samedi 8 février 2025

La société burundaise et la conception de la mort: attitudes et comportements devant la mort


 


La culture de la mort dans la tradition Burundaise

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La société Burundaise et la conception de la mort

Source de craintes et de doutes, les burundais considèrent la mort comme omniprésente, inévitable, voisine, juste, omnivore et gourmande, ravisseuse, méchamment déconcertante, impitoyable et enfin jalouse. (Ntahombonye, 1983) :

la mort est localisée partout : Ntirubahamwe, Rurihose 

La mort est aussi considérée comme inévitable : Ntiruhungwa (personne ne s’y échappe), Ntibarukinga, Ntirubuzwa (on ne peut pas lui interdire de prendre qui elle veut), etc.

la proximité de la mort : les Burundais voient que la mort est toujours tout près, au sein de l’enclos, à la cour. D’où on a des noms comme : Ntirubakure (elle n’habite pas loin); Rwamahafi (elle est toujours tout près) ; Rurikumbuga (elle est à la cour).

la justesse de la mort, il y a un consensus du fait qu’elle arrive à tout le monde sans distinction. D’ où certains parents appellent leurs enfants : Basabose (ils ressemblent à tous), Surwumwe (elle n’est pas d’un seul). 

omnivore et gourmande : Rusizubusa (elle ne laisse rien), Ntirunena (elle emporte tout sans pitié, tout le monde, les jeunes et les vieux, le laid et le beau, le pauvre et le riche).

l’impitoyabilité, la mort n’a pas de pitié du fait qu’elle tue des bébés, des innocents et cela, après une longue période de souffrances. C’est ainsi que l’on trouve des noms comme: Ruterimbabazi (elle cause pitié), Ruteyintimba (elle rend triste, elle chagrine), Ruranika (elle laisse les gens souffrir, elle malmène).

la jalousie : Rwankineza (elle hait le bien), Rurankiriza (elle fait échouer).

Les Burundais distinguent une mauvaise mort (celle qui tue quelqu’un après s’être alité un long moment) d’une bonne mort (celle qui prend quelqu’un après un bref temps de maladie), on dit: «rwamunyarukije» pour dire qu’elle ne l’a pas fait traîner dans la souffrance. Toutefois, il n’existe pas de mort naturel chez les barundi.  Toute mort est causée par quelque d’autre  même par suicide ou par accident est en principe tué par quelqu’un d’autre. Des méchants et des bandits sont tués par les dieux même s’ils sont assassinés. 

Attitudes et comportements devant la mort


comportements dus à la croyance qu’ils attachent aux ancêtres, protecteurs des vivants. 

angoisse et désorientation : peur de l’inconnue (Mulango) 

les pleurs, 

le soutien apporté à la famille du défunt (kugarukirako), 

arrêt temporel des activités : le deuil (Kugandara) et les pratiques connexes telles que : les cas de la mort du roi

hommes suspendaient leurs relations sexuelles et les taureaux étaient séparés des vaches, les bracelets étaient recouverts d’écorce, les activités habituelles devaient être modifiées. Ainsi, au lieu de baratter dans les instruments en courges (ibisabo), on utilisait des pots en argile. A la cour du roi, on ne ramassait plus la bouse des vaches. Bref, le monde était à l’envers, livré au chaos. On disait que le ciel s’était effondré (ijuru ryakorotse) (Mworoha, 1977) 

le défunt est habillé pour qu’il ne soit pas nu dans l’au-delà. On dépose sur sa tombe des ustensiles, des objets familiers, ou bien on y apporte de la nourriture pour que le défunt puisse se nourrir!


Les rites de funérailles

Dans le  Burundi traditionnel, des funérailles variaient selon qu’il s’agissait d’un décès d’un père ou d’une mère, des adultes morts sans avoir eu d’enfants, des enfants et enfin selon des circonstances de la mort. Pour un père ou une mère de famille, les funérailles étaient organisées avec attention de peur qu’ils ne se vengent contre les survivants. 

Les funérailles d’un chef de famille

1°) Kuraba amavuta umupfu: faire des onctions au mort.

