toujours. Je ne sais jamais exactement si je signifie ce que je veux signifier ni même si je suis signifiant. Pour ce, il faudrait que je lise en l’autre, ce qui, par principe est inconcevable. Faute de savoir ce que j’exprime en fait, pour autrui, je constitue mon langage comme un phénomène incomplet de fait hors de moi. Dès que je m’exprime, je dévoile, en somme, le sens  de ce que je suis, puisque dans cette perspective, s’exprimer et être ne font qu’un. L’autrui est toujours là, présent et prouve ce qui donne au langage son sens. Le langage me révèle la liberté de celui qui m’écoute en silence et une action dont autrui connaît exactement l’effet. Au fur et à mesure qu’on avance, nous allons découvrir combien Mounier souligne l’importance de la parole ou du dialogue dans la conservation  de la vie vécue dans le succès au cours de laquelle moi et autrui, nous nous comprenons malgré nos différences.

                        I.1.2 Le moi et autrui 

            Le jugement du comportement d’autrui résulte de la morale qui naît de la demande de comment  nous devons être pour réaliser pleinement notre personnalité. Quand notre admiration arrive à l’estime d’un être humain en tant qu’homme, nous sommes implicitement mis sur le chemin de la réponse à cette demande. Il nous faut le témoignage concret d’une personnalité humaine pleinement réalisée. D’où l’utilité de la morale qui nous stipule la manière dont nous devons être et les critères de jugement sur un acte fait.

Le problème du jugement peut naître de la qualité des rapports avec les autres. En effet, personne n’est indifférent du sort de son milieu précis créé automatiquement à partir des liens de travail, de compagnonnage, d’opinion. Mais quand on y regarde de près, l’identité de l’autre m’échappe. D’où des inquiétudes sur ce que doit être autrui, sur son statut social suscitent des jugements de tout genre jusqu’à caricaturer autrui, lui conférant l’image d’un guetton. Dans le Huit clos, Sartre propose une réponse : l’enfer c’est les autres …le sommet de la souffrance pour l’homme n’est pas dans la douleur physique ; il est dans le voisinage d’autres. Cet autre poursuit sans cesse ma perte et me dépouille de mes possessions par son simple regard  horrible. Quand je cherche à fuir, je n’y arrive pas car même quand je ne suis pas regardé, je suis sans cesse jugé, jaugé. L’expérience de la coexistence ne s’accompagne pas uniquement de cette impression de vivre dans un ghetto eternel. L’autre est plus d’une fois mon « ange gardien » qui me soutient dans l’épreuve. Nul succès n’est envisageable sans son secours. A côté de ces amis qui me font vivre le Ciel, selon l’expression de Gabriel Marcel, il y a aussi ces êtres chers dont j’aimerais une compagnie sans limite. Cet enfant qui me donne l’impression d’être fragile à force de l’aimer, cet ami dont la séparation me fait verser des larmes chaudes, curieusement ces êtres dont je voudrais garder auprès de moi pour mon propre bonheur me semblent plus éphémères[8].

Contrairement à Marcel, Sartre conçoit  le regard comme un outil de combat entre les hommes. Le regard d’autrui pèse sur moi et guette ma chute.  

           

            Avec des expériences vécues telles que les merveilles de l’amour, la naissance d’un enfant dans son innocence, la criminalité, la disparition d’un être cher, la rencontre d’un autre que je hais soulève en moi le besoin de réfléchir  sur ce que je suis par rapport à l’autre et   le sens de notre rapport. Face aux expériences vécues, la morale nous aide à nourrir nos rapports avec autrui. Aussi longtemps que nous négligeons la morale, aussi longtemps nous n’aurons pas à prendre en considération des  vérités et des valeurs décrites par celle-ci,  elle demande que nous  appliquions ses règles à notre conduite, elle ne demande pas plutôt que nous nous vengions de la personne d’autrui lorsque celui-ci passe outre ces valeurs d’où la place et l’importance de la tolérance dans les rapports avec autrui. Nous avons donc à accepter l’autre malgré sa défaillance. Mais, l’accepter ce n’est pas seulement le tolérer par indifférence mais aussi ce n’est pas seulement s’en abstenir[9]. Nous devons juger des actes commis par autrui, mais non pas juger l’âme d’autrui. Nous ne devons pas nous taire plutôt nous devons dénoncer à pleine voix, l’injustice. Quand autrui s’est rendu coupable, nous pouvons changer de conduite à son égard parce que nous n’avons plus confiance en lui ; il a mis en péril certains biens sur lesquels nous devons veiller. Mais en moins d’avoir une juridiction sur lui, nous ne sommes pas tenus de traduire dans notre comportement notre réprobation de sa faute, car,  juger comme nous le signifie J. Maritain, c’est l’affaire du juge éternel et non l’affaire de chacun à l’égard de l’autre. Personne n’est juge de son frère car autrui et l’autre moi, je suis moi aussi de la sorte. « L’autre c’est mon semblable, c’est un autre moi-même »[10]. Voir autrui comme s’il ne vaut rien, me rend moi-même de même puisque je resterais prisonnier de moi, alors que pour Mounier, le sens d’autrui est inséparable du sens de  mon intérieur[11]. Autrui est l’autre moi à travers lequel je me regarde, je me détermine, je mesure ma capacité de côtoyer avec mes semblables, d’où, nous bâtissons ensemble une société authentique basée sur la solidarité, le dialogue et la coresponsabilité. Il reste l’unique référence qui m’est donnée, afin que je me réalise. Ce qui le blesse en effet, bon ou mauvais, me blesse aussi. Dans son être, autrui mérite donc son respect, sa dignité, la confiance réciproque qu’il y’a entre les autres. Sinon, quiconque  regarde autrui sans lui conférer la valeur qu’il lui faut, est comparé avec quelqu’un qui regarde sa face dans un miroir et s’en va, tout de suite, il oublie sa physionomie. Ainsi donc, « ce que je suis réellement et non ce que je crois être, est le résultat des interactions entre le moi  et les autres »[12]. Personne n’accède à sa propre humanité en ignorant les autres.

