La société burundaise entre conservatisme, progressisme et développement
0. INTRODUCTION GENERALE: APPROCHES CONCTUELLES DE LA SOCIETE ET DU DEVELOPPEMENT COMMUN
1.
Société
0.1.1.
Définition et caractéristiques
Pour
bien comprendre ce qu’est une société en tant qu’une unité irréductible, nous
ferons allusion à un agrégat social
ou de groupe. Du point de vues des personnes
qui la constitue, une société est définit comme le plus grand nombre
d’êtres humains qui interagissent
pour satisfaire leurs besoins
sociaux et partagent une culture commune. La présente
définition différencie la société du groupe de la société à l’échelle
culturelle.
La
première c’est-à-dire le groupe n’embrasse qu’un segment d’une société tandis
que la seconde embrasse la culture commune d’une société et, est plus beaucoup
large que celle d’une personne singulière ou d’un groupe. La société est
finalement définit comme un réseau de groupe majeurs interconnectes, envisage
comme une unité et partage une culture commune.
En
effet, tenant compte de la définition complète de la société, celle-ci comprend
les éléments suivant[1]:
- Les
personnes qui composent une société constituent ensemble une unité géographique c’est-à-dire
une population totale ;
- La
société comprend une aire géographique commune, avec des frontières ;
- Une
société est faite de groupes majeurs qui sont différencies par leurs
fonctions ;
- La
société est composée de groupe similaire au point de vue culturel: langue
commune ;
- La
société doit se faire reconnaitre comme une unité fonctionnant en tant
qu’ensemble, mais des différentiations fonctionnelles internes.
0.1.2.
Fonctions essentielles de la société
Quand
une société fonctionne d’une manière normale et adéquate, tout se fait de façon
plus efficace et plus satisfaisante qu’elles ne pourraient l’être si elles
étaient faites par des individus isolés. Par exemple, une personne peut se
retrouver handicapée, déprimée et frustrée ; s’il lui arrive de vouloir
faire quelque chose seule, sans l’aide d’autrui, soit elle échoue, soit elle le fait maladroitement. Par conséquent,
il est clair que la société existe pour
des personnes. Elle exerce un certains nombres de fonctions générales qui opèrent
à travers toutes les fonctions plus spécifiquement définies comme celles des
groupes majeurs. Ces fonctions générales sont les suivantes selon Fichter[2]:
- La
société rassemble les gens dans le temps et dans l’espace de telle manière
qu’il leur possible d’avoir entre eux des relations humaines. Le temps et l’espace forment une condition
préalable pour que fonctionne la société.
- La
société procure aux gens des moyens de communication systématique et adéquates
en sorte que par le langage et par d’autres symboles communs, ils soient capables de se comprendre entre eux.
- La
société épargne le temps et l’énergie des individus en développant et en maintenant des schèmes communs de comportements
que les membres de la société partagent
et auxquels ils se conforment.
- La
société procure un système des stratifications de statuts et de classes
qui donne à chaque individu une position relative, stable et reconnaissable
dans la structure sociale.
De l’autre cote, la société incarne des fonctions
spécifiques pour répondre aux besoins sociaux primaires[3]:
·
La société a sa manière ordonnée et
efficace de renouveler son propre personnel ;
·
La société pourvoit a la socialisation,
au développement, a l’endoctrinement de ses membres par son système schématise
et organise d’éducation formelle et informelle ;
·
La société produit et distribue des
biens matériels et physique ainsi que les services pessaire a la vie des
individus ;
·
Par ces divers groupes, la société
pourvoit d’une manière sociale aux besoins religieux et spirituels ;
·
Le besoin humain fondamentale de
sécurité extérieur et d’ordre est satisfait par la société aux moyens de son
administration politique et ses divers groupes civiques.
0.2.
Développement commun
Pour parler du développement commun,
nous partirons d’une autre idée qui semble parallèle ; celle du bien
commun car impossible est de parler du développement d’une entité quelconque
sans parler du bien commun pour les composantes de celle-ci.
Tout d’abord, notons que le
développement est fonde sur deux paradigmes[4]
qui légitiment l’ensemble des pratiques professionnelles des développeurs
quelles que soient leurs orientations idéologiques, morales ou
politiques :
a)
Le développement a pour objet le bien
des autres (paradigme altruiste). D’où il découle que le développement a une
forte connotation morale
b)
Le développement implique progrès
technique et économique (paradigme modernisateur). D’où il découle que le
développement a une forte connotation évolutionniste et techniciste.
Que
signifie le bien commun? Tout d’abord le bien commun signifie le bien de tous, donc non pas un bien
particulier ou un bien pour peu de gens. Il suppose donc un bien collectif
qui présuppose l’organisation de la vie commune. Le
bien commun comprend toutes les choses, aussi quelque chose de plus et de plus
profond, de plus concret et de plus humains. Car il renferme aussi et
surtout la somme ou l’intégration sociale de tout ce qu’il a de conscience
civique, de prospérité matérielle et de richesse de l’esprit, de sagesse
héréditaire mise consciemment en œuvre, de rectitude morale, de justice,
d’amitié, de bonheur et de vertu et d’héroïsme, dans les vie individuelles des
membres de la communauté, en tant que tout cela soit, en une certaine mesure
communicable et se repend en une mesure, sur chacun, et aide ainsi chacun a
compléter sa vie et sa liberté de personne. Tout cela constitue la bonne vie
humaine de la multitude[5].
Mais
concrètement, quels sont les biens de tous dont la société doit se préoccuper?
Saint Thomas d’Aquin l’indique par divers formule: «bien-vivre», « vivre selon la vertu», « tranquillité de l’ordre», etc. Autrement pour dire: Pour qu’une
personne ait une bonne existence, il y a deux conditions: l’une est principale
consiste dans l’agir selon la vertu (la vertu en effet ce par quoi l’on vit
bien) ; l’autre secondaire et quasi-instrumentale, c’est d’avoir mené une
action vertueuse». L’unité de l’homme, toutefois, est donnée déjà par la nature, tandis que l’unité sociale,
qui est appelée ‘‘ paix’’ est réalisée par l’action souverain. Par conséquent, notons trois facteurs qui se
postulent pour instaurer une bonne
existence sociale: 1) d’abord que
l’on constitue une communauté unie dans la paix ; 2) ensuite, que la société, unie par le lien de la paix soit
instruite a agir bien. En effet comme l’homme ne pourrait rien faire de bien,
sinon qu’en présupposant que ses parties sont unies, de même une communauté
humaine qui manque de la paix, dévastée par des luttes, n’a pas d’agir
bien ; 3) en fin, il faut que
l’on dispose en quantité suffisante le nécessaire pour bien vivre. Ainsi
établie une vie bonne dans la société[6].
«La vie bonne», «vivre bien» pour Saint
Thomas signifie vivre secundum virtutem:
c'est-à-dire la dimension morale de la société y compris aussi l’économie, la
technique, l’organisation sociale, l’exercice du pouvoir, la science et l’art,
la culture et l’instruction, toujours sous la conduite de la raison inspirée
par de sains principes moraux. Tout l’ensemble de ces valeurs est, justement,
le bien commun auquel se subordonne non seulement la matérialité de
l’individu humain, mais aussi la rationalité et la spiritualité de la personne,
car la personne elle-même, en agissant pour le bien commun se réalise elle-même
mieux dans la collectivité comme union harmonique des personnes.
Pour
terminer, entrons dans ce contexte que le bien commun est un bien universelle ;
il est dirigé a l’homme en tant que homme au plein accomplissement de la même
dimension de coexistence. Ainsi, celui-ci vise a garantir la dignité de l’homme:« (…) elle peut concerner tous les hommes
en tant qu’homme ; il vise au bien plus universel (bien de l’homme
comme homme: dignité, liberté) ; ce bien doit être obtenu pour tous,
autrement il ne le sera pour personne. Le rapport social plus indéterminé, donc
le plus vaste, le plus multiplie et aussi le plus complexe ; rapport qui
tend au bien social bien élevé»[7].
Il en est de même pour le développement
commun qui incarne le rapport entre l’homme et la société, principalement
mettant l’accent sur le prima de la personne: le principe de liberté.
Toutefois, la recherche et la sauvegarde du bien comment
supposent donc quelques postulants[8]
tels que:
1) Ethique et culture:
reconnaissance de l’identité c'est-à-dire
le moi personnel et le moi-communautaire.
2) La culture de la vérité
(ordre morale): prévoit le respect et l’ordre de la société. La vérité ne
connait pas de dosage, de réduction, elle n’est ou n’est pas ; dans ce
sens, elle est absolue,
3) Conscience nationale
(culturelle): reconnaissance sa famille,
ses origines, sa nation et en être fière: ceci renvoie aussi au sens de
la vie.
4) Solidarité et vie en communauté:
la vie en communauté exige le respect des règles et normes sociales et
promouvoir la cohésion du groupe.
5) Concertation et entente
(promotion du dialogue): le dialogue réduit les tensions et ouvre la voie aux
solutions durables.
6)
Justice
et équité: répartition du gâteau commun c'est-à-dire la
répartition des richesses équitablement et éviter des inégalités de tous
genres ; sources de tensions sociales.
Par
la, comprenons que le développement commun
renvoie au bien-être et a la sécurité de la population[9] ;
la fin des violences n’importe lesquelles.
Partant de l’idée générale de la société et du bien et /ou développement commun ci-haut évoquée, nous allons essayer de faire un pas vers la particularité où nous allons, systématique nous intéresser de notre société burundaise en l’attribuant au cas nécessaire de certains éléments nous permettant de comprendre l’état de lieux de cette dernière. Pour y arriver et avoir une idée claire, nous allons nous focaliser sur certaines valeurs de base culturelles pour ne pas faire un voyage sans limite car difficile est d’embrasser tous les domaines de la vie d’où une certaine délimitation au sens méthodologique. La démarche qualitative est à notre porte au sens où toute recherche ou analyse « devrait principalement avoir, pour objet d’étude, ce qui est caché, car souvent important, plus essentiel que ce qui est visible, apparent ou à la porte de chacun, (…) étudie les choses dans leur cadre naturel telles qu’elles sont, avec une grande importance accordée au processus »[10]. Le choix de certaines valeurs principales repose sur le principe selon lequel pour étudier les ensembles sociaux comme des totalités spécifiques, différentes de la somme de leurs parties, il faut envisager l’étude de certains éléments constitutifs[11]. Une documentation lointaine et prochaine est à la portée comme technique. Celle-ci est aussi accompagnée d’une projection plus poussée nous rappelant certains éléments fondamentaux à la base de la culture burundaise, qui par leur intégration et interprétation sociale, contribuent à satisfaire le bien- être de la société.