La première onction est faite sur le front, la deuxième sur les yeux fermés, la troisième à la poitrine, la quatrième sur les paumes des mains et la cinquième sur le dessus des pieds. Le beurre des onctions doit être blanc sans mélange de parfum ou autre. La formule qui accompagne chaque onction est, pour la mère de famille: « Urerera urugo n’abana, uranyerera » (sois pour la famille, les enfants et moi-même la cause de bénédiction et de prospérité. Chaque enfant accompagnera son onction de ce simple mot uranyerera (sois pour moi un sujet de bénédiction).

2°) Kuraba ivyeru umupfu : cette cérémonie consiste à appliquer sur le front et les mains du mort la farine du sorgho, une plante culturellement chargée, au moyen de la pierre à moudre (ingasyiro) chargée d’un peu de farine de sorgho.

Les deux précédents actes (aux numéros 1° et 2°) ont la même signification. La première est l’expression de la piété filiale (l’hommage aux parents défunts). La deuxième signification est de concilier les bénédictions du défunt. Cela ressort de la formule employée « uranyerera » (que tu me portes bonheur).

3°) Kumwa : après cela on rasait le mort pour ne pas l’enterrer avec les cheveux, et pour le rendre convenable dans l’assemblée des Bazimu (les esprits).

4°)Gukûra ku gahanga: si c’est une femme enceinte, on procède à une opération: la mère et l’enfant seront enterrés séparément.

5°) Gutanga ibimazi : on donne ou plutôt on revêt le défunt de ses objets religieux, amulettes ( amasimbi), etc.

6°)Gutekera: on attache solidement les membres inférieurs au cou et on lie les jambes ensemble. 

Ne pas avoir quelqu’un pour vous rendre ce dernier service, c’est être délaissé de tous. On comprend dès lors le sens de l’insulte: « uragatabwa indamvu ». Selon cette pratique, on enveloppe le cadavre entièrement ou au moins on enveloppe la tête et les pieds dans une étoffe de ficus non encore apprêtée pour être portée. Envelopper le cadavre dans une étoffe de ficus, c’est le recommander une dernière fois à Dieu (Imana). 

7°) Guhamba (enterrement) comprenait les étapes suivantes:

Gusohora umupfu: sortir le mort de la chambre. On le sort les pieds en avant, pour lui laisser l’impression qu’il reste toujours dans la maison.

Guhamba : le travail de la mise en terre est fait par la famille, à l’exception d’un membre d’un ménage dont la femme est enceinte. Le défunt est couché dans sa tombe sur le côté droit si c’est un homme en signe de négation de faire l’acte conjugal (kuryamira ukuboko kw’abagabo); sur le côté gauche si c’est une femme (en signe de négation de faire l’acte conjugal).

Gukaraba (se laver les mains) : après avoir mis le mort en terre, on se lave les mains sur la tombe avec de l’eau en utilisant certaines herbes ou plantes spéciales pour ne pas emporter avec soi la mort dont on se croit contaminé au contact du défunt.

On verse sur la tombe le lait qu’on avait donné au défunt avant sa mort et qu’il n’avait pas bu entièrement. Le reste de ce lait doit être bu en ce moment par ses enfants. C’est pour que le mort garde le souvenir affectueux de sa famille et reste en communion avec elle.

On plante quatre piquets minuscules aux quatre coins de la tombe que la personne disparue ait l’impression de n’être jamais sortie de chez elle.

Le fait de mettre quelques pierres sur la tombe (si on le peut facilement on en met plusieurs) était appelé "agahabwa".

Kwikura urutamva : après l’enterrement, on prend un repas copieux mais sans sel ni viande, ni bière de sorgho, signe de se débarrasser de la malchance due à la mort.

Pour un initié: on procédait au rite d’initiation (kubandwa) avant d’entrer dans le deuil.

 Autres formes de funérailles

Les funérailles des adultes morts sans avoir eu d’enfants sont des rites qui montrent l’importance attachée à la fécondité en Afrique en général et au Burundi en particulier. Pour le Murundi, un être vivant n’a de valeur que s’il est fécond. Son respect et son honneur sont tributaires du nombre d’enfants. Aussi les funérailles des gens morts sans avoir donné la vie sera sans honneur et imprégnées d’une pitié plus blessante qu’une méchanceté ouverte (Ndigiriye, 1969, 1972).