         

 

 

 

CHAP.II L’HOMME ET LA SOCIETE

                  II.1 Rencontre avec le monde extérieur

Le paradigme de l’enfant nous fait entrer dans la logique de la société. Dés la naissance, une personne entame une nouvelle vie, celle de la société dans laquelle elle est née, elle y acquiert toutes potentialités nécessaires au cours de sa vie. On peut assurer que, une fois rater cette bonne occasion, difficile est de la rattraper d’où l’avantage de l’intégration dans la société surtout dès le bas âge, d’abord par des liens biologiques où l’enfant subit les traitements de ses propres parents. L’enfant se découvre  à travers l’autre, en autrui tout en s’identifiant avec sa mère ou quelqu’un d’autre si proche avant de faire une expérience sur soi. La façon d’apprendre dépend  de la façon commandée par le regard d’autrui. Ce dernier instruit sa personne, il est son maître, le moteur qui relève la personne humaine vers autrui. Nous sommes donc reconnaissants devant qui  nous apparaît aussi comme une présence dirigée vers le monde et les autres personnes sans bornes, mêlée à eux, en perspective d’universalité. Les autres ne limitent pas ma personne, plutôt la font être et croître. Celle-ci n’existe que vers autrui, elle ne se trouve qu’en autrui[13]. Le moi suit les traces d’autrui, il cherche la manière dont il peut s’intégrer chez autrui pour mieux vivre ensemble.   

            II.2 Les rapports (relations) constructifs avec autrui

 

Pour mieux vivre authentiquement les relations avec autrui, deux aspects sont à soigner indépendamment. Il s’agit donc de l’aspect intérieur c’est-à-dire l’intimité avec soi-même et de l’aspect extérieur, c’est-à-dire relation avec les autres.

            D’emblée, l’homme est un être perfectible et son changement dépend de la situation dans laquelle il joue sa quotidienneté en tenant compte de la conscience de son être. Cela prouve que dans la vie de tous les jours, l’intervention de soi ou de quiconque   est irremplaçable aussitôt qu’elle est posée en toute conscience. Par conséquent, «  mon intervention est plus efficace quand j’arrive à  m’écouter et à m’accepter et que je puis être moi-même »[14]. Avec les expériences, l’être humain apprend qu’il est capable de s’écouter et de devenir lui-même et de garantir ses relations avec les autres. Aussitôt qu’il a la conscience de soi, accepte ses défaites, aussitôt il est mieux disposé d’accepter et de comprendre les réactions et les torts de son prochain. Les relations avec les autres nourrissent perpétuellement les mutations plutôt que demeurer dans la passivité. La compassion, la tolérance sont des relais entre les personnes et ne permettent qu’aucune soit manipulée par son prochain. Ainsi donc, l’être est le fondement du respect et de la reconnaissance d’autrui. Deux aspects fondamentaux sont à retenir, selon Mounier, pour mener une vie heureuse avec autrui : il s’agit d’une part, de l’affirmation de soi et d’autre part, de la capacité de choisir,  son pouvoir de décider et d’agir librement. Selon lui, « être c’est aimer »,  « c’est s’affirmer ». Plus encore, « être c’est s’affirmer », et « agir c’est choisir, par conséquent, trancher, couper court et tout en adoptant, refuser, repousser ». [15]