§ La
présente réflexion va s’articuler en quatre
moments dont l’introduction générale qui nous a mis dans le contexte. Le second moment nous donne l’idée sur l’organisation de la société burundaise pour
le rétablissement de l’ordre et de la
cohésion sociale et juridique. Delà, nous allons faire une lecture
synthétique et comparative tenant compte de l’évolution dans le temps de notre
société burundaise: de la société autochtone a la société étatique. Quant au troisième moment, nous allons engager
une réflexion sur la culture burundaise entre conservatisme et progressisme. Ici
nous allons mettre notre attention sur certains aspects du patrimoine burundais
où nous allons voir les enjeux et défis ainsi que leurs apport dans le
développement ; qu’est-ce qu’il faut faire, sauvegarder ou non. Quant au
dernier moment, nous parlerons de la mentalité, c'est-à-dire le rapport
entre la mentalité sociale et le développement. Nous allons entrer ici dans le contexte de mutation sociale et de
l’entrepreneuriat culturel.
Nous espérons que la réflexion ici présente va
incarner dans l’esprit des étudiants, des nouveaux horizons en matière du développement.
Un esprit des leaderships n’excluant pas les valeurs culturelles locales, que
ces dernières soient les bases solide pour l’orientation de leurs projets. Et
d’ailleurs la culture est comme notre
seconde nature. Sa maitrise constitue la maitrise de toutes les manières
de faire pour répondre, de façon satisfaisante, aux soucis de la société. Dans
cette logique, nous épousons l’idée
suivante: « Si les valeurs fondamentales
de notre société constituent notre miroir, nous gagnons toujours à élargir
notre champs de vision en adoptant par choix préférentiel, d’autres valeurs qui
s’intègrent harmonieusement avec les notre»[12].
Le document du cours qui sera remis aux étudiants, est un support de cours : une synthèse non exhaustive sur les thèmes choisis. Un ou deux articles seront donnés aux étudiants pour l’approfondissement des notions vue en classe.
I.ORGANISATION
STRUCTURELLE DE LA SOCIETE BURUNDAISE: DE LA SOCIETE
TRADITIONNELLE A LA SOCIETE ETATIQUE
Le
présent chapitre a pour objectif de faire une lecture synthétique et
comparative envie d’identifier différentes modèles structurelles de l’organisation
de la société burundaise. Il est question de mettre l’accent sur certains
principes innovateurs et potentiellement légitimes ayant la vocation de mieux gérer
les interactions soit issues de la société traditionnelle, soit la société étatique.
Suivant la ligne directrice ce chapitre souligne les différentes manières de
gestions des interactions relevant de la
culture et les systèmes juridiques adéquates, aussi que les différentes modèles
ou pratiquer permettant de mieux gérer les cas de façon juridique.
1. Tableau synthétique des modèles
et principes de l’organisation de la société burundaise pour le rétablissement
de l’ordre et de la cohésion sociale et juridique: valeur, principe, règles et
acteurs
1.1. Comprendre la société
burundaise en mutation: les valeurs sociales
|
Société |
Institution |
Valeur
sociales |
Finalité |
|
Autochtone |
Bashingantahe |
Renvoient
à la
:
justice, intégrité, bonne, moralité, probité, responsabilité, maturité, clairvoyance,
honneur, compassion, courage Preuve
du sens de la: vérité, équité, sacrifice,
discrétion
|
- Assurer
la justice et la vérité, - Trancher
les litiges eus égard à leurs sens aigues de la justice et de la vérité. - Protéger
des biens et des personnes
|
|
Etatique |
Constitution |
Inspire par l’ordre de la: justice, démocratie,
bonne gouvernance, pluralisme, pluralisme,
respect des libertés et des droits fondamentaux de l’individu, l’unité, de solidarité, compréhension mutuelle, tolérance et coopération entre les différents groupes
ethniques de notre société, |
- Unir, rassurer
et réconcilier tous les
Burundais, - Garantir
un retour à une société stable et réconciliée - Réhabilitation de l’ordre d’Ubushingantahe - Assurer la cohésion sociale
|
1.2. Comprendre la société burundaise en
mutation: les principes sociaux
|
Société |
Institution |
Principes |
Finalité |
|
Autochtone |
Bashingantahe |
Médiation,
Conciliation,
Arbitrage |
- Assurer
l’harmonie et la paix - Garantir la cohésion social - Mettre
en œuvre les valeurs du Bushingantahe. |
|
Etatique |
Constitution |
Pluralisme, les cours et les tribunaux, justice impartiale et indépendante, Unité
et Réconciliation nationale |
- Incarner
les valeurs de justice et de cohésion nationale - assurer
justice, étatique, - Incarner
les valeurs de la cohésion nationale et de la réconciliation nationale |
1.3. Comprendre la société burundaise en
mutation: les règles sociales
|
Société |
Institution |
Règles |
Finalité |
|
Autochtone |
Bashingantahe |
- Modèles
de conduite et de comportement: manière de faire et d’être - Expérience
de vie et de savoir-faire
|
-Régulation des rapports existants |
|
Etatique |
Constitution/ tribunaux/COCPJ |
-
Code de l’organisation, de la compétence et de la
procédure judiciaire -recrutement et nomination: l’équilibre ethnique, régional et
l’équilibre entre genres |
Appliquer
le principe de la réconciliation nationale |
1.4. Comprendre la société burundaise en
mutation: les acteurs sociaux
|
Société |
Institution |
Acteurs |
Finalité |
|
Autochtone |
Bashingantahe |
Les
Bashingantahe |
|
|
Etatique |
COCPJ |
-Les
tribunaux de grande instance, Les
tribunaux de résidence, -Les
Conseils de colline ou de quartier, -Commission Vérité et Réconciliation |
Sauvegarde de la paix, l’arbitrage,
la médiation, la conciliation ainsi que le règlement des conflits de voisinage » |
1.5. Comprendre la société burundaise en
mutation: les processus
|
Société |
Institution |
Processus |
Finalité |
|
|
Autochtone |
Bashingantahe/ justice
traditionnelle |
-Orale, contradictoire, accusatoire et se tient
dans un lieu public, -Bashingantahe
jouent différents rôles de juge, d’avocat ou encore de Procureur -Pression psychologique du
groupe
|
- Résolution pacifique des Différends |
|
|
Etatique |
Constitution/ tribunaux |
-Majorité des voix - Le droit écrit -Concurrence entre droit institutionnel et
pratiques coutumières.
|
- Faciliter une Entente |
|
L’extrait en annexe du présent chapitre, constitue l’idée détaillée sur des différents des modèles et principes de l’organisation de la société burundaise pour le rétablissement de l’ordre et de la cohésion sociale et juridique: la société burundaise en mutation.
II. LA CULTURE BURUNDAISE ENTRE CONSERVATISME ET PROGRESSISME ([13])
La
culture peut être définie comme l’ensemble constitué d’éléments qui ont modelé
l’identité d’un peuple ou d’une communauté au cours du temps. Elle est
l’ensemble des valeurs et normes socioculturelles, reflète la conscience d’une
nation, oblige de se demander continuellement en quoi consiste son caractère
spécifique, de chercher et de consolider sans cesse ses frontières politiques
et spirituelles répondant précisément à ce processus historique[14].
Pour saisir la
nature essentielle de la culture, il faut d'abord résoudre une série de paradoxes[15] apparents. Ils sont susceptibles d'expressions
différentes, mais nous les présenterons sous
la forme suivante :
1)
La culture est universelle en tant qu'acquisition humaine, mais chacune
de ses manifestations locales ou régionales peut être considérée comme unique.
«Tout
d'abord, tous les groupes humains se procurent leur subsistance. Ils y
parviennent au moyen de procédés techniques qui leur permettent d'arracher à
leur milieu naturel les moyens de pourvoir à leurs besoins et de se livrer à
leurs activités quotidiennes. D'une façon ou d'une autre ils distribuent ce
qu'ils ont produit et possèdent un système économique qui leur permet de tirer
le plus grand parti possible des « ressources limitées » dont il leur faut
disposer».
La culture est stable, mais elle est aussi dynamique et manifeste des changements continus et constants.
«Si
l'on met en regard la stabilité et le changement qui se manifestent dans la
culture, il nous faut de prime abord reconnaître que tout prouve le dynamisme
de la culture. Les seules cultures entièrement statiques sont celles
qui sont mortes. Nous n'avons d'ailleurs qu'à avoir recours à notre propre
expérience pour constater que les changements se produisent devant nous,
souvent si lentement que nous ne les percevons qu'en opposant le présent au
passé. Une photographie vieille de quelques années nous révèle les changements
de la mode. Surtout n'allons pas croire que cette tendance au changement est
l'apanage de notre propre culture. La même constatation peut être faite chez
d'autres peuples, quels que soient leur nombre, leur isolement et la simplicité
de leurs coutumes. Le changement ne se manifeste peut-être que dans quelque
détail infime de leur culture, telle par exemple une variation dans le style
d'un ornement ou dans une nouvelle recette pour préparer un aliment
traditionnel. Ces changements sont toujours perceptibles si l'on peut observer
une société pendant un certain temps, ou si l'archéologie nous renseigne sur
son passé ou si on peut la comparer à des groupes voisins et apparentés dont la
culture est semblable à la leur, mais avec des variantes de détail»[16].
«La
culture est à la fois stable et toujours en changement. Le changement
culturel ne peut être perçu que comme une partie du problème de la
stabilité culturelle; on ne peut comprendre la stabilité culturelle qu'en mesurant
le changement par rapport au conservatisme. De plus, les deux termes ne
sont pas seulement connexes, mais il faut aussi considérer leurs relations réciproques.
Les conclusions obtenues concernant la permanence et le changement dans une
culture donnée dépendent dans une grande mesure de la manière dont
l'observateur insiste sur le conservatisme ou la flexibilité de cette culture.
La difficulté essentielle vient peut-être du fait qu'il n'existe pas de
critères objectifs de la permanence et du changement»[17].
3) La culture remplit, et dans une large mesure détermine, le
cours de nos vies, s'impose rarement à notre
pensée consciente.
«Notre
troisième paradoxe - la culture pénètre notre vie sans que nous en ayons
conscience dans l'ensemble - diffère des précédents en ce qu'il comporte plus
qu'une simple alternative. Nous nous trouvons ici face à des problèmes
essentiellement psychologiques et philosophiques. Nous devons chercher à
résoudre le problème psychologique et découvrir comment les êtres humains
acquièrent leur culture et agissent en tant que membres de la société, et la
question philosophique de savoir si la culture est ainsi une fonction de la mentalité
humaine ou si elle existe en soi et par soi»[18].
« C'est un domaine infiniment complexe, où une conduite manifeste peut prendre des significations différentes selon les relations qu'elle entretient avec les autres. Les formes de la conduite sont contraignantes et inconscientes ; le sujet normal ne peut donc observer ni concevoir des conduites aux fonctions similaires dans les sociétés étrangères, ou même dans des complexes culturels inconnus, sans leur prêter des formes familières. Autrement dit, on retrouve toujours inconsciemment ce qu'on subit inconsciemment»[19].
D’où
la culture au vrai sens, désigne le système des valeurs et de normes transmis
et intégrés par la socialisation de génération en génération. C’est la société qui précède et prime sur l’individu.