Attitudes face à une personne morte sans enfant

le premier geste consiste à prendre une racine de ficus (umuvumu) et d’erythrine (umurinzi ) liés ensemble et enveloppés dans un peu d’herbes ou dans un morceau de natte pris à l’endroit où le mort avait l’habitude de s’asseoir pendant la réunion familiale (ubwicaro) . On fait passer le paquet sur le corps du défunt, puis à travers le feu du foyer ( iziko) sans le laisser brûler, puis à travers la hutte ou la fenêtre, si c’est une maison moderne.Le paquet sera exposé sur la tombe, après l’inhumation. Selon la signification donnée par Ndigiriye Emile, la racine d’erythrine signifie la providence du défunt sur la terre, celle du ficus l’espoir de ce monde, le morceau de natte, le bonheur en famille. Le contact du paquet sur le corps du défunt aurait pour but d’inviter l’esprit (muzimu ) de sortir du défunt et de se joindre au paquet. Le passage du paquet à travers l’âtre ardent viserait à brûler tous les espoirs de la terre et les souvenirs de la famille, afin que le défunt soit libéré de tout souci et entre chez les esprits (bazimu) sans arrière-pensée de la vie qu’il a vécue sur la terre et dans sa famille.

Vient le tour de mettre un charbon éteint dans ou sur les organes génitaux du défunt pour qu’il emporte le triste souvenir qu’il est éteint dans la famille: "yazimye". Cette cérémonie est très humiliante. 

Pour un enfant qui a procède, dès qu’il expire, on lui ferme les yeux comme on le fait à tous les mourants. Ensuite, on l’enroule dans une étoffe que sa mère portait. Nous ignorons la signification de ce rite.

Pour les enfants à la mamelle, les funérailles sont encore plus simples. Aussitôt que l’enfant expire, on lui ferme les yeux. On l’enveloppe dans un des habits que portait sa mère, ou son père s’il est orphelin de mère, ou sa tante, s’il est orphelin de père et de mère.

On détache du berceau (ingovyi), les attaches (imicisho) qui tenaient l’enfant à sa mère lorsque celle-ci le portait sur le dos. Cette cérémonie, appelée "guca umucisho", est poignante pour la mère qui comprend qu’elle est séparée pour toujours de son enfant. Elle garde encore le berceau pendant un certain temps à son oreille, pour garder l’espoir qu’un jour elle aura un autre enfant. Puis elle le jettera, parce qu’il est interdit de l’employer pour l’enfant suivant. L’inhumation se fait comme pour les grandes personnes. Les garçons sont couchés sur le côté droit et les filles sur le côté gauche. Après les rites de funérailles, les choses ne devaient pas s’arrêter là, il restait à faire le deuil.

Les pratiques de deuil

Concernant les pratiques de deuil au Burundi, on célébrait des cérémonies de deux types : 

la purification des traces de la mort ;

le réveil à la vie (Ndigiriye) 

La purification suivait en outre cinq étapes :

Vient en premier lieu le rasage des cheveux : "kwiharangura" (se raser complètement la tête) ou "kwikura uruhara rw’uwapfuye" (prendre part au dépouillement du défunt). 


En deuxième lieu, le servant-kimazi monte sur le toit de la case du défunt et y arrache la huppe (touffe d’herbes), "isunzu ry’inzu", emblème de la virilité de l’homme qui l’habitait, et le jette. Il fait sortir ensuite de la case le beurre, le sel et la viande séchée qui s’y trouvaient au moment du décès; on doit les jeter ou mieux, les donner en échange de main - d’oeuvre.


En troisième lieu, viennent les ablutions: "kwisukako ibirohe" (verser sur soi une eau trouble) ou s’éclabousser, ou passer par l’eau (guca ku mazi). Ces expressions ne signifient rien d’autre que faire sa toilette. Mais comme la mort a terni la beauté de la nature aux yeux des personnes en deuil, et comme l’acte de se laver rend de nouveau beau pour plaire, alors que la personne à plaire n’est plus, on emploi ces paraphrases.