            La liberté ne veut exclure ni peiner personne. Elle est à la fois l’objet de l’affirmation de soi, l’intimité avec soi et l’objet de la reconnaissance d’autrui. La personne se révèle grâce aux interconnexions nouées avec ses semblables, avec qui, elle souhaite passer ensemble les meilleurs moments. Ainsi donc, le sens de ma liberté commence avec le sens de la liberté d’autrui, et, « je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres, (…) je ne deviens libre que par la liberté des autres »[16]. La liberté est donc le fondement des relations interpersonnelles. Elle commence au-dedans de la personne puisque celle-ci  devrait être unie en elle-même, avant d’établir des relations avec l’extérieur. C’est ainsi que Mounier décrit une personne libre, responsable, capable  de dialoguer avec les autres, d’où le sens des rapports effectués avec autrui. La sagesse burundaise est de même avis sur ce point : « Ntawutanga ico adafise », sous-entend qu’on ne donne que ce qu’on a, ainsi pour dire que l’unité, la solidarité ne commencent que du dedans avant d’être partagées. Tout cela culmine sur le rapport libre face aux autres, la possibilité d’établir une relation sans être aliéné, une liberté qui implique la coresponsabilité  et un esprit d’échange. Bien plus, autrui fait croître et grandir  nos relations et cela ne se manifeste  que  dans la communion de l’intérieur et de l’extérieur.

            Vue comment l’intimité avec soi ouvre des horizons envers les autres, voyons ensuite les relations concrètes avec autrui. Mes relations avec les autres me permettent de comprendre l’autre sans préjugés. Pour mieux réussir, je me prive de toutes positions critiques en étant plutôt attentif à accueillir les suggestions des autres et cela n’est possible que lorsque je me mets à la disposition d’écouter l’autre qui me parle. C’est à travers le dialogue que nous tissons des relations d’intersubjectivités. Aussitôt que « Je me permets  de comprendre vraiment une personne, il se pourrait que cette compréhension me fasse changer »[17]. C’est donc dans le dialogue selon Mounier, que l’être humain met en exercice sa liberté et découvre ses possibilités de reconnaître la personne d’autrui. Cette découverte est enrichissante dans le fait qu’elle est réciproque d’où le sens profond du dialogue. Selon Mounier, c’est dans le dialogue que nous nous comprenions et fluctuions nos rapports. Le dialogue pourvoit la possibilité d’établir des liens avec les autres du fait qu’une personne a toujours besoin des autres pour coopérer et cheminer ensemble. Et d’ailleurs, l’être humain porte les autres en lui dès sa naissance, il est chargé d’hérédité et bientôt de langage, et toute l’affaire du développement de la personne consistera à s’appuyer sur le social en l’organisant, afin de substituer à l’ordre de la détermination celui du choix et du libre amour[18]. Par essence, le langage n’est pas d’un seul homme mais de plusieurs, d’où le « dialogue », consiste au moins en un échange entre « Je » et « Tu ». Dans le dialogue,  je me découvre en parlant et en découvrant l’autre, ou plutôt je découvre moi-même et autrui dans et par la parole. L’être humain est donc un être de parole et celle-ci ne prend pas son point de départ dans le monologue, mais dans le dialogue[19]. C’est dans le dialogue que se crée un climat de communication sincère. La personne selon Mounier, est en effet, un dedans qui a besoin du dehors, de  s’épanouir, de s’exprimer, s’extérioriser ses sentiments, dans la mimique ou la parole, à intervenir dans les affaires d’autrui et en certains cas de rompre son égocentrisme, d’où la vie extérieure est à conserver avec succès : sans elle, la vie intérieure devient folle, elle délire[20].

            Certaines cultures y compris la nôtre, mettent en évidence le dialogue pour insister sur l’importance de la parole pour le bien être de la personne et de la société toute entière. Tel est souvent exprimé à travers les proverbes, les dictons pour éveiller les gens afin qu’il s’ouvre les voies de rencontre et de dialogue : « umugabo ntavumba inzoga avumba ijambo », une manière de dire que l’homme ne cherche pas de la bière, plutôt la parole ou encore « umuntu ngumuntu ngamuntu » (Bantoue) ; on est  humain grâce a sa connexion avec les autres, chacun est lié aux autres ou encore, nous sommes connectés par et dans l’esprit par l’intermédiaire du dialogue. Selon Mounier, les autres ne  limitent pas la personne, plutôt ils la font être et croître. Je ne puis être moi qu’avec l’aide d’autrui et aucun moment une conscience n’est capable d’un accroissement d’être sans en être redevable tout d’abord à son dialogue avec une autre conscience, et exige un style de reconnaître. Pour Mounier, « avoir le sens d’autrui, c’est accepter un autre différent de moi-même, qui par l’attention et le respect que je lui porte devient mon semblable, un autre moi-même »[21]. Autrement dit, « je n’existe que dans la mesure où j’existe pour autrui et à la limite être c’est aimer »[22]. C’est-à-dire que le fait de comprendre et d’accepter le caractère d’autrui est l’unique voie pour briser notre égocentrisme et établir des liens durables d’où la notion de société est toujours permanente dans la culture de tout être humain.