Et d’ailleurs, si la socialisation incarne « un processus par lequel chaque
individu forge son identité et sa personnalité tout en s'intégrant à son
environnement social, sous des formes variées, elle se concrétise en un
apprentissage et un ajustement qui se poursuivent durant toute la vie. Elle
est, au moins en partie, une contrainte exercée sur l'individu par le cadre
social»[20].
Le patrimoine culturel constitue à son tour l’ensemble des éléments matériels et non matériels qui contribuent à maintenir et à développer l’identité culturelle d’un peuple ou d’une communauté dans le temps et dans l’espace. Il s’agit notamment des éléments suivants: la langue, les croyances, les mœurs, les connaissances techniques, les fondements de l’organisation sociale, le patrimoine orale et physique dont les expressions musicales, folkloriques et artistiques etc.
Le
patrimoine culturel se réfère notamment aux traditions et expressions orales, à
la poésie, aux arts du spectacle, aux pratiques sociales, aux rituels et événements
festifs, aux connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ainsi
qu'aux savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
Au
Burundi, le patrimoine culturel est très riche, très ancien et très original
même si les traces physiques du passé ne sont pas toujours visibles dans
certaines localités. Presque tous les aspects dudit patrimoine se retrouvent
dans toutes les régions, parfois avec des variantes, voire des spécificités
assez marquées selon régions naturelles.
1.
Quelques aspects du patrimoine culturel du Burundi
Comme
les composantes du patrimoine culturel burundais sont très variées, il ne
serait pas possible de les décrire toutes. Dans les lignes qui suivent, il est
décrit quelques aspects d'illustration des enjeux et défis qu'il y a quand on
analyse la culture burundaise confrontée au conservatisme d’une part ou au progressisme
d’autre part. Notons que tenant compte
de sa souveraineté, « chaque nation se
reconnait singulière, unique grâce à son patrimoine culturel propre qui fait
partie d’un ensemble à l’échelle planétaire. Les affinités des citoyen d’un
pays sont avant tout d’ordre culturel»[21].
1.1. Le kirundi, langue nationale, langue
maternelle
Le
Kirundi, en tant que langue nationale, langue maternelle constitue une culture
partagée par l’ensemble de la population. Le kirundi est une langue parlée et
comprise par l’ensemble de la population, toutes ethnies confondues sur
l’ensemble du territoire avec des variations régionales au niveau des accents
et mots de vocabulaires très mineures. Margé l’officialisation du français, le
kirundi reste une langue précise, quelque peu complexe et est utilisée avec
circonspection dont chaque mot peut avoir plusieurs significations
1.2. L'habillement
Très
anciennement, les Burundais portaient des vêtements confectionnés à partir
d'écorces de bois. Actuellement, ces modes d'habillement ne se voient qu'à
l'occasion des cérémonies et festivals ou autres évènements rituels ou
folkloriques. La colonisation et d'autres références ont beaucoup influencé les
normes vestimentaires des Burundais qui ont adopté le mode oriental, pour les
femmes, et occidental, pour les hommes. L'accoutrement des femmes, en milieu
rural, dit "imvutano"
serait d'inspiration indienne. Le port de la culotte/du pantalon et de la
chemise et éventuellement avec une veste ou un tricot sont une imitation de
l'habillement occidental. La mini-jupe qui n'est pas bien vue surtout en milieu
rural est aussi une imitation de l'occident. Le pantalon et la chemise cousus
dans un même tissu, connu sous le nom d'"ensemble" ou
"abacost" seraient une un style de la création africaine que les
Burundais ont beaucoup appréciée et adoptée.
1.3. Les croyances, les mœurs et les connaissances
techniques
Comme
tous les peuples, les Burundais ont leurs croyances. Bien qu'une infime partie
de la population soit considérée comme animiste, les croyances des Burundais se
réfèrent essentiellement à celles des ancêtres, au christianisme et à l'islam
dans une moindre mesure. Une grande majorité des Burundais sont, en effet,
familiers des croyances ancestrales et du christianisme et partagent plusieurs
points : une croyance en un esprit créateur souverain sur les esprits.
Cependant cet être suprême est rarement la cause de tout évènement. Le nom de
Dieu créateur est proche du mot « Père ». Certains groupes le voient comme
étant partout, omniprésent, d'autres le voient comme siégeant dans le ciel. On
notera que dans le Burundi traditionnel, le lien avec le Dieu créateur était
assuré par un certain Kiranga. Une croyance en une force
essentielle qui anime le corps mais qui le quittera à la mort pour devenir un
esprit ancestral. Cette force continue à être active parmi les vivants de la
même famille, soit en les punissant soit en leur faisant du bien. Des cultes
sont régulièrement organisés à l'attention de certains anciens esprits
ancestraux. (Plus tard, un chapitre sera réserve religion traditionnel. Il sera
question de l’analyser en comparaison avec le christianisme.)
1.4.
L’artisanat
Le
patrimoine culturel burundais, c’est aussi l'artisanat très riche et fin qui
est une importante forme d'art au Burundi. Il s'agit d'une tradition plastique
englobant les domaines de la création picturale et la sculpture sur bois. La
peinture et la sculpture de tradition burundaise s’orientent essentiellement
vers les objets utilitaires obtenus à partir des techniques artisanales telles
la vannerie, la forge, la poterie, etc. Les principaux bijoux traditionnels du
Burundi étaient de cuivre, de coquillage ou de corne.
Des coopératives des jeunes
entrepreneurs à kayanza ont revitalise cette tradition où plusieurs objet de
beauté pour les hommes et pour les femmes, les tasse et les sous-tasses, les
assiettes, les gobelets, et autre objets à caractère décoratifs. Il est de même
pour la fabrication des sandales, les chaussures, la ceinture à partir des
peaux des animaux, les chèvres par exemples. Certains articles conjuguent leurs
efforts pour la fabrication de plusieurs objets à partir des ressources
naturelles et locales. Lors d’une exposition organisée récemment, février 2022 à
kayanza, par le Ministère de l’éducation
nationale et de la recherche scientifique, pas mal des coopératives ont été
primées sur base de leurs objets artisanaux.
La vannerie est l’art des Burundais par
excellence. La poterie est une activité essentiellement féminine et une
spécialité de l’ethnie des Batwa. Avec le modernisme, certaines croyances,
mœurs et connaissances techniques changent. A titre d'illustration, l'usage des
ustensiles métalliques a affecté la vannerie
1.5. Les expressions folkloriques et musicales
Sur
le plan culturel le Burundi est surtout connu à travers le monde pour ses
célèbres tambours qui ont joué un rôle extrêmement important dans la
construction du Burundi monarchique. Le mot « ingoma » signifie à la fois «
tambour » et « royaume ». Les tambours étaient le symbole du pouvoir royal. Les
tambourinaires du Burundi sont devenus très célèbres à travers le monde.
L'UNESCO a inscrit l'art des tambourinaires sur la liste du patrimoine mondial.
En
dehors du tambour, le folklore burundais reste très varié avec des spécificités
régionales assez marqués telles la danse Intore
en Province de Kirundo, l'Agasimbo
et l'Umuyebe en province Makamba, l'Umutsibo dans la région de Buyogoma, l'Umuhanga dans la province Bururi, l'Ihuruma et l'Ubudemera dans la région de Kumoso, l'Urwedengwe en province de Ngozi etc. Une grande richesse est
également observée au niveau de la poésie
pastorale, la poésie épique et
des berceuses,
1.6. Sites historiques, musées, monuments et aires
protégées
Les
sites historiques du Burundi sont liés à plusieurs aspects dont le pouvoir monarchique et le culte de "Kiranga" qui,
selon la croyance des Burundais servait d'intermédiaire entre Dieu et les
hommes.
Le
Burundi compte plusieurs monuments répartis sur tout le territoire national
entre autre les ibigabiro royaux et
d’autre monument entre autre le mausolée
Prince Louis Rwagasore, le mausolée de l’unité, la pierre dressée pour
commémorer la rencontre des explorateurs Stanley
et Livingstone à 10 km de Bujumbura vers le sud, la pyramide érigée sur la source la plus méridionale du fleuve Nil
à plus de 2.000 m d’altitude à 114 km de la capitale, l'ancien château Mauss transformé en hôtel restaurant, à Rumonge, l'ancien
palais du roi Mwambutsa Bangiricenge
à Gitega, le sanctuaire de la Vierge
Marie de Mugera, les chuttes de
mwishanga, etc.
1.7. Les rituels et rites y associés
Deux
rituels ont marqué l'histoire du Burundi. Il s'agit de l'intronisation du roi et de la cérémonie dite "Umuganuro". Selon les historiens,
l'intronisation du roi comportait plusieurs phases dont le choix d’une vestale
pour le culte complexe du tambour "Karyenda" (le tambour égide du
Burundi), qui était conservé sur le flanc ouest du mont Saga (Mbuye). Pendant
la colonisation, la cérémonie d' "Umuganuro", appelée aussi
"fête des semailles" était
la plus importante des fêtes rituelles de la monarchie. La cérémonie avait lieu
annuellement au mois de décembre et au cours de laquelle le roi donnait
l’autorisation de commencer les semailles de sorgho. Soulignons que c'est en
1929 que l’administration coloniale interdit cette fête sacrée et actuellement
peu nombreux sont les Burundais qui en connaissent la substance. On notera aussi quelques fêtes nationales et jours fériés sont
notamment : la fête du travail
célébrée le 1er mai, la fête de l'Unité
nationale célébrée le 5 février, la fête de l'Indépendance nationale célébrée le 1er juillet, la fête de l'Assomption, célébrée le 15 août, la commémoration de l'assassinat du Prince
Louis Rwagasore, héros de l'indépendance, le 13 octobre, la commémoration de l'assassinat du
Président Melchior Ndadaye, héros de la démocratie, le 21 octobre, la fête
de la Toussaint, célébrée le 1er novembre,
la commémoration de la naissance de
Jésus Christ, le 25 décembre, l'Aid-al-Fitr,
ou fin du Ramadan, et l'Aïd el kebir, ou fête du mouton qui n'ont pas de dates
précises, etc.
2.
La sauvegarde de la culture burundaise: enjeux et défis
2.1.
La culture nationale comme valeur à sauvegarder jalousement
A
part que le patrimoine culturel peut contribuer à la consolidation de l'Etat-Nation, il représente aussi une immense valeur socioéconomique. La sauvegarde
de la culture nationale doit donc faire partie des préoccupations des pouvoirs
publics et d'autres parties prenantes, en l'occurrence les privés. Ces
préoccupations se situent dans un cadre national, régional et même
international. Il est intéressant de noter la prise en compte de la sauvegarde
du patrimoine culturel dans les principaux textes de planification et dans les
différentes manifestations auxquelles des privées prennent une part active. En
effet, des initiatives privées s'associent aux pouvoirs publics pour
sauvegarder et faire progresser la culture nationale.
2.1.1.