Ainsi, à l’aube, les enfants mâles du défunt se rassemblent. L’héritier principal reçoit la lance du père, signe d’autorité courageuse, son frère l’arc et les autres fils les. Ce rite se passe très tôt le matin avant le lever du soleil. La même personne qui a rasé les membres de la famille endeuillée, précède tous les hommes et garçons et elle les amène à un ruisseau éloigné, à l’écart, en avant du gué, à un endroit non fréquenté. Là, on se lave tout le corps. Les femmes et les filles se lavent à la maison avec de l’eau puisée la veille. Quelques personnes restées à la maison font des travaux de nettoyage; elles font un grand feu avec les herbes qui ont servi de couchettes durant le deuil; ce feu réchauffera ceux qui viennent de se laver.

La quatrième étape consiste à sortir de la case les pierres du foyer : "ishiga ry’umugabo". En cas de décès d’une femme mariée, on éloigne aussi le bois du lit qu’elle occupait habituellement. On jette tout, loin des lieux fréquentés par la famille, dans une croisée de chemins. Si le conjoint reste en vie et envisage se remarier, le lit sera complètement démoli. Un homme veuf qui reçoit dans sa maison une nouvelle épouse, ou une veuve qui accueille un nouvel époux dans la maison du défunt, ne pourraient coucher dans le lit familial du défunt sans crainte de représailles du mort : "uburiri burahinda" (le lit du mort répudie).


Enfin vient le moment de « se blanchir », (Kweza) : cette cérémonie se passe dans le secret le plus absolu et elle n’est réservée qu’aux veufs et veuves encore jeunes qui peuvent envisager de secondes noces. Si le conjoint mort était un homme, le cousin du défunt (umuvyara) ou son frère ou son familier fait l’acte conjugal avec la veuve. Si au contraire, c’était la femme qui est morte, la cousine ou la soeur de la défunte se donne au mari. Le but de ce coït rituel est d’effacer toutes les traces de la mort dans le conjoint survivant. C’est la fin de la première partie des cérémonies. Elle est séparable, en temps illimité, des parties suivantes, dont le rite de "gutanga amasuka" (« procurer des houes ») qui symbolise la reprise des activités agricoles. On retardera en effet les cérémonies suivantes comme le réveil à la vie pour permettre d’aller cultiver les champs.

Le rôle particulier du lait dans la pratique de deuil

Généralement, on distingue deux sortes de lait. Le lait « de pioche » qui n’est rien d’autre que de la bière épaisse de sorgho (impeke), et le lait de vache. Les deux sortes de boisson peuvent être utilisées trois façons indifférentes pour cette cérémonie: traire pour les orphelins, dégustation du »lait » et laver le pot ou calebasse.

Les dernières étapes du deuil: gestion des affaires familiales et la pratique du « feu des ancêtres ».

Les affaires traitées par le conseil de famille sont: la recommandation des orphelins et de la veuve aux voisins et proches; le remboursement des dettes; la relève des réalisations en cours du défunt; la suite à donner, par l’héritier à ses engagements; la condonnation si le défunt est mort sans avoirs. Entre autres recommandations prendre soin de la veuve, des orphelins et du bétail. Tout se résume dans cette phrase en kirundi:

« Inarupfu yaraye murazigame impfuvyi, umwana akiba muratunge impfuvyi, inka ikona, muramenye ko yahora ari iy’umubanyi..."

On désigne ensuite le légataire, puis tous ceux qui ont hérité, les garçons, les filles, surtout ceux qui ont hérité des vaches ou qui reprennent à leur service des familiers et domestiques dont on donne le nombre et les noms. On déclare les dettes contractées par le défunt; par exemple contre-valeur de services et prestations non encore fournies; dot dont on n’a pas encore remis le produit (veau) au gendre, etc. Les affaires en cours, même très importantes, qui par oubli ou autre négligence, ne sont pas soumises au conseil à ce moment, sont par après classées sans suite. L’héritier est chargé de toutes ces responsabilités. Toutefois si le défunt n’a pas laissé de quoi régler les dettes, on condonne (on annule).

Les « majambo » (paroles) sont suivies par la dégustation de la bière de sorgho (umubira), bière de sorgho qui n’a pas fini de fermenter. Le murundi y verra un symbole du devenir, de l’avenir, de la prospérité escomptée: cette bière en effet peut encore s’améliorer en vieillissant. Un souhait exprime la même idée: « uranyerera » (que tu portes bonheur pour moi); un souhait de bonheur; qu’on puisse « devenir vieux » et prospère comme la bière qui est encore épaisse. On déguste la bière dans le même ordre que lors de la dégustation du « lait ». Mais les serviteurs, familiers et amis reçoivent une part toute spéciale ainsi que les petits-fils après avoir lancé le fruit de l’olivier sauvage en direction de la tombe du défunt: « ukwuzukuza » (se dit des petits enfants qui taquinent leur grand-père).