            II.3 La société

Vue l’expérience quotidienne de la personne, le « je » et le « tu », ensemble font un « nous », une société toute entière. Une société authentique doit avoir une organisation dont les structures, les mœurs, les institutions marquent la présence humaine. Une telle société se qualifie selon les modes de relations qui se créent à l’intérieur d’elle-même et correspond, selon Mounier, à une famille ; « communauté de base par excellence, car une communauté si petite soit-elle, est toujours supérieure à  n’importe quelle société, en raison de l’esprit qui l’anime ».[23] La société implique donc un ensemble de personnes dans un état solidaire  et constituant un groupe intermédiaire entre l’individu et la société entière. Dans la culture africaine, en particulier celle Bantoue dans laquelle est située la nôtre, la solidarité et le dialogue priment. L’être humain n’existe qu’en communauté, étant ensemble avec les autres d’où il est qualifié comme quelqu’un qui a d’ubuntu[24] c’est-à-dire d’humanité. La personne n’est ce qu’elle est qu’à travers les autres. Cette culture culmine sur le « je suis grâce à ce que nous sommes tous » ou «  je suis parce que vous êtes ce que vous êtes » d’où l’importance de  la société  pour la réalisation de la personne humaine : « Umuntu ngumutu ngamuntu ». Isolée, une personne n’existe pas, ou elle existe, mais ne grandit pas, car c’est la tâche  de la société de la faire grandir (exemple du paradigme de l’enfant). Il est difficile pour une personne de développer ses dispositions naturelles, elle se courbe au lieu de s’élever, et en dehors de la société, aucun progrès n’est possible. Car, la vie en société impose les règles du droit et discipline, ceci pour souligner la part de la société dans l’éducation humaine[25].

Dans la société, une personne vit dans la dépendance des autres auxquelles elle est avec, dans le corps de la société. Elle est en effet, caractérisée par une série d’acte dont, premièrement, la sortie de soi, c’est-à-dire avoir la capacité de se détacher de soi-même, de se déposséder, se décentrer pour être disponible à autrui. Ne libère les autres que celui qui s’est libéré lui-même de son égocentrisme. Deuxièmement, la capacité de comprendre l’autre, la capacité de pouvoir quitter sa position pour embrasser celle d’autrui dans sa singularité. Troisièmement, une prise en charge sur soi qui suppose la capacité de pouvoir assumer le destin, la peine, la joie, la tâche d’autrui. Quatrièmement, la capacité de donner, c’est-à-dire avoir la générosité de la gratuité, de donner sans espérer le retour. La générosité dissout l’opacité et annule la solitude, désarme le refus de l’autre. Elle crée un climat de pardon et de la confiance. Et enfin, cinquièmement, la fidélité. Celle-ci est le moteur de toute solidarité, elle est continuelle au cours de la vie car une personne a toujours besoin du secours. La fidélité demeure donc  continuellement.[26]

Cependant, dans la société, les défaites et les déviations ne manquent pas car tout n’est pas toujours rose et elles ne sont pas tout à fait à bannir puisque, même dans les conflits, on y tire des leçons  en vue de promouvoir la société : les conflits bien gérés pourvoient une reconnaissance mutuelle et en même temps une règle de vie. Il suffit qu’entre les deux parties, chacun prend soin de l’autre avec respect, écoute l’autre selon ses besoins.  Autrement dit, selon l’expression de Mounier, « le monde des autres n’est pas un jardin de délice », « n’est pas amour du matin au soir » et c’est pour cela que la communication subit plusieurs échecs. Le « je suis ce que je suis parce que nous sommes tous » est quelque fois brisé : le cheminement de camaraderie, de l’amitié, de l’amour, de solidarité et fidélité, du respect de l’autre, etc. perd son goût et par conséquent, les caractéristiques cité ci-haut perdent leurs validités fraternelles et engendrent un malentendu entre les individus et  une mauvaise humeur à l’égard de la réciprocité. Mais malgré tout, le dialogue prime pour le rétablissement de toute relation, une fois communication brisée.

            II.4 L’acceptation d’autrui et être pour autrui

Le processus de relation et de reconnaissance de la personne d’autrui invoque les notions de disponibilité et d’indisponibilité. Ces dernières déterminent les rapports qui doivent être entre les deux sujets qui communiquent. En effet, la disponibilité implique l’ouverture qui doit caractériser une personne devant son semblable et l’indisponibilité au contraire, détermine l’ « être avare », l’ « être plein de soi » de la personne. Ainsi donc, « si je me renferme sur moi la courbure égocentrique, si je me fais propriétaire de moi-même, je développe en moi une opacité qui est la source de l’opacité que je développe ensuite sur les autres »[27]. L’indisponibilité coupe court à toute relation source de collaboration avec les autres, avec lesquelles, la personne était en connexion. Par conséquent, elle reconnaît l’autre comme un objet, une façon d’auto-négation puisque elle aussi, à son tour, sera chosifiée par le regard d’autrui. Au cas contraire, la disponibilité crée un lien de fidélité créatrice, une ouverture dans l’être de la personne. Cela permet donc les entrées et les sorties, d’où, l’intersubjectivité entre les sujets ; « je suis ouvert au monde et à autrui, je me prête à leur influence sans calcul ni méfiance (…), la présence de l’autre, au lieu de me figer, apparaît au contraire comme une source bienfaisante et sans doute nécessaire de renouvellement »[28].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAP.III  MANIPULATION DE LA PERSONNE D’AUTRUI

        Comme c’est déjà souligner ci-haut, l’intersubjectivité fait nuire toute tendance qui vise à considérer une personne dans l’unique face d’un gai visé, afin de consolider des relations avec les autres d’où la manipulation de la personne n’a pas sa raison d’être.