La culture nationale dans les textes de planification
Selon
la Vision 2025, le pays est bâti sur une société de droit qui jouit de son
patrimoine culturel riche et diversifié. En outre, la Vision « Burundi 2025 »
se donne comme objectif de valoriser la richesse culturelle du Burundi afin
qu’il devienne le pays phare de la culture sous régionale à travers différentes
manifestations socio-culturelles propres au terroir burundais. Pour concrétiser
cet objectif, la Vision 2025 prévoit que
le kirundi sera renforcé notamment en
renouant avec la littérature burundaise composée essentiellement de contes, de
proverbes (les bitito, les migani, les bisokozo, etc..) de poésie, de théâtres. C’est pour cet
effet que l’université du Burundi a instauré l’académie rundi dans le but de renforcer la langue maternelle.[22]
Le
PNDB 2018-2027 note d'abord les
performances réalisées dans le domaine de la culture, dont :
i)
l’inscription du Tambour sur la liste du
patrimoine mondial,
ii)
la préparation des textes d’adhésion sur
la protection des œuvres littéraires et artistiques et d’autres traités
internationaux,
iii)
la validation de la Politique Nationale
de la Propriété Intellectuelle
iv)
la mise à jour de l’inventaire du
patrimoine culturel immatériel burundais. [23]
Malgré
les performances enregistrées dans le domaine, le PNDB relève certains enjeux à
mettre en évidence : la visibilité des activités culturelles et des beaux-arts
du Burundi ; l’augmentation des centres d’exposition des objets d’art ; le
soutien aux orchestres traditionnels (inanga, ikembe, etc.) et le
rétablissement, la revalorisation et la sauvegarde du patrimoine et de
l’industrie culturels. Le pays capitalisera sur les initiatives des clubs
culturels qui ont fait connaître et aimer les danses folkloriques en mettant en
relief les spécificités régionales.
Comme
perspectives, le PNDB se fixe l'objectif de promouvoir et protéger le
patrimoine culturel et naturel. Il se donne le programme de rétablissement, de
revalorisation et de sauvegarde du patrimoine culturel et naturel et
développement de l'industrie culturelle et créative. Il prévoit des projets de
:
i) redynamisation
des valeurs culturelles burundaises au service de la cohésion sociale, au
développement et au changement des mentalités,
ii) aménagement
des infrastructures culturelles, réhabilitation et restauration des musées, des
sites historiques et des monuments,
iii) appui
à la créativité artistique et littéraire, les spectacles et les loisirs,
promotion et protection du droit d’auteur,
iv) promotion
des archives et revalorisation de la bibliothèque nationale.
A
ces textes de planification, il faut ajouter l’adoption en 2005 de la loi
relative aux droits d’auteur, du document de Politique Culturelle en 2007, de
la mise en place de l’office burundais du droit d’auteur : comité d’éthique.
2.1.2.
Etude des cas pour l’authenticité du
patrimoine culturel: cas des contes pour l’éducation des enfants et
l’épanouissement des liens sociaux
2.1.2.1. Education: interprétation interactionniste
des contes
Selon l’anthropologue A. NTABONA, l’école familiale du soir avait pour but
l’évaluation, expériences vécues, personnes rencontrées, succès, et échecs de
la journée[24].
Selon lui, les parents aidaient les
enfants à interposer ce qu’ils avaient vécu en l’insérant dans ce grand
ensemble de la société, à travers un récit qui mettait en scène un personnage.
Une fois assimilait la narration, l’enfant apprenait sans effort ni violence à
remettre en question certaines de ses attitudes et en améliorer certains
autres. L’objectif de la narration était de situer les évènements de la vie
quotidienne, de façon que le présent intègre le passe pour préparer l’avenir.
«(…) visiblement, la véritable
veillée au coin feu (igiteramo),
était très souvent une soirée littéraire. C’était par exemple le meilleur moyen
d’acquérir un hôte. Et ce d’une part de transmettre un patrimoine culturel et
d’autre part pour vérifier le présent et lui donner un sens» [25].
Pour
A. Petitat[26],
dans la culture burundaise, la culture de l’enfant est envisagée à partir d’une
analyse de la dynamique du voilement
et dévoilement dans les
interactions. Les contes sont des mises en scène drôle ou dramatique de nos
virtualités relationnelles, Le conte est considéré comme un voyage symbolique, mobilisant les ressources de l’imaginaire
dans les virtualités de la réversibilité.
L’intériorisation
des contes renvoie aux trois axes symboliques:
1) Les
représentations mentales visibles et invisibles ; recours à la virtualité
du dit et du non-dit sans explication
2) Métamorphose
imaginaires et jeux avec le réfèrent ; autonomie entre signes et réfèrent
3) Respect/
transgression des convention ; « l’enfant
(adulte) reçoit dans les conte l’image finalement assez réaliste de la
condition d’homme symbolique, c'est-à-dire d’homme dont la liberté et l’apprentissage
de la liberté passent par un jeu de voilement/ dévoilement autours de règles,
dont le respect et la défense des convention s’effectuent à travers des
transgressions et des érosions permutantes dans une fragilité et une
incertitude qui fournissent trame de nos drames et de nos amusements quotidien»[27].
2.1.2.2
Rituels: rapports sociaux ou devoir de proximité
Historiens et sociologues affirment et
observent une dé-ritualisation de nos société par des influences extérieures, or
la vie humaine était traditionnellement décrite par des rites de passage:
1)
A la naissance : assistance
familiale ; présentation des cadeaux et félicitations aussi pour le
rétablissement de la mère. Dans les milieux urbains (chez les évolués,
« intellectuels »), l’évènement prend une autre allure sous l’angle de soutien moral et matériel :
« bride baby[28] ».
2)
Au tour du mariage : soutien ;
moral et matériel ; contribution à la réussite du mariage. Le « bride[29] »
sert de cette utilité chez les jeunes contemporains.
3)
A la mort: tout pour rendre à la famille
endeuillée la douleur moins atroce, mais aussi éviter de signifier par son
absence que l’on auteur de la mort qui a semé la terreur autour de soin.
Assistance et aux cérémonies d’enterrement, frais nécessaire. Pratique méritant l’hommage traditionnellement dit « udukwi »,
« ibidyazagu ».
4)
Travaux communautaire: tout le monde est
impliqué ; car tout le monde s’attend
à bénéficier des mêmes avantages, se désintéresser d’une seule action,
c’est se montrer insociable, ennemi de la solidarité et nuire pour la mise à la
bonne relation de la société.[30]
« Guhinda ikibiri » dans le langage traditionnel.
2.2. Défis de la sauvegarde du patrimoine culturel
burundais
Progressisme
et dégradation de la culture burundaise
Plus
haut, le kirundi a été décrit comme la langue nationale parlée et comprise par
l’ensemble de la population. Nombreux sont les Burundais qui sont très fiers de
leur langue et la considèrent comme une aubaine. Toutefois, le "progressisme" fait que certains
Burundais, une minorité certes, surtout ceux que l'on considère comme des
"intellectuels" encouragent leurs enfants à apprendre le français ou
l'anglais au détriment du kirundi. Au salon, certains parents sont très fiers
quand leurs enfants savent s'exprimer en français impeccable, devant des
visiteurs, même s'ils sont incapables de formuler une seule phrase en kirundi.
Le
même "progressisme" fait que dans certains ménages des milieux
urbains, les parents ne sont pas inquiets quand leurs enfants ne parlent que
d’autre langue que le Kirundi. Bien évidemment, moins nombreux sont des parents
qui disposent mois de connaissances et compétences à propos des contes, "imigani" la poésie dite "ibicuba" pour les apprendre à
leurs enfants. Les chansons, les poèmes, les contes, les proverbes et les
dictons qui étaient déclamés le soir, autour du feu « kuziko », par les
ancêtres en faveur de leurs enfants, de leurs petits-fils et petites-filles, ne
le sont plus à grande échelle comme c'était autrefois.
Cependant,
la connaissance des langues n’est pas à ignorer car à côte de la fierté
nationale, nous avons besoins d’autres compétences et performances.
Le
"progressisme" est aussi observé au niveau de la croyance où
les guérisseurs
ou les tradi-praticiens sont considères comme de
purs charlatans qui ne devraient même pas exercer leur métier en face de la
médecine moderne.
Dans
la vie quotidienne, certains rites et
cérémonies sont dépouilles de sens d’où la pire dégradation ritualiste.
Avant
la dot, les deux familles des futurs
époux organisent la fameuse pré-dot, « gusaba amarembo » en
kirundi qui est une fête qui n'est pas des moins considération. Au départ, ce
premier contact avait pour but de fixer le montant de la dot. Aujourd'hui, ce
sont les fiancés qui se mettent d'accord entre eux pour fixer ce montant. Les
parents à peine sont informés de la date du mariage précédée pour la plus part
des cas de la dote la matinée dans un endroit autre que dans leur
familles : « salle de réception ».
La
cérémonie du mariage et d’autre y
relatives entre autre la fête de levée de voile sont n’ont en aucun cas de
raison d’être. Au fond on n’y trouve aucune réalité. Les aspects extérieurs
tels que location de la salle de fête, les véhicules, les décorations, la
sonorisation, etc. Sont devenus prioritaires.
Dans
le passé la cérémonie de levée de voile
avait généralement lieu le lendemain du mariage. Aujourd'hui, il y a des
familles qui, voulant faire des économies, battent le record d'organiser la
dot, le mariage civil, le mariage religieux et la levée de voile le même jour.
Elles réussissent cet exploit mais nombreux sont ceux qui estiment qu'une telle
organisation est une dénaturation des cérémonies. C'est une atteinte à la
culture nationale.
La levée de deuil ;
normalement la levée de deuil se fait en temps : la levée provisoire qui
consiste à honorer la mémoire du défunt pendant une semaine et la levée deuil
définitive qui est organisée intervient en général une année après. Pour l'Abbé
Adrien Ntabona, les gens ont détourné le sens symbolique du rituel. Auparavant,
les invités offraient des cadeaux utiles en nature (vivres, bois de chauffage,
poules, chèvres) pour soutenir la famille éprouvée et attirer sur elle la
bénédiction divine ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Référence Bibliographique:
République du Burundi 2006. Monographies des provinces de
Gitega, Bururi, Makamba et Ngozi, Bujumbura: Ministère de la Planification du
Développement et de la Reconstruction Nationale.
Kinezero, M et Gasunzu, P 20l2. A la découverte du Burundi, Cœur
d'Afrique. Bujumbura.