Après cette cérémonie, les personnes étrangères à la famille se retirent. Celle-ci se rassemble autour d’un grand feu allumé par le « kimazi » (serviteur) des ancêtres. Ce brasier des ancêtres est fait au milieu de l’entrée du kraal au moyen du bois spécial choisi par le conseil des anciens. On y ajoute du bois de plantes ou arbres qui fournissent habituellement les médicaments traditionnels de base, par exemple igicuncu, umuravumba, ntibuhunwa, nkurimwonga, umugombe, ikizibakanwa,...

Le feu pour allumer le brasier doit venir d’une famille dont on n’empruntera plus par après du feu, et ce même feu ne peut plus être donné à d’autres foyers. On sortira un tison brûlant lorsqu’on éteint le "brasier des ancêtres", pour l’utiliser dans le foyer de la case. Le repas rituel qui suit est cuit sur les braises du feu. On a déjà vu qu’il est composé de bananes douces, de bétail saigné et de sel. La tradition veut, on l’a vu aussi qu’on n’ira plus jamais chercher des bananes ou du sel chez les mêmes fournisseurs. Les bananes sont grillées dans les braises et on les trempe par le bout dans du sel en les mangeant: « kubidumba umunyu » (tremper dans du sel). Si on est assez riche pour se le permettre, on tuera un taurillon qui devra être mangé en un seul repas. On l’égorge alors en laissant le sang pénétrer le sol tout en disant: « que les ancêtres reçoivent par là leur part! ». La viande est également grillée sur les braises et mangée avec du sel comme les bananes.

A défaut de viande on saigne une vache; on lui tire quelques litres de sang que l’on fera cuire dans les braises et que l’on déguste avec les bananes et le sel. Si on n’a pas de viande et ne peut saigner une vache (si le défunt n’avait qu’une vache et que celle-ci vient d’être saignée peu auparavant) on coupe un bout de l’oreille de la vache et on mélange ceci avec le repas (« murinzi » ou repas protecteur). La vache qui a donné soit de son sang, soit un bout d’oreille est après très respectée et particulièrement bien soignée; c’est la vache des ancêtres: « inka y’abasokuru ). Elle ne pourrait être donnée ni vendue; son lait et son sang seront uniquement mangés par les participants au repas protecteur (« murinzi »).

On est à la veille de la reprise de la vie normale le feu des ancêtres est éteint. Pendant ce travail, le serviteur des mânes retire du feu un tison du bois spécial et avec les braises et cendres il va le jeter en un endroit retiré, au milieu d’un croisement de chemins abandonnés (imisibu). Désormais, il sera défendu aux membres du clan d’utiliser cette sorte de bois, ni comme bois de chauffage ni comme bois de construction ou comme bâton. Il devient l’arbre des ancêtres (« igiti c’abasokuru ») et on lui doit respect. Ainsi donc, la pratique de l’extinction du feu des ancêtres est un passage entre la situation malheureuse et la période de la reprise de la vie normale.


Orientations bibliographiques pour aller plus loin.

Source principale

Emmanuel Nibizi, Mourir au Burundi : Gestion de la mort et pratiques d’enterrement (2006), Mémoire, Université du Burundi, Bujumbura, 

Autres sources:

P. Ntahombaye, Des noms et des hommes. Aspects psychologiques et sociologiques du nom au Burundi, Karthala, Paris, 1983, pp 166-177

M. Mulago gwa Cikala, « La religion traditionnelle des Bantu et leur vision du monde », BCRA, Faculté de théologie

E. Mworoha, Peuples et rois de l’Afrique des Lacs, Les Nouvelles Editions Africaines, Dakar, 1977,

NDIGIRIYE, E., « Le lever de deuil chez les Barundi », ACA, Bujumbura, 1972.

56. NDIGIRIYE, E., « Les funérailles chez les Barundi », ACA, Bujumbura, 1969

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