        En effet, il n’y a pas de plus grande sauvagerie que celle de méconnaître, se méfier de la personne d’autrui jusqu’à nier même son existence. Le monde actuel a souvent une vision plus matérialiste qu’anthropologique d’où il est sous la domination de l’indifférence totale dans laquelle on ne s’intéresse plus de la personne de quelqu’un, mais plutôt, du service qu’il doit accomplir tout en visant ce qu’il va produire. La question est donc de savoir comment distinguer la personne de la machine, d’un automate ou du robot. En outre, l’homme moderne est engloutit  par des rapports inhumains où il est tombé sous la servitude de l’anonymat (la masse), de l’inauthenticité, corrompu du collectivitivisme, du masque politique, etc. Il est donc en perpétuelle mutation : outil ou travailleur au travail, électeur en politique, il est à la fois maître et esclave. Il faudrait donc le libérer de toute servitude pour l’éduquer à l’auto-détermination. Les  trois cas ci-après nous aident  à savoir d’abord, dans quel cas l’être humain est sous l’assujettissement des autres et propose ensuite des voix de sorties. 

                 III.1 La société bourgeoise

          Précédemment a été évoquée la réciprocité comme moyen pour assurer l’interconnexion entre les personnes, et que tout ce qui passe outre est à bannir puisqu’ il handicape l’organisation établie. L’esprit bourgeois fait partie de cela, il culmine sur la matérialité des choses : l’argent par exemple. Selon lui, avec l’argent on a tout, on est capable de tout car tout s’achète. Par conséquent, le bourgeois est privé du contact avec les autres en espérant qu’il va en acheter. Le bourgeois est sous la servitude de l’argent d’où il est condamné à vivre selon les conditions inhumaines. On distingue trois catégories d’individu au sein de la bourgeoisie et aucun d’eux ne se détourne du règne de l’argent.  Ils sont tous sous la servitude de l’argent. Il s’agit du riche, du petit bourgeois et du pauvre misérable. La vie du riche culmine sur le pouvoir, c’est un homme « à qui rien ne résiste », « pour lui, tout s’achète » : l’amitié, l’amour, la famille, etc. Cela rend moins important les rapports qui devraient être entre lui et les autres. Le petit bourgeois n’est qu’un moyen pour avancer l’économie, il est comme un outil dont se sert pour une fin quelconque. Il est sous la domination de l’économie, sa vie intérieure est anesthésiée par le matérialisme qui élimine dans sa vie la générosité, la fantaisie, l’amour. Il n’est plus capable de communier avec les autres, ni les riches ni les pauvres de son niveau. Il est toujours à mi-chemin et à courir derrière les finalités matérielles. Le pauvre, lui, qui n’a rien ne désir rien. Concrètement, aucun de ces trois n’est vraiment en dehors du règne de l’argent, tous sont persuadés que l’argent est bon, qu’avec l’argent on a tout y compris la morale, le bonheur, le pouvoir, la souveraineté, etc.[29] Après tout cela, la bourgeoisie ignore ce qui est important en adoptant l’éphémère.

         La bourgeoisie aurait besoin d’éducation morale pour le respect de la dignité humaine. Il aurait fallu qu’elle soit éduquée pour qu’elle soit animée d’amour, de sympathie, de compassion, de tolérance, …, pour mieux vivre en communion avec les autres non seulement en se laissant gober du matérialisme,  plutôt, des vertus morales qui font d’elle vertueuse, honnête pour pouvoir se contenter de la culture morale, sentimentale, matérielle afin de satisfaire tous ses besoins avec toute tranquillité. Sinon, se laisser dompter par le matériel seulement anéantit toute sa personne, puisque aucune relation ne serait établie en dehors de la finalité matérielle. Toutes les relations seront coupées court, et, que ce soit le maître ou l’esclave, seront tous aliénés ;

« Le bourgeois (le maître), parce qu’il s’est affranchi de la loi du travail et  a  renoncé  à toute humanité dans ses relations sociales, le travailleur parce qu’il est privé du fruit de son travail et qu’il se réfugie dans les idéaux mystificateurs, le détournant de son destin révolutionnaire »[30].