Culture du Burundi, http://fr.m.wikipedia.org, consulté le 25
juin 2019. La culture burundaise, sauvegarde des dictons, des proverbes et des
contes, www.ppbdi.com, consultée le 26 juin 2019
III. GERNERALITE SUR LE RAPPORT ENTRE LA
MENTALITE SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT
Dans le domaine du développement, la mentalité est au cœur. Son évolution (le changement) constitue un fil conducteur à la base du développement. Selon l’organisation de la société civile,PARCEME
,« tous
les pays qui ont réussi le développement ont d’abord fait évoluer la mentalité
de leurs peuples: siècle des lumières en Europe, révolution Meiji au Japon,
valeurs sur lesquelles se fonde la grande puissance américaine » [31]. En
effet, poser la question des mentalités, c’est poser une question
concernant la vie d’un peuple dont la morale liée a sa culture est l’un des
aspects principales et moteur du développement. Il s’agit d’une question
de société du pays cible qui nous pousse à nous demander relatives à la vie
ordinaire des gens, leurs exigences de vie d’où une série de questions qui
s’impose: Comment les gens vivent actuellement? Comment doivent-ils
vivre ? De quelle manière les mentalités nous positionnent-elles par
rapport à la culture politique du
développement et répondent au besoin
profond de formation d’un leadership politique, économique, religieux et
intellectuel vertueux ? De quelle façon nous situent-elles par rapport aux
questions et défis actuels que suscite la gouvernance nationale ou mondiale? En effet, poser la question des mentalités,
c’est poser une question concernant la vie d’un peuple dont la morale
liée à sa culture est l’un des aspects principales et moteur du
développement. Il s’agit d’une question de société du pays cible qui nous
pousse à nous demander relatives à la vie ordinaire des gens, leurs exigences
de vie d’où une série de questions qui s’impose: Comment les gens
vivent actuellement? Comment doivent-ils vivre ? De quelle manière
les mentalités nous positionnent-elles par rapport à la culture politique du développement et répondent au besoin profond de formation d’un
leadership politique, économique, religieux et intellectuel vertueux ? De
quelle façon nous situent-elles par rapport aux questions et défis actuels que
suscite la gouvernance nationale ou mondiale?
Toutes
ces questions ne peuvent pas trouver de solutions appropriées sans d’abord prendre connaissance de la
raison de la mentalité, sa raison d’être, son
(r)évolution face à une culture ou société donnée. Le présent chapitre
nous aide à comprendre la place de la mentalité dans le secteur du
développement. Et pour parler de la mentalité, il nous faut parler et analyse la société dans
laquelle nous sommes, et il est question ici de la société burundaise pouvant influencer le développement.
1.
Approche conceptuelles
1.1.
Qu’est qu’une mentalité?
Le
concept de mentalités (mindset en anglais) ou le mental
collectif est compris comme un état d’esprit propre à un peuple, à une
collectivité ou à un individu. Cet état d’esprit féconde des représentations,
des expressions, des acquisitions de savoirs et de savoir-faire, ainsi qu’une
logique des pensées et des actes. Ce contenu structure la cohérence interne
d’un peuple ou des individus.
En
effet, la mentalité n’a pas d’être ontologiquement; plutôt elle renvoi à l’être d’un peuple. Elle est le reflet de la manifestation d’un peuple ou
d’un individu. Au sens concret, parler
de mentalité d’un peuple, c’est parler de
son âme. Sur cette fondation, nous nous plongeons dans la mentalité de la société burundaise, pour enfin l’orienter dans le
sens du développement. Il nous faut
d’abord apprécier, renforcer et orienter cette mentalité dans le sens de
l’organisation socio-politico-économique vers le développent, voire quel est
son apport ou en quoi elle peut constituer un handicap. Notons que comme le
souligne Symphorien, « réfléchir sur les
mentalités nous amène donc à réfléchir sur nos relations avec nous-mêmes comme
peuple, nos relations avec les autres peuples, et notre relation avec le monde
dans son ensemble, en nous interrogeant sur notre vécu et notre avenir»[32].C’est réfléchir sur l’adaptabilité
aux mutations sociales, ainsi pour dire la dynamité d’un peuple.
1.2. Qu’est que le développement ?
Beaucoup
de perspectives de développement échouent parce qu’elles ne sont pas couchées
sur une base anthropologique bien établie. Donc le développement économique que
sur ce fondement essentiel. Dans ce processus, nous nous appuyons de la perspective de l’approche par capabilités dont les racines remontent à Aristote
(au 4ème siècle), Adam Smith (18ème siècle) et Karl Marx (19ème siècle).
L’avantage de cette approche est qu’elle nous rapproche intelligemment de la conception de l’Eglise catholique du
développement authentique comme développement intégral ou le développement
de tout l’homme et de tout homme, et donc le développement humain.
Le
développement revêt plusieurs sens et est loin d’avoir une convergence
conceptuelle. Pour certains, le
développement renvoie a ;
· la prospérité matérielle (avoir beaucoup d’argent,
terre ou maison, beaucoup de biens matériels),
· la
libération de l’oppression ;
· le
néocolonialisme (Kabou 1991 ; Goldsmith 1997),
· projet
holistique du progrès social et spirituel personnel (Alkire & Deneulin 2009
: 3-4).
· la
satisfaction des biens de base ; la santé, l’éducation, l’emploi, le
logement, le débat démocratique, etc.[33]
Le
développement économique est un aspect ou plutôt l’effet de
l’auto-transcendance humaine, une dimension de ce que l’homme est une
créature qui aspire à être, un être-en-avant-de-soi,
un être en devenir. Nous pouvons même le percevoir dans la définition que
Raymond Barré a proposée treize ans après l’usage du concept en économie :
Louis
Joseph Lebret, l’architecte de l’idée du développement authentique comme
développement intégral de tout homme et de tout l’homme : Il y a toujours eu
dans l’humanité une aspiration à un état meilleur ; que cet état meilleur soit
obtenue par le « plus avoir », le « plus savoir », le « plus valoir » ou le «
plus être » (Lebret 1967 :33).
A
cet effet, le Pape Paul VI (1967) parle
de la vocation au progrès qui pousse les hommes d’aujourd’hui « à faire,
connaitre, et avoir plus pour être plus » à condition que cela s’inscrive dans
le cadre de l’épanouissement et de la promotion de tout homme et tout l’homme
(Caritas in Veritate, 18). Dans l’encyclique Caritas in Veritate. Le Pape
Benoit XVI (2009) parle du développement comme une vocation parce que le
développement « … naît d’un appel transcendant…incapable de se donner par
lui-même son sens propre ultime » Benoit XVI 2009 : par.16. Martha Nussbaum
parle du développement économique comme le déploiement des pouvoirs, (une
réalisation de soi) que les êtres humains apportent avec eux dans le monde
(Nussbaum 2012 :43).
Ainsi,
le développement économique incarne trois valeurs qui structurent la vie
humaine s’il est vraiment humain, à savoir :
La
Survie: Il s’agit de la capacité d’avoir les biens de base
(alimentation, logement, santé et sécurité, bref toutes les conditions
matérielles et matérialisables). En l’absence de ces biens de base, les gens
vivent dans les conditions de sous-développement ou dans l’indigence, et
peuvent mourir. Sur ce point, le développement veut promouvoir la qualité de la
vie.
L’estime
de soi (être une personne) : Le développement doit renforcer
la fierté, la dignité, le respect de soi et des autres. Le disciple de Lebret,
Denis Goulet, disait que « le Développement est légitime parce qu’il est une
voie importante et même indispensable
d’accroitre l’estime »[34].
La
liberté: La liberté consiste en la capacité de
choisir. Le développement doit éliminer les conditions de servitude de la
nature ou des autres gens, de la misère, de l’exploitation, de l’oppression, et
de la pauvreté (Todaro & Smith 2009 : 20-21).
Qui plus est, le développement peut se définir aussi comme
«comme l’ensemble des processus sociaux
induits par des opérations volontaristes de transformation d’un milieu social,
entreprises par le biais d’institutions ou d’acteurs extérieurs à ce milieu mais cherchant à mobiliser ce milieu, et
reposant sur une tentative de greffe de ressources et/ ou techniques et/ ou
savoirs»[35].
Pour ce faire, on pourrait attribuer aux processus de changement social et de développement quatre propriétés[36] principales qui infléchissent :
1) Les processus de changement social et de développement mettent nécessairement en rapport des normes hétérogènes, des cultures et des sous-cultures hétérogènes, des systèmes de valeurs hétérogènes, des configurations de savoirs et de représentations hétérogènes, des systèmes d‘action hétérogènes, des stratégies et logiques sociales hétérogènes.
2) Les processus de changement social et de développement mobilisent des structures intermédiaires informelles transversales : des réseaux des affinités, des clientèles, des sociabilités locales, professionnelles, familiales.
3) Les processus de changement social et de
développement sont par définition diachroniques, et cette dimension est trop
souvent oubliée par les écoles anthropologiques classiques (fonctionnalisme,
culturalisme, structuralisme, symbolisme.. .), qui ont eu une forte propension
à jeter le bébé historique avec l’eau du bain évolutionniste.
Les processus de changement social et de développement se situent à l’interface entre anthropologie et sociologie d’un côté, et ethnographie et sociographie de l’autre. Autrement dit, à l’interface entre les pesanteurs structurelles et l’action des agents sociaux. Les faits de changement social et de développement mettent en valeur simultanément les contraintes externes et l’autonomie ou les capacités d’initiative (ou de résistance) des individus et des groupes locaux.
1.2.1.
C’est quoi la capabilité ?
La
capabilité est simplement une aptitude à la réalisation. Ainsi, l’approche par
capabilité commence par une simple question : qu’est-ce que les gens sont
réellement capables de faire et d’être (Nussbaum 2012 :10). Il s’agit de combiner agir et devenir, ou plutôt
agir pour devenir. Par exemple, être en mouvement, pouvoir lire, écrire,
être informé, participer dans la vie de la communauté, ne pas avoir honte de
soi, etc. En peu de mots, les capabilités sont tous les aspects de la vie, qui
nous permettent de fonctionner comme être humain individuellement et
collectivement comme société. Comme nous pouvons le pressentir, il n’y a pas de
capabilités sans libertés. D’ailleurs, Sen parle de capabilités comme étant des
libertés substantielles, un ensemble de possibilités de choisir et d’agir, ou
mieux encore des opportunités réelles dont une personne dispose au regard de la
vie qu’elle souhaite mener. La capabilité est une sorte de libertéde choisir la
vie que l’on souhaite mener.
1.2.2. Capabilités et notre
développement comme Africains
En
regardant le panorama du développement en Afrique, nous pouvons remarquer au
moins quatre choses qui débilitent le développement[37].
· la
dépendance: Il s’agit d’une
dépendance en développement. Le développement de l’Afrique est tourné vers
l’extérieur : les modèles de développement sont venus d’ailleurs, les moyens
nous les attendons d’ailleurs, les ressources humaines sont venues d’ailleurs,
etc. Comment le cadre définitionnel que nous venons de proposer peut nous aider
à résoudre ce problème de la dépendance ?
· des
conceptions égoïstes du
développement: le développement dirigé par l’Etat (le dirigisme
économique ;) sous l’influence des idéologies socialistes et communistes.
et le développement prôné par le marché et prêché par les néolibéraux du
Consensus de Washington.
· la
conception du développement comme une sorte
d’entité autonome est aussi un problème en soi, celui de la définition même
du développement. Sous entends ici l’expansion des capabilités
· la dualité dans les processus du développement. Par rapport à la dualité « développement de haut en bas/ de bas en haut (cf deuxième question), comment les grands acteurs du développement, à savoir, l’Etat, la population et le marché peuvent travailler ensemble en synergie comme des agents qui participent au processus de développement d’où ils sortent renforcés mutuellement (voir Ntibagirirwa 2010)?