 

            III.2 Civilisation industrielle

        Avec le progrès technique, nous ne pouvons pas ne pas affirmer qu’il y ait une révolution technologique et économique qui vient comme une solution à des difficultés qu’a connues l’humanité. La civilisation industrielle a libéré  l’homme des tâches les plus lourdes et des conditions de travail extravagantes. Néanmoins, ce système crée aussi un climat désavantageux pour l’être humain : Celui-ci devient esclave de la machine et, sa valeur n’équivaut qu’au fruit de son travail, c’est-à-dire sa valeur ne se résume qu’en ouvrier ou outil de travail. Plus encore, le chômage et l’uniformisme gagnent du terrain d’où l’abêtissement et l’immoralité  nuisent toute vie intérieure : la négation de la personne[31]. Cela prouve que,  le développement  industriel ne devrait pas être classé au-delà de l’éthique plutôt l’inverse. 

        Selon Mounier, il est possible d’établir une alliance entre la  technologie et l’éthique soit en personnifiant l’économie et en  institutionnalisant le personnel industriel tout en comptant sur leur interdépendance : « technique et éthique, sont deux pôles de l’inséparable coopération de la présence et de l’opération chez un être qui ne fait qu’en proportion de ce qu’il est, et qui n’est qu’en faisant »[32]. Et d’ailleurs, le travail anoblie l’homme et l’ouvrier mérite son salaire. Le travail permet l’accomplissement de la personne et noue des liens de solidarité qui établissent une communion humaine. Pour mieux donc assumer correctement son travail,  « la personne doit posséder la pleine propriété d’elle-même et de ses actes, (…) le produit de son travail doit lui appartenir en propre, ou, à défaut, être remplacé par un salaire »[33].  L’homme n’est pas un objet de l’économie, ses besoins doivent être en proportion avec son mode de vie et il faut s’y habituer pour gagner son pain quotidien sans avoir mis en jeu sa personne. Par ailleurs, Mounier n’est pas contre la primauté de l’économie mais, « il n’en résulte pas que les valeurs économiques soient exclusives, ou supérieures aux autres : le primat de l’économie est un désordre historique dont il faut sortir »[34]. En plus, il est à dénoncer toute politique qui ôte l’accent sur les valeurs humaines en vue d’une autre finalité. Selon Mounier, l’homme est appelé à dépasser tout ce qui cherche à le pervertir afin de le détourner de sa dignité. « Il doit retrouver la disposition de lui-même, ses valeurs subverties par la tyrannie de la production et du profit, sa condition décentrée par les délires de la spéculation »[35].        

            III.3 La société démocratique

          L’homme est un être social et politique dit Aristote. Et il est évident qu’une société soit organisée et qui dit organisation ne s’écarte pas de la façon dont une société peut être gouvernée. Optons ici pour la  démocratie, « le régime qui repose sur la responsabilité et l’organisation fonctionnelle de toutes les personnes constituant la communauté sociale »[36]. Or, une fois la démocratie est détournée pratiquement de ce sens, les effets deviennent inhumains. La démocratie qui était le gouvernement du peuple pour le peuple et par le peuple, se substitue en oligarchie et le reste sera du moins corrompu de la foule anonyme, alors qu’il y a un si peu nombre bénéficiaire de haut niveau. Trois postulats sont ici explicités pour montrer les faits et les défaites de la démocratie : il s’agit d’abord de la souveraineté populaire qui postule sur la volonté générale et la loi du nombre, ensuite, la volonté générale où le peuple manifeste sa volonté par l’intermédiaire d’un certain nombre de représentants. La confiance du peuple est souvent détournée et exploitée. Le peuple règne mais ne gouverne pas. Il règne dans la mesure où c’est à lui de choisir le représentant à travers les élections. Certainement, on élu  le gouvernant, mais non pas le mode du gouvernement. Il s’agit enfin de la loi du nombre selon laquelle la majorité est exaltée. Souvent ici, le peuple est exploité suivant les feintes du système qui prétend être à son  service, plutôt le contraire. Le système use souvent les tactiques de soulèvement populaire pour réfuter ou adopter (une loi quelconque). Malheureusement le peuple, n’en connaît plus le contenu. Ce qu’on pourrait donc appeler la politique  de masse ou populaire, d’où l’inquiétude du personnalisme qui s’inquiète de la légitimité du pouvoir exercé par l’homme sur l’homme, selon lequel tout terme est à idéaliser ou écraser. Il faudrait  que la personne puisse d’abord être protégée contre l’abus du pouvoir, et tout pouvoir non contrôlé tend à l’abus. Cette protection exige un statut public de la personne[37]. Il faudrait, en effet, que la personne soit subordonnée et garde sa souveraineté du sujet libre et responsable, réduire le plus possible toute forme d’aliénation qui l’impose la condition de gouverner de sorte que le peuple  ne soit pas engloutit  dans l’anonymat plutôt, soit bénéficiaire du pouvoir, au  lieu d’être objet du pouvoir.

         Conclusion

         L’autre est une réalité qu’on  ne peut pas ignorer, il est notre compagnon de route qu’on n’arrive pas à se détacher. Il est facile de le caricaturer, dire n’importe quoi sur lui, mais difficile voire impossible de se détourner de sa présence. Qu’on le veuille  ou pas, qu’on l’aime ou pas, qu’on veut établir des liens avec lui ou pas, il  reste près de nous, devant nous, son regard ne nous est jamais privé. Il est donc notre prochain. Il est d’une part celui avec qui on peut nouer des liens amicaux, comme expression des relations intersubjectives, et d’autre part celui auquel on est lié à travers les institutions. Ce qui est sûr, nous sommes invités à reconnaître l’autre, nous conformer et nous référer à lui, avoir la compassion, au cas où il est dans les moments difficiles. En effet, c’est en intériorisant ce qu’ont subi les autres qu’on peut comprendre des réalités propres à nous. Et d’ailleurs, c’est lorsque nous avons été malade, affamés que nous sommes à mesure de comprendre les autres qui sont dans les situations pareilles. Selon Héraclite d’Ephèse, on apprécie la santé que lorsqu’on a été au moins malade. La faim de même, sans en avoir subi, on aurait jamais en vie de manger ou on le ferait du moins sans joie. Ainsi donc,  comprendre bien quelqu’un, c’est se comprendre soi-même, autrement dit, pour comprendre quelqu’un, il faut le porter en soi-même, avoir senti le fait d’être exclu des autres, solitaire, oublié. A moins qu’on soit  dépourvu de raison, l’autre mérite d’être traité digne de son nom[38], il est le reflet de notre propre personne. Bien que l’habitude et le reflexe cartésien, dit le camerounais Martial Ze Belinga, veulent que l’individu se révèle à lui-même par le seul moyen de la raison, la perspective africaine d’« ubuntu » est tout autre. Le « je suis parce que vous êtes ce que vous êtes » change  l’identification et la prise en charge de  sa conscience, le solipsisme individuel est substitué par une connaissance simultanée de l’être par l’autre, l’altérité. L’individu a besoin de la reconnaissance de l’autre pour exister et vice versa. N’importe  où nous sommes, dans tous les domaines, nous sommes condamnés à vivre avec autrui. Son altérité se révèle de multiple forme : sur le plan linguistique, sous forme du dialogue, l’écoute de la parole reçue fait partie intégrante du discours qui nous relie.  Sur le plan de l’action, l’auto- désignation de l’agent apparaît inséparable de l’autre qui nous désigne à l’accusatif comme l’acteur de nos actions. Sur le plan éthique, bien vivre avec et pour autrui dans les institutions justes, renvoie au pour autrui où l’amitié avec autrui est la condition d’être ami de soi[39].

Comme moi, autrui mérite sa place, il mérite d’être traité comme un sujet et non comme un objet car il est objet, instrument, lorsqu’il est traité comme absent, il est sujet, lorsqu’il est traité comme présent, dans ce cas on reconnaît qu’on ne peut pas le définir, qu’il est inépuisable. L’homme n’est présent que quand il justifie sa responsabilité. Certes, « toute organisation, toute technique, toute théorie qui conteste à la personne cette vocation du choix responsable, ou en raréfie l’exercice fût-elle accompagnée de mille séductions, est un poison plus dangereux que le désespoir ».[40]  

 

 

                                                                                                                            

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                  

                         BIBLIOGRAPHIE

 

                 A. LES OUVRAGES DE L’AUTEUR

1.     MOUNIER E., Manifeste au service du personnalisme, Edit. Montaigne, Paris 1936

2.     MOUNIER E., Introduction aux existentialismes, Ed. DENOËL, Paris 1947.

3.     MOUNIER E., Le personnalisme, PUF, paris 1949.

4.     MOUNIER E., Traité du caractère, Seuil, Paris 1956.

5.     MOUNIER E., Révolution personnaliste et communautaire, t1,  Seuil, Paris 1961.

 

                B. LES  OUVRAGES  SUR LES ECRIT D’E. MOUNIER

 

1.     DOMENACH J-M., Emmanuel Mounier, Seuil, Paris 1992.

2.     MOIX C., La pensée d’Emmanuel Mounier, Seuil, Paris 1960.

3.     COLLOT-GUYER M.-T., La cite personnaliste d’Emmanuel Mounie, presses universitaires de Nancy, Paris 1983.

                    C. LES AUTRES OUVRAGES

1.     NOËL J-M., Le désir inconscient de Dieu, Declée de Brouwer, Paris, n.d.

2.     ROGERS C.-R., Le développement de la personne, DUNOD, Paris 1968.

3.     LACROIX J., Le personnalisme comme anti-idéologie, PUF, 1972.

4.     RICŒUR P., Soi-même comme un autre, éd. Du seuil, Paris 1990.

5.     KANT, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Bordas, Paris 2006.

                   D.  SITES INTERNETES

1.     File///C: /Users/INFORMATIQUES/Downloads/afpcp%20(2). pdf.

2.     http://souspression.canalblog.com/archives/2013/12/09/28616532.html

3.     http://web.ics.purdue.edu.