2.
Changement de mentalité, chemin vers le développement
2.1.
La Conscience et connaissance de soi et connaissance du contexte
spatio-temporel
Les
mentalités d’un peuple évoluent en fonction de la conscience et de la
connaissance de soi. Il s’agit d’arriver à un niveau où l’être humain individuellement et
collectivement s’interroge et réfléchit sur lui-même en se regardant dans le
miroir de lui-même. Cette énigme empreinte
deux problématiques principales.
La
première concerne l’autoréflexion, un
retour sur son identité et ses implications en termes de certitude de son être
et de son existence et son affirmation d’une part, et d’autre part la volonté
de vivre et de survivre[38].
C’est toute la question « qui
suis-je ?» (question fondamentale de la métaphysique de Kant) qui se
retrouve chez les peuples de toutes les cultures de tous les temps. Cette
énigme trouve son fondement à l’énigme socratique « connais-toi toi-même » : le
regard intérieur, l’introspection. Dans ce processus de la conscience et la
connaissance de soi, l’être humain pense, agit
et vit autrement qu’il a vécu. Selon Jean Mbarga, le sens de la
question « qui suis-je » est « se promouvoir » c’est-à-dire
la prise de conscience et du changement personnel de mentalité. La personne
humaine doit d’abord se construire elle-même. En agissant sur elle-même, elle
peut atteindre un rayonnement personnel et devenir ainsi le témoin du progrès.
Elle opte pour une nouvelle vision de son rôle dans son milieu et se forge une
personnalité nouvelle[39].
Or la dynamique des individus dans la
société affecte la dynamique de la société, et vice-versa.
· Pour
se transformer, la connaissance de soi est essentielle, sans vous connaître
vous-mêmes il ne peut y avoir de transformation (Krishnamurti) ;
· Le
véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté, pour la première fois,
un coup d’œil intelligent sur soi-même (Marguerite Yourcenar) ;
· La
connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre
soleil (Marie- Madeleine Davy) ;
· La
connaissance de soi est un grand pouvoir qui nous permet de comprendre et bien
orienter notre vie (Vernon Howard).
La
deuxième concerne une réflexion sur la
temporalité et l’environnement
spatio-temporel. Il s’agit de la question «Où
sommes-nous ? », celle de l’espace et le temps. Le lieu où l’on vit nous modèle et contribue à ce que nous sommes et
devenons. C’est dans l’espace que
nous agissons et que nous rencontrons les autres ou que les autres viennent
nous rencontrer, que nous apprenons et que les autres apprennent de nous.
C’est l’espace d’échanges de toutes sortes. C’est l’espace où se vit
l’histoire.
Quant
au concept temps ici, il faut moins comprendre du temps quantitatif ou le temps
chronométrique. Il faut plutôt comprendre du temps existentiel. Le temps est
écoulé mais il reste cependant une réalité parce qu’il y a certaines possibilités qui peuvent être reprises,
appréciées pour être utiles dans le
présent comme dans l’avenir. Le futur est plein de nos possibilités connues
et inconnues, pensées et impensées, le temps des rêves. Martin Heidegger était
convaincu que nous vivons une existence historique, venant du passé en route
vers l’avenir que nous construisons par nos choix présents. Par exemple, la
manière dont nous avons vécu au Burundi il y a 50 ans ne peut plus être la
même. Tout comme le Burundi d’il y a 50 ans doit être différent du Burundi
d’aujourd’hui et de demain.
2.2.
De l’auto-transcendance
L’être
humain est une créature qui a «à être », qui aspire à être, un
être-en-avant-de-soi. L’homme est toujours un projet en tant qu’il cherche
toujours à « être plus, avoir plus et valoir plus »[40].
Il s’agit d’une créature essentiellement et toujours en mouvement, ou, plus
fondamentalement, une créature en devenir d’où l’auto-transcendance humaine qui
consiste en un saut du dedans de soi, mais aussi un saut au-delà de soi.
Cependant
le mouvement d’auto-transcendance peut
être retardé, freiné, voire même arrêté par des circonstances notamment
:
1. Le manque de biens de base (la nourriture, le logement, l’éducation, la santé, la sécurité, etc.) qui nous donnent la survie ;
2. Une situation d’exploitation, l’oppression, la violence et le manque d’opportunité qui peuvent nous dérober de l’estime de soi,
3. Un environnement qui ne permet pas aux gens de jouir de vies longues, saines et créatives dans la liberté.
3.
Solidarité sociale, un creuset du développement
3.1.
La solidarité pour un développement
commun
La pratique de l’économie solidaire découle de la mentalité traditionnelle. La culture burundaise en témoigne par l’exemple à travers de la pratique d’Ikibiri selon laquelle les barundi conjuguent leurs efforts pour bonne réussite du travail laborieux. En réalité, le travail quotidien des barundi traditionnelles mettait l’accent sur l’aspect coopératif qui est revitalisé dans les temps actuels. Le secteur coopératif actuel n’a d’autre sens contraire que celui de jadis. Le prince Louis RWAGASORE, reprenait l’aspect coopératif dans les programmes de l’UPRONA. Cet aspect a comme valeurs ; renforcement des liens sociaux, et le soutien morale que matériel. La théorisation du secteur coopératif distingue quelques mouvements pour enfin souligner leurs caractères dynamiques ayant la finalité de promouvoir le développement.
Mouvement modernes de coopération et de mutualisme: le résultat de métissage de l’endogène et de l’allogène (sociétés étrangère). Ces formes s’incarnent dans les systèmes locaux ;
2) Mouvement de coopérations bureaucratiques et technocratiques
: fonde sur le transfert de
connaissances et sur les messages ou des solutions décidées à l'extérieur du
milieu socioculturel des bénéficiaires, les approches participatives de type
indigène ou endogène insistent sur le
développement de la capacité des bénéficiaires à évaluer, choisir, planifier,
créer, organiser, prendre des initiatives et décider sur les solutions à
implanter ;
3) Le mouvement associatif ou communautaire constitue aujourd'hui l'un des centres principaux d'intégration sociale des individus et de développement des collectivités locales. Fondée sur une philosophie centrée sur les besoins psychologiques et sociaux de la personne ou des groupes; située entre les structures sociales (famille, parenté, clan, tribu) et les institutions (coopératives, associations et mutuelles). Le mouvement communautaire se présente comme un laboratoire où l'on peut puiser des valeurs et des pratiques sociales qui doivent inspirer les politiques sociales et le volontarisme collectif de lutte contre l'exclusion sociale et de combat pour la promotion de la solidarité[41].
3.2.
La solidarité comme valeur fondatrice du développement
Selon
NTABONA, les Barundi étaient habitues de par la tradition, a des travaux en commun, a des coopératives spontanées mais toujours dans un climat de solidarité[42].
La solidarité est l’une des valeurs cardinales fondatrice traditionnelle.
Durkheim donne à cette dernière un caractère bipolaire pour parler de la solidarité mécanique et la solidarité
organique. Ainsi pour souligner son apport inestimable.
Le
premier type de solidarité est fondé sur une grande conscience collective qui
représente l'ensemble des croyances et des sentiments moraux communs aux
membres du groupe. Le second type de solidarité (organique) est fondé sur la primauté de la division du travail. Le
progrès technique et l'émancipation générale des individus permettent que l'ordre social repose non plus sur une
uniformité mécanique et sur la répressive collective, mais sur l'articulation
organique d'individus libres dont les fonctions sont à la fois différentes et
complémentaires. La solidarité organique permet à l'homme de s'affranchir des
contraintes traditionnelles imposées par la parenté, par l'appartenance à une
classe ainsi qu'à un lieu.
Selon
J-M Katubadi, l’économie solidaire qui constitue le mode de production et de
consommation dans les organisations économiques populaires (coopératives,
mutuelles ou associations), comme le montre le tableau ci-dessous, se ressource
prioritairement à ces deux types de solidarité. Elle ne peut être
opérationnalisé qu’en s’inspirant des principes normatifs suivants : principe de démocratie, principe de transparence, principe de solidarité,
principe de développement durable, principe de développement local, principe de
justice économique.
Ces
six principes normatifs sont les indications par lesquelles les organisations
économiques populaires mettent l’économie solidaire en pratique. L’économie
solidaire veut produire, consommer, employer, décider, échanger et créer de la
richesse autrement, c’est-à-dire en privilégiant
l’utilité sociale, la qualité des rapports entre usagers et producteurs,
entre salariés et entrepreneurs, tout en respectant l’humain et son
environnement. Elle fonde les
initiatives économiques et solidaires
sur les valeurs suivantes. D’abord l’éthique dans les relations humaines.
Ces initiatives agissent pour une économie qui place l’humain, et non le
profit, au centre de sa démarche. Elles promeuvent des échanges équitables
entre les acteurs économiques; Ensuite
la gouvernance démocratique.
Les
initiatives économiques et solidaires agissent à travers des organisations et
des projets, qui permettent à tout individu de s’exprimer, d’être écouté,
d’être acteur de son devenir social (principe de démocratie). Les initiatives
économiques et solidaires agissent de façon transparente envers leurs salariés,
leurs usagers et leurs partenaires.
Les projets, les initiatives économiques et solidaires sont menés dans un esprit de développement durable, dans le respect de l’environnement, et en solidarité avec les générations futures (principe de développement durable). Les initiatives économiques et solidaires favorisent les actions qui répondent aux besoins des populations locales en coopération avec les acteurs de terrain (principe de développement local). Au-delà de leurs spécificités, ces initiatives reposent sur l’égalité entre les membres, œuvrent pour la justice sociale, à travers le commerce équitable, entre le Sud et le Nord, ou la défense de l’accession de tous aux services ou à l’emploi (principe de justice économique).
3.3. Grandes familles de l’économie
solidaire
|
Association |
Coopérative |
Mutuelle |
|
Objectif
(avec priorité à l’utilité sociale de l’activité sur sa rentabilité) |
Offre
de service aux membres et ou à la collectivité |
Offre
de biens et services aux membres (ex coopérative de travail) ou à la
collectivité (coopérative de solidarité) |
Offre
de service aux membres et a leur famille |
|
Activité |
Biens
et services collectifs sur le marché (public ou prive) |
Biens
et services marchands |
Services
collectives de protection sociale |
|
Organisation
démocratique ou répartition du pouvoir |
Conseil
d’administration élu et assemblée
générale des membres (une personne, une voix) |
Assemblée
générales des membres (une personne, une voix) |
Assemblée
générale des membres (une personne, une voix) |
|
Mode
d’affectation du surplus |
Réinvestissement
dans l’organisation |
Ristourne
aux membres et réinvestissement dans l’organisation |
Réinvestissement
dans l’organisation et fonds de
réserve |
|
Acteurs
ou porteurs de projets |
Regroupement
de personnes (qui ne détiennent pas de
capital) |
Regroupement
des personnes (qui ne détiennent pas de capital) |
Regroupement
de personnes (qui ne détiennent pas de capital) |
Source:
Louis Favreau, L’économie sociale et
solidaire: Pôle éthique de la mondialisation?