               

                   E. COURS

 

1.     NIZIGIYIMANA M-G, Cours d’Anthropologie philosophique I, 2014-2015

 

 

 

 

 



[1] Sans ignoré la différence qu’il y a entre « autrui » et « autre », dans mon travail, ces deux termes sont pris comme des synonymes. Mais cela n’empêche de souligner cette différence : Tout autrui est autre, mais l’inverse n’est pas vrai. Autrui est toujours un individu humain tandis qu’autre peut être soit un individu, soit Dieu, soit un animal, ou soit un objet matériel. Que cela ne tienne, ces autres sens sont mis de côté dans mon travail.

[2] Cf. E. MOUNIER, Introduction aux existentialismes, Ed. DENOËL, Paris 1947, 95.

[3] Ibidem,  96.

[4] Idem, Traité du caractère, Seuil, Paris 1956, 351.

[5] Cf. E. MOUNIER, Le personnalisme, PUF, paris 1949, 9. Un document produit en version numérique par Gemma Paquet, dans le cadre de la collection : « Les classiques des sciences sociales », site web : http//clasiques.uqac.ca/.

[6] Cf. Ibidem, 36.

[7] Cf. Ibidem, 38.

[8] Cf. M-G NIZIGIYIMANA, Cours d’Anthropologie philosophique I, 2014-2015, 8-9.

[9] Cf. E MOUNIER, Traité du caractère, 530.

[10] Ibidem, 351.

[11] Cf. Ivi.

[12] J-M. NOËL, Le désir inconscient de Dieu, Declée de Brouwer, Paris, n.d. 41.

[13] Cf. E. MOUNIER, Le personnalisme, 35-36.

[14] C.-R. ROGERS, Le développement de la personne, DUNOD, Paris 1968, 16.

[15] Cf. E.MOUNIER, Le personnalisme, 62.

[16] Ibidem, 68.

[17] C.-R. ROGERS, Le développement de la personne ,17.

[18] Cf. J-M. DOMENACH, Emmanuel Mounier, Seuil, Paris 1992, 190, cité in J-M PRIELS, « Carl Rogers et Emmanuel Mounier». Une  synthèse proposée et mise en perspective de quelques idées de Carl Rogers et Emmanuel Mounier par PRIELS JEAN-MARC  ayant comme titre  Perspectives personnalistes et révolutionnaires pour l’avènement de la personne nouvelle, File///C:/Users/INFORMATIQUES/Downloads/afpcp%20(2). pdf.

[19] Cf. J. LACROIX, Le personnalisme comme anti-idéologie, PUF, 1972, 164 cité in J - M PRIELS, « Carl Rogers et Emmanuel Mounier ».

[20] Cf. E. MOUNIER, Le personnalisme, 56.

[21] C. MOIX, La pensée d’Emmanuel Mounier, Seuil, Paris 1960, 341.

[22] E., MOUNIER, Le personnalisme, 36.

[23] E. MOUNIER, Manifeste au service du personnalisme, Edit. Montaigne, Paris 1936  cité in  M.-T. COLLOT-  GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, presses universitaires de Nancy, Paris 1983, 221.

[24] Ubuntu est une philosophie humaniste africaine fondée sur une éthique du solidarisme reposant sur la relation à l’autre. Ubuntu est la pensée qui a inspirée Nelson Mandela pour sa politique de « vérité et réconciliation » in http://souspression.canalblog.com/archives/2013/12/09/28616532.html

[25] Cf. E.  KANT, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Bordas, Paris 2006, 89-90.

[26] Cf. E.MOUNIER., le personnalisme,  37.

[27] E. MOUNIER, Introduction aux existentialismes, 104.

[28] Ibidem, 106.

[29]E. MOUNIER, Révolution personnaliste et communautaire, t1,  Seuil, Paris 1961,238-243. Cité in  M.-T.  COLLOT-GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, 61.

[30] E. MOUNIER, Manifeste au service du personnalisme, 511 -512, cité  in  M.-T. COLLOT-GUYER, La cité     personnaliste d’Emmanuel Mounier, 74.             

[31] Cf. E. MOUNIER, Manifeste au service du personnalisme, 583-584, cité  in M.-T. COLLOT GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, 83.

[32]E. MOUNIER, Le personnalisme, 94.

[33]M.-T. COLLOT-GUYER, La cite personnaliste d’Emmanuel Mounier, 263.

[34]E.MOUNIER, Le personnalisme, 105.      

[35] Ibidem, 106.

[36] E. MOUNIER, Révolution personnaliste et communautaire, 294, cité in M.-T. COLLOT-GUYER, La cité personnaliste d’Emmanuel Mounier, 76.

[37] Cf. Idem, Le personnalisme, 114.

[38] YVANKA RAYOVA, « Le problème de l’autre dans la philosophie française du vingtième siècle », tiré  in http://web.ics.purdue.edu.

[39] P. RICŒUR, Soi-même comme un autre, éd. Du seuil, Paris 1990, 380-381

[40] E. MOUNIER, Le personnalisme, 63.