Ce qu’il faut retenir
· trois
types des organisations économiques populaires: priorité à l'utilité sociale de
l'activité.
· mode
d’opérationnalisation : basé sur le partage et la solidarité, et non sur la
recherche du gain maximum.
· Mise
en commun et participation active: gestion des biens reçus au nom du double
principe de démocratie et de justice économique.
Pour
réussir au développement, la solidarité recourt sur d’autres valeurs
secondaires:
· La
réciprocité: les ressources
réciprocitaires sont présentes dès l'émergence de l'initiative;
· le
lien social constitue
l'"impulsion réciprocitaire" faisant émerger des pratiques
économiques.
· La consolidation:
3.4.
L’humanisme africain comme modèle de l’économie solidaire
Pour
comprendre l’humanisme africain, le socialisme africain de Julius Nyerere nous
sert d’exemple. Celui-ci en délivre
quelques idées de base parmi lesquelles
nous retenons deux:
Ø l’éradication
de toute forme d’exploitation de l’homme par l’homme ; la promotion de
l’égalité fondamentale entre les hommes et leur union fraternelle,
Ø la
construction de la famille de base
(Ujamaa) où les gens vivent et pensent avant tout comme membres d’une
société (cité par Van Parys 1995).
Aujourd’hui, avec la tradition africaine, on parle de plus en plus d’Ubuntu comme une nouvelle forme de l’humanisme africain. Ubuntu est perçu comme la définition de la personne incarnant les vertus de compassion, de générosité, d‘honnêteté, de magnanimité, d’empathie, de compréhension et de pardon.
Dans la culture bantoue, le concept signifie: ‘‘sans l’autre je n’existe pas, sans l’autre je ne
suis rien, ensemble nous ne faisons
qu’un.
De façon simple, le concept
d’Ubuntu veut dire ‘‘je suis parce que nous sommes’’. Le ‘‘Je’’ et le ‘‘nous’’
sont inextricablement liés ; l’un et l’autre ne peuvent s’épanouir que dans une
dimension relationnelle qui veut que chacun de deux n’existe que grâce à
l’autre.
Du point de vue économique, le peuple de l’Ubuntu 43] exige un espace nouveau où la division du travail est fondée sur le respect minimal de l’être humain. L’espace économique qui en est l’émanation est régulé par la loi ‘‘de l’ouverture empathique aux autres’’. La Charte de Mandéla qui fait état de cette ouverture déclare: «Que chacun veille sur son prochain. Que chacun entretienne et pourvoie aux besoins des membres de sa famille» (La Charte de Mandé 2017). Dans la pensée de Kant[44], le métaphore de l’arbre et du foret illustre et renforce l’utilité de la société et la solidarité. C’est dans la société l’homme développe ses dispositions et aucun progrès n’est possible hors l’effort commun.
4.
Ubuntu et la culture des droits humains
Le
concept d’ubuntu et le langage des droits humains se croisent dans la finalité
de faire valoir la vie et la dignité humaine.
Le couple met en évidence la
recherche des fondements locaux de la culture des droits humains. Les deux
terminologies sont presque la même chose
car ils ont la même finalité: «là où
ubuntu prévaut, là prévalent les droits humains. L’être humain vit selon son
identité ou mieux, son être. Parler des droits humains, c’est faire triompher
l’humanité» (S. Ntibagirirwa, 2020). C’est l’esprit même d’ubuntu.
L’anthropologue
A. NTABONA souligne que la dénaturation d’ubuntu engendre des contre valeurs
dramatiques tels que la massification,
la tendance à la globalisation et à la diabolisation, la vengeance, l’unanimisme du
groupe, etc.[45]
Par
cet effet, la personne humaine est réellement dépossédée de sa vocation
d’homme, elle considérée selon l’anthropologue, comme une feuille d’arbre.
Selon lui, ceci n’épargne personne et ses conséquences sont sans toutefois
encadrer la vie du pays.
5.
Ubushingantahe, gouvernance et la culture du leadership
Dans
la culture burundaise, le concept d’Ubushingantahe nous réfère aux valeurs
d’intégrité, de de justice, d’équité et de vérité. Le mot« intahe » veut dire
ce qui rentre ! Intahe vient du verbe gutaha veut dire rentrer, « établir » ou fixer. C’est donc une baguette
qu’on se sert pour rendre la justice ou établir ou témoigner de la vérité.
Ainsi « gushinga intahe » veut dire témoigner pour asseoir ou établir la vérité
comme base de la justice. En somme « ubushingantahe » veut dire, le fait
d’asseoir la vérité comme base de la justice et de l’équité.
En
effet, Ubushingantahe au sens vrai de la tradition burundaise est une
philosophie de vie, une voie vers être
soi-même et un style de vie dans la
communauté. Il implique un ensemble de vertus, de qualités, qui sont
acquises à travers l’éducation,
l’expérience de vie, l’obéissance aux valeurs, aux coutumes et lois de la communauté
et un engagement personnel à servir les autres et le bien commun. Lorsque
cette philosophie s’implante au cœur et
dans l’âme de toute personne, les meilleurs fruits de bonne gouvernance et une
culture du leadership s’enracine conséquemment dans le quotidien de
l’organisation de la société.
Comprenons
cela sur base de deux perspectives témoignant l’être d’un mushingantahe qui par
conséquent orienter la bonne gouvernance et le leadership.
« le témoignage ; c'est-à-dire
l’essence même du mushingantahe: Le témoignage d’un Mushingantahe est à deux
niveaux: la réflexion extérieure d’abord
de ce qu’il vit intérieurement. Il s’agit ici de l’éthique de l’être. Il est
source de l’ordre parce qu’il est ordonné en lui-même en premier lieu. Sa
parole et/ou son discours
est modelé, cohérent, distingue l’essentiel de l’accidentel et suit
un ordre logique pour éviter d’embrouiller l’accès à la vérité comme base de la
justice. Bref sa conclusion synthétique est valide mais aussi valable,
cohérente et consistante. D’où l’unité, la cohérence et la consistance de sa
parole et/ou son discours
sont des caractéristiques clés des leaders intègres.
Et puis la responsabilité, c'est-à-dire la capacité de répondre et rendre compte de sa parole, de son agir et de son comportement. Son statut est considéré comme un catalyseur de l’ordre social, capable d’aviser l’ordre politique et renforcer l’harmonie dans la société. Dans l’ordre politique, les bashingantahe formaient un noyau qui aidait l’autorité légitime à assurer la gouvernance dans le sens d’une démocratie consensuelle. D’où le proverbe « umwami agirwa n’abagabo » au sens où les conseillers sont les piliers de l’autorité royale.
« l’ordre des valeurs.
actuellement le leadership est devenu une matière d’enseignement et met
l’accent sur les compétences puisque le monde d’aujourd’hui est à la recherche des leaders moraux et
intègres, les hommes et les femmes témoins selon la pensée du Pape
François. Non seulement les leaders
mais, de bons leaders. Deux aspects caractérisent un bon leadership: l’aspect technique et l’aspect moral.
En outre, Z,
MANIRAKIZA énonce quatre fonctions nous permettant de bien comprendre
cet élan des Mushingantahe :
· «Ils sont les gardiens de la coutume et des
moeurs. Ils servent de modèle au milieu,
· Ils veillent à la sécurité des personnes et des
biens, à la concertation et à la concorde dans leurs milieux,
· Ils instruisent et tranchent les palabres dans un
esprit non répressif, mais de conciliation,
· Ils constituent une régulation du pouvoir suivant un réseau de Conseillers allant de la colline jusqu’à la Cour du Roi».[46]
Selon
cette même source, sept conditions
étaient nécessaires pour remplir correctement la fonction d’Ubushingantahe :
· «La maturité humaine (ugutandukana n’ubwana),
· Le sens de la vérité (ukuba imvugakuri)
· L’Intelligence lucide (ubwenge butazindwa)
· Le sens de l’honneur et de la dignité (ukugira
agateka mu bandi)
· L’amour du travail et la capacité de subvenir à
ses besoins (ubwira mu kwimara ubukene)
· Le sens de la justice (ukuba intungane)
· Le sens de la responsabilité sociale (ukurwanira intano, uguha itiro inyakamwe)».
En résumé, l’Ubushingantahe
n’était pas une fonction mais un état. Puis Selon le Professeur Th. Laely,
« Au-delà du domaine juridique, les Bashingantahe étaient au niveau local les gardiens de la coutume et de la tradition. Premières autorités morales, conseillers, éducateurs et modèles pour la communauté, un rôle prépondérant dans la construction et la consolidation du système de valeurs leur revenait. Leurs tâches ne se réduisaient pas à des aspects juridiques et normatifs. En tant que chefs de file des groupes à base territoriale, responsables de la consolidation de l’ordre interne et de la représentation vers l’extérieur, les Bashingantahe acquièrent, en plus de leurs devoirs étroits de régleurs de conflits, des fonctions politiques éminentes. Ils étaient les premiers interlocuteurs de l’autorité politique locale »[47].
5.1.
Etat de lieu de certains dérapages historique dans la mise en place des
Bashingantahe
Dans
l’habituel de l’institution des Bashingantahe, des moments propices des
recrutements de nouveaux hommes se voulant être investis étaient préétablie.
Outre les conditions d’amissions, certaines étapes devraient aussi respecter
pour en vie de bien étudier de tous les cotes le candidat. C’étaient des étapes
d’apprentissage et d’observation. Pour cet effet, cinq étapes doivent être
respectes:
1) Umukungu
w’inyuma : le moment opportun pour un jeune marie en qui on a perçu des
qualités. C’est l’étape la plus éloigné.
2) Umukungu
w’imbere (aspirant): moment d’être leader parmi les jeunes pairs ;
l’aspirant est choisi lors des fêtes pour distribuer équitablement la bière a
ses paires, celui-ci est nommé également
isonga
rigaba urwaruka ; javelot pointu qui gouverne les jeune.
3) Umunyamutamana
(postulant): c’est le moment ou la requête de l’aspirant est acceptée. A cette
étape, le futur investi reçoit un parrain qui le guide dans cette période de
stage. Dans cette période, il peut
assister à la délibération des procès ou partager la bière avec les ainés.
Néanmoins, il ne lui est permis de
prendre ou toucher l’intahe.
4) L’investiture
proprement dit: la grande cérémonie d’ukwatirwa.
5) Etre
un notable rassis et fort respectes (ukuba igicocoro): à ce moment, il peut
être délègue des autres notables pour procéder au rituel d’investiture des
postulants.
Cependant, certains
évènements moroses qu’a connu historiquement notre société ont entaché
l’institution des bashingantahe d’où certains dérapages (J. Ntamahungiro,
2007) qui ont eu lieu et bouleverse l’institution de par sa philosophie,
son essence et son étant:
1) De
la probité au diplôme et à l’élitisme
2) Une
lecture partiale et partisane de l’histoire du Burundi
3) Une
justification du crime
4) Des
Bashingantahe nommés et pas élus et sur des critères plus que douteux
5) Des
Bashingantahe investis à la sauvette
6) Des
Bashingantahe accusés de corruption
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1) A. Ntabona, L’ubuntu (Humanité réussi) et sa revitalisation au Burundi,
Editions du CRID, Bujumbura 2021.
2) B. BARBUSSE et D. GLAYMANN,
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3) B. Zuure, L’ame du Murundi, edition Beaucherne et fils, 1932
4) C-B.MFOUNGUE, Le mariage africain, entre
tradition et modernité: étude socio-anthropologique du couple et du mariage
dans la culture gabonaise, Université Paul Valéry - Montpellier III, 2012
p. 10 ; Disponible en ligne sur : http : //
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du Burundi, http://fr.m.wikipedia.org, consulté le 25 juin 2019. La culture burundaise,
sauvegarde des dictons, des proverbes et des contes, www.ppbdi.com, consultée
le 26 juin 2019
6) E. NORBERT trad. par K. PIERRE, La
civilisation des moeurs, Calmann-Lévy, S.L, 1969.
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document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, Dans le cadre de
la collection: "Les classiques des sciences sociales" Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
8) J. Martin, La persona e il benne comune, Brescia, 1963.
9) J.
Ntamahungiro, Séminaire du 27/8/2007 à Bruxelles sur le thème «Les manières de ‘faire’ la paix en Afrique »
10) J. Y. Calvez, Intructiozone alla vita politica, Morcelliana, Brescia 1968.
11) Jean- Pierre Olivier de Sardan, Anthropologie et développement. Essais en
socio-anthropologie du changement social, KARTHALA, Paris 1995, p. 7.
12) J-H. Fichter, La philosophie des sciences sociales. De 1860 à nos jours, Histoire de
la philosophie, T.VII, Hachette, Paris, 2000.
13) J-M. Katubadi, «Construire une économie éthique en
Afrique un développement dans le creuset de l’économie solidaire», In Ethique et societe, Les Organisation
Non-Gouvernementales et la question de la gouvernance, Vol 16, 2020
14) Kant, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique,
Bordas, Paris 2016, pp 89-90.
15) Kinezero,
M et Gasunzu, P 20l2. A la découverte du Burundi, Cœur d'Afrique. Bujumbura.
16) Léa HAVARD et al. Etat et cultures
juridiques autochtones: un droit en quête de légitimité. Les Bashigantahe au Burundi,
2015.
17) Lebret, L.-J
Dynamique concrète du
développement. Editions Economie et Humanisme/Editions Ouvrières Paris.
1967.
18) L-J. Lebret, Dynamique concrète du développement, Paris, Editions Economie et
Humanisme/Edition Ouvrières,
1967
19) Mathias Kinezero, «La culture burundaise
entre conservatisme et progressisme”, In Ethique et société, Potentiel et défis des mentalités burundaise dans
le contexte du monde en mutation, vol. 15Nos 1-2, 2019.
20) Melville J.
HERSKOVITS (1950) Les bases de
l’anthropologie culturelle, Paris : François Maspero Éditeur, 1967. Un document produit en version numérique par Jean-Marie
Tremblay, Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences
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http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
21) Plan National de Développement du
Burundi 2018-2027. Bujumbura : République du Burundi.
22) R. Nakarutimana, Contraste entre la tradition et la modernité. Regard
socio-anthropologique de la perception du recours aux méthodes contraceptives
pour la régulation des naissances, Editions Universitaires Européennes,
SL, 2022.
23) République
du Burundi 2006. Monographies des provinces de Gitega, Bururi, Makamba et
Ngozi, Bujumbura: Ministère de la Planification du Développement et de la
Reconstruction Nationale.
24) République du Burundi 2011. Vision
Burundi 2025. Bujumbura : Ministère du Plan et du Développement
Communal/Cellule prospective. République du Burundi 2018.
25) S. Ntahuga, La conscience de l’essentiel, Régie de Production Pédagogique, Bujumbura,
1997
26) S. Ntahuga, La conscience de l’essentiel, Régie des productions Pédagogique
(RPP), Bujumbura, 1997.
27) S. Ntibagirirwa «Au
cœur des mentalités burundaises : l’optimisme de l’heur au-delà des lueurs»,
In Ethique et société, Potentiel et défis
des mentalités burundaise dans le contexte du monde en mutation, vol. 15
Nos 1-2, 2019.
28) Thomas d’Aquin, De regimine principium.
29) Xxx, La civilisation ancienne des peuples des grands lacs, Karthala,
Paris, 1998.
[1] J-H. Fichter, La philosophie des sciences sociales. De
1860 à nos jours, Histoire de la philosophie, T.VII, Hachette, Paris, 2000,
pp. 94-95.
[2] Idem
[3]
Ibidem, p.96.
[4]
Jean-Pierre Olivier de
Sardan, Anthropologie et développement.
Essais en socio-anthropologie du changement social, KARTHALA, 1995, p,58.
[5] J. Martin, La persona e il benne comune, Brescia, 1963, p.32.
[6] Thomas d’Aquin, De regimine principium.
[7] J. Y. Calvez, Intructiozone alla vita politica,
Morcelliana, Brescia 1968, pp. 40-41.
[8] S. Ntahuga, Op.cit.
[9]
S. Ntahuga, Op.cit., p, 73.
[10] P, N’DA, 2015 cite in R.
Nakarutimana, Contraste entre la
tradition et la modernité. Regard socio-anthropologique de la perception du recours
aux méthodes contraceptives pour la régulation des naissances, Editions
Universitaires Européennes, SL, 2022.
[11] R. Ntakarutimana, Op.cit.
[12] S. Ntahuga, La conscience de l’essentiel, Régie des productions Pédagogique
(RPP), Bujumbura, 1997, p. 43.
[13] Mathias Kinezero, «La
culture burundaise entre conservatisme et progressisme”, In Ethique et société, Potentiel et défis des
mentalités burundaise dans le contexte du monde en mutation, vol. 15Nos
1-2, juin-aout 2019.
[14] E. NORBERT trad. par K. PIERRE, La
civilisation des moeurs, Calmann-Lévy, S.L, 1969, p.16.
[15] Melville
J. HERSKOVITS (1950) Les bases de
l’anthropologie culturelle, Paris :François Maspero Éditeur, 1967. Un document produit en version
numérique par Jean-Marie Tremblay, Dans le cadre de la collection: "Les
classiques des sciences sociales"
Site web:
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
[16] Ibid. p. 11
[17] Ibid. p. 12
[18] Idem.
[19] Edward
Sapir (1921), Anthropologie Tome 1 : culture et personnalité, Paris : Éditions
de Minuit, 1967. Un document produit en version numérique par Jean-Marie
Tremblay, Dans le cadre de la collection: "Les classiques
des sciences sociales" Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
[20] B. BARBUSSE et D. GLAYMANN,
Introduction à la sociologie, Sup'Foucher, Paris, 2004, p. 86. Cité par,
C-B.MFOUNGUE, Le mariage africain, entre tradition et modernité: étude
socio-anthropologique du couple et du mariage dans la culture gabonaise,
Université Paul Valéry - Montpellier III, 2012 p. 10 ; Disponible en ligne sur
: http : // tel.archives-ouvertes.fr/tel-00735563.
[21] S. Ntahuga, La conscience de l’essentiel, RPP,Bujumbura, 1997, p. 42.
[22] République du
Burundi 2011. Vision Burundi 2025. Bujumbura : Ministère du Plan et du
Développement Communal/Cellule prospective. République du Burundi 2018.
[23] Plan National de
Développement du Burundi 2018-2027. Bujumbura : République du Burundi.
[24] A. NTABONA cite in Xxx, La civilisation ancienne des peuples des
grands lacs, Karthala, Paris, 1998.
[25] B. Zuure, L’ame du Murundi, edition Beaucherne et fils, 1932
[26]
A. Petitat, cit in La civilisation
ancienne des peuples des grands lacs, Karthala, Paris, 1998.
[27] idem
[28] Les proches de la mère
s’organisent et mettent ensemble leurs moyens qui servent d’acheter pour elle
l’équipement nécessaire répondant aux besoins du nouveau-né composé des habits
et autres. Le soutien (le matériel en matière) lui sera donné et fait de la
surprise le jour d’accouchement dans la cérémonie traditionnellement dite de
« gukeza umuvyeyi ».
[29] Les amis proches de la jeune
mariée s’organisent et mettent ensemble leurs moyens qui servent d’acheter pour
elle l’équipement nécessaire dont elle doit disposer dans son nouveau foyer. Le
soutien (le matériel en matière) lui sera donné et fait de la surprise à la
veille du mariage dans la cérémonie traditionnellement dite « gusiga
umugeni ».
[30] A. NTABONA, cite in Xxx, La civilisation ancienne des peuples des
grands lacs, Op.cit,p. 216
[31] S. Ntibagirirwa «Au
cœur des mentalités burundaises : l’optimisme de l’heur au-delà des lueurs»,
In Ethique et société, Potentiel et défis
des mentalités burundaise dans le contexte du monde en mutation, vol. 15
Nos 1-2, 2019.
[32] S. Ntibagirirwa , Op.cit.
[33]
S. Ntibagirirwa, «L’esprit du
developpement economique ou l’economie de l’esprit», Ethique et societe, Op.cit.
[34]
Lebret,
L.-J Dynamique
concrète du développement. Editions Economie et Humanisme/Editions
Ouvrières Paris. 1967.
[35] Jean- Pierre Olivier de Sardan, Anthropologie et développement. Essais en
socio-anthropologie du changement social, KARTHALA, Paris 1995, p. 7.
[36] Ibidem, pp. 47-48.
[37] S. Ntibagirirwa, Op.cit.
[38]
J.Mbaraga cit in S. Ntibagirirwa , Op.cit.
[39] Ibidem
[40]
L-J. Lebret, Dynamique concrète du
développement, Paris, Editions Economie et Humanisme/Edition
Ouvrières, 1967
[41]
J-M.
Katubadi, «Construire une économie éthique en
Afrique un développement dans le creuset de l’économie solidaire», In Ethique et societe, Les Organisation
Non-Gouvernementales et la question de la gouvernance, Vol 16, 2020
[42] A. Ntabona, L’ubuntu (Humanité réussi) et sa revitalisation au Burundi,
Editions du CRID, Bujumbura 2021
[43] Ubuntu est une philosophie
humaniste africaine fondée sur une éthique du solidarisme reposant sur la
relation à l’autre. Cette philosophie est la pensée qui a inspirée Nelson
Mandela pour sa politique de « vérité et
réconciliation».
[44] Kant, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique,
Bordas, Paris 2016, pp 89-90.
[45] A. Ntabona, Op.cit.
[46] Z. Manirakiza, cite par J.
Ntamahungiro, Séminaire du 27/8/2007 à Bruxelles sur le thème «Les manières de ‘faire’ la paix en Afrique »
[47] T.
Laely cit par J. Ntamahungiro, Op.cit.